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LA CRÉATION DE L'UNIVERS SELON LA GENÈSE.

 

 

ALBERT SOREL

L’EUROPE ET LA RÉVOLUTION FRANÇAISE.

 

LIVRE PREMIER

LES MOEURS POLITIQUES ET LES RÉFORMES

CHAPITRE III - L'INFLUENCE FRANÇAISE.

 

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TEXT

PREMIÈRE PARTIE - LES MŒURS POLITIQUES ET LES TRADITIONS

V1

DEUXIÈME PARTIE - CHUTE DE LA ROYAUTÉ

V2

TROISIÈME PARTIE - LA GUERRE AUX ROIS. 1792-1193

V3

QUATRIÈME PARTIE - LES LIMITES NATURELLES. 1794-1795

V4

CINQUIÈME PARTIE - BONAPARTE ET LE DIRECTOIRE. 1795-1799

V5

SIXIÈME PARTIE - LA TRÊVE - LUNÉVILLE ET AMIENS. 1800-1805

V6

SEPTIÈME PARTIE - LE BLOCUS CONTINENTAL - LE GRAND EMPIRE. 1806-1812

V7

HUITIÈME PARTIE - LA COALITION, LES TRAITÉS DE 1815. 1812-1815

V8

 

 

NICE READING

AUTEUR

L'ESPRIT RÉVOLUTIONNAIRE AVANT LA RÉVOLUTION

FELIX ROCQUAIN

 

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LE DUC DE BROGLIE

 

FRÉDÉRIC II ET MARIE-THÉRÈSE . 1740 — 1742. VOL.1

 

FRÉDÉRIC II ET MARIE-THÉRÈSE . 1740 — 1742. VOL.1

     
     
     
 

GUSTAVE III ET LA COUR DE FRANCE. TOME I- 1771-1792

A. GEFFROI

 

GUSTAVE III ET LA COUR DE FRANCE. TOME II- 1771-1792

     
 

LOUIS XV ET ÉLISABETH DE RUSSIE. LA FRANCE ET LA RUSSIE AU DIX-HUITIÈM E SIÈCLE

ALBERT VANDAL

     
 

LA PHILOSOPHIE DE LAMENNAIS

PAUL JANET

     
 

LA CHUTE D L'ANCIEN REGIME . 1787-1789. V1

AIMÉ CHEREST

 

LA CHUTE D L'ANCIEN REGIME . 1787-1789. V2

 

LA CHUTE D L'ANCIEN REGIME . 1787-1789. V3

 

 

 

INTRODUCTION

 

La guerre entre l’Europe et la Révolution française a duré près d’un quart de siècle. Elle commence à Valmy, et ne se termine qu’à Waterloo. L’Europe coalisée a fini par triompher des armées françaises; cependant on ne peut pas dire que la France soit sortie vaincue de la lutte. Elle l’avait entreprise pour défendre son indépendance nationale, l’intégrité de son territoire, les réformes qu’elle avait accomplies dans ses lois et dans sa constitution politique. La paix ne lui coûta que la restitution des territoires qu’elle avait conquis; elle rentra dans ses anciennes limites, le corps de la nation ne fut point entamé. Les résultats essentiels de la Révolution française subsistèrent, la France conserva le Code civil et le gouvernement représentatif. Cela suffisait pour rendre indestructible l’œuvre de 1789, et lui permettre de porter, dans l’avenir, toutes ses conséquences.

Je voudrais rassembler les traits principaux de cette histoire et y rechercher, ce qui est l’essence même de l’histoire, les causes éloignées de ces grands coups dont le contre-coup porte si loin. Les péripéties toujours surprenantes de cette longue tragédie, l’étendue de son théâtre qui occupe toute l’Europe, la multitude des acteurs, les brusques alternatives de scènes héroïques et de tableaux atroces, l’intérêt entraînant des épisodes, enfin le fracas de la catastrophe troublent l’âme du spectateur, et ne lui permettent point de saisir la suite de l’action. Pourtant, si singuliers qu’ils paraissent dans leurs crises, les événements le sont bien davantage dans leurs rapports et dans leur enchaînement.

La Révolution française, dès son début et par les seules conséquences de son premier principe, sape par la base et ruine tout l’édifice de la vieille Europe monarchique. Elle proclame la souveraineté du peuple, elle présente ses doctrines comme des vérités évidentes et universelles, elle menace tous les pouvoirs établis, elle invite toutes les nations à se révolter et à s’affranchir. Ce qui est le plus étrange ici, ce n’est ni le caractère de la doctrine ni l’ardeur de la propagande, c’est l’indifférence des gouvernements européens. Les signes de l’orage leur échappent lorsqu’il éclate, ils le considèrent avec une égoïste quiétude ils ne s’en effrayent que quand les torrents débordent et que l’inondation les gagne.

Ils n’ont pas su discerner le péril, ils ne savent pas mieux le conjurer. Ils n’y opposent que des efforts incohérents, des mesures contradictoires, des desseins sans cesse déconcertés. Menacés par un peuple insurgé et par une doctrine subversive, ils n’ont ni un principe de conservation à opposer à la doctrine, ni une force publique à opposer à la sédition. Tout est bouleversé en France, tout subsiste en Europe. La France n’a ni gouvernement ni trésor; il lui reste à peine les cadres d’une armée. Les vieilles monarchies disposent de toutes les ressources des gouvernements forts: leurs troupes sont sur le pied de guerre,  leurs généraux, instruits par l’étude et la pratique des batailles, conduisent des soldats soumis et exercés. Ils ont la science, la discipline, le nombre, les munitions, les armes. Il semble que la France va succomber. Contre toute attente, c’est l’anarchie qui s’organise, c’est la force organisée qui se dissout. La France bat la coalition; elle fait une chose plus étonnante elle la divise. Ces brigands, écrivait un des souverains coalisés, ne veulent point d’amis ni d’alliés, il leur faut des complices et des victimes.  Sauf l’Angleterre, qui d’ailleurs a conquis pour son compte les colonies françaises et prétend les garder, tous les coalisés transigent tour à tour et deviennent complices des vainqueurs, afin de partager les dépouilles des victimes. La croisade entreprise par les rois contre la Révolution française, pour la  défense du droit établi, aboutit au partage du continent entre les défenseurs du droit monarchique et les pouvoirs issus de la Révolution. La vieille Europe finit par une banqueroute cynique. Pour traiter avec la Révolution française, la vieille Europe abdique son principe; pour traiter avec la vieille Europe, la révolution française fausse le sien. La France avait solennellement renoncé aux conquêtes. Elle apportait la paix au monde; elle conviait les nations à la concorde la tyrannie, disait-on, les avait séparées, la liberté devait les réunir. Qu’auraient-elles à s’envier l’une à l’autre, lorsque toutes seraient également heureuses? La guerre éclata, il parut à quelques-uns qu’elle accomplirait le règne de cette merveilleuse utopie. Il arriva ce qui, malheureusement, était beaucoup plus conforme à la nature des choses et aux passions humaines, la victoire rendit la Révolution belliqueuse. La guerre, commencée pour la défense du territoire français, se continua par l’invasion des territoires voisins. Après avoir conquis pour affranchir, la France partagea pour conserver.

Mais en même temps qu’elle profitait de la guerre, elle en subissait la loi. Les Français avaient placé dans les armées l’âme de la République elle y resta. Rome ressuscitée enfanta César. Bonaparte se présentait à la France et à l’Europe comme l’instrument de la Révolution. La France le crut c’est ce qui explique l’enthousiasme dont elle se prit pour lui. L’Europe tenta de lui résister, il la dompta par la politique autant que par la force. Son génie le rendait maître de la guerre, l’avidité de ses adversaires lui livra la paix, qui devint, entre ses mains, plus redoutable que la guerre même. La France et l’Europe se donnèrent alors le même spectacle. Ceux qui avaient fait la Révolution et ceux qui l’avaient combattue se rencontrèrent dans la même servitude. Tandis que l’on voyait, en France, sortir des rangs des plus fougueux démocrates toute une noblesse régicide; que l’on rencontrait aux Tuileries, à côté d'un comte qui avait fait la loi des suspects, un prince qui avait présidé le comité de salut public, en Europe, des souverains, issus des plus anciennes maisons régnantes, acceptaient des couronnes royales, de la même main qui donnait à Paris ces étranges investitures et proscrivait, d'un trait de plume, des dynasties entières. En 1808, la Révolution ne comptait sur le continent que des vaincus et des associés. Elle s'était imposée aux États, il lui restait encore il forcer la dernière retraite où se retranchaient ces princes subjugués ou gagnés leur famille. Elle n'avait plus à leur ravir que la seule supériorité dont ils pussent se targuer désormais ce sang dont ils étaient si fiers, et qui faisait d'eux comme une race à part entré les races européennes. Cela se vit en 1810. L'homme que Metternich considérait « comme la Révolution incarnée » épousa l’arrière, petite-fille de l'impératrice Marie-Thérèse. Il y avait à peine dix-sept ans que Marie Antoinette avait péri sur l'échafaud, lorsqu'une autre archiduchesse d'Autriche vint s'asseoir à sa place, sur le trône de France, aux côtés de Napoléon. C'était, pour la vieille Europe, y l'événement le plus extraordinaire dans toute l'histoire de la Révolution.

Pour la France, ce qui suivit est plus extraordinaire encore. Elle avait, en 1792, déclaré la guerre aux rois et annoncé la paix aux nations. Elle avait triomphé des rois, c’est sous l’effort des nations qu’elle succomba. La Révolution s’était arrêtée en France et figée, en quelque sorte, dans le despotisme militaire; mais, par l’œuvre même de ce despotisme, elle continuait de se propager en Europe. La conquête la répandait  parmi les peuples. Bien que très-dégénérée, elle conservait assez de ressort pour les agiter, et tout défiguré qu’il était dans les camps, le langage de la liberté remuait encore profondément les âmes. La guerre simplifiait étrangement la carte de l'Europe. Beaucoup de frontières avaient disparu : les nations, naguère découpées en lambeaux, se rassemblèrent. En même temps que par l’œuvre de ses armées la France rapprochait ainsi les hommes, elle leur enseignait par les écrits de ses penseurs qu’il n’y a rien pour les nations de plus beau que l’indépendance, que, pour l’obtenir, il n’est rien de plus sûr que l’union, que les nations enfin sont souveraines, et que le premier usage qu’elles doivent faire de leur souveraineté, c’est de se rendre libre. Les peuples comprirent aisément ce langage; ils comprirent aussi l’exemple que la France leur avait donné en 1792. Ce qu’ils ne comprirent plus, c’est que tenant ce langage et donnant cet exemple, elle prétendit les asservir et les exploiter. Ils ne faisaient point d’ailleurs de distinction entre elle et l’homme qui la gouvernait; ils ne recherchaient point par quelles phases avait passé la Révolution française, et comment la république s’était transformée en empire : ils ne connaissaient la Révolution que sous la forme de la conquête. C’est sous cette forme qu’elle propageait parmi eux ses principes, et c’est sous cette forme, qu’en vertu même de ses principes, ils la prirent en horreur. Ils se soulevèrent contre sa domination.

Réduits à leurs propres forces et à leurs moyens classiques de gouvernement, les rois de l’Europe avaient été vaincus par une nation qui combattait avec enthousiasme pour son indépendance d’abord, puis pour sa gloire. Lorsque les nations de l’Europe entrèrent en guerre, les rôles furent renversés ce fut la France qui se trouva réduite aux seules ressources d'État. L’Europe retourna contre elle ses propres armes. Et par une conséquence qu’il fallait attendre, les nations européennes subirent les entrainements des passions qui les avaient soulevées. Après s’être armées pour l’indépendance, elles demeurèrent armées pour la vengeance et la conquête.

Chacune apporta dans la lutte les haines, les rancunes, les ambitions que les siècles accumulent obscurément dans les âmes, et qui éclatent tout à coup dans les grandes crises, comme ces volcans cachés que découvrent les tremblements de terre. L’impulsion fut telle que l’Europe la subit encore. La fin des guerres qui procèdent directement de la Révolution française marque le début d’une révolution européenne dont la France n’a que trop ressenti les suites. C’est l’avènement des nations. La Révolution française en avait signalé le début; mais loin que cette ère nouvelle apportât au vieux monde un principe d’ordre et d’apaisement, elle le laissait plus divisé contre lui-même, en proie à plus de rivalités, menacé de plus de déchirements qu’il ne l’avait jamais été.

Ces vicissitudes singulières, ce surprenant procès des choses qui enchaînent des événements en apparence aussi contradictoires, ne se peuvent cependant expliquer par des causes fortuites. Si l’on rapproche arbitrairement les faits éloignés les uns des autres, il semble qu’il n’y ait entre eux aucun rapport de dépendance; mais si l’on considère ces faits dans leur succession, on voit que chacun d’eux se relie au précédent, et, de terme en terme, la série se reconstitue. De sorte que l’on peut conclure sur cette grande révolution moderne comme Bossuet sur celles de l'antiquité :« Tout est surprenant à ne regarder que les causes particulières, et néanmoins tout s’avance avec une suite réglée »

C’est cette suite que je voudrais dégager dans l’histoire de la France et de l’Europe pendant la Révolution française, au moins pendant la période essentielle de cette révolution, je veux dire jusqu’à la fin de la Convention. Toutes les causes des événements sont alors posées, tous les résultats principaux sont manifestés, tous les rapports fondamentaux sont déterminés. Pour les saisir, il faut considérer ce qu’étaient, à la fin de l’ancien régime, les relations des États et les dispositions des peuples de l’Europe; sur quels principes reposait la société des États; quelles règles dirigeaient leur conduite; quelles vues d’intérêt général ou quels calculs d’intérêt particulier gouvernaient leur politique; quelles idées étaient répandues parmi les nations, quels sentiments y agitaient les âmes; dans quelles conditions enfin se trouvaient les gouvernements et les peuples, lorsque commença cette grande convulsion du vieux monde, qui secoua le sol, ébranla toutes les armées et força tous les Européens à sortir de leurs demeures pour se jeter dans la mêlée. Les principes de la Révolution française étaient abstraits et universels, c’est ce qui fait qu'ils se propagèrent si aisément; mais c’est ce qui fait aussi qu'ils portèrent des conséquences si différentes selon les milieux où ils se répandirent. Ces belles idées ne conservent leur pureté métaphysique que dans la conscience du philosophe ou dans l’intelligence du mathématicien. Le moindre courant de vie les altère et les décompose. Qui veut les appliquer se les identifie, et en les faisant siennes, les dénature. La dialectique échappe à la grande masse des hommes. Ils ne reçoivent point les idées comme une loi selon laquelle ils doivent penser; ils les prennent comme un moule dans lequel ils jettent confusément tout ce que leur éducation incomplète, leurs expériences incohérentes, les influences accumulées de la famille et du pays ont entassé en eux d'instincts, de sentiments, de connaissances, de préjugés et d'erreurs. Le chimiste analyse l'air qui passe et le réduit en formule, le peuple le respire; et, suivant les germes qu'il contient, suivant les organes qu'il pénètre, cet air va porter chez les hommes la fièvre ou la santé.

La raison pure n’est le fait ni des politiques, qui se gouvernent d'après la raison d'État, ni des peuples, qui se gouvernent d'après leurs passions. Mais il y a pour les États, comme pour les peuples, des traditions qui sont aussi vieilles que leur histoire, car elles sortent de la même source que cette histoire, et développent leur courant parallèlement au sien. Leur action sur les esprits est tout instinctive, et d'autant plus impérieuse que les esprits s’attendent moins à la subir. Dans les crises qui le prennent à l'improviste, l’homme ne trouve point en lui d'autre ressource; et qu’il le veuille ou non, qu’il s’en rende compte ou qu’il l'ignore, qu’il s’y prête ou qu’il prétende s’y soustraire, il subit l’influence des données acquises et des passions régnantes en lui et dans son milieu. C'est avec ces éléments qu'il conçoit les idées nouvelles et tente de les réaliser. Les Français et les autres peuples de l'Europe interprétèrent ainsi les principes de la Révolution, et les adaptèrent aux traditions de leur passé.

Je n’ai point la prétention d’avoir réussi à expliquer ces grands phénomènes historiques, mais j'estimerais que mon travail n’a point été inutile, si je parvenais à ce résultat montrer dans la Révolution française, qui apparaît aux uns comme la subversion, et aux autres comme la régénération du vieux monde européen, la suite naturelle et nécessaire de l’histoire de l'Europe, et faire voir que cette révolution n’a point porté de conséquence, même la plus singulière, qui ne découle de cette histoire et ne s’explique par les précédents de l’ancien régime.