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L’EUROPE

ET LA

RÉVOLUTION FRANÇAISE

ALBERT SOREL DK LÀCÀDÉIIIK FRANÇAISE

HUITIÈME PARTIE

LA COALITION, LES TRAITÉS DE 1815

1812-1815

CINQUIÈME! ÉDITION

PARIS

LIBRAIRIE PLON

PLON-NOURR1T et O, IMPRIMEURS-ÉDITEURS

S, RUE GARANCIÉRE — &

1904

Tout droit» réserves


HARVARD UNIVERSITY UBRARY


LA COALITION

LES TRAITÉS DE 1815

LIVRE PREMIER

LA COALITION
CHAPITRE PREMIER

DÉFECTION DE LA PRUSSE ET DE L'AUTRICHE

1812-1813

I

Le ressort de la grande armée était faussé L’hiver ne s’annonçait pas encore que, débandée, elle s’éparpillait déjà. L’avarice, du haut en bas, détruisait la discipline. On ne pensait qu’à garder son butin et ses provisions. Brusquement, le 4 novembre, la neige tomba, puis, le 6, le froid prit, subit et intense. Napoléon se trouvait ce jour-là non loin de Smo-lensk, à Dorogobuje. Il y reçut le premier avis de la conspira-

Ouvrages de : Faim, Bignon, Thiers, Ernouf, Lefebvre, de Martens : Traités de la Russie, Ranke, Duncker, Oncken, Pertz, Cavaicnac, Fournier, Arneth, Birnhardi.

tion de Mallet. L'émotion qu'il en ressentit fut profonde. Paris ne connaissait point encore le grand échec; rien ne faisait soupçonner en France que la retraite tournait au désastre; et cependant, au seul bruit de la mort de l’empereur, tout l’échafaudage si savamment lié de l’empire avait menacé de s’écrouler. Dès lors, la résolution de hâter son retour s’arrête dans son esprit; dès lors aussi la préoccupation de montrer qu'il est vivant, alerte, et l’importance donnée dans les bulletins à sa santé. Cependant, il différa, pour retenir ce qui subsistait d’armée; il s'exposait même, sans nécessité militaire, et rien que pour relever le moral. Mais tout sombrait. L’inhumanité montait avec la misère et le désespoir; l’égoïsme devenait féroce. Plus de prestige, plus de grades, c’est la lutte pour la vie dans toute son horreur. Ney commande l’arrière-garde, en combattant, le fusil à la main, comme en l'hiver de 1793. Les soldats lui obéissent non parce qu’il est maréchal et duc — qu’est un maréchal sans chevaux, sans escorte, sans conseils de guerre, les bottes boueuses, la tète affublée d’un foulard sous le chapeau déformé? — On lui obéit parce qu’il se révèle chef, du droit de sa valeur. 11 fut la conscience et l’honneur dominant cette foule inconsciente et stupéfaite qui rampait sur la neige.

Aux bords de la Bérésina, vers le 22 novembre, il y eut dégel et débâcle, l’abime de la boue, l’empoisonnement du marécage, pire encore que le froid. Les ponts restèrent longtemps libres. Les troupeaux d’hommes, harassés, se couchaient, refusant d’aller plus loin ; puis, â l’approche des Russes, ils voulurent passer tous à la fois, se bousculèrent, se jetèrent dans l’eau qui charriait, rompirent les ponts.

Napoléon, jusque-là, dans ses lettres, avait dissimulé : quelques mots seulement, brefs et imprécis. Devant cette déroute hideuse, il avoua. « L’armée est nombreuse, mais débandée d’une manière affreuse. 11 faut quinze jours pour la remettre aux drapeaux; et quinze jours, où pourrait-on les avoir?... Peut-être cette armée ne pourra-t-elle se rallier

CATASTROPHE DE LA GRANDE ARMÉE. — 1812.   3

que derrière le Niémen... 1! est possible que jecroie ma présence à Paris nécessaire... Je désire bien qu’il n’y ait à Vilna aucun agent étranger. L’armée n’est pas belle à montrer... Il y a quinze jours que je n’ai reçu aucune estafette et que je suis dans l’absence de tout '... » Dix-huit courriers manquaient. Il les trouva, pour la plupart, le 2 décembre. Ils lui apportaient les détails de l’affaire Mallet et les nouvelles d’Espagne, toujours au pire. 11 écrivit en hâte et partout, envoya Montesquiou à Paris, sans débrider. Au passage cet officier fera mettre dans toutes les gazettes de la Prusse et de la Confédération la a victoire de la Bérésina : 8 drapeaux, 6,000 prisonniers, 12 pièces de canon, » puis, il donnera à Paris, à l’impératrice, « des détails sur la bonne santé de l’empereur et sur l’état de l’armée 8 ». Le XXIX* Bulletin, du 3 décembre, se termine par ces mots : a La santé de Sa Majesté n’a jamais été meilleure. » A Maret : « Nous sommes affamés! »

Les lettres de Paris ne lui laissaient plus de doute : il lui fallait revenir, précéder la révélation sinistre y préparer par gradation les esprits, supprimer toutes réflexions par sa présence, secouer tout l’empire par son énergie. Le 5 décembre, il quitta l’armée dans le plus grand secrët et partit en traîneau pour Vilna. Ainsi, treize ans auparavant, il abandonnait son armée d’Égypte ; mais alors il courait en France pour y réparer les désastres encourus par autrui ; il y arrivait comme l’espérance. Cette fois, le désastre le frappait en son oeuvre propre ; il laissait derrière lui le désespoir, il semait l’inquiétude sous ses pas, il apportait la stupeur et le découragement.

Cependant, à Vilna, Maret, s’évertuait à faire bonne figure, officielle au milieu des diplomates en quête de nouvelles, des agents propagateurs de mauvais propos, des espions de toute sorte, et les plus dangereux, parce qu’ils étaient inévi-

1 A Maret, 29 novembre 1812.

* Molodetcbna, 2 décembre 1812. Montesquiou partit le 3, à la pointe du jour.

4 DÉFECTION DE LA PRUSSE ET DE L’AUTRICHE. — 1812. tables, les officiers en observation des états-majors alliés d’Autriche et de Prusse. Les courriers de Varsovie dénonçaient l’attitude louche des Autrichiens : Schwarzenberg, qui commandait le corps auxiliaire, ménageait les Russes, ménageait encore davantage ses propres troupes. C’était le jeu de 1809 qui recommençait, renversé. De la frontière prussienne, on mandait que Prussiens et Russes, au lieu de se battre, se rapprochaient, échangeaient des émissaires.

Maret apprit, le 28 octobre, l’évacuation de Moscou. Faute de bulletins de victoires, il donnait des fêtes. On dansa prodigieusement durant tout l’empire : dans la Prusse envahie, dans l’Autriche vaincue, dans l’Espagne en feu, à Varsovie, à Vilna même. On dansait chez le commissaire impérial Bignon le 28 novembre ; Maret, tout alarmé qu’il était, fit acte de présence. Brusquement, sur un mot qu’on lui dit, il disparut. Un Polonais, le comte Abranowics, chez qui logeait Bignon, revenait, racontant la vérité sur le passage de la Bérésina. La fête s’arrêta, les danses cessèrent; colloques à voix basse, cris et pleurs de femmes; chacun s’évada, tremblant pour les siens, pour sa patrie.

Le 10 décembre, Napoléon arrivait à Varsovie, où la nouvelle du malheur l’avait devancé. Il trouva le gouvernement dans le désarroi, les Polonais dans le désespoir. Le 11, de Kutno, il écrivit à Maret, qu’il laissait pour couvrir la retraite politique, de notifier son départ aux diplomates et de les inviter à regagner Paris. Une ligne indique qu’il pensait à négocier avec Vienne : « Il faut que l’Autriche ait un ministre capable à Paris. » Le 14, il demande, de Dresde, à l’empereur son beau-père de porter le corps auxiliaire autrichien à 60,000 hommes, et au roi de Prusse d’élever le sien à 30,000 hommes. Il lui dépêche M. de Narbonne, mission de contenance et aussi d’insinuation : un mariage entre le prince royal et une princesse Bonaparte.

Ce qui subsistait de l’armée s’écoulait, calamiteux. On vit arriver, comme un flot mourant, à Vilna, « une espèce de cohue semblable à une légion de réprouvés » . Un officier

nommé Roche, demeuré dans la ville, en fut saisi d'une telle horreur qu'il trépassa. Beaucoup étaient devenus fous. La masse ne se soutenait que par exaltation, entêtement obstiné de vivre. Ils trouvèrent de la paille, du linge, du feu, des vivres; ils purent enfin se repaître; beaucoup en moururent. Puis la dérive continua vers l'Allemagne, fleuve incertain, errant selon toutes les pentes, et ne dessinant son cours que par la frange d’écume sanglante, l’alluvion horrible des cadavres. La Prusse pouvait relever la tête : la grande armée n'était plus qu'un simulacre, et l'immense épouvantail du mois de juin qu'un objet de dérision pour les Prussiens.

Il

La fierté des Russes monte en proportion. Ils se glorifient. Ils se sont révélés à eux-mêmes, ils se sont fait connaître à l'univers : <* Quelle grande nation nous sommes, au-dessus de toutes les autres! » Souvaroff, en 1799, n’a travaillé que pour « des puissances étrangères » , et il n’a pu parvenir à « les délivrer du joug des Français «. Koutousof a sauvé la patrie. Qu’on ne parle pas des Espagnols : à part quelques bandes, ils ne sont ni braves ni actifs; les gentilshommes servent l’usurpateur, les soldats fuient, les généraux se laissent battre ! Qu’on ne parle plus, surtout, du Corse « infâme » : « Ce gueux nous a pris pour des Allemands !» Il ne reste de sa réputation volée qu’un fuyard, « un fat rempli de vanité et de présomption, gâté par la fortune et la lâcheté de ses ennemis et qui perd la tête, le plus lâche des hommes dès qu’il trouve qu'on lui résiste et qu’on le bat » Tchigagof avait fait « le beau rêve de le prendre » au filet, couronnant la campagne par une prodigieuse chasse à l’ours1!...

Alexandre avance vers F Occident en triomphateur du monstre, restaurateur des rois, libérateur des peuples. Il marche dans son rêve de 1804 : Napoléon est atterré, la France en déroute, la révolution refoulée. La suprématie passe au petit-fils de Catherine la Grande, à l'héritier de Pierre le Grand. La paix du continent est désormais une affaire russe. Mais l’enchantement où se trouve Alexandre ne lui fait point perdre de vue les réalités; ce héros regarde à ses pieds. Il y voit la Pologne. Czartoryski réparait avec les circonstances de sa politique ; l'histoire remonte aux conditions de l'automne de 1805, quand les armées russes pressaient la frontière prussienne et qu’on se demandait en Russie si l'on prendrait Varsovie à titre de nantissement, se payant de l’alliance, avant même de l'avoir conclue2 3 4. Czartoryski écrit au tsar, le 9 octobre, le 6, le 27 décembre : « Si Votre Majesté Impériale, au moment où la nation polonaise s’attend à la vengeance d’un conquérant, lui tend la main et lui offre de plein gré ce qui, pour elle, faisait l’objet du combat, l’effet en sera magique9. « Qu’Alexandre exécute ce que Napoléon a fait espérer sans l’accomplir, qu’il ressuscite la Pologne, qu’il la rende aux Polonais et qu’il s’en fasse roi! Quelle entrée en campagne et quel don de joyeux avènement du nouveau César aux nations de l'Europe !

Le héros de la croisade se glorifie; la politique le conseille et le modère. Sans doute il y a des Polonais fascinés par Napoléon jusqu’à l'anéantissement d'eux-mêmes, mais on doit compter avec le caractère de cette noblesse, toujours au galop, empanachée, caracolante, courant aux extrêmes : «un patriotisme, un désintéressement sans bornes, une ambition, une vanité sans frein8. » Il faut davantage encore compter avec la Russie. Les Polonais ont pris part à la guerre; leurs cavaliers sont entrés dans Moscou; le sac de Smolensk, la dévastation du pays ont réveillé les anciennes haines. Les vieux Russes sont tout à la vengeance, et après la vengeance, le mépris. L’annexion pure et simple et l’assujettissement, voilà, selon eux, tout ce que mérite la Pologne et tout ce qu’exige l’intérêt de la Russie 5. Le reste serait un péril, « une combinaison désastreuse ». a J’espère en la bonté divine que toutes ces annonces sont fausses », écrit Woronzof à Rostopchine. « Je sais depuis longtemps que les Polonais désirent que cela soit, leur vanité ne peut pas supporter de ne plus être une nation. Mais... si on ne veut former le royaume de Pologne que du seul duché de Varsovie, cela est ridicule et cela ne contentera pas les Polonais, car ils veulent recréer leur royaume dans son ancienne intégrité et englober tout ce que possèdent et ont possédé l’Autriche et la Prusse... « « La mesure, écrivait Nesselrode à l'empereur, serait éminemment anti-nationale » en Russie; et pour gagner les Polonais, il faudrait sacrifier « au seul plaisir de satisfaire les fantaisies de cette nation légère et inquiète » les territoires attribués à la Russie par les trois partages de 1772 à 1795. Cela « ne peut entrer dans la tête d'un homme raisonnable et sincèrement dévoué aux intérêts de la Russie. » Comment croire « que, dans le cœur d’un Polonais, il puisse jamais entrer le désir d’une Pologne russe? « Us la voudront polonaise; leur donner une constitution nationale, c’est les inviter à l’indépendance. Gomment le tsar concilierait-il ce double et contradictoire caractère, d’autocrate en deçà de la frontière de Pologne, de roi constitutionnel au delà? La constitution de la Pologne sera, par l’exemple, une provocation continue à la révolution. Enfin, pour reconstruire la Pologne entière, il faudra compenser à l’Autriche et à la Prusse et ce qu’on ne leur rendra point et ce qu’on leur devrait demander. Ce serait soulever, au moment de renouer la coalition, cette question de Pologne qui l’a rompue en ses commencements. Elle la romprait encore, et le premier effet en serait peut-être de jeter l'Autriche et la Prusse dans les bras de la France au lieu de les en détacher, ce qui demeure la première condition du succès 1.

C'étaient des raisons d'État. Alexandre en connaissait la valeur. Il ne renonça pas à son rêve favori ; mais il comprit que brusquer les choses serait les compromettre, et, placé, dans la position où se trouvait Napoléon en 1807, il usa des mêmes expédients. Il laissa les émissaires de Czartoryski soulever les Polonais et ajourna les affaires de Pologne. Ce pays demeurait l'enjeu de la partie, que ce fût la Convention révolutionnaire qui fit le jeu, l'empereur Napoléon ou le tsar de Russie, restaurateur du droit!

La Pologne ainsi maintenue hors le droit, la question se posa de l'appel aux autres peuples, de l'emploi que l'on ferait d'eux et de la façon dont on réglerait leur délivrance. En Autriche, tout le monde l'entendait de la façon des vieux Russes à l'égard de la Pologne : exploiter les révolutions nationales, puisque la grande erreur des temps voulait que ce fût le seul moyen de recruter les armées et d'entraîner les soldats; mais, le terrain balayé, user aussitôt de ces mêmes forces pour contraindre les peuples au repos, après les avoir remis en paix. Les Russes allaient entrer en Allemagne. Stein accompagnait Alexandre; il lui adressait notes sur notes. Le poète et publiciste Arndt, réfugié en Russie, l'aidait de toute son ardeur et de toute son éloquence. Stein attendait d'Alexandre ce que Jean de Müller et nombre d'Allemands avaient espéré de Napoléon : la régénération de l'Allemagne. Comme eux, il pensait que l'impulsion ne pouvait venir que du dehors. Il y fallait « unité et célérité ». Ces qualités ne se trouvaient point dans les cours d'Allemagne, parmi aies cabinets, ministres, généraux, maîtresses et valets de chambre8 » qui en formaient tout le gouvernement. Le grand objet, selon Stein, c'est de rendre l'Allemagne aux Allemands, de mettre un frein « à l'esprit séditieux, à la félonie des princes alle-

1 Voir t. II, p. 494; t. III, p. 43, 490; t. IV, p. 42, 84, 444.

1 Mémoires de septembre et novembre 1812.

mands », de balayer de l'Allemagne ces maîtres a qui l'ont indignement trahie » , ces a lâches qui ont vendu le sang de leurs peuples pour prolonger leur honteuse existence » ; d'abolir à jamais « la constitution monstrueuse » des traités de Westphalie, et de « former un empire qui contiendrait tous les éléments moraux et physiques de force, de liberté et de lumière, et qui pourrait résister à l'ambition inquiète de la France » . Qu’en penseraient l’empereur François et Metter-nich, le roi Frédéric-Guillaume et Hardenberg? que penseraient le Bavarois et le Badois, et tous ces confédérés du Rhin qu’il s’agirait de détacher de la France et d'embaucher dans la coalition? Les menacer d'un retour à la suzeraineté de l'Em-pire n’était pas le moyen de les détourner de Napoléon ; on risquait de faire du Corse le conservateur de l'indépendance des rois. Alexandre ajourna encore ce grand problème, mais en donnant à Stein plus de liberté qu'il n'en donnait à Gzarto-ryski ; il n’avait pas à craindre ici de mécontenter ses ministres, ses généraux, ses moines et ses boyards; il permit au Comité allemand de Stein d'agiter à extinction l'Allemagne et de promettre, en son nom, grandeur et liberté à cette nation délivrée, pourvu qu’elle contribuât à sa propre délivrance.

Dans cette Europe arrachée à la suprématie française, jusqu’où pousserait-on le refoulement de la France? On en médita dans la chancellerie russe, en même temps que de la reconstitution de l’Allemagne *. Sur ce grand problème, résolu d’avance en sa pensée, Alexandre, consulta Rou-miantsof etNesselrode, le chancelier en titre et le jeune secrétaire d’État qui s'insinuait de plus en plus dans la confiance du tsar. Roumiantsof opina que la Russie avait reçu d'en haut la « mission céleste » de délivrer et de pacifier l’Europe, de « labourer avec péril tout le champ de la commune européenne » ; mais les autres puissances chercheraient à lui enlever toute part â la récolte : il importait donc que la Russie opérât seule et se payât à sa convenance. Nesselrode

1 Voir t. VI, p. 388, 415, t. VII, p. 159. émit un avis sensiblement différent, et son avis prévalut. La Russie, selon Nesselrode, ne pouvait seule accomplir sa tâche, ou si elle s'y trouvait contrainte, elle n'aurait de ressource que de traiter avec Napoléon, au besoin sur le principe du statu quo, se contentant d’avoir jeté le colosse à terre et rompu le joug du blocus. Mais la Russie n’a pas remporté cette immense victoire pour s’arrêter là « Les cordes sont tendues autant que possible. C’est donc un état de paix stable et solide que réclament les intérêts bien entendus de la Russie, après que ses succès contre les armées françaises ont garanti sa conservation et son indépendance. » « La manière la plus complète dont ce but pourrait être atteint serait, sans doute, que la France fût refoulée dans ses limites naturelles-, que tout ce qui n’est pas situé entre le Rhin et l'Escaut, les Pyrénées et les Alpes cessât d’être soit partie intégrante de l’empire français, soit même sous sa dépendance. »

Arrêtons-nous sur ce texte, il est important pour la suite. Il ne faut point isoler du contexte les mots limites naturelles, il ne faut pas surtout oublier que c’est un ministre russe qui parle à l’empereur de Russie, et que ces mots n’ont point, pour eux, la valeur qu’ils avaient prise en France depuis 1792. Aux yeux de Nesselrode et de son maître, le Rhin est une limite naturelle, de Bâle à la Lauter, comme de la Lauter à Cologne...; la Meuse et la Moselle sont des limites tout aussi naturelles, et de même l'Escaut. Or, dans ce plan de 1812, il s'agit du Rhin, ancienne limite, encore que naturelle, de Bâle à laLauter, et de l’Escaut8. C’est de la sorte que les Russes l'entendaient en 1804, dans les instructions données à Novossiltssof, et c’est en ce sens qu’il le faut entendre dans le mémoire de Nesselrode *. 6 7 8

« C'est là, assurément, conclut Nesselrode, le maximum de tous les vœux que nous puissions former. » Mais, ajoute-t-il, a ils ne sauraient être réalisés sans le concours de l’Autriche et de la Prusse. Le développement extérieur de notre plan est donc subordonné aux dispositions que feront paraître ces deux puissances; il ne pourra se dérouler qu’au fur et à mesure que celles-ci se prononceront9 ; par conséquent, les résultats auxquels nous devons tendre seront aussi plus ou moins limités. Ils consistent... à arracher à la domination de la France le plus de pays possible. » Toutefois, pour ne point révolter les Français et pour ne les point amener à faire cause commune avec Napoléon, on dissimulera cette pensée de derrière la tête jusqu’au moment où elle deviendra réalisable.

Il s'agit d’abord de pousser la guerre. Bernadotte sera le boute-feu de la défection des princes allemands, le boute-en-train de la défection des dignitaires et bénéficiaires de l’empire en France, et, du même coup, l’entraîneur des constitutionnels républicains ou monarchistes a.

C’était le temps de ses hautes coquetteries avec Mme de Staël; le temps aussi, où, par la porte dérobée, il recevait Alexis de Noailles, émissaire officieux de Louis XVIII.

Bernadotte avait cet avantage qu’il entrait dans toutes les combinaisons; il était à la fois le prétendant de Benjamin Constant, l’épée qu’il fallait aux jacobins, le roi qu’il fallait aux constitutionnels, le protecteur de la république des uns, le restaurateur de la monarchie des autres : Cromwell, Monk, Lafavette. Les Bourbons le recherchaient comme ils avaient recherché Pichegru. Bernadotte ne songeait à travailler que pour lui-même. Il se jugeait également apte à tenir lieu de la république, de l’empire et de la royauté, de Napoléon, de Louis XVIII, de Louis-Philippe, voire de son beau-frère, Joseph Bonaparte. Il se piquait de les duper tous, de les empêcher les uns par les autres et, nécessaire à tous, de se

1 CF. Ici instruction! de 1804 et le traité de 1805, t. VI, p. 418.

* Voir t. VII, p. 595.

faire leur arbitre et l’expédient suprême auxquels tous devraient se rallier.

Sa main, très experte, se retrouve dans une autre intrigue qui découvre la subtile profondeur des combinaisons russes et la connaissance singulière qu’avaient Alexandre et ses agents des illusions des Français. Le dessein n’était pas nouveau. On y avait pensé en 1805 ; Strogonof le conseillait en 1807 ; il en avait été question à Abo entre Bernadotte et le tsar : il s’agissait de gagner Moreau à la coalition. Ce n’était point pour opposer à Napoléon un capitaine, son rival au temps où ils combattaient sous le même drapeau, et qui passait pour son maître dans l’esprit des frondeurs de Paris, depuis que Bonaparte l’avait banni. Les Russes ne croyaient pas avoir besoin de lui ; ils s’estimaient de taille à démasquer le faux grand homme; Moreau ne leur semblait utile que pour rassembler en France et rassurer les anciens républicains, les libéraux, désaffectionnés de Napoléon mais toujours attachés à la gloire de la France et intraitables sur l’article des limites. Comment croire que les coalisés songeaient à démembrer, à ravaler la république, lorsqu’on verrait à la tête de leurs armées le héros de Hohenlinden, la victime du procès de Pichegru, l’exilé de 1804

Avec l’Autriche, la nécessité pressait. Sans doute l’arrangement très secret conclu à Vienne en juillet8 avait servi, comme on dit aujourd’hui, de contre-assurance à la Russie et paralysé les effets du traité du 14 mars avec Napoléon. L’Autriche s’était montrée, envers la Russie, loyale en cette déloyauté; mais il importait d’étendre à la campagne nouvelle les mêmes accommodements, d’empêcher l’Autriche de fournir des secours à la France, enfin de l’attirer à la coalition. 11 restait à Vienne, même après la rupture officielle, un agent russe, M. d’Ott, qui, sous main, entretenait les fils9 10 11. Le

5 novembre on y vit arriver un M. de Boutiaguine : il fut reçu en grand mystère par Metternich et développa les propositions que le tsar avait fait exposer par Lieven dans sa lettre du 2 octobre f. Rasoumowski, demeuré à Vienne, à titre de particulier, renouvela, quinze jours après, les mêmes instances près de Metternich : « L’Autriche n’est-elle pas disposée à saisir le moment favorable pour rompre avec la France et se lier à la Russie? » Metternich se déroba. Alexandre jugea, justement, qu’il faudrait d’abord lui forcer la main, et la combler ensuite. Connaissant sur cet article les vues du général en chef, Schwarzenberg, il ne perdit pas un temps précieux à négocier prématurément une alliance, et il alla droit au premier chapitre : établir en droit la neutralité qui existait en fait depuis le commencement de la guerre entre les Russes et le corps auxiliaire qui se retirait, méthodiquement, devant eux. Il dépêcha, dans les derniers jours de décembre, Anstett au quartier général de Schwarzenberg, avec la mission d’offrir et le pouvoir de conclure un armistice. Puis il se retourna vers la Prusse, estimant qu’il en pouvait user plus délibérément avec cette cour et que, la Prusse gagnée, elle entraînerait l’Autriche.

Les relations personnelles n’avaient jamais été rompues entre les deux souverains ; encore qu’officiellement en guerre, ils s’en tenaient à cette parole de Frédéric-Guillaume, en mars 1812 : a Nous nous rappellerons toujours que nous sommes unis, que nous devons toujours redevenir alliés *. »

La Prusse était la puissance qui avait le plus souffert de Napoléon, et celle dont le territoire se rencontrait le premier devant l’armée russe. C’était en ce passage qu’il fallait sonner les premiers coups de cloche et donner le premier coup de barre : l’appel aux rois et l’appel aux peuples. D’autre part, si le dessein sur la Pologne se devait réaliser, la Prusse serait la première des puissances intéressées qu’il con-

1 Cf. t. VII, p. 592.

1 Cf. t. VII, p. 555.

viendrait de désintéresser; il s'agissait d'obtenir d'elle qu'elle renonçât, en faveur de la Russie, à recouvrer ses provinces polonaises, Posen et Varsovie, et qu'elle cherchât ailleurs ses convenances. Lieven l'avait écrit à Hardenberg dès le 2 octobre 12. Le colonel Boyen avait rapporté ces paroles du tsar : « Si le roi y accède — à l'alliance, — je lui garantis non seulement toutes ses possessions actuelles, mais je m’engage à ne poser les armes que lorsque le roi sera rentré dans la possession de toutes les provinces qu’il a perdues en Allemagne ou aura été indemnisé d'une autre manière, nommément par la Saxe, qui me parait convenable pour cela. » Les provinces, Alexandre les occupait déjà en grande partie, et il y avançait tous les jours; restait à engager le gouvernement prussien et à le compromettre avec Napoléon de telle sorte qu’il se trouvât à la discrétion de la Russie et n'eùt de salut que dans l’alliance russe.

Les Russes s’étaient ménagé un accès près du général York, qui servait dans le corps auxiliaire *. A la suite d’une maladie du général en chef, Grawert, York avait pris le commandement de ce corps. Le 1" novembre, le général russe Essen lui écrivit de Riga, lui annonçant la retraite de Napoléon : « Il dépend de vous de rompre les chaînes de la Prusse : enfermez Macdonald à Mittau, marchez sur la frontière prussienne; votre exemple exaltera vos concitoyens, vous pouvez être le libérateur de votre patrie et de l’Allemagne entière! » York envoya cette missive au roi. Sur ces entrefaites, un Italien fort délié, le marquis Paulucci, remplaça Essen au gouvernement de Riga. 11 écrivit, le 14 novembre, à York, le pressant de suivre l’exemple de l’Espagnol La Romana8.

« York, rapporte un contemporain, est un homme d’un grand caractère et d’une intrépidité héroïque au feu; mais il est d’un caractère dur, intraitable; il est violent, haineux et grossier, et il est difficile de l'avoir comme camarade et comme subordonné !. » Plus difficile encore de le prendre pour dupe. Homme à jouer sa tête pour rompre le joug de Napoléon, il n'entendait pas se livrer les mains liées à Alexandre. Il répondit finement, le 20 novembre : » Le cas de La Romana n'est pas le mien. La Romana savait ce qu'il pouvait attendre, pour sa patrie, des alliés auxquels il se donnait. » York dépêcha un de ses aides de camp au roi, demandant des instructions, et un autre à Vilna pour s’y assurer de l'état des choses. Get officier était de retour le 8 décembre. II peignit les revenants, des fantômes et des larves d'armée. York se rassura. Alexandre lui fit alors savoir par Paulucci qu'il s'engageait à ne pas poser les armes tant qu'il n'aurait pas réussi à obtenir pour la Prusse un agrandissement territorial assez considérable pour lui faire reprendre parmi les puissances de l'Europe la place qu'elle occupait avant la guerre de 1806. Ce jour-là même, 18 décembre, Macdonald commençait sa retraite de Mittau sur Tilsit.

Macdonald, sans deviner tout le péril, conçut des soupçons et en avertit Berthier. « Le général York, écrivait-il le 2 décembre, ne remplit absolument que le plus strict devoir et ne se conduit que pour sauver les apparences et l'honneur des armes prussiennes. » Quelques jours après, il réclama formellement le rappel d'York et de plusieurs de ses officiers a.

III

A Berlin, Hardenberg et son maître y mettaient plus de formes, et le ministre de Napoléon, Saint-Marsan, y apportait infiniment moins de clairvoyance. Hardenberg correspon-

dait avec Metternich. II n'osait pas encore s'abandonner à l’espérance en un retour de fortune. II ne pouvait croire à l'étendue de la défaite de Napoléon, il redoutait ses terribles ripostes. Le 30 novembre arriva le capitaine de Schack, aide de camp d'York : ni le roi ni son ministre ne consentirent à donner un ordre qui les pût compromettre.

Le chancelier redoubla ses protestations à Saint-Marsan, qui redoubla de crédulité : « Je le trouve toujours — le chancelier — aussi confiant et aussi sincère que par le passé, et il est d'un caractère tel qu'il dissimulerait difficilement des projets de changement de système politique... Quelques marques publiques de bienveillance et d’intérêt pour ce pays de la part de Sa Majesté l'empereur, quelque démonstration qui procurerait de la confiance, de la satisfaction pour la conduite tenue pendant la campagne, feraient, je crois, un très grand effet et rendraient absolument nulles les menées de quelques intrigants13 ».... Le 14 décembre le passage de Napoléon à Dresde est connu à Berlin. Le lendemain, une lettre de M. de Serra, ministre de France à Dresde, annonce l’arrivée prochaine de Narbonne à Berlin, avec une mission pour le roi, et l’ordre à Saint-Marsan de remettre une lettre de l’empereur à Frédéric-Guillaume*. La lettre, datée de Dresde, le 14 décembre, demande que le corps auxiliaire prussien soit porté à 30,000 hommes. Saint-Marsan se rend aussitôt chez Hardenberg afin d’obtenir une ordonnance du roi. Il trouve le chancelier « dans le meilleur esprit » , « probe, loyal », à son habitude. II montre la Prusse si pénétrée de sa fidélité qu’elle en réclame déjà la récompense. Hardenberg, écrit-il, pense et insinue que lors de la paix « habile et solide », l'empereur, pour « se former une alliée constante de la France et une barrière du nord «, pourrait se proposer « non de réunir la Pologne à la Prusse, mais de faire le roi de Prusse roi de Pologne... ».

Frédéric-Guillaume reçut Saint-Marsan à Potsdam, le 16. « J’ai trouvé, mande cet imperturbable optimiste, le roi dans les meilleures dispositions, s’abandonnant à toute la loyauté et la franchise de son caractère, jugeant les choses sainement et calculant le génie et la force de Votre Majesté *. » Le roi lit la lettre de Dresde, « proteste de son attachement au système qu’il a adopté, qu’il ne changerait jamais » . Il l’entend, sans doute, du système qu’il suit depuis novembre 1805, et Saint-Marsan du système de fidélité à l’alliance forcée de 1812 ; puis, après avoir demandé le temps de réfléchir, il a glisse » que la limitation de ses forces à 42,000 hommes8 lui rend bien difficile de déférer au désir de l’empereur et que, d’autre part, si Napoléon évacuait les places prussiennes, il disposerait des troupes d’occupation : les Prussiens les remplaceraient dans les garnisons, avec tout avantage. C’était prendre habilement le joint et profiter du premier aveu d’embarras de Napoléon pour se débarrasser de ses entraves. D’ailleurs, redoublement de politesses. Informé du passage prochain de Maret, le roi offre de lui meubler un hôtel, met ses carrosses et sa livrée à sa disposition, empressé de montrer au public, « en ce moment, le cas qu’il fait d’un ministre de Sa Majesté » . A travers ce verbiage onctueux s’infiltre la première insinuation de cette entremise de l’Autriche qui va devenir la clef de la politique européenne. «Je n’ai aucun motif, écrit Saint-Marsan, de soupçonner que la cour de Russie ait fait jusqu’ici quelque proposition à celle-ci; mais le baron de Hardenberg m’a dit qu’il croyait être assuré qu’on en a fait à celle d’Autriche pour chercher à la détacher de l’alliance de Votre Majesté; qu’il a été répondu que l’Autriche ne changerait point de système, mais qu’elle se chargerait de transmettre à Votre Majesté Impériale et Royale des propositions de paix si la Russie le désirait *. »

1 A Napoléon, 17 décembre 1812.

• Cf. t. VII, p. 298.

’ Rapport à l’empereur, 19 décembre 1812. — Cf. ci-dessus, p. 14; ci-après, p. 33.

Cependant les événements se précipitaient. York risquait de se trouver acculé à quelque extrémité redoutable. On ne pouvait indéfiniment le laisser sans réponse; on lui adressa celle-ci, le 21 décembre : Se garder des incartades, ne point trop tendre la corde, ne point oublier que Napoléon était homme de génie, inépuisable en ressources; se conduire, d’ailleurs, d’après les circonstances. Rien n’était prescrit, rien n’était défendu; on s’en remettait à York; on se réservait de l’approuver ou de le désavouer, ce qui permettait, en attendant « les circonstances », de protester de la ferme intention où l’on était de persévérer dans l’alliance.

Maret arriva le 23 décembre, vit le roi, vit Hardenberg, et se laissa persuader par la loyauté du geste, la loyauté de la physionomie du roi, l’adresse de Hardenberg à insinuer que la loyauté est le plus fin des calculs. » Le travail pour l’augmentation du contingent n’est pas encore signé, dit ce ministre; mais l’approbation du roi est certaine. »

Les Prussiens avaient eu longtemps la neutralité dans l’àme; la duplicité, depuis 1807, en avait pris la place. Malgré le désastre de la grande armée, Macdonald demeurait intact et se rabattait sur la Prusse; Augereau occupait toujours Berlin avec 12,000 hommes, et tant qu’il serait-là, un fructidor prussien semblait toujours à craindre : ce duc sans-culottes demeurait homme, dès la première alerte, à traiter le roi de Prusse, ses ministres et toute sa cour comme il avait à Paris, en 1797, traité les mandataires du peuple souverain. Ajoutez que ce double jeu, qui était pour eux une nécessité, entrait aussi dans leurs goûts et leurs calculs. « Pourquoi, écrivait naguère Hardenberg dans son journal, n’écraserait-on pas les Français dans la retraite? « « 11 faut frapper et anéantir», mande le roi à son ministre Mais si c’était bien réellement leur pensée de derrière la tête, ils ne se la confiaient qu’à l’oreille, portes closes. Us se flattaient de trouver en Autriche une double garantie, tant contre les Russes, alliés

1 28 décembre 1813. Onckeüv, O. und Pr. de demain, que contre Napoléon, allié d'hier, les Russes réclamant le passage et Napoléon réclamant des soldats pour leur barrer la route. Hardenberg, An ci lion, Knesebeck tinrent conseil le 25 décembre. L’heure attendue avec tant d’augoisse depuis six années, l’heure des résolutions viriles avait sonné. Ils le reconnaissent, mais ils concluent que si le moment d’agir est venu, les circonstances commandent d’agir avec circonspection. C’était l’avis du roi. On convint donc d’entrer en négociations avec Vienne, d’y envoyer Knesebeck, et l’on s’occupa de dresser ses instructions en conséquence.

Il devait s’assurer des intentions de l’Autriche; si l’Autriche est décidée à se tourner contre la France, Knesebeckdéclarera que telle est aussi l’intention du roi, mais que la Prusse ne peut actuellement prendre l’initiative. Elle arme, mais tant que l’alliance entre Vienne et Berlin ne sera pas conclue et que les armements ne seront pas achevés, « il sera de toute nécessité de garder comme précédemment les apparences d’une harmonie parfaite.avec la France ». Le roi souhaiterait pour la Prusse la restitution intégrale des territoires qu’elle possédait avant 1805, pour l’Europe l’état de paix des traités de Lunéville et d’Amiens, pour l’Allemagne la dissolution de la confédération du Rhin et le partage de la suprématie entre le Nord, à la Prusse, et le Sud, à l’Autriche, le Mein marquant la séparation. Mais, ajoutaient les instructions, «jusqu’à ce que tout soit mûr pour l’exécution du plan, l’intérêt des deux puissances exige de continuer à jouer avec autant de circonspection que d’adresse, le rôle d’allié fidèle de la France et de la tenir en parfaite sécurité, de ne point décliner expressément de nouvelles exigences de sa part et de la nourrir de vaines espérances » . Sous ce manteau, la Prusse pourra pousser ses préparatifs : les troupes auxiliaires à fournir à la France y serviront de prétexte. Hardenberg écrivit à Gneisenau à Londres: «Napoléon exige l’élévation à 30,000 hommes du corps auxiliaire. Il exige un cordon sur le haut Oder. Nous en profitons pour augmenter notre armée et concentrer nos

80 DÉFECTION DE LA PRUSSE ET DE L’AUTRICHE. — 1818.

forces, comme nous l’avions fait et projeté au printemps de l’année passée »

Mais il fallait sauver les apparences, Frédéric-Guillaume dissimulait si bien ses desseins, que son peuple n’était pas éloigné de lui imputer sa conduite à trahison. Chacun, à la vue des épaves de la grande armée, mesurait l’étendue du naufrage et se rendait compte que l’occasion s’offrait du salut, puis de la revanche. On peut dire que toute la Prusse en était convaincue ; elle demandait à courir aux armes, et ne s’expliquait ni l’état de génuflexion où son roi demeurait devant l’empereur, ni ces levées d’hommes destinés à combattre contre leur patrie ; on s’étonnait, on se scandalisait de l’intimité affichée avec Saint-Marsan, de tant de dîners offerts en gala et très ostensiblement aux Français en résidence ou en passage, à Maret, à Augereau, à Narbonne enfin, qui avait précédé Maret, qui resta après lui et qui poussait sa petite entremise matrimoniale.

Hardenberg ne découvrait pas sans humeur, dans les agitations du public, dans les menées des sociétés secrètes, la main de l’homme qu’il considérait comme un dangereux révolutionnaire, Stein. «Rien déplus urgent, sans contredit, écrivait-il, que de réprimer dans le principe ces effervescences v. « 11 est bien triste, disait Ancillon, que depuis 1809 il se soit répandu dans les esprits des maximes subversives de tout ordre social. Beaucoup de gens se sont persuadé que la nation pouvait prendre l’initiative, et que cette nation, c’est eux. Il faut les réprimer, c’est le meilleur moyen de donner de la confiance aux Français. » Les peuples ne comprennent point ces politiques à double et à triple fond. Il leur faut honorer ce qu’ils aiment et croire à la beauté de la cause à laquelle ils se sacrifient. Les diplomates ont tendu d’illustres pièges : ils n’ont jamais, par le jeu de leurs machines, soulevé d’enthousiasme. La Prusse attendait non des conseils de prudence, des ordres de se taire et de se tenir coite, mais le

1 Hardenberg à Gneiienau, 89 décembre; Instruction à Krusemarck, 31 dé* cembre 1818; Instruction à Knesebeck, 8 janvier 1813. Onckex.

cri de guerre, la sonnerie des trompettes. York fit le geste et donna le signal impatiemment guetté.

Investi de la plus redoutable responsabilité envers son pays, York ne s'inspira que du sentiment politique : il fut peuple et il agit comme eût fait un pauvre soldat placé aux avant-postes en sentinelle perdue, comme agissait le dernier des paysans de la vieille Prusse en voyant arriver les libérateurs. Le roi lui avait laissé l'option entre la servitude militaire et le devoir civique, entre la discipline et la conscience nationale : ce soldat obéit à la voix qui partait de plus haut et commandait le plus impérieusement. Mais ce soldat à l'àme prussienne était en même temps un Prussien retors et avisé. Il fit un acte qui décida des destinées de son pays ; il le fit à la fois d'instinct et de conseil : il fut téméraire, et le fut avec politique. Le 2 janvier 1813, le roi et Hardenberg s’évertuaient encore à nager entre deux eaux, osant à peine affleurer à la surface pour respirer un instant, lorsqu'ils apprirent que la défection qu'ils travaillaient à filer avec une industrie si insidieuse, un corps de l’armée prussienne l’avait spontanément consommée. Le drapeau était engagé, l’honneur du roi compromis et la nation appelée aux armes par un formidable coup de clairon : la guerre d’indépendance s’annoncait comme une révolution.

Macdonald opérait sa retraite surTilsit, laissant York et ses Prussiens à l’arrière-garde. York se retirait très lentement; les Russes l’inquiétaient peu; cependant, il advint que, le 24 décembre, le général russe Diebitsch le coupa de Macdonald. Le soir même, York et Diebitsch se rencontrèrent aux avant-postes. Diebitsch déclara qu'il avait ordre de ne point traiter les Prussiens en ennemis, et que les généraux russes possédaient des pouvoirs pour conclure une convention de neutralité. York ne se prononça sur rien, ne prit point de parti, mais il laissa les Russes se mettre en position de lui barrer le chemin. Le 26, il reçut un message de Paulucci, avec la lettre d'Alexandre du 18, qui offrait l'alliance et promettait la reconstitution de la Prusse. C'était de quoi réfléchir. Faute n DÉFECTION DE LA PRUSSE ET DE L’AUTRICHE. — 181Î. d’ordres de Berlin, York temporisa encore et revit Diebitsch. Ils 'convinrent que les hostilités cesseraient de fait, et qu’ils manœuvreraient l’un et l’autre de façon à paraître, Diebitsch couper la route, et York se dérober devant des forces supérieures1. Par cet arrangement verbal, il croyait avoir évité toutes difficultés. Il envoya, le 27, à Berlin, le comte Henckel de Donnersmarck pour en instruire le roi. Le 29, il s’arrêta à Tauroggen, tout près de la frontière prussienne : c’est là que le trouva Seydlitz, un de ses envoyés, qui revenait de Berlin, avec la remarquable instruction de ne point faire « d’incartade » , d’agir selon les circonstances, et pour toute lumière l’avis que le roi demeurait attaché à l'alliance française. Il reçut le même jour un billet de Macdonald l’invitant à le rejoindre à Tilsit.

Les Russes mesuraient toutes les conséquences de la défection d’un corps prussien, à la première rencontre, au seuil de F Allemagne. Clausewitz, qui accompagnait l’armée russe, augurait mal des hésitations d’York. Il se rendit à Tauroggen, où il arriva le soir du 29 ; il portait une lettre de l’état-major russe, déclarant que l’armée de Wittgenstein serait le 31 sur la rive gauche du Niémen, coupant la route de Tilsit à Kœnigs-berg. York ne lui laissa pas le temps de lui remettre le pli. Dès qu’il l’aperçut, il l’apostropha : « Arrière! ne m’approchez pas!... Je ne veux plus avoir affaire à vous. Vos damnés cosaques ont laissé passer un message de Macdonald qui me prescrit de marcher sur Piktupohnen, et d’y opérer ma jonction avec lui. 11 n’y a plus à hésiter : vos troupes n’arrivent pas, vous êtes trop faibles; il faut que je marche; je vous interdis toutes ces négociations qui finiraient par me coûter la tête ! » Clausewitz pria York de lire, avant de pousser plus loin, la lettre qu’il lui apportait. Lorsqu’il se rendit compte du péril où le plaçaient les progrès de Wittgenstein, et apprit que, faute de se décider avant le 31, il serait traité en ennemi, York changea de langage. « Clausewitz, dit-il,

1 Comparez, en 1794, les manœuvres de Mœllendorf préparant la défection de l’Autriche et amorçant les pourparlers de Bâle, t. IV, p. 138.

vous êtes un Prussien. Croyez-vous à la sincérité de cette lettre? Pouvez-vous me donner votre parole d'honneur que Wittgenstein sera réellement, le 31, aux points indiqués là?» Clausewitz se porta garant de la sincérité de la déclaration; quant à l'exécution, il se réserva : « Votre Excellence sait qu'à la guerre, avec la meilleure volonté du monde, on est souvent forcé de rester en deçà des lignes qu'on s'est prescrites. » York avait fait appeler son chef d'état-major. Il demeura quelques instants pensif, puis, prenant la main de Clausewitz : « Vous me tenez. Dites au général Diebitsch que nous nous parlerons demain matin au moulin de Posche-run et que d’ores et déjà je suis résolu à me séparer des Français et de leurs affaires. » Il ajouta : a Je ne ferai pas les choses à demi; je vous procurerai aussi Massenbach. »

Massenbach commandait la partie du corps auxiliaire qui avait suivi Macdonald. York avait sous la main un officier de cavalerie de cette troupe ; il lui demanda : « Que dit-on dans les régiments? » Et comme l’officier ne trouvait point de paroles pour exprimer la joie de ses camarades à la pensée de rompre avec les Français : « Vous avez beau dire, vous autres jeunes gens; moi, vieillard, je sens ma tête branler sur mes épaules. » Il réunit ses officiers et leur dit * « Messieurs, l'armée française est anéantie par la main vengeresse de Dieu. Le moment est venu où nous pouvons recouvrer notre indépendance en nous réunissant à l’armée russe. Que ceux qui sont décidés comme moi à sacrifier leur vie pour la patrie et pour la liberté me suivent; que les autres se retirent... Si l’affaire tourne bien, le roi me pardonnera peut-être; sinon j’y perdrai ma tête. En ce cas, je recommande à mes amis ma femme et mes enfants. » Un cri unanime lui répondit : « Nous sommes avec vous ! »

Le lendemain, 30 décembre, le matin, Diebitsch, accompagné de Clausewitz et du comte Dohna, rencontra au moulin de Poscherun York, qui avait amené avec lui le colonel de Rœder et le major de Seydlitz : six personnes, dont cinq Prussiens de naissance. Clausewitz et Dohna étaient déjà au service 24 DÉFECTION DE LA PRUSSE ET DE L’AUTRICHE. — 1812. russe; les autres se donnèrent à la Russie. Séance tenante, la convention fut signée. C'était un arrangement tout militaire, sans le plus léger appoint de politique. Les Prussiens délimitaient le territoire qu’ils occuperaient entre Memel et Tilsit; ce territoire et leur corps d'armée seraient en quelque sorte neutralisés et le demeureraient jusqu’à ce qu'il eussent reçu les ordres du roi. En tout cas, ils auraient le passage libre et s’engageaient à ne point servir contre la Russie pendant trois mois. La chose faite, York expédia deux lettres qu'il avait préparées, l'une pour Macdonald et l'autre pour le roi, très sommaires l.

Massenbach et son détachement reçurent l'ordre de quitter Macdonald. Le 31 décembre, au matin, ils avaient disparu. Macdonald en apprit la nouvelle en même temps qu'il recevait la missive d’York a. Il décida aussitôt d'évacuer Tilsit. York l’y remplaça le 1er janvier 1813. Le 3 janvier, ce général adressa au roi une seconde lettre, développée celle-là, et où il expliquait les motifs de son acte, a Je l'ai fait sans l’ordre de Votre Majesté. Les circonstances et de graves considérations le justifieront près des contemporains et de la postérité... Il est réservé à Votre Majesté, comme en 1805, d’être le libérateur et le protecteur de ses peuples et des peuples d’Allemagne. 11 est trop évident que la main de la Providence a tout conduit... Mais l’occasion veut être saisie rapidement. Maintenant ou jamais, c’est l’heure de conquérir la liberté, l’indépendance, la grandeur... Il fallait un exemple aux pusillanimes; F Autriche suivra celui de Votre Majesté... Je ne lui demande aucune considération pour ma propre personne. De quelque façon que je meure, je mourrai pour Elle. »

Le premier anneau de la grande armée cosmopolite était rompu; le premier coup de la révolution nationale de l’Europe était porté, le système des alliances de Napoléon brisé. L’exemple allait être contagieux en Allemagne, c’était comme

1 Martens, t. VII, p. 60.

1 Macdonald, Souvenirs, p. 184 et suiv., lettre du 31 décembre 1812.

un tocsin qui allait retentir dans toute la Confédération. Peu de chose sans doute, à côté d'une catastrophe comme celle de la grande armée, que la marche à droite ou à gauche d'une dizaine de mille Prussiens; mais grand'chose que la défection du plus enchaîné, du plus craintif, du plus abaissé des vaincus de Napoléon, devenus par force ses alliés.

L'acte de Tauroggen portait immensément loin, et l’on n'exagère point en rapprochant, pour l'étendue, ces conférences de décembre 1812, dans les plaines de Pologne, de ces autres conférences, également confuses, inquiètes, obscures, qui avaient amené, en 1792, Brunswick à battre en retraite dans les plaines de la Champagne. Comme l'acte de Brunswick, celui d'York ne s'explique que par l'allure générale, l'atmosphère, le vent qui passe, le temps, en un mot ce qu'on appelle fatalité, parce que la direction en échappe à la volonté individuelle et que tout s'opère par le concours de tous. A la fin comme au début de la grande guerre, la Prusse marquait le pas et donnait le signal d'une de ces évolutions des choses qui faisaient dire à Gœthe le soir de Valmy : « C’est une ère nouvelle qui commence » . C’en était une, en effet, et le revers de l’autre : défection de la Prusse à l’Europe des rois alliés contre la Révolution française, en 1792; défection à la France, en lutte contre l’Europe des nations insurgées, en 1812.

Voilà de ces actions que le roi de Prusse ne pouvait concevoir. Sa vanité royale les désapprouvait quand il ne les commandait pas, et il n'entrait pas dans son caractère de roi de les commander jamais. York, par son appel bruyant de trompettes, déconcertait la fugue pédante et morne de la musique officielle prussienne. Un général s'était permis d'agir de lui-méme, sans ordre, ce qui équivalait à désobéissance et presque à trahison! Le prince, en tant que chef d'armée, s'en froissa; sa politique s’en trouva bouleversée dans toute ses machines et, à les voir, tout d’un coup, branler et s’enchevêtrer dans leurs courroies, il sentit le vertige; mais le fond de l’homme était brave, le fond du roi était patriote, et ce prince, éternelle victime de son indécision, éprouva un battement de cœur en voyant qu'un de ses sujets avait osé accomplir ce qu’il n’osait point même penser, et lui disait la volonté publique : vox populi, vox Dei. Toutefois, il n’en fallait rien laisser paraître, ni même se l’avouer, en prendre conscience. Le premier mouvement, le naturel, fut la joie; le second, l’humeur et l’inquiétude; le troisième, la dissimulation.

Le 2 janvier, raconte le prince Guillaume — le futur empereur d’Allemagne, — « il était trois heures, le roi allait sortir pour sa promenade quotidienne — à Potsdam — avec le prince royal, le prince Frédéric et moi, — lorsque le comte Henckel parut dans l’orangerie du nouveau jardin, où nous avions dîné... Le roi s’éloigna avec lui... Au bout d’une demi-heure, pleine d’anxiété pour nous, il revint. Sa physionomie respirait un air de satisfaction que nous ne lui avions pas vu depuis longtemps : elle nous réjouit d’autant plus qu’elle contrastait davantage avec les paroles qu’il nous adressa : — Le comte Henckel m’a apporté une fâcheuse nouvelle : York a capitulé avec son corps; ils sont prisonniers des Russes; les jours de 1806 semblent recommencer. — Nous demeurâmes pétrifiés. »

Hardenberg se montrait, en ces rencontres, homme de belle tenue et ne perdait point la tête. Il alla au plus pressé et pensa tout de suite au changement que ce coup de partie apportait au grand jeu des indemnités et compensations. Les offres réitérées d’Alexandre, par Lieven, par Boyen, par Pau-lucci prenaient un tout autre caractère après l’acte d’York; il devenait évident que les affaires finiraient, après plus ou moins de détours, par cet accommodement. Hardenberg changea de front. L’instruction dressée pour Knesebeck, à Vienne, subordonnait toute l’action de la Prusse à une entente avec l’Autriche. Hardenberg y ajouta, ce jour-là même, 2 janvier, ce post-scriptum que : « dans le cas où les Russes franchiraient la Vistule et se présenteraient sur l’Oder, le roi ne veut rien conclure avec eux sans l’assentiment de l’Autriche ; mais il souhaite cet assentiment et, selon lui, il est de Tinté-rét de l’Autriche de le donner. » Ce n’était point une mince affaire à conduire : il fallait faire face de tous les côtés et ruser avec tout le monde; avec Saint-Marsan, Narbonne, Augereau pour les tenir en illusion, les persuader qu’on demeurait fidèle, le déclarer au peuple prussien, par tous les discours officiels, tous les gestes ostensibles, c’est-à-dire afficher la défection à la cause nationale afin de voiler la défection à l’ennemi; ruser avec York de façon qu’il ne pût ni se dire ni même se croire approuvé ; tâcher de démêler le jeu d’Alexandre, s’il était sincère dans ses offres et de quelle façon il entendait la reconstitution de la Prusse et de l’Allemagne; ne se point livrer à lui, tout en s’assurant son alliance ; s’assurer l’Autriche, au besoin, contre les Russes, s’ils visaient à la suprématie à la manière de Napoléon, et cependant ne se point lier avec l’Autriche au point de ne pouvoir traiter avec Alexandre si l’on y trouvait son intérêt; enfin paraître désolé quand, au fond, on exultait.

Le soir, il se donnait un bal où les princes étaient conviés. Ils refusèrent de s’y rendre. « Et pourquoi? leur dit le roi. Ce n’est pas cela qui peut vous en détourner. « Le lendemain,

Saint-Marsan ne savait rien encore ; la prudence commandait de le laisser, jusqu’au bout, cuver sa confiance. Le

Rapport de Saint-Marsan, 4 janvier 11813. Fais, Manuscrit de 1813. — Villemaix, Souvenirs.

Il propose de destituer York, de le faire arrêter s’il est possible, de donner le commandement au général Kleist, de rappeler les troupes..., d’envoyer le prince Hatzfeld à Paris. » Narbonne et Saint-Marsan se rendirent chez le roi, qui prodigua les assurances de loyauté, les témoignages d’indignation. On leur raconta que les premiers mots de Frédéric-Guillaume avaient été : « Il y a de quoi prendre une attaque d’apoplexie. Que faut-il faire? » Saint-Marsan opina qu’il convenait de mettre toutes les troupes du contingent prussien sous le commandement de Murat, général en chef depuis le départ de l’empereur. « Non seulement, dit le roi, l’avis du comte de Saint-Marsan est bon à suivre, mais c’est une chose de droit. » Ainsi fut décidé, et Saint-Marsan en fut informé, le 5 janvier.

Ce diplomate dut s’avouer pourtant que je ne sais quoi de louche pesait sur toute l’affaire. Il reçut communication d’une lettre que le major de Natzmer, aide de camp particulier du roi, était chargé de porter à Murat, à Elbing : « Cette mesure a excité mon indignation autant que ma surprise..., disait le roi. Le major de Natzmer porte mes ordres de destituer le général York et de le faire arrêter. Je n’ai pas besoin de dire que je ne ratifie point la convention. » Natzmer partit de Berlin le 5 janvier au soir; mais au lieu de se rendre à Elbing, chez Murat, il fit un crochet vers le quartier général d’Alexandre : il portait à cet empereur une communication verbale : le roi approuve la convention de Tauroggen, mais il ne peut la ratifier publiquement; quand l’armée russe aura atteint l’Oder, il sera prêt à signer avec l’empereur une alliance offensive et défensive l.

Cependant Narbonne, soit qu’il conçût les soupçons dont on a fait plus tard honneur à sa perspicacité2, soit qu’il se sentit au terme de sa mission, se décida à en découvrir l’objet réel. Il alla, le 7 janvier, prendre congé de Hardenberg;

’Gf. dans Okcken, t. II, p. 555, les propos de Hardenberg à Ompteda le 6 janvier, et la lettre à Gneisenau, le 9.

* Voir Villemaij, t. I, p. 240.

et lui insinua que rien ne serait plus propre à affermir l'alliance avec la France qu'un mariage entre le prince héritier et une princesse de la famille impériale, une Beauharnais ou une fille de Murat. Hardenberg, naturellement, s'excusa de ne point répondre avant d’en avoir référé au roi, et l’effet de cette référence fut une note qu’il inscrit dans son journal : « On s’excusera sur les pourparlers entamés pour une princesse autrichienne. Hatzfeld ne doit faire aucune avance. Avant tout, sa mission n’est qu’un masque. »

Cette mission annoncée dès le 4 janvier se disposait en pleine lumière, sous les yeux de Saint-Marsan. Hardenherg le tenait au courant des moindres détails ; il lui fitlire les instructions a en original » . Elles exprimaient « l’indignation du roi14 ». 11 lui confia, en outre, que ce prince n’avait, sur l’ouverture de Narbonne, « manifesté assurément s’il la rejetait entièrement ou s’il l’adopterait en certain cas ». J1 ne s’en dissimulait pas les avantages possibles; mais il était père; il réservait les sentiments de son fils; toutefois, « si les avantages étaient considérables, de nature à placer la monarchie dans un rang plus élevé que celui où elle se trouve actuellement... », bref si le mariage se devait conclure, ce ne serait jamais sans dot, et déjà les Prussiens indiquaient celle qu’ils aimeraient à recevoir, le duché de Varsovie, par exemple. Saint-Marsan l’entendit à demi-mot. «Tout cela, mandait-il, est conséquent avec son caractère probe et loyal... L’expérience a mûri ce prince. » Saint-Marsan rapportait, à l’appui, ce discours qu’il tenait de confidents autorisés : « Il est vrai que la plupart de mes sujets sont indisposés contre les Français, et c’est assez naturel; mais à moins qu'ils n’y soient poussés par des demandes de sacrifices insoutenables, ils ne remueront pas... Je crois avoir des données sûres que l’Autriche tiendra ferme dans son alliance avec le France. Quand cela ne serait pas, ma position est bien différente de celle de cette puissance. Je suis l’allié naturel de la France... Dites à l’empereur que pour des sacrifices précuniaires, je ne peux plus en faire; mais que s’il me donne de l’argent, je puis encore lever et armer 50 à 60,000 hommes à son service. » C’eût été un chef-d’œuvre non seulement de faire annuler de la sorte, par Napoléon, l’interdit placé sur l’armée prussienne, mais encore de se faire payer par lui les troupes destinées à le combattre. L'allié naturel de la France! C’était la proposition que tant de fois depuis le conseil exécutif provisoire et le comité de salut public, les gouvernements de Paris avaient lancée vers Berlin. Elle y était demeurée-sans écho. Toutefois la phrase sentait son 1792. Le brave Augereau s’en trouva tout réconforté. « J’ai la plus grande confiance dans le dévouement que porte le roi de Prusse à Sa Majesté l’empereur; mais il faudrait aussi que l’on eût un peu plus de confiance en lui... Ce pays n’est maintenu que par le calme de son souverain !... » Hardenberg écrit dans son journal, le 5 janvier : « Saint-Marsan et Hatzfeld ont dîné chez moi. Nécessité de cacher au premier le véritable système, comme on l’a fait à Goltz et à tout le monde ». Ainsi lesté, Hatzfeld partit pour Paris, le 11 janvier 1813.

IV

Un envoyé autrichien, chargé d’une mission assez analogue, l’y avait précédé. Avec des cartes un peu différentes et une combinaison à plus longue portée, le même jeu se jouait à Vienne qu’à Berlin. La Prusse, encore occupée par un corps français, rusait avec plus de cynisme; l’Autriche, éloignée du théâtre de la guerre, y pouvait mettre plus d’élégance et plus de raffinement. Metternich depuis longtemps se préparait à cette crise. « Dans une guerre entre la France et la Russie,

1 Augereau à Berthier, 12 janvier 1813. avait dit Metternich, l’Autriche aura une position de flanc qui lui permettra de se faire écouter avant et après la lutte. » Avant, non, et la neutralité s'était, sous la main de Napoléon transformée en alliance ; mais, entre les mains de Metternich, l’alliance se tournait en neutralité de fait, et la fameuse position de flanc se découvrait. Il s'agissait de l'occuper15. Sur un point capital ses calculs le trompaient. Il croyait à un hivernage en Russie, à une seconde campagne en 1813 : la retraite de Moscou le surprit, le désastre le déconcerta. Il refusait de le croire si profond, surtout irréparable. La crainte d’un retour offensif de Napoléon ne cessa de le hanter. « La destruction de l'armée de Russie, disait-il au commencement de novembre, n’empêcherait pas la France d’en mettre une autre sur pied. » Il supputait le concours intéressé des confédérés allemands, a Quant à l'idée de pouvoir, dans la guerre actuelle, affranchir l'Allemagne, il n’y voyait encore aucune vraisemblance... 11 faudrait, » écrit un diplomate de ses amis, « pour vouloir réaliser un pareil projet, être préparé d’avance à une guerre d’encore plusieurs années, ce que l'Autriche certainement n'est pas *. »

Toutefois, aux lueurs indistinctes qui venaient de Russie, son esprit travaillait, et, sans apercevoir encore le but à portée de ses mains, sans discerner encore les directions à prendre, il spéculait, il combinait; il entrevoyait une médiation qui rendrait l'Autriche arbitre de la paix; mais il en apercevait aussitôt le péril, et ce péril était double : en premier lieu, une victoire de la France; en second lieu, une victoire des ennemis de la France, et alors les prétentions de la Prusse à dominer l’Allemagne, les prétentions de la Russie à gouverner l’Europe, à s’étendre en Pologne, à se pousser en Orient, bref l’une dans la Confédération du Rhin, l'autre dans l’Europe affranchie, reprenant, à leur bénéfice propre, le rôlede Napoléon. L’Autriche ne le pourrait admettre à aucun prix : à quoi bon renverser Napoléon, déjà branlant, pour réédifier un édifice bien plus redoutable à la monarchie autrichienne que ne le serait désormais le Grand empire? Ce n’étaient là, d’ailleurs, que des propositions d’avenir; dans le présent, l’Autriche se trouvait doublement liée, et par le traité de 1809 qui limitait son armée à 150,000 hommes, et parle traité de 1812 qui mettait 30,000 hommes au service de Napoléonf. Ces 30,000 hommes, le corps auxiliaire commandé par Schwarzenberg, restaient intacts ; le premier point était d’en recouvrer la libre disposition, de se dérober aux demandes pressantes d’une augmentation d’effectif de la part de Napoléon, mais de ne les pas repousser cependant, car c’était le seul moyen d’obtenir de lui la licence d’armer et de se remettre, sans lui inspirer de méfiance, en condition de le combattre. Le second point était de rester avec la Russie sur le pied de neutralité où l’on s’était mis, d’arrêter les Russes aux frontières de la Gallicie, de les tenir en suspens en leur laissant espérer une alliance prochaine. Enfin, il convenait d’encourager la Prusse à la révolte, et pour l’exemple qu’elle donnerait, et pour la situation périlleuse où elle se placerait, ce qui permettrait à l’Autriche soit de profiter de sa déroute, soit d’attendre les événements, de les solliciter adroitement, de se réserver toutes les chances. Préparer l’Europe à l’arbitrage autrichien; faire en sorte qu’après avoir successivement rassuré et inquiété tout le monde, l’Autriche, en cas de victoire finale de Napoléon, trouvât partout des clients; en cas de défaite des Français, partout des alliés, et qu’elle consommât, à son avantage, la ruine du Grand empire ou la ruine de l’Europe; bref, le moment venu, disposant de 300,000 hommes, appoint décisif dans la lutte, mettre l’alliance autrichienne aux enchères de l’Europe; se donner à qui paierait le mieux, à qui procurerait le plus de

1 T. VII, P. 569. terres et offrirait le plus de garanties, sauf à préférer, dans le fond, que ce ne fût point à la France et que les intérêts se missent d’accord avec les rancunes; par-dessus tout éviter d’être écrasé par les masses ennemies avant d’avoir pu intervenir, voilà le dessein, très compliqué, que forma Metternich. Pour l’exécuter, il fallait, tout d’abord, reconstituer l’état militaire de l’Autriche, alors plus qu’insuffisant. Cet ouvrage voulait du temps et de l’argent. Le temps, on l’obtiendrait de Napoléon ; l’argent, de l’Angleterre 16 17 18. « Les routes simples étaient impraticables », rapporte un confident de Metternich en cette crise, Frédéric de Gentz. a Nous avons dû établir notre système sur des nuances intermédiaires, qui nous dispensaient à la fois de nous ranger en pure perte au nombre des ennemis de la France et de nous brouiller sans retour avec les puissances liguées contre elle a. »

La première de ces nuances de passage, et non la moins incertaine, était celle qui séparait l’alliance avec la France contre la Russie de la médiation entre la Russie et la France, ce qui conduirait, par des dégradations subtiles de couleur, à l’alliance avec la Russie contre la France. En fait l’Autriche était neutre à l’égard de la Russie, en droit elle restait auxiliaire de Napoléon ; l’art consistait à réduire le fait et le droit en un seul terme, l’entremise. Metternich l’insinua comme une évolution de l'alliance; si Napoléon s’y prêtait, la neutralité à l’égard des deux belligérants en serait la conséquence, car c’est la première condition des bons offices que la parfaite indépendance de l’officieux.

Le 9 décembre, Metternich adressa une dépêche, qui était une véritable instruction, à M. de Floret, accrédité à Vilna, près du duc de Bassano. Rien, disait-il, ne saurait, en ce moment, déterminer l’empereur Alexandre à une paix séparée; une paix générale est seule possible, en admettant que l’empereur Napoléon la veuille; et l’Autriche est la seule puissance qui la puisse procurer. « L’Autriche seule contient dans ce moment, par le calme et par l’imperturbable fermeté de son attitude, 50 millions d’hommes prêts à se soulever pour une cause qu’il dépendrait d’un seul mot du souverain de l’Autriche de faire regarder comme générale. » L’Autriche ne respire que la paix : elle propose d’en entreprendre l’ouvrage... « Toute démarche de l’Autriche en Angleterre et en Russie doit nous être entièrement abandonnée quant à la forme. » L’Autriche ne se bornera pas à porter des paroles, elle parlera pour son compte. « Il faut que ce soit l’Autriche tenant le langage de la paix à toutes, à la France celui d’un allié, et aux autres puissances celui de la plus entière indépendance. »>

Le fond de la mécanique, si l’on peut dire, était double, et à double sens la déclaration. Une lettre confidentielle qui accompagnait la dépêche ostensible le trahissait déjà suffisamment : « Il y a longtemps que l’Autriche s’est vue ravalée au rang des puissances du second ordre et par la France et par la Russie. » Elle « se trouve dans une situation qui lui permettrait de prendre, sans pourparlers préalables avec aucune puissance, l’initiative des démarches qu’elle désire concerter avec la France. » En attendant qu’elle s’impose, l’Autriche fait valoir l’étendue du service qu’elle offre : il faudra « tout l’ascendant qu’elle n’a cessé de conserver sur l’opinion publique en Angleterre pour qu’elle parvienne même à s’y faire écouter. On y est convaincu que l’hiver suffira pour expulser les Français d’Espagne... On y rejetterait, sans même les discuter, toutes propositions de paix qui y viendraient de la part de la France. Le cri de soulèvement contre la prépondérance actuelle de la France est universel. « Quant à la Prusse et à l'Allemagne, à l’Autriche même, si Napoléon « ne vient pas au secours des gouvernements par des mesures très opposées à celles qui, jusqu’à présent, ont servi de base à sa politique, ces derniers finiront par être hors d’état de réprimer l’impulsion que reçoivent les peuples par les événements actuels. » Metternich désormais dressait contre la France l'épouvantail révolutionnaire et menaçait de déchaîner le monstre ! Rien ne manifeste mieux l'immensité du changement accompli en Europe.

Le comte Ernest Hardenberg, qui résidait à Vienne pour la régence de Hanovre, écrivait au comte de Mûnster, ministre du roi Georges pour cet ancien électorat, le 22 décembre : « Le cabinet de Vienne prend un ton si haut vis-à-vis de Napoléon, qui ne peut s'expliquer que par la conviction que l’Autriche pouvait impunément lui parler... » « Metternich a conçu» , poursuit ce diplomate, dont le rapport était composé pour être lu aux ministres anglais, « un grand plan pour l’Eu-. rope, que cependant il n’appelle encore qu’un rêve politique. Les principaux traits en sont que la France devrait être restreinte dans ses bornes naturelles entre le Rhin, les Alpes et les Pyrénées, que l’Allemagne fût divisée en plusieurs grands États indépendants et dont l’indépendance serait garantie par l’Autriche et par la Prusse, qui devrait être rétablie au rang d’une grande puissance ; il faudrait, à son avis, diviser l’Italie en deux grands royaumes, en réservant, de ce côté-là, pour l’Autriche, qui, en outre, rentrerait en ses possessions perdues, la frontière du Mincio; qu’on devrait enfin rendre à la Porte les frontières qu’elle avait en Europe avant la paix de Bucarest, et restreindre la Russie dans les limites qu’elle avait avant celle de Tilsit. » Metternich prévoyait, justement, que Napoléon n’y consentirait jamais et qu’il recommencerait la lutte tant qu’il aurait une armée à risquer. La paix telle que la concevait Metternich, la paix avec la France refoulée et affaiblie, ne se comprenait qu’avec une régence de Marie-Louise, une tutelle de l’empereur François, et c’eût été un coup de maître1. Metternich y pensait déjà, il y pensa longtemps. Cette combinaison supposait la mort ou la déchéance de Napoléon ; les hasards de la guerre pouvaient amener la mort; les conséquences de la guerre, la déchéance. Mais Met-

Oîicken, O. undPr.f l. II, p. 101-102.

36 DÉFECTION DE LA PRUSSE ET DE L’AUTRICHE. — 1812. ternich ne se perdait point à spéculer dans les perspectives ; s’il possédait un regard perçant, sa démarche demeurait mesurée. Il en était encore aux nouvelles de Smolensk, et, pour le moment, il se bornait à concerter quelque accommodement qui, « tout en diminuant la prépondérance de la France, consoliderait cependant sa nouvelle dynastie et n'augmenterait pas la puissance de la Russie ».

Le « rêve politique » parut cependant un jour sur le point de se réaliser. Le 12 décembre, le bruit se répandit de la catastrophe de la grande armée, de la fuite de Napoléon, de sa disparition même19. « L’impression que cette nouvelle et l’idée de la possibilité qu’il eût été pris ou qu’il eût péri a produit momentanément ici est difficile à décrire, mande le comte Har-denberg; la majorité du public n’en cachait pas sa joie, et le comte Metternich..., n’aurait, dans ce moment, désiré mieux que de s’entendre au plus tôt avec les puissances en guerre contre la France, surtout avec l’Angleterre... » La nouvelle de la prétendue victoire sur la Bérésina, l’annonce surtout du passage de Napoléon par Vilna et Varsovie le refroidirent et le ramenèrent aux mesures de temporisation. Un instant, il crut son système condamné d’avance et tous ses desseins de grande politique anéantis dans l’œuf. C’est le 15 seulement qu’il eut des renseignements positifs.

Victor de Broglie, envoyé en courrier, de Varsovie, arriva porteur du XXIXe Bulletin. Il avait trouvé sur la route le bruit du désastre a confusément mais universellement répandu » ; « le soulèvement des esprits contre la France éclatait de toutes parts « . L’ambassadeur de France, Otto, se rendit immédiatement chez Metternich 20. « L’embarras du comte était si visible, rapporte-t-il, que je ne puis l’attribuer uniquement qu’à l’intérêt qu’il prend à nos succès. Il avait l’air de craindre pour l’alliance, et il s’est oublié plusieurs fois jusqu’à me dire que si l’Autriche prenait un autre parti, elle verrait en peu de temps plus de cinquante millions d'hommes de son côté. Suivant lui, toute l'Allemagne, toute l'Italie se déclareraient pour elle... On fait les plus grands efforts pour gagner l’Autriche, on offre l'Italie, les provinces Illyriennes, la suprématie de l'Allemagne, enfin le rétablissement de l'ancienne splendeur et la couronne impériale. » A tout événement, et à la veille des enchères, Metternich insinuait le prix dont Napoléon devrait payer l'attitude loyale de l'Autriche, si l'Autriche se décidait pour le parti de la « loyauté ».

Peu après arriva la lettre de Napoléon à l’empereur François, de Dresde, le 14 décembre, demandant l'élévation du corps auxiliaire de 30,000 à 60,000 hommes. C’était l’occasion de reprendre la manœuvre commencée le 9, mais les instructions envoyées à Floret, à Vilna, devenaient inutiles. C’est à Paris qu’il fallait s’adresser, et l’on décida d'y envoyer le général Bubna, qui avait donné des preuves de savoir-faire1. Bubna reçut une instruction de l’empereur, en date du 20 décembre *. Il était chargé de voir, d’écouter, non de négocier. Il pourrait seulement exprimer des vœux en faveur d'une négociation par l’entremise de l’Autriche. Sur un article, il serait formel : « II aura soin de ne pas laisser de doute à Napoléon que toute coopération plus active de notre part serait illusoire » ; rien au-delà du corps auxiliaire, et de ce corps même le meilleur emploi désormais serait « de le placer, pour ainsi dire, en ligne avec le reste de l’armée autrichienne * ; en réalité, de le dégager insensiblement de l’armée française pour le fondre dans le reste des troupes de l’empereur François. Bubna ne cachera pas à Napoléon qu’une « paix générale, sur des larges bases, pourrait seule réparer les désastres de la présente campagne ». Il exprimera des appréhensions sur le péril dont la Russie menace les États alliés de Napoléon, le duché de Varsovie, la Prusse; il montrera de quelle importance il serait que l’Autriche « présentât

1 T. vil, p. 383.

1 Instructions à Bubna, 20 décembre 1812. Oncken.

38 DÉFECTION DE LA PRUSSE ET DE L'AUTRICHE. - 1812. à la Russie une masse imposante de résistance. « Toutes ces insinuations tendaient à découvrir par quelle gratification Napoléon récompenserait l’alliance s’il la voulait, ou à quelles conditions il accepterait l’intervention. Bubna ne manquera point de signaler l’intérêt pour l’Autriche « d’être le plus tôt possible dans la connaissance des ouvertures de l’empereur des Français... »

Metternich d’ailleurs, comme Hardenbcrg à Berlin, se déclarait en toute occasion le premier partisan de l’alliance française; il se plaignait d’être en butte aux dénonciations, calomnies, attaques de toute sorte de la faction russe et anglaise, de la faction qui poussait à la défection à l’égard de la France et à l'alliance avec la Russie. C’était, dans sa pensée, un moyen de préparer Napoléon aux offres d’intervention, qui auraient pour conséquence implicite d’abroger les traités de 1809 et 1812, sur la limitation des forces autrichiennes et le corps auxiliaire ; il mêlait des insinuations de bons offices aux protestations de fidélité. « Le gouvernement, écrit Otto, a eu assez de fermeté pour maintenir le système de l’alliance, et l’on peut dire que les derniers revers n’ont servi qu’à confirmer ses dispositions. Le rétablissement de la paix est actuellement le vœu le plus cher de l’Autriche. — Dites-nous franchement, m’a répété tout à l’heure le ministre, ce que vous voulez faire et mettez-nous dans le cas d’agir envers vous comme un bon allié, et envers les autres comme une puissance indépendante... — Qu’il ait [Napoléon] en nous une confiance entière21... » Restait à savoir comment Napoléon, rompu à toutes les ruses et machines de la politique, allait juger ces concours de feintes de Berlin et de Vienne.

V

Le 16 décembre 1812, le Moniteur publia le XXIVe Bulletin Le 18, Napoléon arriva. Il trouva Paris consterné, toutes les âmes dans l'angoisse : après les autres guerres, on cherchait les morts ; cette fois on cherchait les survivants. Autour de lui le silence, l'obéissance moins prompte ; point de conseils ou de critiques; mais nul ressort, les cerveaux semblent vides. Tout retombe sur lui seul, la responsabilité de la catastrophe, les mesures de réparation et de revanche, et il sent que la foi a disparu. Tout le monde le blâme, le critique; on dénonce ses fautes, on en invente au besoin, comme naguère les traits de génie. Le murmure de quelques-uns, hier, devient le propos de tous : ce n’est pas pour la France qu’il a entrepris cette guerre et qu'il prétend la soutenir, contre toute politique, toute raison, tout sens commun; c'est pour lui seul, pour son ambition insatiable; la France se défend sur le Rhin, non sur le Niémen et la Vistule ! La barrière du Rhin n’en parait que plus précieuse. Cette limite républicaine reprend je ne sais quel caractère sacré. La France n’y renoncera jamais. L’Europe ne la franchira pas. Les gens informés répètent ce qu'ils chuchotaient déjà : que depuis Lunéville et Amiens, l'Europe qui a reconnu, sans arrière-pensée, la limite du Rhin à la France, ne demande qu'à la respecter; les plus hautes prétentions des ennemis n'ont jamais porté jusque-là. Donc l'empereur, qui a tout compromis, menace désormais de tout

Dès qu’il cesse de paraître l’instrument du salut public et de la fortune de tous, Napoléon devient le péril de chacun. Les avisés pensaient depuis longtemps que cela ne pouvait pas durer; tout le monde en a désormais l’instinct, et bientôt avec

40 DÉFECTION DE LA PRUSSE ET DE L’AUTRICHE. — 181Î. les sacrifices nouveaux, viendra le désir que cela ne dure pas. On ne voyait pas la fin : depuis l’aventure de Malet, le voile est déchiré, et derrière le voile du temple on découvre, comme au temps des anciens dieux, des marbres inertes et un sanctuaire vide. La fin apparaît aussi nécessaire que simple : la fin de César ou celle de Paul Ier : un coup de main, une journée : on s’en fie aux habiles pour machiner l’affaire, aux violents pour l’exécuter : ce genre d'hommes n’a jamais manqué depuis la Révolution. Une femme d’esprit, en retraite de galanterie, réfugiée dans l’intrigue, sous l’une et l’autre figure amie et cliente de Talleyrand, note dans son calepin ce propos du prince vice-grand-électeur : « Il fautZe détruire, n’importe le moyen. Cet homme ne vaut plus rien pour le genre de bien qu’il pouvait faire. 11 faut que la liberté nous reste ; il nous faut des lois22... » On reparle de Sieyès, qui, parait-il, excite encore.

Le petit peuple seul s’obstine a la confiance : il croit à la conjuration des éléments, comme à la conspiration des rois. Il sent que le flot remonte. A mesure que la guerre se rapprochera de la frontière, il aura l'instinct que la Révolution est enjeu, que la patrie est menacée, et sous le coup des nécessités qui ont fait la levée en masse en 1793, il se poussera encore ou se laissa pousser dans la grande armée, serrant les rangs. De même aussi les officiers de la jeune armée, armée de carrière et de vocation, qui sont restés en France ou en Allemagne, qui croient toujours au génie de l’empereur, qui n’ont pas Vu la « retraite », s’animent à la revanche et se figurent que rien n’est plus simple qu’un nouvel Austerlitz et un autre Iéna. C’est là, dans le peuple qui fournit les soldats, dans cette jeunesse guerrière qui fournit les officiers, que demeure le ressort. Napoléon le tend à le briser. Le sénat vote, les ministres signent un ordre et la machine se remet en branle, jusqu’à épuisement des sources qui l’alimentent. Mais ce même sénat votera un besoin la déchéance de l’empereur aussi bien

que la levée anticipée des conscrits. Il est mùr pour un Thermidor impérial.

Napoléon harangue les sénateurs; il disserte devant les conseillers d’État : cet homme d'action se noie dans les paroles ; il est à la tribune, il plaide sa destinée, il cherche des arguments; il se couvre de mots. Lui, dont la grande habileté était d'exprimer en actes la force des choses, la trouvant hostile, il s'efforce de la retourner, à coups de décrets. 11 oublie que si ses ordres portaient si loin, c'est qu'il décrétait l'opinion générale. Quoi qu’il ordonne et qu’il obtienne encore, il n’entraîne plus. Il tire, en France, avec effort. En Europe, il ne commande plus : il négocie, il parlemente; il dispute sur le texte des traités; il invoque la lettre; il n’est plus dictateur, il est solliciteur d'alliances et d'auxiliaires.

Le 31 décembre, au soir, il reçut Bubna. L'audience dura deux heures et demie, durant lesquelles Napoléon parla beaucoup. 11 est, dit-il en substance, disposé à la paix, s’il la peut conclure avec honneur. Il s’en remet à l’empereur d’Autriche : c’est son frère, son allié : l'alliance est établie pour l’éternité ! a Mais, ajoute-t-il, le rôle de l’Autriche va changer. Elle va devenir partie principale dans la guerre; mais si elle veut qu’on l’écoute, il faut qu’elle arme. « Toutefois s’il engage l’Autriche à appuyer sa diplomatie par un déploiement de forces, il l’entend de forces destinées, en cas d’échec de la négociation, à soutenir la France. 11 demanda si Metternich avait arreté ses vues sur la paix. 11 indiqua les siennes : Le Portugal restitué aux Bragance; Naples restant à Murat, l’Espagne à Joseph, mais évacuée de troupes françaises; l’Angleterre, par réciprocité, évacuerait la Sicile; pas un village du duché de Varsovie! Pour prix de la paix avec l’Angleterre, il donnerait l’Illyrie à l’Autriche. Dans ces conditions, il ne s’oppose point à l’entremise autrichienne.

Une illusion, et c’est ici un fait capital, s’est emparée de sa pensée, qui n’en sortira plus et, dans mainte rencontre, offus-

1 Rapport de Bubna, 2 janvier 1813. Oxcken, O. und Pr. quera son jugement. Dans sa tendresse passionnée pour son fils, sur qui se concentrent désormais toutes ses ambitions, il ne peut se figurer que la préoccupation du sort de cet enfant ne gouverne point la politique autrichienne comme elle absorbe la politique française. Il est le père; François II est le grand-père : l’enfant les lie irrévocablement. S’il garde sa clairvoyance devant le machiavélisme de Metternich, il ne doute pas, il ne veut pas douter de la loyauté finale de François. Il pousse la superstition de la grâce d’état jusqu’à s’imaginer qu'elle opérera ce miracle d’animer, en y introduisant un cœur, ce qu’il appelait si justement en 1805 « ce squelette de François II » . Il oublie que si François s’est trouvé des entrailles d’état pour livrer sa fille, il s’en trouverait égale-lement pour la reprendre; qu’il effacerait sa signature de la même main qui a signé le contrat de mariage; qu’à ses yeux le roi de Rome ne compte pas plus qu'un archiduc quelconque, même qu’une archiduchesse. Enfin il ne soupçonne pas que l’intérêt de l’Autriche puisse être de le renverser de son trône, de démembrer son empire et de dépouiller son fils pour le conserver en tutelle dans une France annexe et dépendance de la maison d’Autriche, comme Naples et l’Espagne le sont encore de l’empire français.

On le voit, dans ces jours de perplexité, constamment préoccupé de rattacher le roi de Rome et l’impératrice à l’empire, et par ce rattachement, de resserrer l’alliance autrichienne. Il fait rechercher les précédents de couronnement des princes héritiers *. Le 2 janvier 1814, il tient un conseil, comme au temps du mariage : Talleyrand, Cambacérès, Maret, Caulaincourt, Champagny, tous les ci-devant, présents ou futurs ministres des affaires étrangères, et les deux conseillers d’État des relations extérieures : La Besnardière et d’Hauterive. Convenait-il d’attendre les ouvertures de paix ou d’en prendre l’initiative, convenait-il de s’adresser directement à la Russie, ou d’accepter l’entremise de l’Autriche?

1 22 décembre 1812. Le mémoire, par Regoaud, fut remis le 29. Frédéric Masson, Napoléon et son fils.

Talleyrand, Caulaincourt et Cambacérès opinèrent pour la négociation directe ; les quatre autres pour l’entremise autrichienne.

Le 5, c’est un conseil privé : l’on y délibère sur la question du couronnement et celle de la régence. Nouvelle recherche de précédents sur la régenœ des reines 1, l’association des . rois des Romains à l’empire. Le pape est encore sous séquestre, à disposition. Napoléon en usera. Il se flatte que ces mesures intéresseront les Autrichiens, apaiseront les cabales de la cour, convaincront l’empereur. Maret écrit, le 7 janvier, à Otto : « Un projet de règlement est en délibération au Conseil d’État pour le couronnement et le sacre de l’impératrice et du roi de Rome. Nos lois constitutionnelles interdisent la régence des femmes. Un projet de sénatus-consulte se rédige pour y apporter des modifications et laissera à Sa Majesté la faculté dont elle pourrait être bientôt dans le cas d’user, de confier la régence à Marie-Louise. Le couronnement aura lieu dans le mois de février prochain. Le sacre se fera probablement par la main du pape et Paris réunira une affluence semblable à celle dont M. de Metter-nich a été témoin lors du couronnement de l’empereur. » Suivait l’insinuation d’une lettre de François II à sa fille, l’autorisant « à donner sa parole que rien ne saurait porter atteinte à l'amitié et à l'alliance qui existent si heureusement ».

C’était la réponse que Napoléon désirait à la lettre qu’il adressa le meme jour à son beau-père, et pour en saisir la portée, il fallait connaître cette affaire du couronnement, du sacre et de la régence, principal soutien de ses arguments^ Il reprend, cette fois, en précisant les termes, les points touchés dans son entretien avec Bubna. D’abord l’apologie9 : « Je n’ai jamais rencontré l’armée russe que je ne l’aie battue. Les Russes ne m’ont pas pris de canon; ils ne m’ont pas pris un seul aigle. Ma garde n’a jamais donné. » Puis la fan-

1 Mémoire remis le 10 janvier, par Barbier. Frédéric Massox.

1 Oxckex, O, und Pr,91.1, p. 393, texte d’après les Archives de Vienne.

tasmagorie des ressources : « Hommes, chevaux, argent, on (la France) m’offre tout. J’ai un milliard cent millions en argent... » Il est sûr de l’Espagne. Il songe « à revenir sur ses pas en Russie » . « Je ne ferai, conclut-il, aucune démarche pour la paix... cependant, je ne me refuserai point à celles que Votre Majesté veut foire. »

Ainsi, il accepte l’entremise de l’Autriche; mais il n’admet point la rupture ou même la suspension de l’alliance de 1812 et il insiste pour le doublement du corps auxiliaire. Si la Russie repoussait la paix, écrit Maret à Metternich, par le même courrier, « Sa Majesté déclarerait l’indépendance de l’empire menacée; elle appellerait 500,000 hommes aux armes, vous seriez obligés d’en faire autant de votre côté... Vous deviendriez alors partie principale dans le grand conflit... » Dans les directions données à Otto pour ses entretiens avec Metternich *, il indique clairement dans quel esprit, sous quelle réserve l’empereur pourrait être porté à accepter l’entremise : « Sa Majesté ne se refusera pas à la démarche que veut foire l’Autriche. Elle la verra même avec plaisir... dans Cespérance que l’Autriche est fermement résolue à agir, si les dispo-positions de la Russsie rendent cette démarche inutile, avec la vigueur convenable... et à porter son corps auxiliaire à 60,000 hommes. » Quant aux conditions de la paix : a Aucun des territoires réunis par sénatus-consulte ne peut être séparé de l’empire23 ». «üne telle séparation serait considérée comme une dissolution de l’empire même. 11 faudrait pour l’obtenir que 500,000 hommes environnassent la capitale et fussent campés sur les hauteurs de Montmartre. » L’Illyrie, la Dal-matie, Corfou, une partie de l’Espagne, ne sont pas réunis constitutionnellement. L’Illyrie pourrait donc être considérée « comme un objet de compensation pour des concessions que ferait le gouvernement anglais ». Si la Russie prétend s’agrandir aux dépens de la Prusse, de l’Autriche, du duché de

Varsovie, de la Turquie, l’Autriche serait la première intéressée à ce que cela n’arrivât point; elle se convaincra que le seul moyen d’amener la paix est de continuer la guerre. « Expliquez-vous... de telle sorte que le cas arrivant, ce soit une chose stable et irrévocable convenue, et que nous puissions compter avec certitude sur la coopération de trente mille hommes de plus. » Napoléon met autant d’insistance à lier l’Autriche par son entremise, que Metternich apportera de persistance à se détacher par la même procédure. Il ne veut pas admettre l’idée même de ce détachement. « Lorsque le ministre Metternich vous a fait entendre 24 qu’un changement de système mettrait en peu de temps plus de cinquante millions d'hommes du côté de l’Autriche, parce que toute l’Allemagne et toute l’Italie seraient prêtes à se déclarer, il vous a tenu un langage qui ne peut être le sien, mais celui des ennemis de l’alliance... » Alors : a Sa Majesté devrait aussitôt et sans hésiter déclarer à son peuple que la considération impériale de la France et sa prépondérance sur l'Italie sont menacées, mettre une contribution de guerre de 25 centimes par franc, qui produirait 200 millions, appeler le deuxième ban de la garde nationale et faire un armement de guerre de 600,000 hommes, et il serait impossible d’arrêter les événements. » Ainsi, d’un côté, une guerre épouvantable, de l’autre la succession du sang d’Autriche en France consacrée par les lois et la religion. Napoléon ne parait pas douter du choix de François; il semble croire encore, sinon au dévouement, au moins à la clairvoyance politique de Metternich. « Nous n'ignorons point les mauvaises dispositions de toute la maison de l'impératrice d’Autriche25, et toute notre confiance reposant sur l’empereur et sur son ministre; les discours que vous a tenus M. de Metternich ont eu nécessairement à vos yeux comme aux nôtres une très grande importance... L’empereur a le droit d'être méfiant, après avoir été si souvent trompé. »

VI

Il va l’être encore, et plus insidieusement qu’il ne l’a jamais été. Metternich, en attendant le courrier de Bubna, spéculait avec le comte Hardenberg, officieux de l’Angleterre, avec Humboldt, envoyé prussien, et petit à petit accentuait, étendait ses «nuances intermédiaires» .Toujours préoccupé d’une invasion des Russes, d’une occupation de la Gallicie, d'une reconstitution de la Pologne; toujours effrayé d’une offensive de Napoléon qui recommencerait 1805 et 1809; toujours gouverné par cette idée maîtresse de se retrancher dans la neutralité jusqu’à ce qu’il fût en mesure de parler et d’agir, mais, jusque-là d’armer à fond et d'éloigner de l’Autriche le théâtre de la guerre, il s’attache à le tourner vers le Nord; du même coup il se débarrasse de Napoléon et des Russes. La défection d’York facilite ses manœuvres : il voit son intérêt à jeter les Prussiens dans les bras de la Russie. Napoléon en deviendra plus accommodant : il laissera l’Autriche défectionner à son aise et gagner le temps de dicter la paix.

On lit dans une lettre du comte Ernest Hardenberg 26 : « Le comte Stadion est convaincu que le comte Metternich veut le même but que nous, à l’exception cependant de l'anéantissement de la dynastie de Bonaparte, dont ni lui ni l’empereur ne veulent être l’instrument; mais qu’il veut arriver à ce but. à sa manière, en temporisant et en conservant encore l’ouvrage de sa création, l’alliance avec la France... Quelque attaché que soit l’empereur à l’archiduchesse sa fille et quoique religieusement lié parla foi de ses engagements il sacrifiera pas à pas l'un et l’autre de ces liens à des circonstances influentes sur le bonheur de ses États... »

Le 11 janvier, Metternich reçut le rapport de Bubna sur l'entretien du 31 décembre. Il écarta, comme un verbiage inutile, les restrictions apportées par Napoléon à son consentement. De tout le contexte, il isola et détacha ce texte : l27 acceptation de l’entremise, l’autorisation, le conseil même d’armer. Il se mit aussitôt en campagne de diplomatie et les armements commencèrent. Sur ces entrefaites, Knesebeck arriva. Metternich le vit le 12 et le 14 février. Avec ses partenaires allemands, il affectait volontiers quelque pédanterie de machiavélisme et raffinait sur les « élégances » de procédure. L’alliance de la Prusse avec la France, lui dit-il, a un tel caractère de contrainte manifeste, qu’elle permet un saut brusque dans le camp opposé !. Depuis le mariage de l’archiduchesse, il n’en est pas de meme du lien entre la France et l’Autriche. L’Autriche ne s’y peut soustraire par un dégagement violent. La dignité du monarque en serait compromise. Le principal ouvrage du cabinet doit donc être de* recouvrer toute sa liberté d’une façon digne et juridique et de se faire affranchir du traité par Napoléon lui-même. Le premier article était de recouvrer la «mobilité» ; l'Autriche la possède désormais tout entière. Elle peut se tourner librement d’un côté ou de l’autre. Le second article sera’d’offrir, en même temps, l’entremise à l’Angleterre et à la Russie : l’Autriche le fait. Ce second pas franchi, viendra le troisième : trouver la base d’une paix durable; l’Autriche espère persuader Napoléon de la proposer. Quand au quatrième pas, à savoir si l’Autriche s’engage à soutenir de toutes ses forces c es propositions de paix et à passer du côté de qui les acceptera, elle ne juge pas pouvoir s’en expliquer encore.

Le 15, un courrier apporta les lettres de Paris dû 7 février, celle de Napoléon pour François II et celle de Maret pour Metternich. C’est ici qu’il faut toucher le point de l’équivoque créée et exploitée par Metternich. Napoléon n’accepte l’entremise que pour attirer l’Autriche dans son camp et l’enchaîner; l'Autriche ne l’offre que pour se rendre libre de passer dans le camp ennemi. Napoléon se flatte que la négociation se terminera pas l’engagement de toute l’armée autrichienne, et que, pour entrée de jeu, l’Autriche portera son corps auxiliaire à 60,000 hommes. Metternich voit dans sa procédure le moyen non seulement de refuser le supplément de 30,000 hommes demandé par Napoléon, mais de rappeler les 30,000 autres, ceux du traité de 1812. Napoléon presse l’Autriche d’armer, en vue de fortifier l’alliance ; Metternich sollicite cette autorisation en vue, le cas échéant, de tourner contre Napoléon les forces ainsi augmentées. Metternich prend Napoléon au mot, mais il prend le mot dans un sens tout différent de celui qu’y donne Napoléon. De l’entremise conditionnelle acceptée par Napoléon, il conclut à l’entremise sans conditions. Il écrivit au comte Zichy, ministre à Berlin, rectifiant dans les nuances, mais confirmant au fond les propos tenus à Knesebeck28. « Nous avons atteint le premier but auquel nous nous proposions d’arriver. » Il conseillait au roi de Prusse de se rendre dans la seule partie de ses états dont il fût maître, la Silésie, le reste étant occupé tant par les Français que par les Russes. Il y réunirait 50,000 hommes, sous le prétexte de défendre la ligne de l’Oder, d’éloigner son armée de la vieille Prusse et de la soustraire à la contagion de l’exemple d’York. Il détacherait ainsi cette armée de celle que Napoléon rassemblait à Berlin et se trouverait, sous couleur d’arrêter les Russes, en posture de leur donner la main.

Les Prussiens ainsi encouragés, exhortés et poussés à la défection, conduits pour ainsi dire à la Russie, Metternich se retourne vers Otto. Il insinue que les Prussiens mériteraient quelque récompense, qui serait en même temps de la haute politique : « Il est bien fâcheux, m’a-t-il dit, que le duché — Varsovie — ne puisse être réuni à la Prusse, qui serait alors assez forte pour former de concert avec nous une barrière contre la Russie. « Quant aux 30,000 hommes, il se dérobe : il ignore les intentions de l'empereur son maître *. Pour distraire Otto, il lui confie tout le détail officiel de son entremise avec les Anglais et les Russes. C'est un moyen d'embarquer Napoléon dans cette négociation, et une fois qu'il l'aura, implicitement, acceptée, de lui déclarer que, en vertu de cette entremise même, l'Autriche ne peut plus fournir à l’un des belligérants un corps auxiliaire; il se retirera de l’alliance, du consentement de Napoléon, sous les yeux de son ambassadeur!

11 écrit une longue lettre à Maret, une autre à Bubna : « Il est réservé à l’empereur des Français de nous faire regarder la présente guerre comme autrichienne ; le premier pas est fait; il a accepté notre intervention— mot dont voudrez bien soigneusement vous servir en toute occasion, au lieu de celui de médiation29 30 31. » Le médiateur, en effet, s’engage à soutenir ses propositions. Or, Metternich n'entendait devenir médiateur que pour se lier à la Russie, à la Prusse, à l’Angleterre. L’effet de sa procédure devait être non de lier l'Autriche à Napoléon, mais de tirer Napoléon dans le filet dont l'Autriche serrerait les fils et d’où Napoléon ne sortirait plus. François releva les communications de son ministre d'une belle lettre « à son bon frère et gendre 8 » .

Là-dessus arrive un rapport de Schwarzenberg, commandant du corps auxiliaire. 11 est daté du 8 janvier et relate les ouvertures qu’a faites Anstett, l’envoyé d’Alexandre : le grand désir qu’ont le tsar et toute l’armée russe de profiter de l’occasion qui se présente pour renouer les relations; « que tout était préparé pour faire rentrer l’Autriche en possession de ses provinces cédées » ; que la Russie ne visait qu’à rétablir l’équilibre en Europe; « que le rétablissement de la Pologne ne pouvait jamais entrer dans ses vues, tout aussi peu que le changement de la dynastie régnante en France; que ces assurances solennelles doivent faciliter infiniment les moyens de s'entendre; » et, pour conclure, Anstett propose un armistice de trois mois, ayant, dit-il, du maréchal Koutousof les pouvoirs pour le signer. Schwarzenberg s’y montre très favorable : l'armistice conserve son corps intact et, de plus, arrête le progrès des Russes, dans le duché de Varsovie, aux ci-devant limites de l'Autriche, en 1809.

C’était devancer les désirs de l'empereur François. Il répondit à Schwarzenberg, le 24 janvier : « Si vous deviez en venir A conclure une suspension d’hostilités, vous ne devriez pas perdre de vue l’importance dont il serait de couvrir le plus possible du territoire du duché de Varsovie. » Moins les Russes en occuperaient, moins ils seraient autorisés à y prétendre, et puisque les Russes parlaient de restituer à l’Autriche ses provinces perdues, la politique commandait de prendre les Russes au mot et de se nantir, d’ores et déjà, des territoires à réclamer.

L'armistice fut signé le 30 janvier à Zeycs : « Vu la rigueur de la saison et d’autres circonstances également pressantes... » Il était illimité; un plan de mouvements concertés y était annexé ’. Dès lors Schwarzenberg se retira méthodiquement devant les Russes. L’Autriche avait recouvré la disposition de son corps auxiliaire en même temps que la mobilité de sa politique. Zeycs présentait à un mois de distance le pendant et le complément de Tauroggen.

Le comte Stackelberg, ministre de Russie A Vienne avant la rupture, résidait A Gratz et se tenait en communication avec Metternicb; ce ministre lui demanda une entrevue et entama la procédure de l’intervention. Pour qu’Otto n’en conçût point de soupçons, il s'empressa de lui en faire confidence et lui annonça l’envoi de M. de Lebzeltern auprès d’Alexandre *. Il attribua l’initiative des pourparlers A Stackelberg : ce Russe était arrivé tout exalté de la victoire ; Metternicb l'avait

1 Texte dans Marte», t. III, p. 89.

1 Rapports de Stackelberg, 26 janvier; d’Otto, 26 janvier 1813.

ramené sur terre : « Tenez, mon cher Stackelberg, vous ressemblez à un homme qui voit le jour pour la première fois, il vous éblouit... Nous voyons plus clair. » — « C’est un grand pas, dit-il à Otto, que cette première démarche de la Russie. Comptez sur nou6 ; nous ne lâcherons rien, absolument rien... L'empereur a ordonné de mobiliser 100,000 hommes, y compris le corps auxiliaire32. » Insinuation destinée à rassurer Napoléon sur cet armement et, en même temps, à enlever son consentement à la fusion du corps auxiliaire dans le gros de l'armée autrichienne. 11 ajouta, pour préparer Napoléon à un armement plus considérable et en venir à l'abrogation du traité restrictif de 1809 : « Jusqu'ici la guerre n’est pas autrichienne. Si elle le devient dans la suite, ce n’est pas avec 30,000 hommes, mais avec toutes les forces de la monarchie que nous attaquerons les Russes. » Et, pour mieux endormir les soupçons de Napoléon, il révéla toute une trame de trahisons entre des agents d’Alexandre et des Polonais, « cette nation qui ne respire que manigance et intrigue, qui n'a été polonaise que depuis qu’elle a cessé de l’être, qui cajole à l'apparence la France, qui promet à l’approche du danger fidélité et amour à la Russie... » C’était une invite à Napoléon de dissoudre lui-même le duché de Varsovie, d’en restituer Jes morceaux autrichiens à l’Autriche, le reste à la Prusse, sans scrupule pour les Polonais, et de s’en faire un boulevard contre la Russie.a

Sur ce, il expédia les entremetteurs avec des instructions sur l'entremise. A Berlin, Zichy rassurera les Prussiens sur la défection qu’il leur conseillera. Les conditions ne sont pas les mêmes pour les deux souverains, dira-t-il, « mais leur intérêt est le même. Cet intérêt est permanent; il parait à l’empereur tellement prononcé, qu’un changement d'attitude politique ne saurait le détruire ou même y porter atteinte...

François l’écrivit de sa main à Frédéric-Guillaume Lebzel-tern partit à la rencontre d’Alexandre avec une lettre de l’empereur d’Autriche, et Wessenberg se mit en route pour Londres8.

Ces deux instructions jettent un jour oblique, mais pénétrant, sur les desseins de Metternich. Il raffine sur les nuances : l’entremise et la médiation. « Gomme puissance médiatrice, nous aurions à dicter les conditions de la paix. » Ils n’en sont qu'à l’entremise, mais « c’est aux puissances belligérantes elles-mêmes à sentir tout l’intérêt qu’elles ont de nous porter à étendre l’attitude de puissance simplement intervenante et à la changer en celle de puissance médiatrice ». Il va plus loin : a Dès que Napoléon commence à craindre que nous ne changions notre attitude actuelle de puissance intervenante en médiatrice armée, il est de l’intérêt naturel de la partie adverse d’accepter notre intervention pour nous faire passer au rôle de médiateur, auquel l’empereur sera loin de se refuser dans la suite. » Quant aux bases de paix, « il s’agit maintenant moins des bases détaillées de la paix future que de celles premières et générales sur lesquelles pourrait s’asseoir une négociation... Il s’agira alors d’un lieu de réunion... Prague nous paraîtrait le plus convenable... » C’est-à-dire que suivant la tactique de 1805 8, on produira d’abord des propositions générales, assez vagues encore, qui seront le minimum de ce qu’on exigera plus tard; elles serviront d’amorce à la négociation, et, une fois cette négociation commencée sur cette base provisoire et fallacieuse, on la reprendra en sous-œuvre, on l’étendra, on la développera selon les circonstances de la guerre et la fortune des armes. Jamais, même en cette première période, même en ces premiers pourparlers, il ne fut question d’arrêter des conditions de paix immuables, à accepter ou refuser par oui ou par non, à signer dans les

1 Metternich àZichy, 30 janvier; l’empereur au roi de Prusse, 28 janvier 1813.

1 Instructions de Lebzeltern; François II à Alexandre, 8 février 1813. Instructions de Wessenberç, 8 février 1813. Arneth, Wessenberg,

• Voir t. VI, p. 418.

53 vingt-quatre heures; tout au contraire, et c’est de la sorte qu’il conviendra dorénavant d’interpréter les propositions des alliés, si l’on en veut pénétrer la politique, en démêler l’artifice et en connaître la vraie portée.

Metternich commentait lui-méme ces instructions dans ses entretiens avec le comte Hardenberg, le Hanovrien. Il lui dit, et le répéta à Humboldt, que, « lorsque la partie serait bien engagée », la Russie avec 200,000 hommes sur l’Oder, si la Prusse se déclare, si la Suède débarque 30,000 hommes, si le Danemark reste ^neutre, l’Autriche déclarera sa neutralité; elle formera, en attendant, une armée de 100,000 combattants effectifs, 150,000 avec les dépôts, « sur la destination desquels la France, malgré les protestations de l’Autriche, conserverait toujours des doutes, tandis que, dès ce moment il donnerait les assurances les plus positives à la Russie et à la Prusse que ces forces n’agiraient jamais contre elles; enfin que s’étant, en attendant, entendue sur la base de la paix avec les puissances en guerre contre la France, l’Autriche se déclarerait contre celui qui se refuserait à la paix; menace qui, dans la supposition que l’on se soit entendu avec l’Angleterre, la Russie et la Prusse, ne peut être dirigée que contre la France »

Préoccupé d’éloigner le théâtre de la guerre et d’empêcher « les confédérés du Rhin » de tomber sur les contrées riches des États autrichiens ; prévoyant du même coup que ces États, le moment venu, changeraient volontiers de confédération, Metternich engageait les principaux d’entre eux à temporiser, à tirer en longeur leurs armements, bref à filer leur défection. 11 attire le roi de Saxe, honnête et borné, dans le filet de l'intervention *. « Si le roi, écrivait-il à Binder, à Stuttgart, se presse de porter ses forces à un état disponible, il augmente à la fois les chances de sacrifices pour ses propres États et celles de la continuation de guerre. » En passant par Munich, l’ambassadeur d’Autriche en France tint un langage

1 Hardenberg à Munster, à Londres, 7 février 1813, en français.

André Bomnefoks, Un allié de Napoléon.

analogue. Il s’en ouvrit avec Mercy-Argenteau, l’envoyé de Napoléon, ministre de famille, diplomate mixte que l’on pouvait croire, à Vienne, tout aussi Autrichien que Français : a La France n’est-elle pas assez forte dans ses limites du Rhin, pour avoir besoin d’autre titres à son influence en Allemagne?... » Il parla de l’évacuation des villes hanséatiques, de l’Illyrie. « L’état actuel des choses ne peut plus subsister, il faut des sacrifices de la part de l’empereur Napoléon *. » La défection de l’Autriche, consommée en fait, n’était plus qu’un secret diplomatique; celle de la Prusseayait se déclarer publiquement.

Vil

Les Russes étaient entrés dans la Prusse orientale. Kou-tousof publia une proclamation dictée par le tsar : a La Providence a béni les efforts de l’empereur mon maître... L’indépendance et la paix en seront les résultats. Sa Majesté offre son assistance à tous les peuples qui, entraînés aujourd’hui contre lui, abandonneront la cause de Napoléon pour ne suivre que celle de leurs vrais intérêts. C’est surtout à la Prusse que s’adresse cette invitation. Il sera glorieux pour Sa Majesté l’empereur de faire cesser les maux qu’elle éprouve, de contribuer à rendre à la monarchie de Frédéric son éclat et son étendue, et de pouvoir donner au roi de Prusse la preuve de l’amitié qu’il n’a cessé de lui conserver. » Cette contre-partie impériale du fameux manifeste de la convention de novembre 17928 fut dans la Prusse orientale le signal d’une véritable révolution ’. Les populations accla- 33 34 35 36 ment les Busses, courent aux armes. York, encore que désavoué publiquement et sous le coup de poursuites, demeure général en chef et se met à la tète du mouvement. Stein arrive le 23 janvier, s'installe avec les pleins pouvoirs de commissaire d'Alexandre et agit en dictateur du salut public. Il convoque les États de la province, qui vont provoquer un soulèvement général. Les appels de Stein, ses signaux, ses exemples s'adressent à toute l'Allemagne. Il lève le blocus, frappe des contributions, contracte un emprunt, donne cours forcé au papier russe. Malgré la résistance des administrateurs intimidés et les contre-ordres de Berlin, il met tout le pays en fièvre. En quinze jours, il fait plus pour la réforme de l'État, pour la régénération de la nation prussienne que pendant une année de ministère. Tout l'armement du peuple, toute l'organisation de la landwehr et du landsturm, que le gouvernement reprit à son compte, procèdent de sa dictature. Le roi ne décréta, quelques semaines après, que des faits accomplis.

Frédéric-Guillaume incline au parti que lui souffle Metter-nich, de se retirer à B resla u, dans la fidèle Silésie, d'y rassembler tout ce qu'il pourra lever de troupes et d’y montrer au moins un fantôme de gouvernement. Hardenberg disposa le départ dans le plus grand secret, comme une évasion. Dans la nuit du 19 au 20 janvier, Natzmer revint du quartier général russe : il avait vu Alexandre le 12; il rapportait les instances les plus vives de s'allier à la Russie, la confirmation des promesses déjà faites par Lieven, réitérées par Boyen, de reconstituer la Prusse, mais par-dessus tout, l'avis de se soustraire aux périls de Berlin, de recouvrer l'indépendance de la couronne. Le même avis arrive de Vienne, le 21, avec le rapport de Knesebeck : l'Autriche ne promettait rien, mais elle approuvait la défection et l'alliance russe. Cependant Frédéric-Guillaume hésitait encore. Hardenberg ne le per-origines du soulèvement dans la Prusse orientale ; les pleins pouvoirs russes de Stein; ch. IX, les États généraux de Kœnigsberg; ch. X, la landwehr des provinces orientales; ch. XII, comparaison entre l'organisation prussienne en 1813, les volontaires et la levée en masse de la Révolution française.

suada, ne l’enleva, pour ainsi dire, qu'en l’assurant qu’Auge-reau allait investir Potsdam et l'arrêter. Il partit le 22 au matin. « Petit dîner chez moi » , écrit Hardenberg dans son journal. « Les maréchaux Augereau, Ney, Desaix, Sébas-tiani, Saint-Marsan. J'annonçai le départ du roi, qui eut lieu le matin, avec les troupes, sans toucher Berlin. Prétexte du départ : la formation d'une nouvelle armée comme contingent. » Frédéric-Guillaume arriva à Breslau le 25 janvier. Bientôt les troupes y affluèrent, puis le gouvernement s'y rallia, Hardenberg et, un peu après, Scharnhorst. Le roi reçut le 28 un courrier de Krusemarck, relatant l'audience que cet envoyé avait eue de Napoléon le 15 janvier. L’empereur affectait la confiance dans la loyauté du roi, il insinuait qu'il pourrait abolir certaines clauses de Tilsit trop dures pour la Prusse; il laissait même entrevoir des avantages, et tâchait d'aigrir la jalousie, d’attiser l’inquiétude qu’il savait régner en Prusse à l'égard de la Russie : « Quant au duché de Varsovie, il peut m’étre indifférent qu’il conserve la forme actuelle, qu'il passe à l’Autriche ou à la Prusse; mais â la Russie, jamais ! »

Le meme jour arrivèrent deux lettres d’Alexandre, Tune du 6, l’autre du 21 janvier C’étaient des effusions de magnanimité. « Par ma religion, par mes principes, j’aime à j>ayer le mal par le bien, et je ne serai satisfait que quand la Prusse aura repris toute sa splendeur et sa puissance. Pour y parvenir, j'offre à Votre Majesté de ne poser les armes que quand ce grand but sera atteint. Mais il faut que Votre Majesté, de son côté, se joigne franchement à moi. Jamais décision n’a été plus importante que celle que vous allez prendre. Elle peut sauver l’Europe ou la perdre à jamais. » Très adroitement, Alexandre prenait à son compte l’acte d’York : « J’espère que le général York a agi dans le sens des intentions de Votre Majesté. Je ne saurais assez exprimer le plaisir que j’éprouve en pensant que nos troupes n'ont

1 Bailleu, p. 240*242. plus à combattre les vôtres. » Il atténuait le caractère de la dictature de Stein ; le commissariat russe se transformait en une délégation anticipée du roi : a J'ai revêtu de mon plein pouvoir un dignitaire russe, mais un des plus fidèles sujets de Votre Majesté, le baron de Stein. J'espère par là avoir donné une preuve à Votre Majesté combien la conservation de ses États à leur légitime souverain me tient à cœur. »

Napoléon, l'ennemi acharné, exige des actes qui seraient une vraie trahison du roi envers sa propre cause, ses sujets, sa couronne, et pour tout avantage il indique, très vaguement, quelque morceau du duché de Varsovie, d'où il faudra d'abord déloger les Russes. Alexandre, l'ami du cœur, toujours regretté et toujours désiré, ne demande qu'une défection à l'alliance forcée, le divorce du mariage nul en sa substance et en sa cause; il promet formellement de relever la Prusse en sa splendeur et dignité, et avec Alexandre parle toute la nation prussienne. Frédéric-Guillaume se sentait emporté malgré lui. C'est comme à reculons qu'il entrait dans sa propre histoire. Les souvenirs de 1805, de 1806, de 1807 l'obsédaient : il doutait de son allié, de son peuple, de lui-même. La Russie l’attire à l'abîme! l'enthousiasme de son peuple l’emporte à la révolution! Avant d’agir, de parler même, il voudrait être sûr de rassembler ses troupes avec assez de mystère et de rapidité pour que les corps d’Augereau et de Ney, pour que le terrible Davout, ne le surprissent point en formation, et n'anéantissent point sa monarchie avant qu'Alexandre eût le temps de la sauver. Par goût, par habitude, par nécessité, il lui fallait continuer de feindre, et dans cette extrémité il se retrouvait avec les perplexités, les duplicités, les combinaisons troubles et lentes de 1805 et de 1806. II calculait que la grande armée russe, 100,000 hommes, ne serait concentrée aux bouches de la Vistule qu'à la fin de février, et qu’elle aurait besoin de se refaire. La Prusse ne serait prête qu'en mars. D'ici là, il fallait ruser avec Napoléon, s'armer sous couleur d'arrêter les Russes; puis réclamer les forteresses de Silésie, et si Napoléon refusait de les évacuer, en prendre, quand on serait en mesure, prétexte pour rompre; enfin si Napoléon perçait ce dessein, obtenir des Russes qu'ils arrivassent, en hâte et en masse, au secours37.

Mais la pente était rapide, l'impulsion irrésistible, et l'on va voir Frédéric-Guillaume entraîné à reconquérir son royaume comme il l'a été en 1806 à le perdre. C'est un Louis XVI qui marche, sans le savoir, à un Valmy, A un Jemappes qui se feraient pour la royauté. Son peuple avance, il le suit.

Les mesures se succèdent timides, incertaines d'abord, puis de plus en plus significatives, suivies, enchaînées par une force mystérieuse qui impose au roi les décrets, les dépêches, les traités qu'il signe d'une main hésitante. Le 28 janvier, il crée un Comité de l'armée, formé de Hardenberg, de Hake et de Scharnhorst, dont la rentrée est un événement. Le 29, il fait annoncer à Alexandre, par le comte de Brandebourg, qu'il est prêt à répondre à son appel et va lui envoyer un plénipotentiaire. Ce sera Knesebeck, rappelé en hâte de Vienne. Il arrive à Berlin le 3 février, et le même jour le roi signe une ordonnance pour la création d'un corps de volontaires, en réalité l'appel de la nation aux armes. Cependant, Hardenberg écrit le 4, dans son journal : « Le roi ne sait pas encore bien ce qu'il veut. » Il est clair que Frédéric-Guillaume est effaré, dérouté, comme tous ses diplomates, comme tous ses gentilshommes, parla marée montante, le débordement populaire; la réclamation de la liberté politique est bien proche de la revendication de l'indépendance nationale *.

Enfin il médite, avec perplexité, sur les promesses d'Alexandre. La reconstitution de la Prusse! mais où, comment? Tout de suite, en lui rendant Varsovie et Posen, ou bien dans les futurs contingents de la guerre, au détriment des frères allemands et dans les terrains vagues des conquêtes ’?

Dépouiller un roi, en vertu du droit de la guerre, est un acte dont un roi de Prusse ne s'est jamais embarrassé; le roi de Saxe a-t-il hésité A s'enrichir des dépouilles de la Prusse? Mais s'il ne se pose pointde scrupules sur l'acte, Frédéric-Guillaume conçoit des doutes sur le succès. Le roi de Saxe demeure sur son trône, Napoléon le protège : si ce royaume est bon à prendre, il est dur à conquérir. Au contraire, Varsovie et Posen sont disponibles, à portée de la main.

Le 8 février, Frédéric-Guillaume a pris son parti et les instructions de Knesebeck sont expédiées, en même temps qu'une lettre autographe au tsar. La lettre, flasque et froide, lettre de chancellerie, minutée par Hardenberg, ne part point d'un cœur exalté qui se donne; elle trahit un homme d'affaires qui négocie un contrat, se dispose à marchander sur le prix, A disputer sur le terme. Au moment de sauter le pas, le roi de Prusse commence par reculer. Il ne se livrera que les compensations en poche, son plan de campagne sous la main, et 100,000 Russes autour de lui. A ces marques seulement, il reconnaîtra la main de la divine Providence signant au traité ; alors, il laissera parler son cœur, il s'abandonnera A la reconnaissance et ouvrira les bras A son ami, les yeux mouillés de larmes!

Le projet de traité remis à Knesebeck portait :

L’indépendance de la Prusse ne pouvant être bien assurée qu’en lui rendant la force qu'elle avait avant la guerre de 1806, et en l’augmentant s'il se peut par des acquisitions dans le nord de l’Allemagne. .. Sa Majesté l’empereur de toutes les Russies s’engage à ne point poser les armes sans le consentement de Sa Majesté le roi de Prusse, à moins d’avoir fait restituer à sa dite Majesté tous les pays et états qu’elle possédait avant la guerre de 1806, ou leur équivalent, ceux de la maison de Hanovre exceptés. Cette restitution devra s’étendre particulièrement sur la partie du duché de Varsovie qui appartenait à la Prusse...

La Prusse mettrait en ligne 80,000 hommes, la Russie 150,000, qu'elle s’engagerait à rassembler sur l’Oder et à porter sur l'Elbe avant le 15 avril. A ces prétentions, qui contrariaient les désirs d'Alexandre et lui imposaient militairement un champ de bataille, s'ajouteront les difficultés provenant du caractère même du négociateur, un des Prussiens, disait Stein à Alexandre, a dont la marche est plus cachée, mais pas moins perfide », que celle des adversaires déclarés de la Russie à Berlin; a esprit faux, à système », et de fourberie déclarée.

Il entrait dans le « plan » du roi de ne se point prononcer davantage avant d'avoir la réponse des Russes; mais son peuple le dépassait : enrôlements volontaires, dons en argent, tout affluait, avec de belles scènes pathétiques d'adieux et de bénédictions, des chants inspirés par le patriotisme. Sorti de l'élan national, le service obligatoire universel entra dans les lois de la monarchie prussienne. En même temps York fut publiquement absous, 12 février 1813, et rétabli dans son commandement, qu'au fait il n'avait jamais quitté.

De tant de serments tapageurs d’expulser et d’exterminer les Français qui se prêtaient en plein air, Saint-Marsan, arrivé le 29 janvier à Breslau, ne retenait que ce serment du chancelier : « Le baron de Hardenberg m’a juré vingt fois aujourd’hui que le système n’a point varié, qu’aucunes ouvertures directes n’ont eu lieu pour la Russie... que la conduite du roi prouvait sa loyauté *. »

En conséquence, Hardenberg proposait de procurer une trêve entre la France et la Russie, moyennant que les Français se retireraient derrière l’Elbe; il réclamait la garde des forteresses silésiennes occupées par la France, plus Dantzig, enfin une remise de 45 millions sur l’arriéré de la contribution de guerre. Napoléon eût ainsi assuré à la Prusse la liberté de ses armements, payé des subsides et ouvert enfin les roules jusqu’à l’Elbe, où l’on a vu que Frédéric-Guillaume se proposait d'assaillir et d’anéantir les Français, au 15 avril. Une instruction en ce sens fut envoyée à Hatzfeld, et Saint-Marsan en reçut la confidence. 11 persistait en sa confiance, attribuant

Rapport du 15 février 1813* les mouvements de la Prusse aux alarmes que lui causait le refus de Napoléon de reconnaître sa neutralité et « à la méfiance que nous lui montrions »

Cependant Knesebeck arrive au quartier général russe, à Klo-dova, et il y trouve des dispositions fort différentes de celles qu'il attendait. Endoctriné par Stein sur les a demi-volontés » du roi et la mauvaise volonté de ses conseillers, Alexandre en revenait aux vues qu’en 1805 lui suggérait Czartoryski : forcer la main au roi de Prusse, par l’invasion de ses états et par le soulèvement de ses peuples; se réserver ensuite la faculté, selon les circonstances et selon ses propres convenances, de rétablir ce roi en sa puissance et splendeur. « Amitié, confiance, persévérance et courage, la Providence fera le reste 2! » Mais la Russie ne promettrait rien, et moins que toute chose au monde le duché de Varsovie. Il se trouve d’autant plus à l’aise, que, d’instinct, le peuple prussien, travaille pour lui, ne comprenant rien aux hésitations du roi, aux subtilités de Hardenberg.

Alexandre reçut Knesebeck le 15 février et prit en fort mauvaise part les précautions de Frédéric-Guillaume, ses lenteurs à se séparer de Napoléon, ménageant l’homme qui l’avait sacrifié, marchandant avec son sauveur. — « Il n’est pas besoin de traités, dit-il, la Prusse doit rompre immédiatement3. » La Prusse doit être reconstituée, il en forme le vœu, et l’accomplissement sera l’ouvrage de la guerre. Il met sur le tapis l’annexion de la Saxe, en compensation du duché de Varsovie. « Il faut nécessairement, poursuit-il, que la Prusse soit agrandie. — Mais, observa Knesebeck, cette façon de faire sent un peu la française, la conquérante. » Alexandre répond : « La conduite de la Saxe ne permet pas de la traiter autrement qu’en pays conquis. » Il ajoute : «On indemniserait le roi de Saxe quelque part, en Allemagne, en Italie... »

Knesebeck exhiba son projet de traité. « On aurait pu

1 Au prince Eugène, 18 février 1813.

1 Lettre d’Alexandre au roi, 24 février 1813.

• Rapport de Knesebeck, 18 février 1813. Onckkn, O. und Pr.t t. I. croire, écrit un Russe, que c’était la Prusse qui avait délivré la Russie du joug des Français! » Nesselrode répondit, le 21, par un contre-projet qui remettait les choses au

La sûreté entière et l'indépendance de la Prusse ne pouvant être solidement établie qu’en lui rendant la force réelle qu’elle avait avant la guerre de 1806, S. M. l’empereur de toutes les Russies... s’engage à ne pas poser les armes aussi longtemps que la Prusse ne sera point reconstituée dans ses proportions statistiques, géographiques et financières conformes à ce qu’elle était avant l’époque précitée... Il sera conservé entre les différentes provinces qui doivent rentrer sous la domination prussienne l’ensemble et l’arrondissement nécessaires pour constituer un corps d’Ëtat indépendant.

En particulier il serait joint à la vieille Prusse un territoire qui, sous tous les rapports, lierait cette province A la Silésie. La Russie excluait expressément de cette reconstitution de la Prusse les possessions de la maison de Hanovre. Pour le reste, elle ne promettait ni n’interdisait rien : le duché de Varsovie demeurait sa conquête; à la Prusse de s’aider elle-même et de contribuer de toute la force de ses armes A son propre rétablissement. Toutefois, après la stipulation expresse d’un morceau du duché de Varsovie pour rejoindre la vieille Prusse à la Silésie, il devenait évident que la Russie s’en réservait la plus grande partie.

Knesebeck refusa de signer, sur quoi Alexandre, impatienté, « le planta là 38 ». Il envoie Anstett A Breslau afin de brusquer la négociation et il écrit de sa main, le 24 février, à Frédéric-Guillaume : « Il m’est impossible de cacher A Votre Majesté l’impression pénible qu’a produit sur moi la communication que m’a faite M. de Knesebeck des instructions données, en dernier lieu, au général de Krusemarck A Paris... Dès que l’ennemi a été anéanti, oubliant tout le passé, j’ai volé au-devant de vous, parce que la pensée de la réintégration, de l’agrandissement même de la Prusse, a toujours été nourrie dans l’intimité de mes sentiments. Le temps est venu où on peut réaliser. Il faut le saisir. »

Il confie cette lettre à Stein, qu’il a rappelé de Kœnigsberg : a C’est certainement un des plus fidèles sujets que possède Votre Majesté. Pendant près d’une année qu’il est resté auprès de moi, j’ai appris encore mieux à le connaître et à le respecter. Il est au fait de toutes mes intentions et de mes désirs sur l’Allemagne, et pourra vous en rendre un compte exact... » Bon gré mal gré, il faut que l’armée prussienne passe du rôle d’auxiliaire de Napoléon contre la Russie à celui d’auxiliaire de l’armée russe contre Napoléon; que la Prusse subisse les conditions de son libérateur comme elle a subi celles de son vainqueur; que Frédéric-Guillaume comprenne le rôle qu’Alexandre lui réserve, celui de lieutenant général de la Russie en Allemagne, et avec son oukase Alexandre lui envoie un ministre de son choix et de sa confiance, ce Stein congédié autrefois, abandonné sans regrets aux vengeances de Napoléon, Stein qui venait de révolutionner la vieille Prusse, qui prétendrait régenter le roi et dont la vue réveillerait de toutes les anciennes blessures la plus cuisante, celle de l’amour-propre, la susceptibilité. « Il est clair, mandait le roi à Har-denberg le 21, qu’on veut nous entraîner, coûte que coûte, et nous compromettre. »

Toutefois il ne pouvait pas plus longtemps abuser les Français ni pousser plus loin ses armements sans être sûr de la Russie. Napoléon mettait les apparences contre lui et fournissait, en persistant à occuper la Prusse et ses forteresses, des motifs suffisants à un manifeste de rupture Alors, la résolution prise, ou, plutôt subie, l’impatience succède à la lenteur calculée. Hardenberg envoie un courrier à Knesebeck, le 23, le pressant de conclure; il ajoute : «Les traités avec l’Angleterre et la Suède, calqués sur celui de la Russie, sont prêts. » Mais les jours passent sans nouvelles, dans la plus cruelle anxiété. Le 25, seulement un billet d’Anstett annonce

1 Rapport de Hatzfeld sur les audiences de Napoléon, 5-14 février 1813. Obckem, et ci-dessus, p. 58.

son arrivée à Breslau. Il demande un entretien à Hardenberg pour lui communiquer ses pleins pouvoirs, le contre-projet de traité et une lettre de l'empereur au roi. Stein, malade, a dû renoncer’à la remettre en personne.

Le traité n’est point ce que les Prussiens auraient voulu, mais la circonstance presse, le mouvement de l’opinion commande; ils décident de conclure sans autre discussion. Le texte russe, signé à Breslau le 27, est porté le 28 à Kalisch, où se trouve le quartier général russe, par Anstett, accompagné de Scharnhorst en qualité de plénipotentiaire militaire. « Leroi, dit le tsar à Knesebeck, a eu plus de confiance en moi ; il a signé sans changer un mot. » L’émotion lui coupa un moment la parole, puis il s’écria : « C’est un secours que m’envoie la Providence. Mais le roi peut être sûr que je mourrai plutôt que de l’abandonner. »

L’instrument officiel est daté de Kalisch, 28 février 1813, et porte les signatures de Hardenberg et de Koutousof« La destruction totale des forces ennemies qui avaient pénétré dans le cœur de la Russie a préparé la grande époque de l’indépendance de tous les États qui voudront la saisir pour s’affranchir du joug que la France a fait peser sur eux depuis tant d’années... En conduisant ses troupes victorieuses, hors de ses frontières, le premier sentiment de Sa Majesté l’empereur de toutes les Russies fut celui de rallier à la belle cause que la Providence a si visiblement protégée ses anciens et plus chers alliés, afin d’accomplir avec eux des destinées auxquelles tiennent et le repos et le bonheur des peuples épuisés par tant de commotions et tant de sacrifices. Le temps arrivera où les traités ne seront plus des trêves, où ils pourront de nouveau être observés avec cette foi religieuse, cette inviolabilité sacrée auxquelles tiennent la considération, la force et la conservation des empires. »

Ce préambule constitue la déclaration des droits de l’Europe selon la Russie et le manifeste de la politique qu’Alexandre

1 Martens, t. vil.

allait durant plusieurs années faire prévaloir en Europe. Il proclame les motifs élevés que le tsar se propose ; il donne le ton du nouveau langage des chancelleries et affirme solennellement ce paradoxe destiné à faire fortune dans l’histoire, que la foi religieuse, l’inviolabilité des traités, consacreront le retour aux principes sacrés d’un droit ancien. Or, ces principes n’avaient jamais prévalu dans le passé; ce droit n’était connu que par les déclamations des publicistes et les violations des gouvernants l. Faute de garanties à donner aux peuples de Page d’argent qu’on leur promet, force est bien d'invoquer la légende d’un âge d’or qu’ils n’ont jamais vécu, mais dont le souvenir imaginaire prête un corps à toutes les illusions de l’espérance.

Suivaient des articles non moins importants pour les réalités des affaires, que les déclarations pour la doctrine. Il forment le point de départ, au plutôt la reprise d’une alliance qui, contractée en 1764, renouvelée en 1813, a duré jusqu’en 1878, gouverné le dix-neuvième siècle, organisé l’Allemagne à la prussienne après l’avoir reconstituée à la russe. Alliance offensive et défensive qui a pour premier objet ostensible de a reconstruire la Prusse « et d’enlever à la France « une influence quelconque dans le nord de l’Allemagne » (article 1er)? coopération immédiate des deux armées; ni paix ni trêve que <£un commun accord (article 6) ; invitation à l’Autriche d’entrer dans l’alliance le plus tôt possible (article 7). Puis des articles secrets relatifs à la reconstruction de la Prusse, et qui reproduisent textuellement le contre-projet russe a.

Alexandre atteint son but. Sans se lier les mains, il s’assure le concours non seulement de l’armée royale de la Prusse, mais de l’insurrection nationale prussienne, et sous cette impulsion de toute l’Allemagne, il devient le chef avéré de la grande coalition des peuples, le meneur de la croisade de l’indépendance. Il place le roi de Prusse à sa gauche, il

’ Voir t. I, p. 9, 24, 35, 62, 89.

1 Voir ci-deMU8 p. 62.

va s'occuper de mettre l'empereur d'Autriche à sa droite, pour les entrées solennelles qu'il compte faire dans les capitales affranchies.

VIII

Lebzeltern, arrivé au quartier général russe le 5 mars fut reçu par le tsar le 8 au soir. Ses instructions lui prescrivaient, sous le couvert de l’intervention, de tâter les Russes sur l'alliance et de découvrir ce qu'ils offriraient. Alexandre ne laissa pas Lebzeltern s'évertuer en insinuations. Il alla droit au fait et lui dit1 : « Est-il possible que, toujours renfermés dans le vague, vous vouliez ou être devinés, ou qu'on se jette dans vos bras sans que vous daigniez nous dire une seule de vos pensées? Vous voulez le bien de la cause européenne? Soit; moi, avant tout, je désire que l’Autriche regagne son ancienne attitude et toutes ses possessions ; que la Prusse sorte de cette lutte indépendante et avec un degré de consistance; que l'Allemagne soit affranchie du joug français et libre, ou plutôt soumise comme auparavant à la domination de votre souverain... — Voulez-vous, Sire, dit Lebzeltern, que je transmette cette base comme U vôtre? — Dites-moi le plus secrètement possible si elle vous convient, reprit Alexandre; donnez-moi celle-ci ou une autre, je vous donne ma parole de la produire comme la mienne, et vous en ferez l’usage qu’il vous plaira. » Puis il ajouta : « Vous ne pouvez rien craindre, toute mon armée et celle du roi agiront avec vigueur; entrez en possession du Tyrol, de l’Italie jusqu’à Mantoue, à votre convenance. Déclarez que vous ne voulez qu’entrer en possession de ce qui vous appartient, que vous ne voulez pas faire la guerre à la France, que vous vous pla-

1 Voir ci-dessus, p. 50-52.

1 Rapport de Lebzeltern, 8 mars 1813. Okcren.

cerez entre les puissances qui voudront l'attaquer ; nous vous seconderons en tout. Ensuite, parlez d'un congrès général, et enfin alors vous négocierez dans les formes que vous voudrez. Si l'Angleterre y amenait des prétentions exagérées, eh bien, nous nous entendrions, les intérêts du continent avant tout. » C'était, comme avec la Prusse, de la magnanimité très habile. Si l'Autriche entrait dans ces vues, elle se trouverait, de fait, en guerre avec Napoléon, et, de fait, alliée de la Russie et de la Prusse, car elle présenterait aux deux parties, Napoléon d'un côté, Alexandre et Frédéric-Guillaume, comme ses propres conditions de paix, les conditions concertées avec la Russie et la Prusse contre Napoléon; il n'y aurait plus dès lors qu'à déclarer l'alliance. Lebzeltern le discerna fort bien; les propositions paraissaient avantageuses, et il s'empressa de les transmettre à Vienne.

Alexandre se rendit à Breslau le 15 mars. Le 16, la Prusse déclara la guerre à la France. Alexandre demeura près du roi jusqu'au 19. Ce fut l'occasion d'ovations, d'accolades, de revues, avec un grand déploiement de serments et d’enthousiasme. Cependant les états-majors disposaient leurs mouvements. Gneisenau arrivait de Londres, tout exalté du spectacle nouveau que, sur son passage, lui avait donné sa patrie. Stein prit part aux délibérations : il intervint comme le porte-parole de l'Allemagne devant la Prusse et la Russie; il signa avec Nesselrode, le 19 mars, une convention où les deux souverains réglèrent la conduite de leurs troupes dans les territoires qu'elles occuperaient, la Confédération du Rhin et les pays réunis à l'empire français. Elles annonceraient que leur objet était la délivrance de l'Allemagne; elles y convieraient les princes et les peuples. « Tout prince allemand qui ne répondra pas à cet appel dans un délai fixé sera menacé de la perte de ses États. » La croisade des rois procédait comme, vingt ans auparavant, la croisade révolutionnaire, et elle tenait des droits des princes tout juste le même compte que la Convention des droits des peuples. « Il faudra » , avait dit Gambon en proposant le décret du 15 décembre 1792, « il faudra dire aux peuples qui voudraient conserver leurs castes privilégiées : Vous êtes nos ennemis, et alors les traiter comme tels, puisqu'ils ne voudront ni liberté ni égalité. » Il n'était alors permis aux peuples d'étre libres qu'à la jacobine; il ne sera permis aux États d'être indépendants qu'à la russe et à la prussienne. Un comité composé de délégués de la Prusse et de la Russie, auxquels s'adjoindraient des délégués des autres États alliés, administrera les pays occupés, y opérera des réquisitions, y organisera une armée de ligne, une milice, une levée en masse. Il sera formé cinq grandes sections de ces pays : 1° la Saxe, 2° la Westphalie, 3° les duchés de Berg, 4° les départements de la Lippe, 5° les départements des Bouches-de-l'Elbe et le Mecklembourg s.

On reconnaît dans ces mesures la pensée de Stein. Alexandre prononçait l'excommunication des princes qui ne se coaliseraient pas. Ils seraient coupables de lèse-majesté nationale, expropriés, mis au ban de l'Europe. Quant à la Saxe, qui s'offrait la première aux coups, elle n'aurait même pas l'option. Le roi de Saxe, duc de Varsovie, avait été un des provocateurs de la guerre; il en serait la première victime39 40 41. La Prusse désormais n'avait qu'à traiter ce prince en ennemi et son royaume en pays conquis.

Le 20 mars, le traité de Kalisch fut publié dans sa partie ostensible, et, le 25, l'appel à la nation allemande, inspiré par Stein et qui n'était que le commentaire enflammé du préambule de l'alliance. 11 portait, pour l’ironie des choses, la signature de Koutousof, venu en Allemagne en passant sur le ventre de la Pologne, et parlant au nom des copartageants de trois partages :

LL. MM. l'empereur de Russie et le roi de Prusse ne viennent que pour aider les princes et peuples d'Allemagne à recouvrer ces biens héréditaires des peuples, qui leur ont été enlevés, mais qui sont imprescriptibles : leur liberté et leur indépendance. Honneur et patrie! que tout Allemand encore digne de ce nom se joigne à nous avec promptitude et vigueur! que chacun, prince, noble ou placé dans les rangs des hommes du peuple, seconde de son bien et de son rang, de son corps et de sa vie, de cœur et d’esprit, les projets libérateurs de la Russie et de la Prusse!

La confédération du Rhin, cette chaîne trompeuse à l’aide de laquelle l’esprit d’usurpation garrota de nouveau l’Allemagne disloquée, ne peut plus être soufferte. S. M. l’empereur de Russie annonce par là les rapports qu’elle veut avoir avec l’Allemagne régénérée et sa constitution. Plus les bases et les principes de cet ouvrage seront modelés d’après l’antique esprit du peuple allemand, plus l’Allemagne, rajeunie, vigoureuse, unie, pourra reparaître avec avantage parmi les nations de l’Europe.

Jamais pareil langage n’avait été tenu par des rois. Jamais de telles paroles n’avaient été lancées aux peuples avant la révolution française, et, depuis cette révolution, jamais appel à l’indépendance n’avait eu ce retentissement dans les âmes populaires. La France, en 1792, avait prêché la guerre et la révolution cosmopolite; la Russie, en 1813, déchaînait la guerre de nationalité. La proclamation de Koutousof devait produire en Allemagne et en Italie, où elle eut son écho, des effets infiniment plus puissants que le décret du 19 novembre 1792 n’en avait pu produire. La déception qui suivit, après 1815, les sacrifices des peuples et le triomphe des rois, ne fut ni moins profonde ni moins douloureuse que celle des peuples envahis et insurgés après la première sortie de la République en 1792, et l’installation de la république dans les pays » affranchis ».

Le manifeste ne parlait d’ailleurs ni de la Pologne, qui avait cessé d’exister par le fait même des libérateurs; ni de la Hollande, par considération envers les Anglais qui lui destinaient un roi; ni de l’Italie, afin de ménager les convenances de l’Autriche. 11 se terminait par cette déclaration destinée à séduire les Français, tout au moins à les désarmer, les incitant à séparer leur cause de celle de Napoléon :

Que la France, belle et forte par elle-même, s’occupe à l’avenir de sa prospérité intérieure. Aucune puissance étrangère ne la troublera, aucune entreprise hostile ne sera dirigée contre ses limites légitimes... Que la France sache que les autres puissances... ne déposeront les armes que lorsque les bases de l’indépendance de tous les peuples de l’Europe seront établies et assurées.

Le texte ne dit point limites naturelles, ce qui, malgré l’équivoque sur le cours du Rhin et sur l’Escaut, eût été trop précis et compromettant, avant que l’on fût convenu de rien. Limites légitimes réservait tous les combinaisons et arrière-pensées, avant tout celle des limites de 1792, légitimes autant que limites pouvaient l’être, puisqu’elles étaient celles de la monarchie légitime, antérieures à cette révolution dont on prétendait anéantir les effets et abolir la mémoire. Limites légitimes, est-ce donc aux yeux des alliés celles de 1795, déclarées constitutionnelles par la Convention, ou celles de 1801, déclarées constitutionnelles par l’empereur en 1804? Attribuent-ils au traité de Lunéville un caractère unique d’imprescriptibilité, alors que tant d’autres traités conclus avant ou après celui-là, et déclarés également éternels, tombent, répudiés, déchirés, abrogés par eux? Aux Français de s’en flatter, s’ils le veulent, et selon la vanité de leurs illusions. Le point est de les persuader que la guerre implacable ne poursuit que Napoléon; que le Grand empire et sa suprématie se trouvent seuls enjeu et que la France, pourvu qu’elle laisse raser l’édifice et passer la justice des alliés, se retrouvera chez soi, heureuse et pacifiée. On pourrait s’étonner que des calculs aussi profonds et aussi lointains se découvrissent dans une proclamation qui semble improvisée d’enthousiasme, aux fanfares des trompettes, et signée sur un tambour, par un général d’armée qui ne raffine point sur les mots. Ce serait étrangement se méprendre. Tous les mots sont percés, creusés, pour ainsi dire évidés comme la fausse monnaie. Cet artifice a été conçu en 1805 et minutieusement élaboré depuis lors. Rien de mieux enchaîné que les articles d’avril 1805 et le manifeste de Koutousof. 1 Rien de plus significatif que de corn-

1 Voir t. VI, p. 415, conditions ostensibles et préliminaires; p. 418, conditions secrètes à découvrir au cours de la guerre et des négociations.

parer ensemble les deux seuls textes officiels et publics que nous possédions sur les intentions des alliés en 1813, le texte initial, celui du 26 mars à Kalisch, et le texte final, celui du 1er décembre à Francfort, l’un qui précéda le congrès de Prague, et Vautre qui précéda le congrès de Châtillon 42 43 44.

La proclamation de Koutousof porte :

La France belle et forte par elle-même... Aucune entreprise hostile ne sera dirigée contre ses limites légitimes.

La déclaration de Francfort :

Les souverains alliés désirent que la France soit grande^ forte et prospère... Les puissances confirment à l’empire français une étendue de territoire que n’a jamais connue la France sous un roi.

Rien des limites naturelles ; elles s’insinueront dans les propos, mais ne se définiront jamais et s’écriront encore moins dans les manifestes. Le secret des négociations de 1813 réside tout entier dans cette équivoque.

La guerre à peine déclarée, les nouveaux libérateurs de l’Europe montrèrent au monde comment ils traitaient les rois quand les rois tenaient leur parole et que cette parole avait été donnée à la France. Le roi de Saxe fut proposé en exemple à la défection générale des confédérés. Blücher, renouvelant les procédés de Frédéric et retrouvant les chemins de la guerre de Sept Ans, entra en Saxe le 26 mars; il appela aussitôt le peuple à l’insurrection : « Debout! unissez-vous à nous ; votre souverain est dans les mains de l’étranger, il n’a plus sa liberté d’action. » Le 9 avril, Stein s’installa comme président du comité d’administration centrale. Le singulier de l’affaire est que, dans ce moment même, Frédéric-Auguste s’échappait de l’alliance française et négociait, sous main, une défection déguisée sous l’étiquette de la neutralité et le manteau de l’intervention autrichienne9.

Cependant Alexandre pressait les Autrichiens 8. « Au reste, disait-il à Lebzeltern, les alliés se réservant d'agir sur le nord de l'Allemagne, abandonnent à l'Autriche toutes les cours du midi. » « L'empereur laisse carte blanche à l'empereur d'Autriche », écrit Lebzeltern. Rien de mieux fait pour rassurer Metternich. Mais il se réservait, par des moyens plus compliqués, un rôle plus important. Si Alexandre prétendait s’ériger en dictateur de la paix, Metternich se flattait d’en devenir au moins le chancelier. Il ambitionnait pour son maître l’arbitrage suprême que s’arrogeait d’avance la Russie. Il continua donc, imperturbablement, ses cheminements» Le 23 mars, il écrivit à Lebzeltern, proposant un arrangement qui permettrait de se débarrasser du corps polonais de Poniatowski, réfugié à Cracovie, fort embarrassant pour l’Autriche et qui ne laissait point aussi, malgré sa faiblesse, de gêner les Russes. « La marche des derniers événements, écrit Metternich, nous met dans la pénible position de devoir permettre aux Polonais de se placer dans notre rayon d’armistice ’. » Mais a désirant donner aux cours de Prusse et de Russie des preuves de son entière confiance, » l'empereur a résolu de prendre un parti décisif « en faveur de l’éloignement des Polonais ». Et voici par quelle voie insidieuse il va les faire sortir du rayon d’armistice. La convention secrète du 30 janvier les couvre 8 ; on conviendra, par une convention secrétissime et temporaire, de suspendre l’armistice. Les Russes le dénonceront « par l’impossibilité où se trouvent les alliés de laisser dans leur flanc et dans leur dos un foyer de mouvements et d’insurrection tel que l’offre l’armée polonaise. L’armistice dénoncé, « nous déclarerons aux autorités polonaises, civiles et militaires, que nous ne saurions plus les couvrir par notre ligne, que, par conséquent, elles ont le choix de se dissoudre si elles veulent rester dans le duché, ou bien de traverser les États autrichiens pour aller gagner tel point de l’Allemagne qu’elles voudront choisir. » Aux Russes, s’ils savent s’y prendre, de débaucher ou d’embaucher ces Polonais. Le tour joué,

1 Oncken, O. und Fr., t. II, 201-204.

1 Voir ci-dessut, p. 50.

l'armistice est rétabli et chacun rentrera dans ses positions, l'Autriche tirant son corps auxiliaire de l'alliance française et les Russes s'établissant tranquillement dans le duché de Varsovie. Metternich ajoute : « Vous pouvez confier sous le sceau du secret à Leurs Majestés Impériales que nous ferons filer sur-le-champ le corps d'armée qui quitte la rive gauche de la Vis-tule en Bohême, où il se joindra à l'armée qui se forme dans ce royaume. » La convention fut signée à Kalisch, le 29 mars, par Lebzeltern et Nesselrode. L'Autriche, encore que sous le masque, avait fait acte de coalisée. Elle se rapprochait en rampant, mais elle se rapprochait, et par ses mouvements combinés et par ses intentions annoncées.

Ainsi les fondements de la coalition étaient posés, les pierres d'attache en place. L'alliance fondamentale, celle de la Prusse et de la Russie, faillit être arrêtée par les mêmes obstacles qui de 1792 a 1795 retardèrent, empêchèrent et finalement rompirent la première coalition, les convoitises rivales des alliés sur la Pologne45. Mais il n'en fut rien. L'alliance de Kalisch résista â tous les assauts, etaux plus redoutables, ceux des diplomates de Russie et de Prusse, toujours méfiants, toujours jaloux les uns des autres. Ce n'est pas seulement l'amitié des souverains qui opéra ce changement. Les souverains s'aimaient, mais cet attachement n'avait point empêché Alexandre, en 1805, de méditer le démembrement de la Prusse, et Frédéric-Guillaume, en 1805, en 1806 et en 1812, de s'allier avec Napoléon contre Alexandre. Il survint donc quelque chose de plus, qui força la main aux princes etaux diplomates, fit l'amitié des princes inaltérable et l'alliance indissoluble. Cet agent nouveau, c'est celui qui, dès lors, et pour deux années, va s'emparer de l'histoire, le grand inconnu, le dieu mystérieux, la destinée en marche : ce sont les nations européennes, la nation russe la première, puis la nation allemande, qui poussent et meuvent tout. C'est en se jetant dans ce courant, et s'en laissant porter qu'Alexandre arrive à Kœnigsberg, à Breslau avec une force d'impulsion telle qu'il renverse toutes les digues; c’est le courant qui entraîne à son tour Frédéric-Guillaume. L'affection de cœur des souverains se trempa dans l'épreuve et en sortit scellée parla main populaire. L'exaltation des peuples pour l'indépendance assura la loyauté des rois. En 1792, il ne s'agissait, entre les rois coalisés, que de marchés d'hommes et de terres, et ils finirent comme ils avaient commencé, par le marchandage, la concurrence et la brouille. En 1813, la question posée est celle de l'indépendance des peuples; il fout que les princes la proclament; il faut qu'ils agissent comme s'ils la voulaient, car les peuples y croient, et cette foi des peuples commande seule les sacrifices, fournit les offrandes sans lesquelles lesdieuxn'ac-cordent point la victoire : le sang humain, la chair à canon. Or, cette foi est toute la force réelle et tout le nerf de la coalition.

IX

A remonter de vingt ans en arrière, tout parait déplacé : Paris donne l'aspect de Vienne, de Berlin, de Mayence en 1792: armements lourds et impopulaires, conscription violente, levées arbitraires, auxiliaires innombrables, armée cosmopolite, guerre de calculs, de politique, de suprématie; au milieu des préparatifs d'une lutte colossale dont le pays ne saisit pas encore la portée et dont il se désintéresserait sans la terrible moisson d'hommes, des bals officiels, des fêtes de commande : « bals lugubres », dit un contemporain qui avait fait la guerre de Russie et pressentait la guerre d'Allemagne, « bals lugubres, où je croyais danser sur des tombeaux 46 » <

Cette séparation de la cause de la France et de celle de l’empereur, des intérêts du pays et de ceux du souverain, que les alliés avaient toujours considérée comme une condition nécessaire du succès de leur entreprise, que, dès 1805, ils cherchaient à provoquer, qu’ils s’efforcaient de susciter parles déclarations ambiguës de leurs émissaires, l’équivoque de leurs déclarations et le travail de leurs amis en France, s’opérait de soi-méme et sans qu’il leur en coûtât rien, parle seul égoïsme des hommes et leur extraordinaire facilité à tourner par imagination, les choses à leurs convenances.

Dans le monde des opposants, des intéressés, des habiles, on parlait du Grand empire comme d’un encombrement gigantesque de l’histoire de France. Qui se souciait encore de la Pologne? La confédération du Rhin se dissoudrait : la France n’en serait que plus libre de ses mouvements. La Hollande était-elle indispensable et fallait-il à la Belgique française cette « barrière » retournée contre l’Europe? On oubliait le temps où l’on mettait son honneur à régner sur l’Italie, afin de « l’affranchir ». La Westphalie, Naples, l'Espagne enfin, parasites de l’Empire, qui le rongeaient aux extrémités! Dans les départements, dans les familles modestes, on ne considérait que les foyers vides, les appels et réappels de conscrits, la liste interminable des morts et celle des victimes désignées de la guerre. On maudissait cette guerre qui ne finissait jamais et dont on ne mesurait plus que la souffrance depuis que les revers avaient recommencé. On la réprouvait, on la répudiait avec violence. On se trouvait saturé de gloire, jusqu’à la nausée. Ainsi des voyageurs embarqués pour les îles opulentes et les pays de l’or découvrent le péril au secoue-ment de la tempête et maudissent leur folle confiance, la témérité de leur chef, le vaisseau, le pilote, la mer et les dieux dont les oracles les ont trompés! Tout paraît bon à jeter pardessus bord, qui permettra de regagner la terre. On ne comprenait point que Napoléon refusât de débarquer cet excès de chargement qui menaçait de faire sombrer le navire, et même tant de passagers inutiles. On appelait le repos avec d’autant plus d'impatience que Ton se sentait plus persuadé qu'il suffirait à la France de vouloir sa propre sécurité, sa propre tranquillité, et de les obtenir de l’empereur, pour vivre désormais grande, prospère, intacte en ses limites naturelles, dans une Europe délivrée et pacifique comme elle ! La paix universelle par la renonciation de la France, conception aussi chimérique, en 1813, qu'en 1792 l'universelle fraternité par la conquête française.

*  « Napoléon » , dit un général, et des plus âpres parmi les

censeurs, «semblable à un dogue, ne lâchait que ce qu'on lui arrachait en le brisant47. » C’est que Napoléon n’en jugeait pas comme le vulgaire, qui, pour voir les conquêtes menacées, les déclarait aussitôt inutiles. 11 savait par quelles étapes la France avait marché de Paris à Moscou, par quelle évolution il avait porté la conquête, puis la défense, du Rhin â la Vistule, des Alpes aux Calabres, de la mer du Nord à l'Adriatique, de Cadix â Hambourg. Entre la coalition et lui, il y a encore toute l’épaisseur de l’Europe centrale, rempart énorme s'il est vainqueur, le vide s’il est vaincu. Il prévoyait que la retraite, s’opérerait par les mêmes chemins que la conquête, et qu’une fois commencée, si l’ennemi n’était encore une fois refoulé, elle ne s’arrêterait ni à l’Elbe, ni au Rhin même; que s’il était réduit à repasser ce fleuve, l’Europe le repasserait sur ses pas; bref, que dans la défaite il faudrait toujours reculer, comme dans la victoire il avait fallu avancer toujours : Wagram se renversant sur Friedland, sur Iéna, sur Austerlitz, sur Hohenlinden, sur Marcngo, sur Lodi, sur Fleurus, sur Jemmapes, sur Valmv... Il se représentait la fatale symétrie de la guerre, la bascule du Grand empire, l’invasion européenne refluant sur l’invasion de l’Europe par la France, et le Grand empire s’en allant par morceaux, rongé, miné par ce déluge, comme il s’était formé par couches, des alluvions de la marée montante.

Il arme donc à outrance. Il lui faut vaincre encore et, comme toujours, depuis la première sortie, en 1792, jouer le tout pour le tout. Il feignit de considérer la campagne de 1812 comme un accident : rien qu'une armée à refaire et une revanche à prendre! 11 sut se contenir devant la défection même. Le 10 janvier, il connut la capitulation d'York; soit que, sur les notions erronées de ses agents, il n'en découvrit pas du premier coup l'importance, soit qu'il lui convînt, pour maintenir le plus longtemps la Prusse à sa discrétion, de paraître croire à la bonne foi de Frédéric-Guillaume et, pour ménager l'opinion, de ne point ébruiter ce détraquement de ses alliances, il prit acte de ce fait pour motiver ses demandes nouvelles de conscrits, a Ce qui suffisait hier, ne suffit plus aujourd'hui. L'insolence des vainqueurs de Louis XIV et la honte des traités de Louis XV semblent nous menacer encore » , fait-il dire par Régnault au Sénat. « C'est du retour de ces temps ignominieux qu’il s'agit de préserver la France. » Il s’écrie : « J'armerai jusqu'aux femmes 48 49 50 51 ! » Le sénatus-consulte du 11 janvier met 350,000 hommes à sa disposition, cohortes, libérés des classes précédentes, prélèvements sur la classe 1814. Grèce à la pusillanimité de la Prusse, à l'étreinte dont il l'étouffe encore, grâce aux lenteurs et aux calculs compliqués de Metternich, il espère arriver encore à temps, et, comme en 1805, comme en 1806, rompre la coalition dans ses membres : «Ce n'est pas une nation, disait-il des Prussiens, ils n'ont aucune fierté nationale; ce sont les Gascons de l'Allemagne. Les Prussiens sont des éventés. Nous les avons toujours méprisés. » Quand aux Allemands, qu'on ne s'étourdisse point de leur effervescence : « L'Allemand n'est pas assez meurtrier pour faire une révolution 9 ! »

Il fut bientôt renseigné sur l'Autriche, et son premier coup de sonde ne le trompa point. Le 2 février, il donna audience à Bubna. Ce général tâcha de lui insinuer, par les combinaisons les plus édulcorées de sa pharmacie diplomatique, la retraite du corps auxiliaire et l'armistice de fait avec la Russie. Napoléon sentit l'amertume et le venin : a Monsieur, c’est une mauvaise pièce, elle est contraire au traité, c’est un premier pas vers la défection... Vous avez changé de système. Nous allons bouleverser le monde. L'espoir de la paix est perdu. J'ai accepté votre intervention pour la paix, mais un médiateur armé ne me convient pas. Il en arrivera que le vice-roi d’Italie sera obligé d’évacuer Varsovie, de quitter la Vistule, d’aller derrière l’Oder; cela fera une mauvaise sensation dans mon armée et en France. » 11 se répandit alors en propos menaçants, incohérents : « Ce n’était pas de l'emportement, rapporte Bubna, c'était un homme frappé d’une idée tout à fait inattendue, dont il sait apprécier toute l'importance, et qui en est vivement préoccupé. » Toutes les « nuances intermédiaires » de Metternich se déroulèrent devant ses yeux, et il perça le fond : la médiation armée ! Toutefois, il se radoucit, se flattant toujours que victorieux des Russes, il contiendrait les Autrichiens et que l’esprit de famille, joint à une prudence naturelle, retiendrait ou retarderait François II le temps nécessaire pour le réduire à composition.

Les bulletins de police devenaient alarmants. Il se manifestait en Provence quelque agitation révolutionnaire; on dénonçait dans l’ouest des machinations royalistes; en Belgique, une vraie résistance à la conscription ; en Hollande, des troubles, des paniques de mauvais augure. Les gendarmes s'épuisaient à la poursuite des conscrits; il fallait presque une armée pour en recruter une autre. Comme en ces temps de Louis XIV dont Napoléon évoquait le souvenir, comme en 1710, lors des désastres de la guerre de Succession, les bois se remplissaient de réfractaires. Ce n’était point le moment de crier à la trahison et d'étaler la nudité des alliances. Napoléon continua donc d’affecter la confiance en ses confédérés : « Je suis satisfait de la conduite de mes alliés; je n’en abandonnerai aucun; je maintiendrai l'intégrité de leurs États *. »

1 Discours au corps législatif, 14 février 1813.

Autant pour lier les Autrichiens que pour les compromettre devant l'Europe et tourner l'alliance en spectacle, faute de pouvoir la traduire en actes militaires, il fit annoncer dans les journaux et préparer le sénatus-consulte réglant la régence de l'impératrice, son couronnement, celui du roi de Rome52 53 54. Mais cette garantie légale ne lui suffit point. Il a vu de près le désastre, la mort, en Russie, et de loin, à Paris, le complot, la révolution. Il veut pour son fils une protection suprême, au-dessus de la force des armes, au-dessus même des traités, des lois, des sénatus-consultes, et comme il n'en dispose pas, il la demande aux puissances qui sont au delà du monde, et c'est par ('Église qu'il veut faire sceller sa pragmatique*. Les raisons d'État qui, en 1804, l'ont porté à se faire sacrer par le pape le portent à désirer que le pape sacre son fils, et les raisons du cœur s'ajoutent ici aux raisons d'État. Cette affaire se mêle intimement aux négociations d'un nouveau concordat avec Pie VII.

Ce pape était toujours interné à Fontainebleau. Napoléon lui avait proposé une entrevue : « Peut-être parviendrons-nous au but tant désiré de faire tomber toutes les difficultés qui divisent l'État et l'Église8. » La pacification de l'Ouest, la soumission de la Belgique, l'apaisement des catholiques dans toute la France en seraient, pensait-il, la conséquence; mais la consécration du roi de Rome parait en avoir été la pensée principale, comme en 1802, lors du Concordat, l'établissement du pouvoir consulaire.

Le 19 janvier, Napoléon alla surprendre Pie VII à Fontainebleau, l'enguirlanda, l'éblouit, le caressa, le menaça, et finalement lui arracha la promesse d'un accord qui fut signé le 25 janvier 55 56. C'était en principe, mais en termes si obscurs qu'ils n'engageaient à rien, la translation du Saint-Siège à Avignon et, implicitement, la renonciation au pouvoir temporel. Le 7 février, le sénatus-consulte relatif à la régence fut promulgué; le nouveau concordat le fut le 13. Le pape désavoua presque aussitôt, sinon sa signature, au moins les conséquences que Napoléon en prétendait tirer. Napoléon n'en tint compte. Pour le moment, le concordat donnait les apparences de la paix religieuse, et Napoléon n'en voulait pas davantage. 11 laisserait en quittant Paris le spectacle d'une France unie, soumise, dans un beau décor de gouvernement.

Le 30 mars parurent les lettres patentes qui conféraient la régence à Marie-Louise. Otto, que Napoléon jugeait trop peu perspicace, avait été remplacé par Narbonne : homme de cour, homme de guerre, il pourrait mieux observer, il montrerait plus de contenance, il remplirait mieux le personnage d'un ambassadeur de famille57. Il saurait mieux insinuer aussi, et avec plus d'autorité. Puisque l'Autriche veut la paix, écrit Maret, le 29 mars, « qu'elle s'adresse à la Russie et lui demande d'ouvrir immédiatement des négociations... On conviendrait d'un armistice... L'armistice une fois admis, le langage et les forces de l'Autriche amèneraient promptement la conclusion de la paix... » La Prusse en ferait les frais, au lieu d’y gagner le duché de Varsovie, comme l’a proposé Metter-nich. L'empereur, poursuit Maret, a cru trouver dans la Prusse l'État intermédiaire dont l'Europe a besoin au nord-est. a C'était une erreur... Une puissance dont les traités ne sont que conditionnels ne saurait être un intermédiaire utile. Elle ne garantit rien. Elle n'est qu'un sujet de discussions et n'est point une barrière. » En cas de victoire commune, on la partagera. Elle compte cinq millions d'habitants. «Onen formerait trois États. Un million resterait à la Prusse sur la rive droite de la Vistule; deux millions iraient à l'Autriche, et deux millions à la Saxe et a la Westphalie. Le plus beau lot serait à l'Autriche, la Silésie... » Cette amorce posée, comme par digression, Maret revient au thème continu de Napoléon : que l'Autriche intervienne, soit; qu'elle arme, bien. Mais intervention et armement ne se feront que d'accord avec la France, en vertu de l'alliance et en vue de la consolider. Dès que l'armée française sera sur l'Elbe, l'Autriche fera sa déclaration à Alexandre et, tout en agissant avec la France, exercera son entremise en vue d'un armistice général qui précédera la négociation de la paix. Pour la Prusse, on la contiendra par la terreur, en attendant l'heure de l'anéantir 58 59 60 61.

Avec Schwarzenberg, qui revint, en ambassadeur, le 7 avril, et eut son audience le 9, l'empereur reprit les mêmes propos9 : l'armistice, un congrès à Prague, par exemple, puis l'Autriche passant du côté de la France. Il se dit désireux de la paix, mais d'une paix qui n'atteindrait pas son prestige. « Les Anglais croient que la France est écrasée ; ils me demanderont la Belgique... Ma position est difficile : si je faisais une paix déshonorante, je me perdrais... Je suis nouveau, j'ai plus de ménagements a garder pour l'opinion, parce que j'en ai besoin. En publiant une paix de cette nature, on n'entendrait, à la vérité, au premier moment, que des cris de joie; mais bientôt on blâmerait hautement le gouvernement, je perdrais l'estime et en même temps la confiance de mes peuples, car le Français a l'imagination vive, il aime la gloire, l'exaltation, il est « fibreux » . Savez-vous où il faut chercher la première cause de la chute des Bourbons? » Délicatement avec Napoléon, plus vigoureusement avec Maret, Schwarzenberg peignait la lassitude de l’Europe, la révolte des peuples, le désespoir général qui les réunissait : « Personne ne bougera là où seront vos armées ; du moment qu'elles n'y seront pas, le feu que vous avez cru éteint jettera une nouvelle flamme. » Puis il parla des conditions de la paix, les présenta sous le couvert de l’Angleterre : les embouchures des grands fleuves d'Allemagne, la Hollande, l'Italie indépendante, Venise, le Cap, Malte, et il ajouta : « Je crois que la Russie ne

82 DÉFECTION DE LA PRUSSE ET DE L'AUTRICHE. — 1813. ferait jamais la paix sans être d'accord avec le cabinet britannique... 62 * Il emporta cette impression que « pour se justifier et sauver sa gloire vis-à-vis de la France, l'empereur voudra faire valoir des avantages maritimes et commerciaux » . Or, ajoutait-il, c'est l'article sur lequel l'Angleterre se montrera le plus récalcitrante.

D'ailleurs, des indemnités de l'Autriche, pas un mot. C'est que pour donner à l'Autriche ce que l'Autriche convoitait, il aurait fallu que Napoléon se dépouillât de ses plus brillantes conquêtes : Milan, Venise qu'on lui avait tant reproché d'avoir livrée en 1797 et 1801, afin d'obtenir les frontières naturelles, et qu'il n'avait pu reprendre qu'après Austerlitz. L'Italie, son premier prestige, la splendeur de la république, le luxe de la gloire française! Il ne pouvait donner aux princes dont il souhaitait l'alliance que les territoires qu'il leur avait pris, et il les avait pris justement pour réduire ces princes à la paix. En les rétablissant dans leur ancienne puissance, il leur rendrait les moyens de le combattre ; il se remettrait, il les remettrait eux-mêmes dans l'état où ils étaient avant 1805, avant 1807, avant 1809, et les causes de ces guerres renaîtraient d'elles-mêmes dès qu'il en aurait supprimé les effets. Enfin il leur fournissait, en leur restituant une partie, les moyens de reprendre le reste; il les intéressait à sa chute.

De l'Espagne, il semble ne plus rien attendre. 11 la vide, peu à peu, des débris de l'armée qu'il y a peu à peu engloutie. Il mande à Joseph, en chiffre, et par quadruplicata! « que le temps perdu est irrémédiable ; que les affaires tourneront mal, si, promptement, il ne met plus d'activité et de mouvement dans la direction des affaires » ; et il lui commande « d'ètre toujours prêt à prendre l’offensive, à menacer de se porter sur Lisbonne et de conquérir le Portugal, si les Anglais affaiblissaient leur armée d'Espagne 4 » . Ordre paradoxal, ordre d'une ironie sinistre à un roi désemparé, qui a perdu les deux tiers de son royaume, qui rentre dans sa capitale et en sort,

1 Conférences des 8, 9, 10 avril 1813.

’ A Clarke, 9 février 1813.

comme le mauvais marin qui, sous le vent contraire, ramène son mauvais navire à la côte, débarque et rembarque !. Dans le public, à la cour, et Napoléon le sait, on n'émet qu'un vœu : le rappel de Joseph en France, le retour de Ferdinand en Espagne. Napoléon y incline; l'Espagne est un membre gangrené, il l'amputera. « Si j’en ai besoin, déclara-t-il à Schwarzenberg, je retirerai mon armée d'Espagne, je m’arrangerai avec la junte, je leur enverrai leur Ferdinand, et tout sera dit. » Mais il lui restait peu de temps, s'il voulait s'en faire honneur, car, le 23 mars, Joseph quitta Madrid, cette fois pour n’y plus revenir. L'évacuation de l'Espagne avait commencé et n'était plus qu'une question d'étapes.

Napoléon partit le 15 avril. Le dimanche 11, il passa, pour la dernière fois, la garde en revue, au Carrousel. « 11 s'agissait pour l'empire français d'être ou de n'être pas... Ces soldats, espoir de la France, ces soldats sa dernière goutte de sang, entraient aussi pour beaucoup dans l'inquiète curiosité des spectateurs... Au jour du danger, Napoléon était toute la France8... » Ainsi pensaient encore l'homme du peuple et le soldat qui criaient : Vive l’empereur! Mais, en dehors d'eux, « tout le monde sans exception, écrivait Schwarzenberg, est fatigué de la guerre... Il faut avouer que les esprits sont bien montés, et que Paris a bien changé depuis onze mois ; enfin tout dépend d'un seul homme : c'est l'empereur. » Et cet homme, au moment d'engager cette suprême partie, répétait encore, comme au temps de son ascension triomphale : « Je suis l'œuvre des circonstances, j'ai toujours marché avec elles *. » Les circonstances étaient ce qui avait le plus changé en Europe, et elles marchaient contre lui. 62 63

CHAPITRE II

LA MÉDIATION AUTRICHIENNE

1813

I

L'intervention n'était, pour l'Autriche, qu'une porte de sortie de l'alliance française et une porte d'entrée dans la coalition. Metteroich aurait préféré, d'abord, s’arrêter dans l’entre-deux, se retrancher dans le passage, s'en faire une place de sûreté, le grand entrepôt diplomatique de l'Europe, dont il serait l’archi-courtier. Il reconnut bientôt qu’il devrait opter, et qu'il opterait pour la coalition; il jugea que le plus expédient serait de s’y laisser dériver insensiblement en rompant, dans les formes, les nœuds avec la France. Il pressa les armements, et comme le trésor était fort desséché, il obtint de l’empereur qu’il décrétât des assignats. Ce ne fut point sans peine. L'empereur avait peur de tout : de ce papier-monnaie, de cette armée qui risquait de lui attirer la guerre avant qu'il fût prêt, de son terrible gendre, non de sa colère, mais de ses ressauts de génie et de ses surprises; enfin et surtout du peuple allemand qui sortait des lisières, menaçait de propager jusqu'en Autriche la révolution. La proclamation de Koutousof lui semblait imprégnée du pire jacobinisme ; il s’en trouvait effarouché au delà ce qui se peut dire. Sur cet article, Metternich, qui partageait ses alarmes et y ajoutait les dégoûts d'un gentilhomme à « principes », n'était point dans le cas de le rassurer, « Cet appel aux peuples fait frissonner tous les souverains de l'Allemagne » , écrivait Stackelberg,

le 11 avril 64 65 66. C'était un des articles fondamentaux du plan de Metternich de dégager ces princes de leur confédération française et de les attirer à la coalition future. Tandis que Kou-tousof enrôlait les peuples, il s'occupait d'embaucher les rois. 11 importe, mandait-il à Lebzeltern, de déclarer que les puissances du second et du troisième rang ne doivent rien perdre de leur force actuelle, mais qu'on désire les voir jouir de tous les droits de la souveraineté avec la plus grande indépendance. Ce langage réussira complètement aux cours du Midi et fera plus d'effet que toutes les négociations possibles8. Les Bavarois ne demandaient qu'à se laisser convaincre ’.

Les Russes pressaient : « Que l'Autriche se joigne à nous, qu'elle écoute la voix de ses véritables amis, qu'elle écoute celle de ses peuples et de presque toute l'Allemagne 67 ! » Metternich se décide à passer d'une nuance à une autre plus marquée. Il annonce, le 2 avril, à Stackelberg que si Napoléon repousse la médiation, « l'Autriche emploiera les forces que la Providence a mises en ses mains, pour coopérer dans le plus parfait accord avec les puissances alliées, à l'établissement d'un... arrangement basé sur les principes que Sa Majesté Impériale croit nécessaires à l'existence de son empire et au bien-être de l’Europe. » Or il savait parfaitement que ces principes Napoléon, même vaincu, n'y souscrirait pas. La médiation serait donc repoussée par lui, il jetterait lui-même l'Autriche dans le camp des alliés; la défection serait élégante et juridique, le public et la postérité se laisseraient leurrer au manège et rendraient hommage à la parfaite correction et à la classique « pureté » des procédés et des « principes » de la maison d'Autriche !

A l’égard des Prussiens, il entre en confidence plus ouverte à mesure que sa politique l’oblige à compter davantage avec eux. 11 se fait honneur de refuser la Silésie offerte par Napoléon, et cette preuve de désintéressement donnée, il développe son système à Humboldt, qui en écrit 68 69 70 : « Le point fondamental de ce système est l’union étroite et inaltérable de la Prusse et de l’Autriche... » Hardenberg aussitôt de répondre sur le même ton d’effusion et d’ajouter : « Il y a surtout deux objets sur lesquels il importe souverainement de se concerter sans la moindre perte de temps : les affaires d’Allemagne et celles de Pologne. On le sent également à la cour de Russie. Vous savez, chère Excellence, que surtout les affaires d’Allemagne, d’après notre vœu, ne doivent être réglées que d’un commun accord avec vous. » Il propose une conférence secrète entre Nesselrode, Met-ternich et lui *. Metternich décline l’invitation, qu’il juge prématurée, et annonce qu’il dépêche Stadion, en mission spéciale, au quartier général russe.

L’entrevue l’eût compromis peut-être, et, en tout cas, singulièrement gêné avec Narbonne. Ce galant homme était resté un homme fort galant. 11 y mit de la « crànerie » pendant la retraite de Moscou; il s’y donnait quelque ridicule en son ambassade *. « II a la manie, disait Napoléon, de vouloir réussir par les femmes. » Il avait été reçu à bras ouverts par l’empereur et par son ministre. « Il tenait grande maison, il était invité avec empressement dans toutes les réunions ; la haute société suivait l’exemple des maîtres; mais le diable n’y perdait rien. Narbonne démêlait fort bien ce qui se cachait de haine et d’espérance sous ces démonstrations de commande. » Il savait l’allemand et pouvait discerner, d’après les gazettes, l’agitation propagée parmi les peuples. Il ne dissimule point la gravité de cette fermentation qui menace, écrit-il, de l’explosion la plus violente, la plus générale en Allemagne. On parait avoir préparé, partout où avancent les

Russes, u tous les moyens de convertir chaque Allemand en ennemi acharné des Français 71 72 73. Je dis chaque Allemand parce qu'on affecte surtout de ne reconnaître aucune division d’État », qu'on a attise la haine commune que doit nous porter tout ce qui habite depuis le Rhin jusqu'au Niémen. » On « semble transformer en comité de Salut public les conseils de Russie, de Prusse et de Suède a. » « Tout semble présenter ici le même tableau qu'offrait la Prusse avant la bataille d'Iéna. » Il note a les clameurs de la société qui, tout entière, pousse à la guerre avec la passion la plus délirante. » • Le corps autrichien qui est en avant ne veut donc pas se battre ! Je vois tous les cafés et tous les lieux de rassemblement ne respirer que la haine du nom français, et n'attribuer qu'à lui l'état désespéré des finances, l'anéantissement du commerce et la cherté effroyable de tout ce qui n'est pas denrée de la première et de la plus stricte nécessité. Si je regarde l’armée, il n’est pas un officier qui ne tremble à l'idée de faire la guerre pour nous et qui, croyant n’avoir plus affaire aux mêmes Français qui les ont si souvent humiliés, ne pense ou ne dise que le temps est venu où il sera si facile de reconquérir avec usure et l’honneur et le territoire autrichien. » En résumé : » Nous n'avons pour nous, comme vous me l’avez dit avec tant de raison, que l’empereur, M. de Metternich et M. de Schwarzenberg *. »

Peut-on même compter sur Metternich? Dès leur premier entretien74, Narbonne a soupçonné les intentions de ce ministre. Il a prétendu, mande-t-il, se mettre en mesure de pouvoir dire, le moment venu : a J’ai voulu, avant tout, essayer de donner la paix véritable, mais je n’ai pas négligé d'assurer tous les moyens de faire la guerre; la France ne veut pas accéder à des propositions raisonnables et acceptées par toutes les puissances ; c’est moi qui vous propose à présent de nous mettre à la tête de ces puissances, et de prendre en Europe, l'attitude et le rang qui nous convient \ «

Narbonne perça-Uil de lui-même ce jeu très subtil, fut-il renseigné par quelque confident intéressé? Toujours est-il que quand il reçut l'instruction de Paris du 29 mars8, il n'hésita pas à pousser à fond.

Le 7 avril, il alla voir Metternich et eut avec lui un long et important entretien. « Tout en causant, je dis que je croyais avoir la certitude bien naturelle que l'empereur ne pouvait et ne voulait pas voir dans l'empereur d'Autriche un arbitre qui se déclarerait et combattrait contre celle de ces parties qui appellerait de son jugement quelconque. « C'était précisément, rapporte Narbonne, le dessein caché de Metternich; il ne répondit rien à cette observation, et il interrogea à son tour : « Si c'est une condition sine qua non des autres puissances, est-ce que l'empereur Napoléon ne se désistera pas de ce qu'il a avancé, et, pour donner une paix durable, et impossible sans cela, ne renoncera-t-il pas à des réunions faites si nouvellement, qui lui deviennent infiniment moins utiles depuis qu'il n'est plus question du système continental?... Nous ne prononçons, ajouta-t-il, en aucune manière, le nom de l'Espagne, ni celui de la Hollande, dont il y a des raisons de croire que l’Angleterre voudrait parler : cela regarde directement et uniquement la France. » Déjà, il avait été question de la Hollande, et Narbonne avait gardé la conviction que l'Angleterre ne consentirait jamais à la laisser à la France ’. Metternich insista derechef sur la barrière de l’est, et l’utilité de former à la Prusse un royaume de Pologne, avec le duché de Varsovie. Narbonne voit où l'on le mène, mais il n'est pas au bout. Comme il parle, selon son instruction, de démembrer la Prusse, au lieu de constituer pour elle un royaume en Pologne, et de grandir avec ses débris la Saxe ou la Westphalie : a Ce qu’il nous faut, dit Metternich, c'est 75 76 77 que la Confédération du Rhin n'aille pas jusqu'au Niémen. » 11 poursuit : « L'Autriche ne peut 6e battre pour conserver à la France le protectorat de la Confédération du Rhin. » Et voilà la suppression de la Confédération du Rhin qui s'ajoute aux autres conditions, a Toutes ces explications, écrit Narbonne, se passent toujours de la manière la plus douce et, en apparence, la plus confiante. » Il reprend le propos sur le partage de la Prusse et parle « d’entrer dans la Silésie « . — « Cela, répond Metternich, ne pourrait être que dans le cas de guerre, et alors la convenance en déciderait. — Dans tout cela donc vous ne voulez rien pour vous? — Il est impossible, répond l'Autrichien, que les provinces illyriennes ne nous reviennent pas; l’empereur en a, à peu près, pris l’engagement, et ce ne sera jamais cela qui présentera des difficultés !. » Sur quoi Narbonne : « Ne dois-je pas conclure que votre projet est, en penchant pour la France, de vous battre contre elle, si elle n'acceptait pas ce que vous croirez acceptable? — Gela sort naturellement de la situation des choses, de notre position; bien entendu que toute la faveur est pour la France. — Et c’est pour cela que vous envoyez M. de Stu-dion au quartier général de l’empereur de Russie? — Cela n'est pas encore définitivement arrêté, mais c’est presque sûr. — Vous attendez, reprend Narbonne, la première victoire pour vous décider? » — Et Metternich : « Vous vous trompez; croyez que le lendemain de cette victoire, nous vous parlerions d’un ton plus prononcé qu’aujourd’hui. — Ma foi, je crois que vou6 feriez une grande sottise », repartit Narbonne, qui ne vit dans le propos de Metternich qu'une fanfaronnade, et n’y devina point l’aveu d’une entente déjà fort avancée avec les alliés. Restaient les propositions positives : l'ouverture immédiate de négociations avec la Russie ; l'armistice ; le corps auxiliaire porté à 50,000 hommes ; la concentration de 40 à 50,000 hommes en Bohême; l'entrée de l’Autriche dans la guerre, comme partie principale,

1 Cf. ci-deMus, p. 41,.44. avec 100,000 hommes. Metternich les écouta ad referendum, et Narbonne lui laissa une note qui n'était que la reproduction de la dépêche du 29 mars L

Insinuations, digressions, déclarations directes ou implicites, la conférence se pouvait résumer en ces termes : l'Autriche considère le système continental comme abrogé, et du même coup ses engagements sur le blocus; elle passe de l'intervention à la médiation proprement dite et indique qu'elle se prononcera contre qui repoussera ses conditions; quant à ses conditions, c'est déjà : l’illyrie à l'Autriche, le duché de Varsovie à la Prusse, la renonciation au protectorat de la Confédération du Rhin, et implicitement aux villes hanséatiques, sans parler de la Hollande et de l'Espagne, qui seront dans les exigences de l'Angleterre.

La réponse de Metternich à la note de Narbonne arriva le 12 avril, sous la forme d'un extrait des instructions données, ce jour-là même, à Schwarzenberg. Elle confirmait toutes les appréhensions qu'avait pu faire naître l'entretien du 7 : « Il ressort de la nature des choses, et nous sommes très aises de voir que l’empereur Napoléon partage notre conviction, que la marche des événements, le rapprochement du théâtre de la guerre,... ne comportent plus que l'empereur prenne part comme puissance simplement auxiliaire à la guerre, si, contre nos vœux les plus chers, elle devait continuer. » Cette prétendue concession de Napoléon se tirait de ce fait qu’il avait réclamé d’abord 30,000 hommes en Pologne, puis une concentration de 40 à 50,000 hommes en Bohême, puis un armement de 100,000 hommes en vue d’une action commune contre les alliés : Metternich en concluait que, par là même, Napoléon détachait l’Autriche du traité de 1812, puisqu’il proposait d’y substituer une alliance plus étendue. Sur ce sophisme d’une rare impertinence, il déclarait : « Nous ne pouvons donc que partager l’opinion de l’empereur des Français, que les stipulations de secours limités de notre

1 Rapport du 7 avril ; note verbale de Narbonne à Metternich après leur conférence du malin, 7 avril 1813. — Cf. ci-après, p. 414.

traité d'alliance, ne sont pas applicables aux circonstances du moment... L'empereur ne bornera pas ses démarches en faveur de la cause qu’il croit devoir plaider — celle de la paix — à de simples paroles, et si des exagérations possibles, dans les vues des cabinets alliés devaient prévaloir sur la raison et la modération que ne cessera de professer Sa Majesté Impériale, elle mettra sans hésiter une importante force dans la balance de la puissance que nous regardons, abstraction faite même des complications immenses du moment actuel, comme notre alliée la plus naturelle. »

Voilà par ce texte, visqueux et incolore, la défection glissée et consommée, le traité du 14 mars 1812 effacé : une alliance nouvelle à nouer, si tant est que l'Autriche y consente. C'est ce que Metternich appelait le second pas dans sa marche oblique, et il s'en félicite comme d'un effet de « l’habileté extrême » qu'il a déployée, « d'une situation éminemment favorable, qui échappait aux yeux des observateurs superficiels78 79 80... » Quant à la régence de Marie-Louise, elle ne compte pour rien, a Elle est regardée par les hommes éclairés comme un symptôme de la dernière faiblesse, » écrivait Gentz*... Plusieurs personnes imaginent que cette démarche n'a été faite par Napoléon que pour flatter la cour de Vienne. Si tel avait été son but, on peut dire qu’il l'a complètement manqué » . On l'attribuait plus volontiers à ses discordes avec ses frères, et c’était une lézarde de plus que l’on découvrait dans la façade de l’édifice.

Narbonne insista. Il déclara que Napoléon considérait le corps auxiliaire comme faisant partie de son armée, et il lui assignait son poste de guerre. Metternich se déroba dans les broussailles. « Nous ne voulons que la paix; mais sur quelle base l’établir? Savez-vous vous-même ce que veut la France? L'empereur ne prétend céder sur rien. Les villes hanséatiques, par exemple, il s'obstine à les détenir ’. « Cependant, le corps auxiliaire se retire81 82 83 84. Narbonne demande des explications, et Metternich de répondre : Le corps comptait plus de 30,000 hommes, il n'a pu que se retirer! A cet argument extraordinaire d'un allié qui fait défection sous prétexte qu'il a mis dans l'alliance plus de troupes que n'en portait le traité, et que son corps étant indivisible, le surplus doit emporter la masse, Narbonne s'indigne : « La première démarche que vous faites est de violer le traité qui subsiste encore. Je ne puis différer plus longtemps de m'expliquer avec vous. L’empereur mon maître a désiré et désire encore maintenant la bonne intelligence entre la France et l’Autriche... Dans ce but il a fermé les yeux sur plusieurs démarches et particulièrement sur l'armistice conclu sans son aveu par un corps sou-misà ses ordres... » Il passe, le lendemain, une note en forme à Metternich, l'invitant à intimer au commandant du corps auxiliaire de a conserver le6 positions que lui assignait l’armistice, et d'y attendre les ordres qu'il plaira à S. M. l'empereur des Français de lui donner8. »

Metternich ne répond point. Très inquiet, très irrité aussi, froissé dans son sentiment de l'honneur des armes, Narbonne hasarde une démarche qui ne lui était point prescrite et qui -se trouva dépasser de beaucoup les intentions de Napoléon. Après avoir, par 6a note du 21 à Metternich, constaté le différend, ce qui, en procédure, conduit à accepter le débat, il le porte devant l’empereur François. Il obtient une audience at s'y rend le 23 avril8.

François avait l'esprit plus court que son ministre et la parole moins mielleuse. Il ne s'entendait point aux « nuances intermédiaires », et, comme Narbonne invoquait le traité de mars 1812, il lui dit : a Mais c'est votre maître même qui l’a annulé en me proposant et me pressant de prendre la médiation armée.... C’est ma conviction que je ne puis être à la fois en guerre et médiateur. » Narbonne aurait eu beau jeu de rappeler que l'offre était venue de l'Autriche, offre d'entremise, et non de médiation; que Napoléon ne s'y était prêté qu'en vue de consolider et d'étendre l'alliance, et qu'il n'avait nullement accepté la médiation armée; que, d'ailleurs, l'effet de cette médiation devrait être, selon lui, de jeter l'Autriche avec toutes ses forces du côté de Napoléon; que l'Autriche l'avait laissé entendre; que c’était uniquement pour en venir là que Napoléon la pressait d'armer. « Enfin, dit François c’est ma conviction ; je veux que toutes mes troupes soient réunies pour agir d'accord avec l’empereur — Elles seront donc destinées toutes à combattre pour lui? » demanda Narbonne. — « Oui, dans le cas où il entendra, comme je l'espère, à des propositions raisonnables. » Il balbutia quelques mots confus du Rhin, de l'Italie, puis : « Prenez garde, monsieur l'ambassadeur, j’ai des raisons de croire que l’on ne sera pas content de votre dernière note. » Narbonne le supplia de ne point abandonner son gendre. Le loyal Autrichien, forcé dans ses derniers retranchements, invoqua F ultime raison des politiques en disette de raisons avouables pour justifier leur conduite : — u Non, je ne peux rien changer à ma résolution; c’est ma conviction, et ma conscience me l'ordonne. J’en serais autrement responsable devant Dieu ! »

Narbonne sortit fort ému de cette audience où il avait amené, assez inconsidérément, François à transformer une défection hypocrite et sournoise en une défection accomplie et avouée. Sur ces entrefaites, il entend dire que le roi de Saxe tourne à la même défection que l’Autriche *. « La conversation que j’ai eue ce matin avec l’empereur, écrivit-il à Napoléon, est bien loin d’avoir diminué cette méfiance * — la méfiance sur le parti définitif que prendra l’Autriche — « et j’y trouve des mots qui me paraissent laisser peu de doutes sur l’espèce de liaison souterraine qui existe entre ce

1 Le roi de Saxe quitta Ratisbonne le 19, pour se rendre à Linz et s’y rencontrer avec François II. Il emmenait avec lui son confesseur et les princes de sa maison. Serra à Narbonne, 22 avril 1813.

cabinet et tous les souverains actuellement en guerre avec Votre Majesté... Il est donc bien simple que MM. de Humboldt ■et de Stackelberg répètent partout que le gouvernement autrichien est trop avancé pour oser reculer, et ce que je croyais pouvoir être une finesse prend bien tout le caractère de la vérité.» Puis, faisant allusion aux bruits qui courent sur le roi de Saxe : a Tout cela appelle plus que des soupçons, sans cependant donner des certitudes... On se flatte d'avoir le 1er juillet 180,000 hommes en ligne, et, alors, Sire, se découvrira ce qu'on appelle ici des conditions raisonnables, qui sont bien loin de celles que Votre Majesté m’a laissé entrevoir. » Ces 180,000 hommes appuieront les décrets que l’Autriche compte dicter si, d’ici là, l’empereur n’en a pas imposé par quelqu’un de ces prodiges auxquelle il nous a habitués. « Deux fois cela m’a été dit. » Toutefois, il ne désespère pas de les amener à la neutralité ou de les y contraindre

Trois jours après, le 26 avril, Metternich, en une note sèche, déclina toute les réclamations, s’en référant à ses explications antérieures8.

Ces propos sentaient la guerre. Le 21 avril, le comte Hardenberg, toujours bien informé, mandait à Münster à Londres : « Il (Metternich) est trop attaché à l’État, et il a trop d’ambition pour ne pas vouloir rétablir celui-ci dans son ancien lustre, et il est en même temps trop éclairé pour espérer d’atteindre ce but par la France, si même elle lui offrait pour prix de son assistance dans la lutte actuelle des agrandissements pour l’Autriche... »

II

Ces avis s’adressaient au prince régent d’Angleterre. Jusqu’ici, l’Angleterre n’a point paru; elle va pas à pas s’avancer

1 Rapport à Napoléon, 23 avril 1813.

3 Texte dans Faut.

sur la scène et y reprendre le rôle décisif qui convient à son emploi de trésorier général des coalitions. Toutefois, elle se réservait encore. Elle doutait des résolutions et des armements de l'Autriche, surtout de ceux de la Prusse.

Les ministres anglais considéraient la catastrophe comme inévitable désormais; ils ne voulaient intervenir en Allemagne que pour frapper le coup décisif et enlever leur garantie principale, les Pays-Bas. Le duché de Varsovie, la Confédération du Rhin, la reconstruction de la Prusse et de l'Autriche leur importaient assez peu et ne comptaient qu'à titre de moyens, au second plan. La Méditerranée demeurait au premier, et de ce côté, tout leur réussissait : la royauté de Joseph croulait en Espagne, sous leurs coups; celle de Murat tomberait comme un fruit pourri sur sa tige : il leur suffirait d’agiter l’arbre. Ils occupaient le Portugal, sous prétexte d’en protéger l'indépendance; la Sicile, sous prétexte d’y protéger la monarchie. Leur agent, Bentinck, y tenait les Bourbons les menottes aux mains, sous le prétexte de les arracher aux griffes de Napoléon. Portugal, Espagne, Sicile, Naples, et, au-delà, toute l’Italie à défendre, c’est-à-dire à conquérir à la suprématie commerciale de l'Angleterre; autant de traités de commerce que de restaurations; autant de débouchés et entrepôts à ouvrir que de peuples à délivrer. Les ministres anglais y voyaient clair, en 1813, autant que Catherine II vingt ans auparavant, et ils combattaient le despotisme napoléonien sur les côtes et sur les mers comme cette grande impératrice écrasait à Varsovie et projetait d’exterminer à Constantinople la Révolution française. La banque de Londres chiffrait les bénéfices de l'opération, le commerce britannique pointait sur le globe les marchés nouveaux : les lies et colonies de la France et de la Hollande, l’Amérique espagnole en insurrection. L'Angleterre s'enrichissait de la détresse générale, du chômage des manufactures du continent, de la ruine de toutes les marines désemparées. Plus de concurrents, plus de neutres, ces parasites de la guerre maritime! On s'explique que le cabinet attendit, pour fournir des subsides aux alliés, d’être sûr qu'ils travailleraient pour l'Angleterre et que la paix définitive deviendrait la paix anglaise, celles de 1763. 11 ne voyait pas encore le moment venu, de l'imposer.

Wessenberg, arrivé le 29 mars, trouva peu d’empressement à Londres ’. Sans doute la Russie gagnait tout le prestige perdu par la France et l’on revenait aux belles dispositions de 1804, mais envers la Russie seulement. « L’égoïsme du gouvernement britannique, écrit Wessenberg9, n'a jamais été plus prononcé qu'il ne l'est aujourd'hui, et il en résulte un aveuglement dont il ne sera guéri, je crains, que par de grands malheurs. Se croyant sûr de la Russie, il s'imagine pouvoir se passer du reste du continent et surtout de pouvoir se passer de la paix avec la France... 11 est clair que sa politique sera toujours un système de guerre aussi longtemps qu'il s'attachera exclusivement au commerce maritime... Les Anglais parlent d'une guerre en Allemagne comme on parlerait d'une guerre aux Indes... » Le prince régent, soufflé par Münster, très hanovrien et fort peu autrichien, se montrait froid; Gastlereagh, moins qu'agréable : il ne voulait pas entendre parler de paix; il redoutait même que le bruit d'une négociation se répandît dans le public, tant il serait mal accueilli et compromettrait le cabinet. Bref, il déclina l’entremise, et à plus forte raison la médiation de l'Autriche *.

L'ancien agent prussien Jacobi, qui, depuis 1807, se tenait toujours aux aguets, arriva à Londres peu après Wessenberg85 86 87 88. Il y fut mieux reçu. C'est qu'au lieu de médiation il parlait d'alliance et que la Prusse se trouvait sous le rapport de l’argent à la discrétion des Anglais. Enfin, on se rendit compte à Londres que, sans la Prusse, la Russie ne prendrait point l'offensive. Hardenberg avait chargé Jacobi de communiquer aux ministres anglais le traité de Kalisch, avec les articles secrets, et il proposait de prendre ces stipulations pour bases des accords à conclure entre la Prusse et l’Angleterre. Or, dans le traité de Kalisch, on lisait un article, le sixième, qui semblait de nature à donner aux Anglais confiance et satisfaction ; c’est celui où les alliés s’engageaient « à ne point négocier en particulier avec l’ennemi, à ne signer ni paix, ni trêve, ni convention quelconque autrement que d’un commun accord ». Si la Prusse prend à l’égard de l’Angleterre tun engagement identique, la Russie étant liée déjà avec la Prusse, le sera du même coup avec l'Angleterre. Ni la Prusse, ni par suite la Russie, ne pourront a négocier en particulier avec l’ennemi, signer paix ou trêve » que d’un commun accord avec l’Angleterre. Aucune coalition, faute d’argent, n’est possible sans elle. Aucune paix, la coalition faite, ne sera possible sans son. consentement. L’Angleterre, qui, par ses subsides, tiendra la guerre, tiendra, par ces clauses, les fils de toutes les négociations; elle siégera dans toutes les conférences et dans tous les congrès; on pourra commencer sans qu’elle paraisse,* rien ne se pourra finir sans elle : elle paraîtra, elle posera des conditions, et ni la Prusse ni la Russie ne signeront qu’à ces conditions-là, ou tout au moins à des conditions acceptées par elle. Toutes ouvertures faites à Napoléon par l’Autriche sans l’aveu de l'Angleterre ne seront donc que des feintes ou des préliminaires qui n’engageront point la coalition définitivement. Cette combinaison, imaginée en 1805 et insérée dans le traité d’avril, destiné à servir de charte à la coalition d’alors, prend ici une importance* capitale. C’est ici le sous-entendu permanent de toutes les ouvertures de paix, le fin des choses qu’il faut bien discerner dès le commencement, sans quoi l’on s’exposerait à prendre pour sérieuses — sinon sincères — des propositions qui ne le furent jamais, par la raison que l’Angleterre refusa d’y adhérer.

On s’explique que cette clause disposa tout de suite les Anglais à écouter l’envoyé prussien. 11 y en avait une autre, viii,                                                      7 destinée à séduire le prince régent : c'était la création « d'un nouveau royaume considérable, depuis rElbe jusqu à F Escaut peut-être, qui renfermerait les anciennes possessions hano-vriennes et serait assigné à un prince anglais... » a Un [tel] agrandissement de la maison de Hanovre, écrivait le chancelier Hardenberg, qui placerait un état intermédiaire entre la Prusse et la France, et formerait une alliance naturelle entre la Prusse et l'Angleterre, ne serait nullement contraire à nos intérêts; mais, ajoutait-il, il faudrait que la Prusse fût agrandie à proportion... » Un nouveau royaume d'Austrasie qui rendrait l'Angleterre maîtresse de l'Allemagne orientale, de l'Allemagne maritime, de la Hollande et des Pays-Bas, qui lui donnerait les côtes du Weser à l'Escaut, n'était point pour déplaire à Londres; mais on n'y voyait pas d'un œil aussi favorable la condition qu'y mettait Hardenberg, l'agrandissement proportionnel de la Prusse. Rivalité sourde du Guelfe et du Hohenzollern; on soupçonne dans les dessous de cette affaire une machination assez obscure qui ne facilita ni ne hâta les choses 89.

Cependant les Prussiens déclaraient leur besoin pressant d’argent et d'armes. « La crainte d’une paix séparée entre la Russie et la France hante comme un spectre le gouvernement anglais » , écrivait Lieven. lis se décidèrent à aider la Russie et â fournir des armes â la Prusse *. Castlereagh relut-il alors les anciennes notes de Pitt et quelque chose de Pâme de cet implacable ennemi de la grandeur française s'infiltra-tril dans l'âme de ses successeurs? La seule espérance de hâter la chute du colosse, la crainte de manquer l'occasion de porter le dernier coup, la crainte de décourager l'Europe en retardant la vengeance et la curée, triomphèrent de leur mauvaise humeur contre l'Autriche et de leur peu de confiance dans la Prusse. Lord Gathcart, accrédité près d'Alexandre, sui-

BERNADOTTE ET MURAT. — i®<3'        <-4

vait le quartier général russe. Le lieutenant gênera»

x Stewart, frère de Castlereagh, fut accrédité près dtt *. nement prussien. Ils allaient reprendre les négocia1'* cot*^point où Novossiltrof les avait laissées, remonter tions de la veille d’Austerlitz, c’est-à-dire au refoule*0 <-0^ la France dans ses anciennes limites et par voie «juence au renversement de Napoléon.

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100     LA MÉDIATION AUTRICHIENNE. — l8l3

il poursuivaient à Paris, dans les conciliabules de boud l’entreprendrait au grand jour. 11 serait un disso       ’au

actif de l’opinion en France, le plus actif mêm«> *U^ngiaia jour où Moreau se déciderait à revenir l. Il offrit auX^^ jeg_ cet autre avantage qu’il trouverait son intérêt au g r-ia. sein du royaume guelfe : ce dessein empofta*t ieXP5® bon tion du Danemark, démembré ou indemnisé, et 1 attri de la Norvège à Bernadotte. Il se l’était fa>1 pronaet teaggez Alexandre * ; il se fit confirmer, quoique en tertne»^^^^ vagues, la promesse par les Anglais. Moyennant         ye

sterling, il s’engagea, par un traité signé à Stoc 3 mars 1813, à passer en Allemagne avec 3®’°° cabinet et à soutenir les opérations de l'armée rtt88C‘ ^**a Quade-anglais ajouta à la promesse de la Norvège cC^® Vfegard de loupe, ce qui compromettait à fond Bern^0^ Quant au la France. Mais cette clause denaeum't &eCt^C ^e^tes des public français, le langage des ofc'.          L de Ber-

éblouis, comme Mme de Staël, en^ti \ * a «c°         que

nadotte en personne, le fortifie^- * 6 \a CrJlom®ede ce ci-devant ministre de la guerre a X                • înté

confiance du parti républicain y** ÏHrCc £fuCÛdonC\j |a cet anti-brumairien notoire, n© *^9, çe   aV8’^et

garantie des limites naturelles. 1?^ ^Pourrait        8'a8SOC*càe

une politique dont le premier ^3^’ Ber*»***0 Je^tf ùct*0° jq. ces limites et la combinaison p        était aü&e *

hanovrien étendu jusqu’à I’Esq^ ^Vç>rite ul*

Cette alliance était un co^                         Aù^^a*8

attendaient un exemple couy^       maître-       ajent

autre dont le scandale aurais*5        u8 en P^P* . 0

étendu encore, et causerait             retentissement ‘ j

Murat avait quitté brusqn^^^nlement pl«8 Pr<\ » U „rande armée

1 Christian Schefer, Bernadette „                   u

Léonce Pincaud î Bernadotte,                                            pgiiPOP*’

Jean et Mine de Staël; de StockR_^0>*      11 : le prince royae . . Cba*®*

Chamans.                            ‘ **>            Bourbons, ch. « et. ** de *'"‘-

» Voir t. VII, p. 584.                       ^^ahund. — Sou«'*B'r ,      ’ ,

* Hsunï : Joaehim Murat; K<sni

~                    -.CaroiiM

C**^lina von Karel;»"*

,O' fa'* fa- 1"fa fa ° ^"‘■'•taU avec '<* l’fafa'fa fa"’ "fafafa1' ’■ Murat lui X                   4 £.% / C°°SaOce dans sa

ez ?e^               U."* J "*8* Paix avec les

4?° J^7tie «o£                      c*Preadrc- ^°’n T6'

ro/7u«          n’était £Juêre

ti^ni’ ^7/?® P*r^^dotte. X>«vout *L-étnit ’7<ï’//^VSCri>Mt ^t^     de I'&***?*■

O dn • >X ? é4> 4 a 4       fran"

e^d>?‘^lV S°n9?0i«tfaire *** P*'* ?**k    ' 7u^ <<*°e 4 t,t^5wes ^Dt. »     <*«<”

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102 LA MÉDIATION AUTRICHIENNE. — <813

Cependantl’un de» premîersactes de Murat fut de dépêci^ Vienne, avec des instructions secrètes et toutes per8°nn l’insu de ses ministres français et de son ministre des * étrangères, Gallo, le prince Gariati. Ce prince devait 90 dit à Metternich « que le roi ne désirait que la couse du trône de Naples, qu’il renoncerait à ses prétentions Sicile...; sûr, cependant, que son existence se trouverai^^ ou tard menacée par la France, et connaissant les vues rale6 de [l’empereur d’Autriche], il désirait avoir une g“ _ qui lui assurât son existence future; que cette garant,e pouvait lui être donnée que par l’Autriche, et qu’U éta*^ P * par contre, à soutenir notre marche [celle de V A«^r,c“ ’ le fallait, par toutes ses forces militaires 91 »

*                                     *        ’tn'tVc au*»

Il trouvait dans l'attitude de Napoléon uO Prev . ^jae. soupçons dont il lui convenait de justifier aa. con<^u,te' i^on lettre « des plus inquiétantes92 », puis le sil#93 94*95® 'elle avait écrit deux lettres à la reine, mais                  „ «ne

..         .r     -               ' i ri                                               ”

avait dissimulées a son mari*. Il est Murat n’avait pas eu quelque écho des paroles        \

noncées à son sujet par Napoléon, et dont c              extt*va"

donne une idée : «Je trouve la conduite        i eaff^ter

gante et telle qu’il ne s’en faut de rien                          Ae

pour l’exemple. C’est un brave homme                cfljo-

bataille, mais il manque de conahio&jSo SUI*             toi

ral*. » 11 avait lu cette note insérée a de Naples, étant indisposé, a dû quitter*!                    e Go

l’armée, qu’il a remis entre les naain <1 C                     a la

dernier a plus l’habitude d’une p-Pft j u 'v*ce-r*T* <4^’ *

s-andeadra.n,stri.

%£-        t '•*«£’“'■• • X " “"

p,e q"e -î^S’S’ïS’ ■■A^“-~ el,jr^ <«Æ ~4^e ‘‘°«al, ter,‘eUr6n<‘ J?,'‘'er,t de régner. t yt/Olr o. !?‘>‘e LPas«er ^‘tlé de /., ^®P/e«, il entrevit l*r>e ^‘e e -'1 eo*Srtaj°'dlrect °<!<ro ale, de consacrer *0 ?•<«„     °de Miti »“*    et de roi intrus.

de>^ ^at   6       »éW“-

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10*     LA MÉDIATION AUTRICHIENNE. — 18181

... disant qu il fanfaronnades, « promettant monts et merveilles, fallait enfin rendre la liberté à l'Italie, qu’il était bomm^ lui donner et qu'il la lui donnerait96. » Bref, se PT etde propre appât, et se posant en paladin de l’indepen l'unité de l'Italie.                                              .

L'Anglais Bentinck*, proconsul de la Sicile, fort r®ns par ses espions, suivait de près ces mouvements, ex esprits, et, par ses agents, tenait le fil de toutes les Ce protecteur de la légitimité en usait avec les ®O1^ pirec-Sicile comme naguère, en Hollande, les ministres . urnées, toire avec les républicains bataves. Il procédé96 Par^l était» menaces, police, investissement militaire dn pa'al8, ^ènon-avec ses protégés, à la lutte ouverte. Murie^**0^1110 * •. d'en-çait à Londres, ameutait contre lui le peOp^C        tirait®»

traîner les troupes siciliennes. L’imbéeî|e ^erd'ua comme toujours, entre la peur de sa            f^eur A'être

glais, la peur d’être tué, au moins emUr-abdiqué dérangé dans ses chasses et ses div<L‘ a<5ï*>ctl ’ ,v0Vr. Ben-tour à tour, en faveur de son fil&                            \e rôle

tinck, craignant d’être accusé        epre00 Je j°üCt

que Napoléon avait joué en Espaf5^rlemeaOg) prit eJ de maintenir Ferdinand sur le            1 . e& accap

le gouvernement, ce qu’il fit                           8°aXt*

par les mauvais procédés, 1qs . ^vrieT' Je sC aua rasser de la reine. Il y réussi^ ^midati008.’ e s'eit*b *• „ le 2 avril, tâchant de gagner p   ^^rie-Ga*’0’**96 • de

trouva en chartre privée, et     ^"'^'æiche

nette, errante sur les mers,      r^ine, ur      gn riva^'*

dans le temps où, en Aliema^Us,^ de ri*affe a;ent détrôner le roi de Saxe. Aii^ îîn^> les aUiés 8’oCCi>P |ft res^ tauration.                          Préparait l’œuvre &

Maître de la Sicile, Benti,                               -r de

Naples, et par là du reste de         entreprit de le ^^’aires

et les menées secrètes. Il                  n ... i:a lésée0*8 .

r'>      96 ? p „éro«aU°n!

* Botta, t. V, p. 365.                              Murat en

bernadottr k

occultes et fouches              MÜRat. _ i8u

Ie^tim,8tes comme <l'X l,KSe Présentait aux f****/'*!^* BreLnL °,tS    a^res ® c^amPio» de la

6 (Oute Prète à ser ?U11 montrait la             *’l

itali °rUit Muratà dX’i l eilt,rePr8e " de

enne louait sa vale cl»rer le champion de la 7a,t que sa réuniora            S°“ habi,eté militaire,             ‘T

en reprise, que ]e per,fc ^5 a*’*és déciderait le succè# J«e Joachim serait Salu Jbateur du monde serait el*es étaien‘ les insino«^ de NaPles Par Ies e flatta gu'elles étaient°riS de Bentinck, et cet 'n av,8° d Londres r»o eC°utées> à tel point qu’il dép^^^^ e« promesses.           Ur en rapporter la confirmation

Ma,s en cette premiA

eyait, comme il je            phrase de sa défection, M1* ,

ércuteretlui-même       J       à la catastrophe de sa

îs con*plices. Ce malh^       conseillers, et ses instigateur^ -*■ 5^

oyait sa couronna eureux avait l’obsession du règne : & ,,és; s’il recomrnen5ri®I\acee par Napoléon, il s’offrait revenait à la Franc *     ** espérer en la grâce de l’empere*-*

1 bon sens, il co °e" Ur peu qu’il se rassit, il retrouv'^e n»is de bonne f^mPrena^ que les alliés ne l'accepterai^*7-*" ronisé, pouvait*1,!’ <I<Jle Napoléon, sans doute, après l'avo* De; mais il sen t « i»               88 Plume le îeter à bas <Ji W_»

ter roi         •  **          que la seule chance sérieuse «~W

'■ roi E „°nsi8ta>t rester l’allié de l’empereur qui l’av^ ~ leureux             dan» l’ôme, il gardait le cœur finançai

>rme d V °     er>fant des rues de France, soldat        "s*-

e ancien. régime, volontaire exalté de la Réva^

jaf #ré ^es chamarrures de ses costumes et les broder^j^-^ ---- _

ree. Au milieu de la maschera napolitaine, la          ”*e~iiu

u a>re subsistai t en lui. Comme le dernier de ses anci^ “rades, prébenclier engovirdi en province, dans quel^ eption ou dép»e»t cl es remonte, ce héros déclassé se au clairon, ca-v-alï «sr de la République, prêt à piqueet charger , le sa]□»k-<î haut. De tous ses calculs, celv»\.

1rdait avec cet i nstî net, sa vertu native, demeurÏK^^\'^’s 'X,

préféré, a Quoi ! disait-il à Durant97, l'empereur peut-il méconnaître de quel avantage je lui serais en Italie? J'ai déjà 30,000 hommes sous les armes; j'en aurai bientôt 40,000. L'armée de Naples fait aujourd'hui la sécurité de l'Italie. Si l'empereur ne veut pas croire à la sincérité de mon assertion, qu'il croie du moins aux instigations de mon propre intérêt. Quelle garantie pourraient avoir à mes yeux leurs promesses? Ne sais-je pas que ma destinée est une émanation de celle de l’empereur? C’est de lui que je tiens ma couronne. Je veux la conserver sans doute, mais je veux surtout conserver mon honneur; que l'empereur dise un mot, et je me charge de la défense de l'Italie. Je la défendrai pour lui, pour son système, sans mélange d'aucun calcul qui me soit personnel. Que si l'empereur, dans ses vues prochaines, croit encore ma présence utile à la grande armée, il me le dise, et j'y vais ; mais que son cœur ne soit pas fermé pour moi, qu'il me rende la considération dont j'ai besoin pour le bien servir, et qu'en lui dévouant ma vie, je sache au moins qu'il me rend justice ! »

C'est ainsi qu'en ce printemps de 1813, pourri de trahisons, Murat apprenant que la France courait aux armes, que les confédérés allemands se montraient fidèles, et que la grande marche en avant allait recommencer, écrivit à l'empereur, le 12 avril, la lettre d'un capitaine surpris en maraude, à un colonel dont il a été l'enfant gâté : « Mon àme a été brisée lorsque vous m'avez montré de la méfiance, lorsque vous avez semblé vouloir m'humilier à la face de l'Europe. Comment, Sire, avez-vous pu douter de celui qui, depuis le commencement de sa carrière militaire, ne vous a donné que des preuves de dévouement et de fidélité, qui n'avait pour objet de ses pensées que la gloire, le service de Sa Majesté, la grandeur de la France ? »

Mais Bentinck le guettait et Metternich tendait ses filets. Ce ministre écrivait, le 20 avril, au comte Mier : *4 Nous

sommes prêts i écouter le roi...; Tempereur ne désire que de voir le roi gouverner des peuples qui lui ont voué tout leur attachement » ; puis il parla de la médiation : « La puissance médiatrice n'a plus le choix ; elle ne pouvait réussir qu’autant qu’elle était prête effectivement de soutenir ses paroles par la guerre. En conséquence Sa Majesté rassemble de grandes forces militaires... »

IV

Cependant le tsar et le roi de Prusse s’étaient rendus à Dresde, le 24 avril. Ils y virent arriver lord Cathcart et sir Charles Stewart, munis l’un et l’autre de pouvoirs pour traiter. L’Angleterre déclinait l’entremise, mais, ce faisant, elle poussait l’Autriche dans la coalition, car l’Autriche ne pouvait prouver autrement la sincérité de ses intentions ni autrement obtenir les subsides indispensables pour agir avec efficacité. Elle se trouvait portée à précipiter, plus que Met-ternich ne l’aurait désiré, ses accords secrets avec la Prusse et avec la Russie, lorsque l’entrée en scène de Napoléon vint rendre à l’intervention, sinon un sérieux qu'elle n’eut jamais, au moins une consistance apparente et quelque raison d’être, de forme et d’expédient.

Napoléon avait refait une armée, il disposait de deux cent mille hommes. Les régiments français s’étaient exercés et formés en route. Ils manquaient encore d’endurance, mais ils montraient de l’entrain, la présence de l’empereur les électrisait. « Jamais, dit un officier, le recrutement n’avait produit une aussi forte et aussi belle espèce de soldats. » Fondue avec les restes de la grande armée, cette jeunesse rappelait, sans la funeste disposition à la panique, les troupes que Dumouriez etKellermann aguerrirent et entraînèrent en 1792. Mais l’artillerie était mal attelée, et la cavalerie insuffisante.

Enfin ces Français se trouvaient mêlés de trop d'Allemands98 99. Les confédérés du Rhin comptaient pour un tiers dans les 170,000 hommes que Napoléon porta en Saxe. La France se voyait déjà comme envahie dans sa propre armée.

Arrivé à Erfurt le 28 avril, Napoléon battit le 2 mai, à Lutzen, en Saxe, les Prussiens et les Russes. Faute de cavalerie, il ne put les poursuivre et les détruire. Toutefois c’était une brillante entrée en campagne, propre à exalter les troupes, à montrer qu’il demeurait le redoutable meneur de guerre qu’il avait été ; mais ce n’était qu’un succès, ce n’était pas une grande victoire, le coup de torinerre qu'il aurait fallu, le coup de massue d'Iéna. Napoléon fit de la bataille tout l'éclat qu'il put à Vienne et chez ses confédérés98. Il jugea que Lutzen devait lui ramener l’Autriche. « La proposition de faire accepter une médiation armée est trop ridicule pour que l’empereur d’Autriche ne le comprenne pas ; il faut le dire net, c’est vouloir mettre les intérêts de la France à la merci de l’impératrice et deM. de Stadion», écrivit Caulaincourt à Narbonne, le 4 mai. Caulaincourt, qui accompagne l'empereur, sorte de ministre des affaires étrangères à la suite, entre l’état-major et la chancellerie de campagne, tient la plume, mais on reconnaît le style de 1809, après Wagram.

Toutefois, Napoléon les ménage étrangement. Il blâme Narbonne d’avoir poussé trop loin et trop nettement défini les choses 100. 11 espère toujours les reprendre : « L’empereur aime son beau-père, il désire lui épargner des malheurs inévitables, s’il se laisse aller aux conseils de l’inspiration et de la clique anglaise. C'est dans la vue de ménager sa faiblesse et de ne pas mettre le ministère dans le cas de revenir sur une fausse détermination, qu’on voulait gagner du temps. Il était évident que si les événements nous étaient contraires, l'opi-

nion de ses peuples entraînerait l'empereur d'Autriche, et le rangerait contre nous, tandis que l'armée française, victorieuse comme elle l’a été, il était de l'intérêt de l’Autriche de rester avec la France. L’explication précipitée de Votre Excellence a l’avantage de nous dégager de tous liens avec cette puissance, mais l’empereur aurait préféré que votre réserve lui eût épargné ce faux pas. »

* 11 se rendit à Dresde, le 8 ; il voulait donner un exemple aux confédérés du Rhin, et aux peuples un avertissement. 11 venait d’apprendre, par une lettre de Frédéric-Auguste et par les rapports de Narbonne, que la Saxe avait adhéré à la médiation autrichienne et que les mouvements de ses troupes tournaient étrangement à la défection Ajoutez les démonstrations haineuses des peuples, agités par Stein et les patriotes allemands. Napoléon adresse au roi de Saxe un véritable ultimatum; il le met en demeure de joindre ses troupes à la grande armée, de déclarer qu’il fait toujours partie de la Confédération du Rhin, qu’il n'a aucun traité contraire à cette confédération, sinon a je le déclare félon, hors de ma protection, et en conséquence il a cessé de régner a ». Une députation municipale, selon les rites, l’attendait à l'entrée de la ville. « Vous mériteriez, dit-il, que je vous traitasse en pays conquis. Je sais quelles insultes vous avez prodiguées à la France, à quels transports hostiles vous vous êtes livrés, lorsque l'empereur Alexandre et le roi de Prusse sont entrés dans vos murs. Vos maisons nous présentent les débris de vos guirlandes, et nous voyons encore sur le pavé le fumier des fleurs que vos jeunes filles ont semées sur les pas. des monarques. Cependant, je veux tout pardonner. Bénissez votre roi, car il est votre sauveur. » Le roi de Saxe arriva le 12, soumis, reconquis, et parfaitement loyal en sa résipiscence. Napoléon tint à manifester publiquement leur entente; mais le peuple demeurait hostile, et l’armée, contrainte à

1 20 avril 1813. Ojceee, t. II, p. 637. — Bomefoxs, Un allié de Napoléon p. 376, 413, 416 et tuiv. — Tbiers, t. XV, p. 208 209, 402, 412.

1 A Caalaincourt, 8 mai 1813. — Bonkefons, p. 420 el suiv.

servir, mécontente et couvant la défection. Frédéric-Auguste rapportait de ses pérégrinations en Allemagne et en Bohème des renseignements fort inquiétants sur l'attitude de l'Autriche. Des lettres interceptées achevèrent de démasquer tout ce qu'il y avait de louche dans sa médiation, ses manigances avec les alliés, ses tentatives d'embaucher les confédérés de Napoléon, son dessein enfin d'entrer en guerre, si ses conditions de paix n'étaient pas acceptées, aussitôt qu'elle se jugerait en mesure. M. de Senfft, ministre des affaires étrangères de Frédéric-Auguste, avait vu Metternich. « 11 lui fut facile, rapporte-t-il, en parlant de sa propre personne, de démêler que la cour de Vienne n'avait aucun espoir sérieux pour la paix, ni de plan fixé pour les conditions à proposer, et était au fond décidée à la guerre contre la France ; on ne cherchait donc, suivant l'expression de M. de Metternich lui-même, qu’à assurer le succès et à gagner du temps pour achever les préparatifs qu'on annonçait devoir être terminés de manière à pouvoir entrer en campagne à la fin de mai101. » « Les renseignements que l'on trouve à Dresde ne devraient plus laisser aucun doute, a dit justement Fain. Et de nos jours, un historien allemand : « Napoléon eût été le seul à s'y tromper. » On va voir qu’il ne s’y trompa point.

. La journée de Lutzen servait les calculs de Metternich : elle rendait une médiation possible; elle procurait à l'Autriche le délai dont elle avait besoin, le moyen de leurrer Napoléon, de le traîner, de le tenir en suspens, et de se mettre elle-même en valeur. Ce que Metternich apprenait des récriminations des alliés, Prussiens contre Busses, Busses contre Prussiens, n'était point pour le contrarier. L'Autriche prendrait, dès son entrée en scène, la direction de la politique et de la guerre. Si Napoléon avait écrasé les alliés, il serait redevenu maître du monde ; s'il avait été mis en déroute, la suprématie serait passée à Alexandre; l’Autriche n’aurait plus été qu’une chancellerie à la suite, et un corps auxiliaire de la coalition. » . Ce fut «dans le flux et reflux d’agitations, de nouvelles, d’appréhensions, de conjectures102 103 104, » une passe singulièrement périlleuse et difficile pour Metternich : son maître, à la fois vacillant et entêté, le public emporté tour à tour et effaré, ne comprenant pas, condamnant les retards à déclarer la guerre. Metternich se montra supérieur par la maîtrise de soi-même, la suite, la dextérité, la souplesse dans les défilés9. Cet homme du monde, ce dandy politique, à la main blanche et nerveuse, déploya le sang-froid, le coup d’œil et l’énergie d’un vieux pilote.

Les alliés le sollicitaient; Napoléon incomplètement vainqueur, serait contraint d’entrer dans les « formes ». « 11 s’agissait, a écrit Metternich, de l’empêcher de suivre sa tactique habituelle, c’est-à-dire de se tourner vers la Bohême, afin de frapper contre nous un grand coup dont les suites auraient été incalculables pour l’Autriche, » « Vers la fin du mois, disait-il au comte Hardenberg, l’armée de Bohême devait être prête à agir': en attendant, il comptait être d’accord avec les autres puissances sur la question de la médiation, et jusqu'à cette époque il voulait encore dissimuler avec Napoléon... « Il prévoit que « la guerre entre l’Autriche et la France doit éclater par le refus que Bonaparte donnera sans aucun doute aux propositions que la Russie, la Prusse et l’Autriche lui feront conjointement .

Le fin de l’affaire consistait donc à lui proposer des conditions qu’on serait sûr de lui voir repousser, et le choix n’était point malaisé, connaissant ses vues, les nécessités de sa politique, et les déclarations toutes récentes encore qu’il avait faites à Schwarzenberg. Napoléon ne pouvait pas reculer sans perdre son prestige, s’avouer vaincu, s’exposer à de nouvelles exigences des alliés, Metternich savait que les meneurs de l'opinion, à Paris, se feraient une arme contre lui du refus qu'il opposeraità des conditions préliminaires que, dans l'état d'esprit où l'on était en France, on jugerait non seulement acceptables, mais excellentes. On engagerait, de la sorte, Napoléon dans une négociation dont le moindre effet serait de creuser davantage la séparation entre lui et les Français. Il aurait perdu l'avantage de l'offensive, la supériorité du nombre, la confiance des généraux, l'entrain à la guerre.

a Le passage de la neutralité à la guerre ne sera passible que par la médiation armée », avait dit Metternich à François II. Il en était à franchir ce pas. Le 7 mai, il dressa des instructions pour Stadion qu'il dépêchait près d'Alexandre : il y développait ses idées sur la médiation armée et posait les « vues de paix » à proposer à Napoléon; c'étaient : Ie La suppression du duché de Varsovie et le retour, en ce qui concerne l'Autriche, à l'état antérieur à 1809; 2° la restitution à la Prusse de ses anciennes possessions dans l'Allemagne du nord ; 3° l'abandon par la France de tout ce qu'elle possède, en Allemagne au-delà du Rhin; 4° la Hollande indépendante; 5° la restitution de toutes les provinces françaises en Italie; 6° la restauration du pape; 7° pour l'Autriche, la frontière d'avant Lunéville, le Mincio ou l’Oglio, plus le Tyrol et le pays de l'Inn, l'Illyrie, la Dalmatie et la restitution de tout ce que lui avait enlevé le traité de 1809; 8° cessation de la suprématie de Napoléon en Allemagne; 9° le royaume d'Italie hors des mains de l'empereur des Français1. Voilà, selon Metternich, les conditions d'une bonne paix continentale, mais il reconnaît qu'on doit distinguer un maximum et un minimum selon les chances de la guerre. Sur la guerre même, il s'exprime nettement : a Le comte de Stadion prouvera... que nous aspirons avant tout à rapprocher le terme... ou par un prompt accord avec les puissances, ou par des opérations qui nous permettent de porter nos forces hors de nos frontières... »

1 Le traité du il avril 1805 le réservait à un des frères de Bonaparte, Joseph vraisemblablement. Cf. t. VI, p. 417.

A l’appui, Stadion produira des « devis militaires qui ne laisseront rien à désirer à l’empereur Alexandre sur les détails des mouvements de notre armée... Il ne négligera rien pour amener une négociation instantanée, et pour convenir des bases d’une coopération active militaire de notre part dans le cas de la non-réussite de nos soins en faveur de la paix. » Le même jour, François écrivit au tsar. Il forme des vœux pour un arrangement pacifique, mais il ajoute aussitôt : « Nos forces réunies, dirigées d’après un point de vue fixe, et dans l’accord le plus parfait, nous feront, il n’en faut point douter, dans la supposition contraire, arriver au plus noble but que puissent se proposer les puissances \ » Le 8 mai, Stadion se mit en route : il était en mesure de mener à fin a la négociation instantanée » et d’établir entre l’Autriche et les alliés « l’accord le plus parfait » , qui était le but premier de sa mission *.

Restait à lier Napoléon le temps qu’il faudrait pour établir les accords. Metternich vit Narbonne le 7 mai *. Il n’eut garde de lui déclarer le maximum de ses conditions et ce qu’il considérait comme les bases d'une bonne paix : on les découvrirait successivement, au congrès. Il se contenta d’insinuer que dans les propositions russes, il en repoussait deux tiers, il en admettait un. Mais surces deux tiers, non plus que sur les propositions même, il ne s’exprima clairement. Il n’eut garde d’articuler le principal article des instructions à Stadion, l’essentiel d'une bonne paix selon l’Autriche, à savoir la reconstitution de la monarchie autrichienne telle qu’elle était en 1805. 11 ne s’expliquait point. Narbonne le pressa : « Ce qui doit, sans doute, donner le plus d’espérance de voir conclure la paix, c’est la connaissance des conditions que vous êtes prêt à faire accepter et à soutenir; vous m’avez promis de me la donner, et je la réclame. » Metternich divagua, se répandit en circonlocutions. Narbonne, qui se rappelait leur entretien

1 Ovckeit, O, und Pr. t. Il, Annexes.

9 François à Frédéric-Guillaume, 17 mai 1813. Raxke, t. IV.

1 Rapport de Narbonne, 7 mai 1813.

du 7 avril, F interpella 105 : « Tout cela ne signifie-t-il pas que ous désirez que l’empereur accepte pour frontière le Rhin en y comprenant la Hollande? — Oui, sans doute, et c’est plus pour son intérêt que pour le nôtre. » — « Alors, successivement », poursuit Narbonne, dans son rapport, « j'ai fait articulier à M. de Metternich la cession des provinces illyriennes, la dissolution de la Confédération du Rhin, l’abandon des nouveaux départements réunis, la destruction du duché de Varsovie et l’agrandissement de la Prusse opéré d’après ce qui serait convenu entre les grandes puissances, qui resteraient garantes de l'état des choses et véritables protectrices des princes de la Confédération. » Metternich ajoute que pour détourner la Russie de parler de l'Italie et de l’Espagne, il lui fallait prendre vis-à-vis d’elle une attitude menaçante. Pour ce qui est de la Hollande, il semble, en son nom personnel, l'abandonner à la France, mais Narbonne savait que ces départements formaient le morceau réservé à l’Angleterre, et il ne pouvait se flatter que l’Angleterre trouverait ses convenances à le laisser à la France. Ainsi, outre ces cinq points autrichiens : 1° La suppression du duché de Varsovie; 2° les villes hanséatiques et la 32edivision militaire 106; 3° l’Illy-rie; 4° l’agrandissement de la Prusse; 5° la dissolution delà Confédération du Rhin, on doit entendre que les alliés en exigeront d’autres, qui seront tout au moins la Hollande de la part des Anglais, l’évacuation de l’Italie voulue par les Russes, sans parler de la reconstitution de l’Autriche sur le pied de 1805, réclamée par l’Autriche à la Russie. Est-il permis de croire que si Napoléon accepte les cinq points autrichiens, l’Autriche fera la guerre aux Anglais et à la Russie pour conserver à Napoléon la Hollande, l’Espagne et l'Italie enfin où elle prétendre s’établir et prendre ses convenances?

Le 11 Metternich dressa des instructions pour Bubna, qu’il envoya près de Napoléon. «Ce gros homme rusé» savait faire parler l’empereur et rapporter ce qu’il entendait. Sa mission consistait à amorcer la médiation, à y engager Napoléon par des propositions modérées. Les neuf points posés dans l’instruction de Stadion, et les cinq points indiqués à Narbonne se réduisent ici à trois. c’est-à-dire au minimum des prétentions autrichiennes : 1° Dissolution du duché de Varsovie; renonciation aux départements annexés en Allemagne, la 32a division militaire; 3° l’Illyrie à l’Autriche, « avec une bonne frontière du côté de l'Italie » ; plus — Bubna n’y touchera que s’il le juge opportun — « un autre arrangement de frontière entre nous et la Bavière » , ce qui signifierait le Tyrol et le quartier de l’Inn. 11 ne serait pas question de la reconstitution de la Prusse; quant à la dissolution delà Confédération du Rhin, Bubna ne la présenterait qu’éventuellement comme une réclamation probable « des puissances ». Il proposera, si Napoléon le juge opportun, de négocier un armistice. Il indiquera Prague comme lieu de la réunion d’un congrès. Si Napoléon accepte, il sera autorisé à croire que l’Autriche « défendra la cause qu’elle plaide, par la force des armes » , car c’est en ces termes mêmes que Bubna fera connaître à Napoléon que, s’il refuse, l’Autriche lui déclarera la guerre

Cependant que Bubna s’acheminait à Dresde, Stadion rencontra Nesselrode à Gœrlitz. Le 13 mai, ils eurent une conférence, au sortir de laquelle Nesselrode résuma en ces termes les conditions de l’Autriche : Ie rétablissement de l’Autriche dans l’état de puissance et d’étendue où elle était en 1805, avec, en Italie, la frontière du Pô et du Mincio; reconstitution de la Prusse dans les conditions fixées par le traité de Kalisch; 3° dissolution de la Confédération du Rhin et restitution des pays annexés en 1810; 4* anéantissement du duché de Varsovie. « Telles sont, ajoute Nesselrode, les conditions que le cabinet de Vienne regarde comme immédiatement autrichiennes, et qu’il est décidé à soutenir vis-à-vis de la

1 Instructions de Bubna; François II à Napoléon, il mai 1813. Onckek. Cf. ci-dessus, p. 112-114.

France. Si Napoléon ne les a point acceptées avant le 1er juin, les armées autrichiennes agissent.... Bien sûre que les conditions mises en avant plus haut ne seraient jamais acceptées par la France, l'Autriche désire que, pour lui faciliter les moyens de persévérer jusqu'au bout dans la ligne de conduite qu’elle s’est tracée, nous adoptions les formes par lesquelles elle croit devoir passer pour amener le passage de la médiation à la coopération. » « Elle voudrait donc » qu’en articulant ces conditions, la Russie y joignit « même des bases telles que l'indépendance de l’Espagne, de la Hollande, et des arrangements pour l'Italie, nécessaires au rétablissement d’une paix stable. » Stadion était autorisé « à convenir des principes généraux d'un plan d'opération; » il ne demandait qu’un engagement, celui « quels que puissent être les revers « , de pousser la guerre « avec persévérance et avec tous les moyens ».

Stadion rejoignit les alliés à Wurschen, et là, Nesselrode, par une note du 16 mai, déclara que la Russie ajoutait aux conditions autrichiennes : 5° la séparation de la Hollande; 6° le rétablissement des Bourbons en Espagne ; 7° l’Italie libre dans toute son étendue du gouvernement et de l’influence de la France. Hardenberg achéra à cette note du 16 mai, au nom de la Prusse, avec cette adjonction : « Elle [cette paix] devrait être acceptée d’une manière tout à fait positive et sans délai, et la retraite des armées françaises doit suivre immédiatement l'adhésion de l’empereur Napoléon à ces conditions. » « Telles sont, concluait Nesselrode, les principales bases que Sa Majesté considère comme conditions invariables. » Ces bases principales et invariables ne seront encore que les bases d'une paix préliminaire, l’Angleterre n’y étant point comprise. L’intervention de l’Angleterre, inévitable au cours des conférences, remettra tout en question.

Le même jour, 16 mai, Stadion assista chez Alexandre à un conseil de guerre où Wolkonski, Toll et Knesebeck disposèrent un plan d’opérations qu’il transmit aussitôt à Vienne. 11 s’établit, dit un document russe, « une entente complète

entre l'Autriche et nous sur les propositions ù adresser à la France, de même que sur « la marche à suivre en commun, si nos ouvertures, comme tout nous portait à le croire, étaient rejetées par Napoléon »

Et, cependant, Bubna va « faire valoir» à Napoléon, comme bases « d'une paix continentale possible » : T La dissolution du duché de Varsovie; 2° la renonciation de la France aux départements d’outre-Rhin en Allemagne, c’est-à-dire aux pays annexés en décembre 1810; 3' le retour des provinces illy— riennes à l'Autriche, avec une bonne frontière du côté de l'Italie. Il insinuera comme devant être probablement mise sur le tapis par les puissances la renonciation au protectorat sur l'Allemagne, c'est-à-dire la dissolution de la Confédération du Rhin. 11 insinuera aussi un arrangement de frontière entre l’Autriche et la Bavière. Il ajoutera que l'Autriche a peu d'espoir en l'adhésion de l'Angleterre, qui « ne peut être forcée à la paix que par une paix continentale qui la laisserait entièrement isolée et abandonnée aux efforts de la France » .

Ainsi tout est calculé pour attirer Napoléon dans le piège : propositions édulcorées et limitées de l'Autriche, afin de l'induire à la médiation et au congrès ; exigences croissantes, au congrès, afin de le jeter hors de lui-méme et de l'amener à rétracter cette acceptation. Si, par extraordinaire, il ne perce point la trame, la prétention insolente de la Prusse, qui rappelle l'ultimatum de 1806, provoquera sa colère et l'entraînera à tout briser. Alors le « tour » sera joué. La France, à laquelle on ne fera connaître que les propositions ostensibles et restreintes de Bubna, les trois premiers points, le minimum des prétentions autrichiennes, saura que Napoléon a refusé cette paix modérée, conciliante, qui laisse à la France ses frontières naturelles avec la Hollande, l'Italie, peut-être la Confédération du Rhin, bref l'essentiel du Grand empire, et qu'il a rompu l'alliance autrichienne pour s'être entêté au duché de Varsovie, aux villes hanséatiques, à l’Illyrie ; qu'il

1 Aperçu «les transactions de la Russie, t. XXXI, p. 314. a méconnu les « admirables conseils donnés sincèrement « par Metlernich '.

Or, averti par Narbonne, Napoléon ne se faisait aucune illusion sur le caractère des propositions autrichiennes, sur les gradations qui s'ensuivraient, et il savait que tout dépendait de la guerre. Mais il se trouvait acculé dans une impasse. S'il refusait de négocier sur les bases de Metternich, il assumait devant l'Europe, devant ses alliés, devant les Français, qu'il sentait lui échapper sous main, la responsabilité de la guerre et donnait à l’Autriche un prétexte pour se déclarer contre lui. S’il acceptait, il risquait de perdre en pourparlers dangereux, inutiles, à coup sûr, le fruit de sa victoire : il s'enchevêtrait dans le réseau ourdi par Metternich, il permettait à l’Autriche de compléter ses armements, il laissait, à l'ombre de la diplomatie, s’organiser une coalition formidable qui l'étreindrait, le jour où elle se croirait assez forte pour dévoiler ses véritables intentions. Son œuvre tout entière était en jeu. 11 ne s’agissait pas, comme l’insinuait Metternich, de pacifier l’Europe. Il s'agissait, en renonçant A la dominer, de la voir de nouveau se réunir contre la France. 11 fallait, comme en 1795, comme en 1798, comme en 1800, comme en 1805, 1806, 1809, choisir entre une lutte à mort et le retour pur et simple de la France à scs anciennes limites. Q’est du Grand empire que l’on prétend l’exproprier, d’abord, puis de l’empire même et des conquêtes de la République. Napoléon le discernait nettement; toutefois il se flattait encore de tourner les positions de ses adversaires, de les couper, de les diviser et de les déconcerter tour à tour.

Le 14 mai, Gaulaincourt écrivait a Narbonne : «De nouvelles lettres interceptées de M. de Stahrenberg à M. de Nes-selrode et de M. de Humboldt au roi de Prusse ne laissent plus de doute sur la duplicité de M. de Metternich. Le roi de Saxe a remis à Sa Majesté toutes ses notes avec l’Autriche. Si les circonstances devenaient graves, ce que l’empereur ne

‘.Thiebs, t. XV, p. 345. pense pas, il ne peut vous échapper qu’il s'arrangerait avec l’empereur Alexandre. Pour que ces deux souverains s’entendent, il faut peu de chose. Qu’est-ce qui importe à la Russie? Le système continental et la Pologne. Nous avons renoncé au système continental pour la Russie; l’Italie, l’Allemagne et l’Espagne, importent bien plus à l’empereur que la Pologne. Vous savez mieux que personne que l’empereur n’a aucune folie en tête, qu’il a toujours regardé la Pologne comme un moyen, mais pas comme une affaire principale. 11 ne peut donc échapper à l’Autriche qu’en satisfaisant la Russie sur ce point, nous avons un moyen d’humilier l’Autriche, et même de la réduire à rien, car quelles concessions ne ferait pas l'empereur Alexandre si, pour le tirer d'embarras, on lui cédait la Pologne? Une mission au quartier général partagerait le monde. »

Telles étaient les arrière-pensées de Napoléon, ses conjectures secrètes, ses spéculations illusoires, quand il reçut Bubna, le 16 mai *. Bubna lui remit une lettre de François II datée du 11 mai.

Napoléon le laissa développer ses « formes » et poser ses « bases » ; puis, avec cette incohérence de pensées et d’expressions qui donnait à ses paroles une puissante et sauvage éloquence : « Je ne veux pas de votre médiation armée. Vous ne faites qu’embrouiller la question. Vous dites ne pouvoir rien foire pour moi; vous n’êtes donc forts que contre moi. C’est une subtibilité que je n’admets pas, de dire que tout cela n’altère point votre système d’alliance avec moi; c’est un discours qu’on peut tenir aux femmes qu’on veut séduire.... On n’obtient rien par des coups de bâton d’un Français. Je ne céderai rien, pas un village de tout ce qui est constitutionnellement réuni à la France. Un homme qui, de simple particulier, est parvenu au trône, qui a passé vingt ans sous la mitraille, ne craint pas les balles, ne craint pas les menaces. Je ne fais pas cas de ma vie, aussi peu que de celle des autres.

1 Rapport de Bubna, 16 mai 1814, en français. Okcken. .le ne l'estime pas plus que celle de cent mille hommes; j'en sacrifierai un million s'il le faut. Vous ne me forcerez que par des victoires multipliées ; je périrai peut-être, et ma dynastie avec moi. Tout cela m’est égal. Vous voulez m’arracher l’Italie et l’Allemagne, vous voulez me déshonorer, monsieur! L’honneur avant tout! puis la femme, puis l'enfant, puis la dynastie. Nous allons bouleverser le monde et l'ordre des choses qui est établi. L'existence des monarchies deviendra un problème. La meilleure des femmes en sera la victime; elle sera malheureuse. La France sera livrée aux jacobins. L'enfant dans les veines duquel le sang autrichien coule, que deviendra-t-il? Ce qui me tient le plus à cœur, c’est le sort du roi de Rome ; je ne veux pas rendre odieux le sang autrichien à la France ! »

Pesez cette parole, qui monte aux lèvres comme le haut le cœur du génie aux abois; elle dévoile le secret du Grand empire, et cette faiblesse intime qui va sinon offusquer le jugement, au moins ralentir les coups de l'empereur, accroché jusqu'à la fin à cette espérance, qu’à force de battre les Prussiens et les Russes, il obligera l'Autriche à demeurer son alliée, à paraître, au moins, l'avoir aidé. Puis, revenant brusquement aux affaires :

u J’ai acheté l’illyrie avec la perte d’un million d'hommes; vous ne l'aurez pas par la force sans en sacrifier autant. Vous voulez pêcher dans l’eau trouble. On ne gagne pas des provinces avec de l’eau de rose; ce sont des moyens qu'on peut employer pour séduire les femmes. Vous commencez par me demander Flllyrie, puis vous me demanderez le pays de Venise, puis le Milanais, la Toscane, et vous me forcerez à me battre contre vous; il vaut mieux commencer par là. Oui, si vous voulez avoir des provinces, il faut que le sang coule. Repoussé jusqu'à Francfort, je vous aurais dit la même chose; je n'ai qu'une idée là-dessus; ma politique est franche et ouverte. «

11 aurait lu la note que, ce jour-là même, Nesselrode rédigeait et qui devenait la charte préliminaire de la nouvelle coalition, qu'il n'aurait pas tenu un autre langage Cependant il se ravisa. Caulaincourt eut le 17, une conférence avec Bubna, et lui dit : « L'empereur parait disposé à faire quelques avantages à l'Autriche, s'ils peuvent servir au rétablissement de la paix; mais il ne veut pas qu'on lui trace le cercle de Popilius. » Quant au fond, il repousse la médiation, mais il consent à la réunion d'un congrès dans une ville intermédiaire, avec ou sans l'Angleterre. Il le notifie dans une lettre à l'empereur François, et il ajoute, dans une autre lettre : « Je suis décidé à mourir, s'il le faut, à la tète de ce que la France a d'hommes généreux, plutôt que de devenir la risée des Anglais et de faire triompher mes ennemis. » Bubna emporta ces lettres pour François, datées du 17 mai. Le lendemain Caulaincourt écrit à Narbonne : « L'empereur a lu la lettre de son beau-père. Sa Majesté l'a trouvée pleine de protestation, d'assurances et d'un ton très cajoleur. Elle me prescrit de vous mander que, comme de raison, elle ne peut reconnaître aucune médiation armée. Il faut que l'Autriche s'explique sur ce qu'elle veut, car depuis le Brabant jusqu'à la Toscane, depuis la Lorraine jusqu'à Venise, on peut lui supposer des vues d'intérêt. Sans doute on pouvait mieux s'entendre. »

Napoléon avait traversé en 1805, en 1806, en 1809 des crises aussi redoutables; mais il y voyait clair, ses combinaisons se formaient comme l'étincelle électrique, immédiates, lumineuses, portant coup à distance. En 1805, il se jette entre les alliés, les déconcerte, fait coin, les sépare. Désormais, c'est eux qui, se rapprochant, le repoussent, ballotté entre leurs camps. 11 tâtonne dans le brouillard, il s'agite, il s'évertue.

Il ne refuse pas à l'Autriche un pourboire, mais rien de plus, « la bonne main » de l'intermédiaire. 11 lui répugne d'abandonner l'arbitrage de la paix à Metternich. 11 se trouve dans le cas qu'il prévoyait avant son entretien avec Bubna, et il se retourne vers Alexandre. 11 lui dépêche Caulaincourt :

1 Les limites de l’Autriche en 1805 ; l’Italie entièrement soustraite à la France. Notes de Nesselrode, 13 et 16 mai, d’accord avec Stadion. — Cf. p. 116.

« Mon intention est de lui faire un pont d'or pour le délivrer des intrigues de Metternicb... Si j'ai des sacrifices à faire, j'aime mieux que ce soit au profit de l'empereur Alexandre, qui me fait une bonne guerre, et du roi de Prusse, auquel la Russie s'intéresse, qu'au profit de l'Autriche, qui a trahi l'alliance, et qui, sous le titre de médiateur, veut s’arroger le droit de disposer de tout, après avoir fait la part qui lui convient... Tout l'honneur de cette paix irait donc à l’empereur Alexandre seul... » Gaulaincourt indiquera : la Confédération du Rhin limitée à l'Oder, une ligne de Glogau à la Bohême : la Prusse y perdrait 1,500,000 âmes, qui iraient à la Westphalie; en compensation, elle en recevrait le duché de Varsovie, avec Danzig, toute la Vistule, soit quatre à cinq millions d’habitants. La France et la Russie seraient séparées107 108 109 110. Ce projet anéantirait à jamais la Pologne. « Le fameux ultimatum de 1810, « le royaume de Pologne ne sera jamais rétabli8», deviendrait une réalité. Napoléon, du reste, ne s'attachait pas rigoureusement à ces propositions : « Sans vous arrêter à telle ou telle partie des instructions, vous devez chercher à nouer une négociation directe sur cette base [que l’empereur de Russie aurait seul les honneurs de la paix]. Une fois qu'on en sera venu à se parler, on finira toujours par tomber d’accord. »

En même temps, Napoléon presse les mesures et surtout les démonstrations d’Eugène. « Il importe, lui mande-t-il, que l'Autriche voie le plus tôt possible107 vos divisions campées et les places armées... Faites dire dans les gazettes de Turin et de Milan, et partout, que vous aurez bientôt 150,000 hommes... Engagez le roi de Bavière à fortifier dans le Tyrol quelques gorges... et quelques fortins, afin d'être maître des passages et de contenir les habitants. » Bref, « prendre de l'ascendant sur l’Autriche ; que ce soit moi qui la menace, et non elle... ’»

Le 18 mai, Macdonald fit connaître au général en chef de Farinée russe que Caulaincourt demandait une audience au tsar. La réponse se fit attendre jusqu'au lendemain, et quand elle revint, copiée sur une minute d'Alexandre, elle portait que cet empereur était en course, que le général en chef ne savait pas quand il pourrait prendre ses ordres. Le congé était sec. Nesselrode l'adoucit légèrement : a Quel que soit le plaisir que Sa Majesté aurait eu à vous exprimer les sentiments qu’elle vous conserve personnellement, elle regrette que les circonstances... s’opposent à ce qu’elle puisse vous admettre à son quartier général. » Et il l’invita à transmettre ses communications par l'entremise de l’Autriche111. La démarche toutefois ne demeura pas sans effet : les Russes en avertirent Metternich, qui ne laissa point de s’en émouvoir et y trouva de plus puissants motifs de se rapprocher des alliés.

Mais Napoléon lui en donnait aussi de ne point précipiter ses mouvements. Le 20 mai, les alliés furent battus à Bautzen. Ce n’était pas la victoire complète qui rend maître des affaires. Cette victoire-là, Napoléon ne la connaîtra plus. Son armée était lasse. « J’espérais, a-t-il dit plus tard, m’arranger avec l’Autriche * » . Gomme le navire qui, par le gros temps et le vent contraire, prend des ris, gouverne mal, court des bordées et fatigue, il revient encore une fois à l’Autriche, qu’il lui faut nécessairement gagner, puisque les autres se montrent intraitables.

11 ignorait la situation exacte des alliés et leurs perplexités. Forcés d’évacuer Breslau, d’abandonner en partie la Silésie, ils voyaient, sur leurs derrières, Berlin menacé, Hambourg repris. Barclay déclarait que l’état de ses troupes l’obligeait à se retirer vers la Pologne : il demandait six semaines pour se refaire et recommencer en Silésie. L'Autriche en demandait autant pour opérer sa jonction. Séparé des Russes, sans appui des Autrichiens, Frédéric-Guillaume se croyait perdu. Napoléon, écrit Langeron, avait alors 130,000 hommes et nous n'en avions pas 80,000... Nous n'avions plus de munitions... Nous ne pouvions risquer une bataille... 11 ne pouvait éprouver d'échec... S'il eut continué la guerre, il nous eût forcés à nous retirer derrière l'Oder... Ce fut à ce parti que l'on se décida... Nous aurions pu difficilement nous y maintenir... Il aurait pu nous rejeter à la Vistule : alors il eût eu des chances bien avantageuses pour conclure la paix; l'Autriche aurait été dans l'impossibilité de se déclarer contre lui ; le prince royal de Suède n'eùt pu ni osé se joindre à nous. »

Un armistice seul pouvait les sauver et l'apparition de Cau-laincourt aux avant-postes donnait quelque espoir d'ouvrir une négociation. Dans la nuit qui suivit la bataille, Alexandre fit écrire à François, par Stadion : «Rien ne pourra m'ébranler dans ma persévérance, je compte plus que jamais sur la prompte coopération de l'Autriche. » Le 22, Stadion écrivit à Berthier : a Leurs Majestés ont trouvé dans la relation qu'a Faite M. de Bubna de la conversation avec l'empereur Napoléon, l'opinion qu'il pense qu'un armistice pourrait préparer les voies » à une négociation; elles sont disposées à envoyer aux avant-postes des officiers munis de pouvoirs.

Napoléon attendait des renforts, des chevaux, des équipages. Il attendait les effets des mesures qu'Eugène allait prendre en Italie. « Je me suis décidé, écrivait-il quelques jours après, pour deux raisons : mon défaut de cavalerie, qui m'empêche de frapper de grands coups, et la position hostile de l'Autriche. Cette cour, sous les couleurs les plus aimables, les plus tendres, je dirais même les plus sentimentales, ne veut rien moins que me forcer, par la crainte de son armée réunie à Prague, à lui restituer la Dalmatie, et l'Istrie, et même au-delà de l'Isonzo. Elle veut de plus la rive gauche de l'inn et le pays de Salzbourg. » « 11 faut s'attendre à la guerre avec elle... Ce qui me porte à m'arrêter au cours de mes victoires, ce sont les armements de l'Autriche et le désir de gagner du temps pour que votre armée (celle d’Eugène) puisse être campée à Laybach, et avoir deux armées... L'insolence de l'Autriche n'a pas de terme... Si on lui cédait ce qu'elle demande maintenant, elle voudrait ensuite l'Italie et l'Allemagne; certainement elle n'aura rien de moi!... » Mais autre chose était ne pas céder à l'Autriche, ne pas s'humilier devant elle et lui infliger même une leçon, autre chose la laisser mene?à terme son plan, recommencer la lutte et, comme il le disait à Bubna : « Rendre odieux le sang autrichien à la France! » Il espérait tout concilier, les calculs de la politique, les nécessités militaires, en gagnant du temps, en reprenant de l'ascendant.

Ajoutez les nouvelles de Paris. Maret, si courtisan, si précautionneux, lui mandait, après avoir noté la joie de la victoire8 : « Si, lors des campagnes qui ont précédé la dernière, on ne cherchait dans un succès que le présage et la garantie d’une gloire nouvelle, aujourd'hui que la confiance est ébranlée, que des questions si graves doivent être résolues sur le champ de bataille, on ne veut y voir qu’un gage donné par la fortune pour le repos et pour la paix... Les nations ne meurent pas; elles se fatiguentde la nécessité de vaincre toujours. Vous avez vaincu... la modération qui est dans vos résolutions, mais qui aurait pu paraître sans dignité dans les revers, ne portera désormais aucune atteinte à votre gloire, et cette paix, le seul vœu, le besoin pressant de la France... sera toujours une paix glorieuse. « Maret. arrivé le 22 mai, ne pouvait qu’appuyer verbalement ces respectueuses, mais significatives remontrances. Ajoutez encore les murmures des généraux, le manque d'initiative des lieutenants, leurs ménagements, leur découragement aussi ; la « boucherie » de Bautzen, l’acharnement de l’ennemi les troublaient profondément. « Mon ami, disait Duroc à Marmont, vers la fin de la bataille, l'empereur est insatiable de combat; nous y resterons tous, voilà notre destinée112 113 114! « Quelques instants après un boulet le tua.

Enfin et surtout la pensée qui désormais ne le quittait plus, qui s’interposait entre son génie, tout d’action directe, et la réalité des affaires; sa pensée la plus pure sans doute, ir>ais qui, comme l’eau la plus transparente, déviait ses regards et déformait les objets, la pensée de son fils l. Le souci d’un autre lui-même, plus précieux, plus tendre, exposé à plus de hasards, pour lequel il redoutait ce qu’il n’avait jamais redouté pour lui-même, la catastrophe, cet enjeu continuel des batailles. Cette préoccupation de l’avenir, du lendemain cjm n’est à personne, le rendait circonspect, introduisait le sentiment dans sa politique, qui n’avait connu que les raisons d'État et la nécessité. La défaite c’était l’abîme : autrefois il n’y arrêtait pas son regard, il passait dessus et perçait delà; maintenant, il y plonge : il y aperçoit l’image d vin enfant en détresse, et la vision lui fait horreur. Il cherche à ruser, à transiger avec la destinée.

Il aurait fallu Austerlitz; Napoléon n’en trouvait ni l’arm ni l’entrain, ni le plan; il demandait un délai à la fortune, il se rejetait, pour attendre le coup de génie et l’occasion, sur les combinaisons politiques. Ellesle tentaient parce qu elle^ voilaient l’inertie militaire à laquelle il se voyait contraivi parce qu’il ne désespérait pas de retenir l’Autriche, atten drir François, de déconcerter Metternich • con®rèS , offrirait le moyen. Il ne pouvait arriver à ce c°u8r®entrant « dans les formes » autrichiennes S ' bonaeurs le sacrifice à François, il crut habile d’en à Alexandre.                                        æe

Le 25 mai, Caulaincourt écrivit à V      &&& ‘ \’euvçererir

flatte qu’il n’y a plus d’objection A                                v

Alexandre m’accorde l’honneur de 1 Le 26, Napoléon dicta des instrucj.j qui préparerait un congrès. Cet mois, ou au moins tout le temps d^%              a? ’         *

tant dans les positions qu’il °ccvip

1 Sur l'obsession de cette pensée, Frédé^


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tïOVYÙ.e^                        <zL S=w «>  1        «rC* A#*    <8 fia _ à } £

irgeant de prononcer vivteVenlence, ch°Se Convenant

Cependant, Napoléon déclare la gu«rre à la Suède, upes suédoises étant entrées à Hambourg. C’est une agfn qu’il ne peut tolérer devant les confédérés du Rhin et emandsen *nsurreetion . Mais dans toutes ses lettres d al & iennent ces mots ;  « XI n’y a rien à faire qu’à gagner c

nps... » « Gagnez du temps, sans indisposer l’Autriche ’ vaillez à renovxvdor* éventuellement l’alliance; « battez npagne... Veut-elle conserver l’empire ottoman? VoLivczsur ce cnnevns. broder deux mois et donner lieu à vin £ > jrriers a. »

Les commissaires se réunirent près de Liegnitz, le 30 ma i — étaient du côté dos nlliés les généraux Schouvalof et Kleis t côté français Gaulaincourt.

Depuis Erfurt, le doc de Vicence, passait chez les allié << ur subir l'influence de Talleyrand et servir ses desseins »t ;tait entré en relations de confiance avec Nessehode, a] iseiller de l’ambassade de Russie à Paris, et quj ac]reSs s correspondance secrète au tsar par Intermédiaire îranski. « C’étaient, raconte-t-il, mes entretiens avec Af leyrand et quelques autres personnes opposées à 7a te ambition de IN apoléon qui en firent les frais. 4 on s’était rallié 2V£- de Caulaincourt, alors atnfrnce en Russie. Dans des conversations du l’empereur Alexandre attentif aux ee on de son J

maître menaçait la Russie *n&ers dont {

(...traction. pour                26 mai- -

V Maret, 12 jo.» *813.         - P«, ( ,

de l’armiitice.              <tf« 320 — *#.

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l’année 1810, l’empereur Napoléon mécontent de sa correspondance, l’avait rappelé... L’empereur Alexandre, ne voulant pas perdre une source d’informations si précieuses, l’engagea à se servir, à son retour, de mon entremise pour les lui faire parvenir... Tous ces hommes ne croyaient pas trahir leur maître, mais le préserver de la fougue de ses passions en l’em-péchant de poursuivre ces guerres perpétuelles qui dépeuplaient la France, l’appauvrissaient et pouvaient finir par d’épouvantables catastrophes 115 116. » On ne saurait cependant confondre Caulaincourt dans la troupe des partisans de l’empire sans l’empereur *, ni mettre en doute le « loyalisme » de son dévouement personnel à Napoléon tant de fois déclaré et avec tant de chaleur 117.

Persuadé qu’une conversation entre l’empereur de Russie et lui pouvait tout remettre en ordre et tout accommoder en quelques heures118; fasciné par Talleyrand, enguirlandé par Alexandre, endoctriné par Metternich; croyant à la magnanimité du tsar, aux vertus du roi de Prusse, aux principes de l’empereur d’Autriche, Caulaincourt parait s’étre figuré que « l’Europe w, sympathisant avec la France, ne désirait, comme les Français, que la paix dans les limites de Lunéville, les limites naturelles. Ces limites lui semblaient infranchissables aux armées, immuables dans les traités. Il s’imaginait travailler au bien de l’Europe, au bien de la France au bien de l’empereur en facilitant aux alliés l’exécution de leurs généreuses intentions, en forçant dans la mesure du possible, la main à Napoléon et en l’amenant, au besoin malgré lui-même, à entrer dans des desseins qu’il s'obstinait à méconnaître, en


V'VîVMlsT VC1, à S1Sner une àYWloï** il hasarda dans Ce rt, U pW$ ave^gle issie.

Le 30, après que l'on eut débattu déIinaitations, i Russes prétendaient exclure Hambourg, et la durée, étendaient réduire ik nn mois, profitant d’un moment Prussien Kleint. était sorti de la chambre, Caulaincourt part Schouvalof , assuré, déclara-t-il que ses confidet* ! seraient rapportées cjvx’au seul empereur Alexandf^ Tâchons, lui dÂL—il, do nous arranger. L'empereur Nap on a, je crois, <^onsonti â la médiation de F Autriche* o fi tons du moment., il est bon; nous sommes dans ornent de faiblesse , nos troupes sont dispersées. Le génér^^ jrtrand est du côté de Striegau. Les autres colonnes vovt ésentcnt le flanc on marchant; quand nous avons du succès l ne peut plus nous faire entendre raison. Vous nous laisse, ire, aussi nos troupes sont fatiguées; c’est notre momer^ ; faiblesse. Mais n’oubliez pas ce que je vous dis : ij no ?ndra des vonforts considérables. Si nous mettons le pj ns le duché do Varsovie, la guerre durera des années houvalof ne manqua point de rapporter au tsar, j . * ème, ces insinuations surprenantes : “Et vraiment il qui lui coûteraient la tête, si on le savait.» Serait se de guerre, un moyen de s’assurer de liés, de leur impuissance à attaquer quand>,   86 Ü

mesure de les écraser ? Schouvalof le soUp     *

nt, ajoute-t-il, - on dirait, â l'entendre ’ iü,/ aésire

Cette eonver^L’on/ «l’aprô. U» r.ppo,,. de ÿ

\L‘*• ’<

pr.ehe.. leriuch, e                   aincourt rend COln

ipereur du 1 J« '  ,  ~ Gua„t à la négoci^ e

nique, et fl ajout .             Schouvalof A

1er en particulier nv

vrir-


grand échec pour l'armée française afin de conclure la paix au plus vite. » Le lendemain, 1er juin, les propos reprirent. Les renforts n’arrivent point, dit Caulaincourt; si les Russes n'agissent pas, c’est donc qu’ils ne sont pas en mesure; les cosaques agissant sur les derrières de l’armée, pourraient intercepter toute communication *... Et le soir, dans son rapporté Napoléon : « Un aide de camp du duc de Raguse a été pris hier dans une affaire de cavalerie... Je suis au milieu d'une nuée de cosaques. » Il ajoute : « M. de Schouvalof m'a dit, devant son collègue, qu'il pouvait m'assurer que l'empereur Alexandre était sans passion dans cette alfaire» qu’il voulait sincèrement la paix, que tout le prouverait et que si nous la voulions aussi sincèrement que lui ” ••• nou^ accepterions l'armistice tel qu'ils le proposent.

Le 2 juin, les commissaires rédigèrent un texte. Caulairecourt en référa à Napoléon. Puis, reprenant à part Schoci— valof, il lui dit : « Dans deux mois l'armée française sera doublée. Si vous êtes sûrs que l’Autriche agisse avec vous, vous faites bien de ne pas songer à faire la paix avec nous^ mais si vous n’en êtes pas sûrs, vous n’avez pas de temps nprrlrp « Nnnnlpnn rlAcir^ ^nnrlnrn In naîv a ROnS influeOC

ucsir que nous agissions avant que p commence ses onérations?... »




Napoléon dans sa marelie en avant et de h*er Alexandre et le roi 1? »-é<Aéric-Ouillauïne sur la rési prendrait lemperevir rnon maître1.’» Get armistice léon souhaitait, alors pour prendre de l’ascendanï triche, 1 Autriche le souhaitait pour en prendre sur i chacun afin cl armer etde négocier contre l'autre. NV urgent pour Metternich était de tenir, le temps n< les alliés en confiance et ZSapoléon en suspens, il dè> courrier à Bubna, lui mondant d’insister près de Napc la médiation, et il décida l’empereur François à serap du quartier général russe.

L’empereur Kmnçoîs partit avec son ministre le rr j route, ils rencontrèrent ^Nesselrode, qui allait trouver, nicha Vienne         une copie du projet d’armistice. 2 Fr

et Metternich apportaient les réponses aux questions qu selrode avait mandat de leur poser : « L’Autriche tirera l’épée?... Quelle est l’époque où l’Autriche commencei hostilités? » Nesselrode les accompagna à Gitschin, au du comte de ’PrautmariscIorf, où ils arriverez/ /a □

nous quittera satisfait et convaincu que dans aucun rnilifüiron „ -«vun cas ».


n abandonnerons la ca use. Nos militaires s '*uuun cas direction militaire que prennent les ail!' Contents tl u,es

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Napoléon

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vous écrire que ia                       .Aer • Et 14

oenr à laquell® <>>■       P«*R***

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triche, si Vmnistice i    dénoncer ~i ^iriche ial^

vu qu’au moment de 1    . "Cer’/    xxiême jour . . Je .

reprendra couleur? « Et       e part,       longtemps ta i“,S

fatigué de cette uégocin110" dure i -u 4 il Xd o.orécb.oxdc     t.,.,,. préU » marcher le

court d’en finir a’une ananiere ou de le

l’ennemi ne veot. que ga8ner du tenep8'   .

acceptent ses conditions , et le 4 l'armistic^ e      ’

witz, « sur les bases fixéeS Par l’empereur * * ‘ . c .

11 devait se prolonge jusqu’au 20 juillet *, date Ùxee <,,Ors par Schwarzex>l>er.^

poi>r l’achèvement des préparatifs de l’Autriche . C et«it Un octe purement militais ’ 1 “7 éla,t dit un mo m <le naédi»1*011 «« du congrès de ia Pa,x- “ suffit, dit e notice rédigée sous les yeux              ’ d,y

ieter un coup <v . c u      _ » yeux « ;r diffère de

mu. les .r«isU P»"' ’' nnnramcre comb.en Parmi le. •va„ta ' 'i“ N“P°leon

6®s qui en résultent, il faut cer**

roidi; t 3, Moi.» î R^ruXUrt’/" r°’ 1 heurM 4- mauntroit art »

renr, 1", t * Juin             “ Caubmcourt, 2> 3 .     Gaulait0

’ De Clerco. t. j f ***-                         J

’ Slailion à          ’ •*- 332--O.ickkk, t. )(

/^/Vu </ej trunaac/jona, p 3U

AUTRICHIENNE. — igla avec une impatience éiratl Nièvre de l’incertitude, le ^e’.  }'

«lue ce fût, une affaire où 68010 de «nçagé.        2 juin, il «P*»,

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Ceulaincourt _• « /

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Ï.ES TRAITÉS         H®NBach _

,lacer en première hn^sfait ff«ffner le tem^ ixer H une manière irre             Pportsavec l’Aufricl

qous avons la ceT ' U oiïis Que I 8 ®ruerre avec la co aUon de l’Autriche, à mo^  Je parfait accord qui

tre elle et non» « en imp       poleon au point de Je <

;ntre e»              honorée pOur Ja Russi avan

iOU8Cr’7nU^ 8alUtaire Pr:rEur°pe- üne accèsJ-pour se        subsiste entre I» Russie et la Prusse sené«--

l’alliance <J cOïute de Stadion pour le cas de la guerre, *’ part aujourd’hui pour Prague, afi ma jéneral          je prince Schwarzenberg d’un plan d'op*ê

onvenir a"*r

ions * - ”         poléon I’eut-ii ratifié qu’il le regretta. « N-«es

A Pei°e._il pIuS taFd où se rattachent toutes les chance ss atal» ai*0119'* A

la camp«gne- » Il essaya de s’en justifier jrr ,s                  xx>°’ns admissible pour un chef d’empire ot

errel,r’     loi : « Oui, je sais bien que j’ai mal fait, disn. i Wl

ommeteljr119^      rendre cette justice à Souk,

Gourga°d' 119     aS signer l’armistice; mais Berth       «.

ion idée       pressé

Encourt n>

L’armistice est un rideau. Derrière, dans l’entr’act® > passent les scènes capitales du drame. L’empereur Frar»^ demeura â Gitscbin,l’entourait une petite cour, prin^f^^ lement de militaires, q»i, sous le manteau, préparaæUtopérations communes. Par une note du T mai, invita les alliés è conclure un traité éventuel pour c<^

guerre et à déterminer les « bases de paix » à proposer à Napoléon, lesquelles formeraient le pivot du mouvement tournant de l'Autriche. Le 13 juin, Schwarzcnberg présenta à l’empereur un plan d’opérations qui fut adopté, le 15, dans un conseil auquel assistait Metternich.

Les Anglais étaient à Reichenbach, en Silésie, non loin de la frontière de Bohême, depuis les derniers jours de mai120 121 122. C’est avec les Prussiens qu’ils s’abouchèrent d’abord. Ils refusèrent de verser une livre sterling avant que les Prussiens eussent consenti l’abandon des territoires destinés à l’agrandissement du futur royaume de Hanovre, savoir l’évêché de Hildesheim, les parties de l’ancien électorat de Hanovre et de l’Ost-Frise réunies soit au royaume de Westphalie, soit à l’empire français en 1810, départements de l’Ems-Oriental et de l’Ems-Supérieur, qu’il s’agissait de conquérir. Les Prussiens se débattaient dans l’extrèmc nécessité : ni argent, ni armes, ni munitions. Ils passèrent par où voulurent les Anglais. Les Anglais, par réciprocité, leur apportèrent une garantie considérable, celle du traité de Kalisch : la reconstruction de la Prusse en un État équivalent à celui de 1806. Ils garantirent en outre, pour la moitié, « un papier fédératif » que les alliés mettront en cours jusqu’à concurrence de 5 millions sterling. La Prusse garantit, de son côté, la restauration des maisons ducales de Brunswick et de Hanovre. Elle s’oblige à mettre 80,000 hommes en campagne, moyennant 666,666 livres sterling. Ce traité fut signé le 14 juin 1813.

Le lendemain. 15 juin, à Reichenbach également, les Anglais signèrent avec la Russie8. L’Angleterre paie un million de livres sterling, plus 500,000 livres destinées à l’entretien de la flotte russe réfugiée dans les ports anglais et qui est mifce à la disposition de l’amirauté britannique. Elle garantit le « papier fédératif » . La Russie s’engage à procurer l’accroissement de la maison de Hanovre. Enfin l’ar-

S. M. l’empereur de f*

. . ____


LES THATTKS T>E REIC»

! essentiel, iclenticjue clans les ;mble, les lie avee le traité de Kit de la coalition z

RT. vit. l^es dovoc liantes parties ise, Angleterre et Russie^ agiront ît aux operations militaires, et se corn ni concerne leur politique Ælhs s'engagent elnis coïft*^ t à ne point négocier séparément avec leurs en aU(reiné^ \gner ni paix * ni trêve., ni convention qu?lcon<]t,e i commun accord.

)r le traité de Kalisch portait :               _

RT VI. -- S. IM. le roi de Prusse et J       B          _

gagent réciproqneioent à ne point négocier en particulier 2emi, à ne siyner ni y* cric, ni trêve, ni convention quelcO ement que cl'un comrnrcn accord.

dnsi la Prusse ne peut négocier ni traiter de la paix lussie, la Prusse et la Russie ne peuvent négocier ni tr** s l'Angleterre.  11 s’ensuit que les trois puissances i

ièrement liées pour la négociation comme pour la p arrangements annullent d’avance, en tant que définiti' propositions que Metternich pourra faire à Napoléon, a w_1 “  “          .. . rixrleterre ne les aurait point acceptées. V“

ptemps que *                           r

“                    voaue de cette médiation et de ce con^r*-

si dissipée I equiv^»^

1 uels on a tant dispute, parce qu on est parti, esqii sj^r leg. Seules paroles de Metternich, de ce post eme“ ’               de Metternich étaient sincères et

es Pr<*   alliés les adoptaient avec ce caractère et

!S’i      prenant Metternich au mot, Jes eùt acceptées

L°t ZΔiroP>ement’ *" le paix très avanlaf!e“«« F»“rFranee ■TpLa^., trois eo^œ.saa.™         H»rd^

_æpenc*<*             élabore, le 12 >„•           effo^

••           ‘-‘K O.       - ><■ "

et V**V




AtüS’ ^joo8, wnt que .Ata cette


13«


LA MÊniATION autrichienne qu'elle considère paix. .            comme . conditions f*

1* La dissolution d.. j. ■ . .

2» L’agrandisse ment H d« Varsovie.

la cession de la vil Ic c». j a p™««®en suite de cette dissolu»

3’ La restitution des ** t®rr*tore de Danzig.

4« Le rétablissement *>*ovin^es Syriennes â l’Autriche, bourg et de Lübeck Oo vi,,e8 ^anséatiques, au mo»»» sur la cession des au’tr-eT'J”0 .Vil‘? indéPendantes, et un arra «• parties de la 32« division m:r. •

A ces quatre                             lon

s’ajoutent :         ^cs qui formeront

5* La dissolution <] sera son insistance i»>     , Confédération du Rhi„

6’ La reconstrUcïi’®<îujau point delà rupture de,L*Utr,ch possible de son «*.    ** de 1* Prusse en se r»n négociât!

question avec lo.          ue avant 1W^l’Iu7?P.r°chant au^

Le. ’ T?      - ^-e '

la réduction de rX/,'®*1         obJecüon8 f

points. Interpella tn*atum autrichien an»       —

Hardenberg, StadiOn        PFe^


sur Miniers lrès                              l( rtS-

— avait dû

JP«                        _ - sa

' poids                       /aider

Cession            ^SJeUX

E=/e J’A»* l'on »»

-__m inaU'

qua*re ais, Q

Z—18.

z^2 à Sta-^’ouvre Ses, en Rt avec ’orme,


surer, et il l’avait f - ’ quatre points don?'* en termes positif* propre cause, ejle S- M. l’empereur d’ tiendrait encOre j *Vait déclaré en même te médiation, qu .Z e% deu* suivants de toutV fempereuriVapo^® Pouvait donc jamais <?tre ® cours ne pouvais           force des armes .

triche que po        ««nipter sur les efforts7°e Ies

„éS»cier, dit            quatre premiers.               de=

vais armistice.                doil être        Pa« que L1

premiers points> e^!ete"e ne se contentera^-sontsinécessai      J on sera privé des         & des^

temich les avail * ^esselrode ap      Ubs,de® ««gla^

dion, le 14 juin gr«vues; dans une^énA ^8ervati<>ns^ « laisse à l’An&l      lu* mande que la n ?     adressée-

-e. :                       ,

e,6t- xtxr-è-

m * J»

LESTRAITÉS    RElcHEAC^^f“™^^

.»r le fond. A ,,,,; les relalios et '<%( /a. .^LX^ .e eide U V.v.„„.- „„v,.rs VAnSle,e"          ■ ,e<

Hier.» Finalement les deux alliés de H    de tral^ #

iccepter la négociation que sous 1» (o énéraïe d»f s préliminaires qui prépareraient la p«'* ù l’Angleterre y voudrait prendre part.” ■ipula :                                                                              .

s deux cours ne rcga rdem la négociation ouverte en ce & :omme des j^rtflimittaires toute condition au delà de cejs par l’Autricùe resterait encore à traiter au moment où prendrait part à. la négociation et aurait à négocier sur de   _

elles bases, celles des compensations de la paix maritime, r laix continentale. »»

n résolut en outre <17inviter l’Angleterre et la Suèd# iciation. Enfin. « lu transaction définitive à conclure & oléon devait être précédée de l’exécution des articles f* naires » , et devait comprendre, outre les quatre poi*^* _ icuation des forteresses prussiennes de l’Oder et de Dan^* tes ces précautions, eten particulier la dernière, n’avai ine raison d’être : la crainte que Napoléon acceptât tre premières conditions et dans ce cas, le moyen de sser à rompre, par une exigence inattendue, qu’il juger-îonorante. letternich reçut une impression très vive de cette crai que le 17 juin11 se Présenla chez Alexandre, à nknk «Mais, dit l’empereur, que deviendra notre C<K ’pôîôo» accepte la médiaUo.^ - S ü la déo)ineternich, l’arxnist.ce cessera «je plein droit, et vous iverez dans les rangs de vos a ie8; s’j] i>accepte, la ion montrera, à n’en pou™ dOutei>j       veut

,u„em juste. ét le res.ulttera ‘e mêle. E»         *

/aurons ainsi S°S"°£     »éce!talre poar P^

l»lir notre armée dans de. pe..b„Oj      o<jUS poy^

ndre l’offensive. « I serait                      ré^‘* de décou

ditions, les                           jécId


138   LA MEDIATION AÜTnio.,.„

r«ICHIENNE.

léon à rompre si les premières 1'*»  •

v trouverait cet avantage de l'avc/            U>^

d’avoir fait luire l’espoir de la      ®tt,reda/es n&cr^

ses maréchaux qui étaient, la- X, ,evant ses arm^ respiraient que traités, enfi»» ’ jSe.,Ult .8CS le parti de la paix, qui croiss<Mit /  ^'°*.r comProtI^^__

seul responsable de la contin          es jours, qui 1^^*.

donnerait jamais d’avoir         ®tion de la guerre et

déjouerait ainsi son calcul nu' &traité aussi favca.—"" AJ les exigences des alliés et «j ©tait dénoncer à      '

qu’on lui demande, l’iaclisn U* prouver « par les^^rz____

-uerrc *... » On le sépar-Jjnsable nécessité de co?~       .JZ

drait à le tourner militaii'em        1& ^rancece

consisterait à présenter       etl*' e*- à le prendre à r*<?vers. L'art

points comme les seules o français les quatre?s premiers parler de préliminaires,         * ,^1°ns du traité, âne point leur

France qu’il s’agissait de | ®>ersuader l'armée et 1^ public en oui, elle était conclue        Pa»x totale et définitiv-^ [jn

France! Mettcrnich excell ■^•u*-r*che prenait le parti de la

Mais, en même terr»ps        ces jeux de fantasrO•

les alliés, certain que      ** s’engageait de plus e*^

bases, avec leurs grndatiç^^0^011 refuserait- Le 1            **

posa au tsard’envoyer vn»^8furent arrêtées. Mctt^'”1"! 1pT°’ major de Schwarzepfi de ses officiers de confiaK^^-* -Napoléon, qui, détncfi. »5’ ci-devant corps qu’un avec celui de p      e Alliance française, «        fe11 plUS

ï*epeur François

lu tète que la méfiance r--’ePrk et ,es

Par les points 5 et 6,          rent iasuf-


lit pour Gitschin.          ï><^r^Ur François » . Sur qu         k repar

A peine avait-il tOr_ bases, même aggr^v -fisantes aux Russes. &

Nesselrode lui

tsar Alexandre déoliinn .         . ,   —-n • • r„

une note pressante, le J9 îum. Le impossible de cohn1 **»t à p       1           _           .

. r             c‘Ur^ ** 1 empereur François qu   il a lui était

tions qui forment I          la ». •       .

s4*       paix avec la France s«r les condi-

’ Le comte H ardent*^


e «7*à non de F Autriche... Toute paix

«*,11 juin 1813-Okckes.

LRSTnA1TÉS I>F. weichEsb*c^ e MenSce». aes bar,.^, ,,„W,eS-t p“r ,aC:es contre la. F'raræe. „ Ce qu’il entend ^/eterre, carrières du traité d'avril 1805 avec I * Jgl2             '

posartNesselrode lui-même en décerné le retour de la France à ses anciennes 1^*  ,  J<?

ettermch reçut cette note à son retour à &,ts \ e f? trouva aussi une lettre de Maret l’invitant à serendr lapoléon. à. Dresde . Napoléon avait eu vent de son avec Alexandre. Il voulait l’entretenir à son tour. fronter cette rencontre qui pouvait décider la ternich tint à. tirer tout au clair avec les alliés, & river chez Napoléon que la coalition en poche. La ïesselroôe lui facilita les choses. Il arriva le 23 avC^ et de convention. entre F Autriche la Russie et la Prv1^ 3aré dans nne conférence tenue le 21. Metternich? 1, pensait, comme il 1 a répété maintes fois, que la pai^ vait être assurée « cjne par le retour de la France» itriche et de la Crusse à leurs anciennes limites2 ». JVt léclarer <F avance eut été soulever l’opinion en Frara dre la. guerre populaire, réunir Napoléon et le peu icais et rompre la plus insidieuse et la plus efficace ibinaisons de sa cl i pomatie. Il endoctrina Nessefrode. Il empereur François un rapport qui leva les dernièresîs de ce sou ve rai n - Ha r voie de conséquence, il pressa l'ac^ i et les mouvements de Bernadotte : «J’avoue que je coj^ dipieusement sur l’effet de sa coopération... >- , effet e d’abord, effet politique surtout. PUI8> convainc«, &5 buser, au moins de dérouter Napoléon, j| obtillt de te déclaration :  «     ffuerr« “ne/oiS commencée,

irs alliés poseront P°Ur.?Ul leüp« efforts con^h des es du 16 mai,                   grande éie^e


V’oir ci-dessus, p. JLO.

Mémoires, t. I, p- 160.

TtapporC ù l’empereur, 24- juin; Lettre^ $

X,. 13 J.i. *813' tt'c«


Cette note ajoutait aux quatre points de îultimai        ta..

chien et aux points 5 et 6 qtie V A ulril he           d -Whfc'

F Autriche telle quelle était en 1 «o- v ° •• plet de l’Allemagne de rinHu«.nco française "ce quH^L—Ç**'**’ l’abandon de la We.tphalie et de Berg; l’Ilalie libre,

? partie., du gouverne™^t et de r e est-à-dire non .eulemenl V«ban(lo„ de la Vénétie—Ü la Lombardie, du Piémont, de I» T       j

Parme et de N.ple.; la »é„, J- 7°'“"°’ de

France; le rétablLement                                  J^'l 1

selon Metternich, les condU* °?,r °nS en Espagne-^

la France expulsée de                 une bonne paix. IX

paix excellente, en donnant A ®ne        Italie, ÏV

étendue», ce qui s'entendait c®n<^’tons " F* ®us grande Pays-Bas, au moins jusq^’^ p^,6 r*ve gauche du Khin et des \

L’accord qui s’établi t,         ®caut.

Nesselrode reçut                    priM.iPe’ entre M" «s tternich et

ainsi furent dressés les             de 1 empereur t*'*arançois, et

entre l’Autriche, la I<u ss^1^68 dtraité de R^ichenbach’ Napoléon repousserait. *e et la Prusse, en vue Au ca» o^ premier porte :             Médiation de l’Autricl>^' arVce

S. M. l'empereur d’Ain-.-Prusseô entrer soussanj^^. _ e paix préalable et qui pnîs_ a''*°n

__»a * c.«a i—

sement d’un état d’ér- -Elle s’engage à déclaré r y à celles de la Russie année, la France n’a

Ges conditions, premiers points, {^j accepte, ils ne servi de base à une pai^ et la Prusse n’él^v gences, et, pour le sort du duché

• et

.     nCcPo"tW

• -.a les cours de          »c et

ayant m«avCClaFr^^tabV«-"X® à   P‘“ ■o6>*’ e“ r»">te

6SÉ le. eo^.A™."    <">«            ~ ’”«e

C »’• ' <<vr.V.We et do t^"'"' c>       4»c>

‘        '   ia ««erre àlaV^c _au 20

et de la Prusse si, J

point accepté ces cou '              jeS qUfl

Varûde   6°n^SapoIéoBIeS

«^mfcrée. en     que -i

,1 est W» J    UeipC=»«»'

nrom t^u à une r“'i P   .nl <, «tu 7«

.              «X        d ’“'ret «ne

' -eront.     àan«te ® e\\es ajoute" q

»e,A>le; Vi„„

e ®rsoy\e seta


leStr^1T15.s     UE1CJ1S^^  # découd A

puissances coj>arta        V

ementce que S«TOnt les prétend6 dations, en «xcli^vraixtlesconditi0113^;^ points. autemr ss NnPolé<>n repou88e les q^4' s a ic es CKxoMxces par les cabinets ,/a p/us

leur note dvt 1 O mai, . en leur donnai ? due» . Dans cette « étendue» , il faut compre :s puissantes » de la note russe du lOjuin, «*le8ei & Angleterre, sens laquelle la Prusse et I® Russie igées à ne point négocier ni signer la paix *• Or 1 Ai* jage à son toux* --- article 7 — « à n’entrer dans

ngement ou négociation.,, que d’un commun a^ : la Prusse et la Russie » , c'est-à-dire, avec l’Angle Jtriche emploiera ü la guerre « toutes les forces , pourra disposer •» , au moins 150,000 hommes, q*** dront à 150,000 Russes, au moins, et à 80,000 PrusS*^ es accords étaient arrêtes lorsque, le 24 juin, Mette*"**



,it pour Dresde ; mais ils n’étaient pas signés; ils **^^ •nt que le 27, à. Reichenbach, après l’entrevue de Me*-î avec Napoléon. Cet artifice de chancellerie permettra-ternich de parler à. 1 empereur avec 1 autorité d’un coa JL l'attester, au besoin, son honneur de comte a lie ni a i 1’A.utriche se trouvait encore libre de tout engagement _ luni de ce talisman qui le rendait invulnérable et au be^. sible, Metternich se crut en état d aborder Napoléon roubler, de le forcer à trahir ses vues cachées et de r dans l’impasse; avant tout, de découvrir ses condi^^ jaixet d’apprécier par JA combien il faudrait démasqu^ ns, quatre, cinq <>u 81X» POUI* etre sûr qu’il refu&erait. lubna allait et venait des alhes à Napoléon, po«*te^ es et des paroles8- Il annonça q^       et Ia p

ient adhéré À la médiation, mals l Agleterre s y

b,.e.Ju

Voir "ot®.^“J^^u'trichîenoe» d’une bonn^"», p. ]M; note ra*te 3»; condition»     -yfaret et de Mettent P’U,            _

J.          O? Fr.. t. I, P. 383/* l3.M jui„ 1«13

refusée. Il laissa cette impression, que Napoléon traduisit dans une lettre au roi de Wurtemberg 123 124 : « L’Angleterre a décliné les ouvertures que la Russie et la Prusse lui ont proposées et parait résolue à faire la paix sur des principes que ces puissances, qu'on ne soupçonnera pas de m’étre favorables, ont trouvés tellement absurdes et tellement inadmissables qu’elles n’ont pas voulu même les entendre. Dans le moment de leur enivrement, les puissances m'ont proposé comme base de paix le traité de Lunéville; l’Angleterre l’a rejetée avec indignation comme trop favorable à la France *. »

* En attendant que les choses se dessinassent, Napoléon frappait en Allemagne, à Hambourg, où Davout était entré, de terribles exemples125. Il tâchait de secouer et de ramener l'opinion en France, qui tournait trop a la paix. « Le ton de votre correspondance ne me plaît pas, ccrivaiuil â Savary; vous m’ennuyez toujours du besoin de la paix. Je connais mieux que vous la situation de mon empire. Je veux la paix... j’y suis plus intéressé que personne; mais je ne ferai pas une paix qui serait déshonorante et qui nous ramènerait une guerre plus acharnée dans un mois. » Il écrit à Cambacérès : « J’ai vu plus de vingt lettres de ministres étrangers qui écrivent chez eux qu’on veut la paix à tout prix à Paris, que mes ministres me le mandent tous les jours... Tous les bavardages des ministres sur la paix font le plus grand mal à mes affaires... On a à Paris des idées bien fausses si l'on croit que la paix dépend de moi. Les prétentions des ennemis sont excessives et je sais très bien qu’une paix qui ne serait pas conforme à l’opinion qu’on a en France de la force de l’empire serait très mal vue par tout le monde126. » 11 ordonne à Rémusat, préposé au service des divertissements, de faire partir des comédiens, et avec quelque étalage, comme si toute la Comédie-Française, y compris la tragédie, devait se mettre en branle. Cette caravane ferait croire à Paris, à Londres, en Espagne « que nous nous amusons à Dresde » .

On ne s'amusait nullement. On était morose, on murmurait contre la guerre, on soupirait après la paix; le mot seul d'armistice ramenait un peu de belle humeur. » Je vois bien, leur disait Napoléon, que vous ne voulez plus faire la guerre. Berthier voudrait chasser à Grosbois, Rapp habiter son bel hôtel à Paris1. » Tous n'ont qu'une crainte, et ils la manifestent, que « Napoléon ne se décide pas assez promptement à souscrire aux conditions de l'ennemi... » Au milieu de ces «harassements » des siens, c'est son mot, Napoléon se trouve seul à juger des affaires, à y pourvoir, et pour la première fois peut-être cet isolement lui pèse *. Il se trouve hésitant entre Maret, persuadé de l’avarice autrichienne, qui pousse Napoléon à la combler, et Caulaincourt, infatué du désintéressement russe, et qui pousse Napoléon à se jeter dans les bras d'Alexandre.

Ajoutez ce qu’il apprend de Bernadotte, l’effet redoutable de l'intervention de cet ex-maréchal, les intrigues qui s’ensuivront, le réveil des anciens complots de 1800, de 1804, de 1808, de 1809, encore aggravé par le prestige nouveau du personnage. Ajoutez les intrigues de Murat avec Bentinckqui lui sont dénoncées et qui ne confirment que trop ses pressentiment. Ajoutez les mauvais courriers d’Espagne, où tout va de mal en pis, où l'armée française recule, où les Anglais avancent toujours. Une bataille perdue, et il faudra évacuer ( Espagne3. Enfin le bruit qui transpire dans les. rapports d'espions, des allées et venues de militaires, de diplomates à

1 Fais, t. I, p. 430, t. II, p. 74.

1 Erïvouf, d'après les notes de Maret. — Mémorial, t. VI, p. 57. — Fain, t. II, p. 75, note.

3 Elle se livrait alors même, et Wellington la gagna, le 21 juin 1813, à Vilto-ria. Voir ci-après comment la nouvelle en parvint à Napoléon, p. 149.

Gitschin, Reichenbach, l'arrivée des Anglais, les déplacements mystérieux de Metternich. On s’explique que Napoléon ait voulu conférer avec ce ministre, tâcher de percer à jour ses vues sur la paix, ses vues sur le lendemain du congrès, et surtout les secrets des alliés : ce qu’ils ont pu conclure, si l’Autriche est entrée dans leurs accords, et jusqu'à quel

VI

Napoléon logeait au palais Marcolini. En y entrant, le 26 juin, Metternich fut frappé a de l’expression d’inquiétude douloureuse qui se lisait sur le visage des courtisans, des généraux chamarrés d’or» qui se pressaient sur son passage 127. Berthier lui dit à demi-voix : a N’oubliez pas que l’Europe a besoin de la paix, la France surtout, elle qui ne veut que la paix. » Napoléon le reçut dans une galerie, debout en marchant, l’épée au côté, le chapeau sous le bras. 11 vint au devant de lui, lui demanda des nouvelles de l’empereur, puis ses traits s’assombrirent : « Si vous voulez la paix, pourquoi venir si tard? 11 parait qu’il ne vous convient plus de garantir l’intégrité de l'empire français; pourquoi ne me l’avoir pas déclaré plus tôt?... Je gagne deux batailles; vous venez me parler d'armistice et de médiation !... Sans votre funeste intervention, la paix entre les alliés et moi serait faite aujourd'hui... Gonvenez-en, depuis que l’Autriche a pris le titre de médiateur, elle n’est

e mon côté ell rnich répond, jr la paix: a <x


'ho0«e"r Par ix! » II reproduit »r®'. f yQS a donnés à Schwarzenb£rff * peuvent se laisser battra vinff &

» lomr capitale; moi je ne le pu* soldat parvenu. Ma domination

Puis se reprenant : «Eh bien, que voulez-vous? » Alors Metter*u respect des droits, de la paix association d’États indépendants. « * '         ..Je vous ai offert l’Illyrie

Gela vous convient-il? mon armée est bierx


l eNt H           E DBgSv®' ^jle estennef***

***■' *1 «e dépend que 0 qo il est r

■it. “Je l-ni                     0>»«<r“’rU" «eurpar

« puis 1« P,,;,      I?mperT’,mdn .rpument.

amiliers, qui!          ’ renH,nt de8 aF® -

nés sur le trône îr toujours dans

que je suis un

d^tr^                 j’aurai cessé d’être fort, et par <7^

ns> j’y consens, pécifier, parla d l'égide d’uno dus clair, dit Napoléon Je vous ai offert Hlfrrie" •neutre. Gela ^ous convient-il? mon armée epour amener les Russes et les PrU88iens à la rais<S» re neutralité est tout ce une je demande. — Oh» 8,ré? (uoi Votre Majesté ne doublerait-elle pas ses fo'rce, J nt qti à vous de disposer entièrement des nôtres O .oses en sont au point que nous ne pouvons plus res » es; il Faut que nous soyons avec vous ou contre vous • >rs Napoléon tâche de cannaitre au vrai l'état des fo chiennes. Il emmène Metternich dans    u-

.                  uan8 son cabinet,

ent des cartes pointées. Il affecte de tout savoir, miZ" lettermch même, et il en dispute, oûpfeWt n e„ diss_^ 1 l’une heure, Metternich lin donnant, & et là, quel^^> lues, mais évitant de le renseigna p • .. retoui<

la galerie et reprennent le diafe     8 «vecla

découpée d’arrêts. C’étaient le " We, .

Effacements des «w, p. M. Dan» Metternich, il n’eu p                     ' *

on - Voulez-vou» une neutralité ar,„é? . <)Ueil;on Je H"Yre t aux puissance» »a médialion, non l8 h 't. MeUerHich ::ceplé sa médiation -, c e.t » vous de » n vous accepterez..., ou bien vou.ref,, érera comme libre de «e. résolutton...


LA MÉDIATION AUTR I C HIExVN^' ceux de l’Autriche, s’il y en avait, qu’il &** •tira au jugé : «Je sais ce qui s’est fait entrt Russie. On parle d'un traité avec une troisième P ’Mais cette « reconnaissance demeura vaine. M muet. Muet également sur les conditions de P81*.^ triche proposerait au congrès, qu’elle accepter®, imposerait enfin par sa médiation armée. • tendez-vous par paix? Voulez-vous me dépouiller? Vû l'Italie, le Brabant, la Lorraine? Je ne céderai pas un .terrain. Je fais la paix, sur le statu quoante bellum... Je .mêmeune partie du duché de Varsovie à la Russie; je donnerai nen , parce que vous ne m’avez pas battu; je lierai rien à la. Prusse, parce qu’elle m’a trahi; si vous»-la Gallicie occidentale, si la Prusse veut une parti^^^S^^ anciennes possessions, cela peutse faire, mais contre c sation. Il faudra alors que vous indemnisiez mes lyrie ma coûtéO0,000 hommes à conquérir; si vous^^



146


Y

* -qOM* e^ifOV^V<

-----------fe c ’ sation. 11 faudra alors que vous indemnisiez mes alli^^^          % $

lyrie m’a coûté 200,000 hommes à conquérir ; si vous^           ’

l’avoir, il faut dépenser un nombre égal d hommes...                 f(>

Celte Illyrie offerte par allusion, reprise par menacey- ^^^ jéon pensait sans cloute en émouvoir hïetternich et, provoquer A quelque imprudence. Metternich se Alors Napoléon montra qu’il avait percé les desser*^^^^^^ennemi» : « A.u fait, vous voulez l’Italie, la Russie Pologne, la Prusse la Saxe, et l’Angleterre veut la Hoir"                   c

la Belgique--- Vous n’aspirez tous qu’au démembre^              ~°fe

l’empire français... Et il me faudrait évacuer l'Euro                   C*\S

j’occupe encore la moitié, ramener mes légions la                  — 10 e<^

l’air derrière le Rhin> les Alpes et les Pyrénées...                     «eu*

.mettre pour un avenir douteux à la générosité de c —             lu<*8*

je 6Uis aujourd’Pnj j le vainqueur!... Dans quelle attitc—8 3 pa me mettre devant le peuple français? L’empereu^^*-étrangement s’il croit qu’un trône mutilé puisse

France un refUge pour fea fil|e et son petit-fils... AL=*-                  *

nich, combien l’Angleterre vous a-t-elle donné décider à jouer Ce rôle contre moi?»

ettern>c


11 gesticulait, son chapeau tomba sur le parquet.


dedh^'

•aque la forlune pouvait trahir J*              **

1 qu une arruée d’enfant?. Napo^.*t.■ - Vous0&

rte jusqu a         . <t VOus n ètes pas st?J j’a/ gratté

quise passe dans l’ûme d’un soldai ps debataille et un homme comme    p00

vie d un million <1’hommes* ». H ajout» tmortque trente mille Français. Le reste était p and. Alors Metternich, très bien informé de Ct> p** à Paris et dans l’entourage même de l’emp^j^ rquoi me faire entre quatre murs une pareille d Ouvrons les portes, et puissent vos paroles retenti** delà France à l’autre ! Ce n’est pas la cause que je qui y perdra---» Ils marchaient à grands pas, et

sur le parquet, allait, venait, poussé du pied par lise fit un silence. Metternich suivait de l’œil ce ch^^ treux. ; souriant, très droit, très fat, en homme qui us à. faire le courtisan et à ramasser des objets à iéon sentit le ridicule, se baissa, prit le chapeau * lent fit diversion a. La nuit vint, Napoléon proféra erK^ ues menaces, récrimina contre le mariage .* c’était "■

« Gela me coûtera peut-être mon trône, mais j’e« li le monde sous les ruines. » Cette fanfaronnade Tapa ngédia poliment Metternich, le reconduisit jusqu

: « Nous nous reverrons, je l’espère! » Et lui met lin sur l’épaule - « Savez-vous ce qui arrivera? Von

rez pas la guerre. " stternich n’avait pas découvert les conditions de pai riche, celles qui la feraient passer aux alliés si NaPo,éait. Il s’était contenté de dire qUe 80q maitre fus, recouvrerait sa liberté d aurait ni accepté ni décline la mé^ ellement qu’une cession de terr,’^ ’ stternich          tepr/et pon Pr°cédure a«

>li sa mission- Il r P     P UrSuivit Je8 pOUrpar/*b

~ ;;... ' *

mparez sa


‘‘Hue à Til»«‘- U r


148 LA MÉDIATION AÜTlt i .

les formes avec Maret. Il avait cussion en longueur. Pour          <r»oti grave de ti

doute, ce serait la guerre, puisa128 ’ i»1281 CD. conceva1^ en cas de refus par Napoléon <J       ^ytrche y éta « •"

posées, et que ces conditions -pq8 conditions qui sert?. taiuement. Mais, s’il avait.             nes rePouss

entretien avec l’empereur, Ie&           contenance 128

détaillés, lui laissaient de» do ° ,^res que Napoléon, serait pas à désirer de Çagnor V128^e8' “ me demandai à compléter notre ordre de «loelques semaines po Scbwarzenberg : « La pro{o^ die. » Il envoya un < rait-elle? Quel serait le dero’n^an de Parm>stice n

En attendant la réponse      128erme POS8128ble? »

reprit le débat sur la contî' 128       des notes ave<s Maret, et

partielle de l'alliance de > ^««Uation °U 8U8Pens128o si totale ou. Schwarzenberg le temp8 <j,     " » ce qui donna au «Courrier de

• Je m’estimerai heureux <j^rr128Ver; d demandait v- 128 ngl jours : de plus me mettrait dans 1' °^tenr ce délai, mais sjn seul jour de l’armistice au 10 ao<|t ei128ibarras. » C'était la prorogation Napoléon, plus malais^ " était malaisé de l’obtenir de réussi, écrivait MettePtl|e5128c°re de l’obtenir des           “ 128'**

hardi, par une prolon^ - 128 8On Père’ Par ,e            VXvi

que j’ai pris sur moi               de l’armistice de            128OVM

leur en dire un mot, 8tîpuler, au nom des puis^"^?®!’ ““ sible’. .             Ur de ieur 8U> u chQ8e             tmpos-

Ces propos dilato-

léon avait formellettl^ Vavuient conduit au 29            NaP°"

grès l’accord ne Sq <• «‘énoncé à l'alliance ; ma i^53 8ur le con_ de l’Angleterre. Meit        pas. On discutait sm- l’accession

chaux, les generaUx.^         avait beaucoup écout^^128 Les /naré'

tu es toujours           % diplomates «exprimaient leurs inquié-

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.   1281  „                  • • Le 29 au soir, il a^3nnonca son

ravisa. Quelles r^.c 128«Xnir»               ,

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• Fmn, t. il : Note         °««s, quel8 calculs le déci-w/èrewZ/ Une

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1 Lettre de septein^

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siens. Le 30, au moment où Metternich ire, Napoléon le fi t appeler, et séance tenante, la fut signée . L.a «médiation de l’Autriche pour lapait ou continentale est acceptée’; un congrès de Fr8 ;es et Prussiens sa réunira, sous cette médiation, a*^ lillet, à Prague, et, verbalement, Napoléon ren^1* >ncer l’armistice avant le 10 août ; l’Autriche se rése*^ t agréer le même engagement à la Russie et à la P»*** e 10 août était la date indiquée par Schwarzenberg ; ich eut. l’aplomb de la proposer à Napoléon, et l’ad^’ 'obtenir. Toutefois, si Napoléon y consentit avec ta** ité, c’est qu’il considérait cette prolongation ct»^ itable pour lui. « F*assé le 10 août, l’armistice est coJ s » , écrivait Maret, quelque temps après *. e 30, le soir, Napoléon reçut un courrier d’Espag-r*. pagne était perdue. Joseph, avec ses trésors, ses table confidents, son gouvernement, sa maison, sa cour ittait lourdement vers la France *. Ce n’étàit point é une fuite comme en Prusse, en 1806, mais plutô^ énagement avec fourgons et escorte, comme celui rbons de Naples ou celui des Bragances quand Nap^ -éta qu’ils avaient cesse de régner. £a Vlctojre de

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ton, le 21 juin, à Vittoria, la changea en déroute. Cette victoire découvrait la frontière française, et Napoléon qui avait médité de prendre l'Angleterre à revers par les Indes, se voyait pris à revers par les Anglais sur les Pyrénées.

La convention du 30 juin avait fixé le 5 juillet pour la réunion des plénipotentiaires. Ce jour passa sans aucune nouvelle de l'adhésion des alliés; or, sans la prolongation de l'armistice, Napoléon ne consentirait point à ouvrir le congrès. II différa la désignation de ses plénipotentiaires, et il se contenta de donner, le 9 juillet, à Narbonne, l'ordre de se rendre à Prague, en sa qualité d'ambassadeur près la cour de Vienne, lui mandant de se renseigner sur la prolongation de l'armistice, sur les projets des puissances, et en particulier, d'observer les armements, préparatifs et positions militaires de l'Autriche. Narbonne se mit en route le jour même. Le 11, il écrivit de Prague qu’il avait vu Metternich au passage. Ce ministre convenait que la paix était entre les mains de l’Autriche « en ce sens que si elle s'unissait à la France, les alliés ne penseraient pas même à essayer de lutter 1 » .

Metternich se rendit près de son maître. La ratification de* la convention du 30 juin traînait singulièrement. 11 ne parvint à lever les résistances des Russes et des Prussiens que par la promesse qu'il leur fit et les garanties qu'il leur donna d'un concours très efficace de l'Autriche après le 10 août. « Le prince Metternich nous proposa une conférence, raconte Nesselrode. Je m’y rendis avec le prince Hardenberg et le baron de Humboldt. Cette conférence fut une des plus orageuses auxquelles j'aie jamais assisté, mais l'importance de rallier l'Autriche était si grande qu'il fallut passer par toutes les conditions qu'elle stipula. Les souverains ne furent pas moins irrités que leurs représentants à Ratjiborszye de l'idée d'un congrès et du retard qu'il apporta à la reprise des hostilités1. »

Ainsi ce délai que Napoléon consentait en partie par condes-

1 Rapport de Narbonne, 11 juillet 1813.

1 Nesselrode, Autobiographie.

tendance envers l’Autriche et en vue de s’en procurer l’aP liance, ou du moins de s’en assurer la neutralité, l’Autriche l’employait, d’accord avec les alliés, à préparer l’agression formidable des trois armées réunies contre Napoléon, et en même temps des diversions qui pouvaient lui devenir funestes, contr^ ses lieutenants dispersés dans l’Allemagne du Nord, tant*, pour contenir les peuples que pour ravitailler les troupes. Ces considérations amenèrent les alliés à s’occuper de Berna-* dotte.

Ce Gascon ingénieux, qui d’un coup d’estoc devait, disait-il, anéantir le Corse, et d’un coup de taille les maréchaux, ses anciens compagnons d’armes, tardait fort à traduire ses* rodomontades en exploits129. Alexandre craignit que, son épingle tirée du jeu, Bernadotte ne se rembarquât pour son royaume d’adoption, ou du moins ne se contentât d’une guerre* de contenance, ménageant son armée, afin de s’imposer à tout le monde, lors de la paix. Il le manda près de lui. Le faite est que Bernadotte, averti que Napoléon faisait cause commune avec le Danemark s, n’avait plus de ressources d’ambition que du côté des alliés.

Il trouva Alexandre et Frédéric-Guillaume au château de* Trachenberg, en Silésie, le 9 juillet. Les militaires qui, le* 16 mai, avaient, à Wurschen, élaboré le premier plan de* guerre, en préparèrent alors l’extension. Ils appelèrent Bernadotte à leurs conférences, tant pour s’assurer de son concours que pour recevoir de sa bouche des avis sur l’art de battre les Français. Les Autrichiens ne signèrent pas au protocole qui fut arrêté le 12 juillet, mais ce protocole réglait néanmoins leur rôle comme si d’ores et déjà il n’y avait aucun doute sur leur participation à la guerre. Stadion, qui se trouvait à Trachenberg, n’en fut pas officiellement informé,* mais il est impossible que sans l’aveu de l’Autriche, Russes,*

LA MÉDIATION AUTRICHIENNE. — 1813.

Prussiens et Suédois aient ainsi disposé de son contingent futur à la coalition. Le plan arrêté à Trachenberg procédait du système napoléonien, agir par masses, attaquer, pousseràfond1 :

Il a été convenu d'adopter pour principe général que toutes les forces des alliés se porteraient toujours du côté où les plus grandes forces de l’ennemi se trouveront...

Les armées combinées doivent, avant l'expiration de l’armistice, être rendues, une partie de l’armée alliée en Silésie, forte de 90 à 100,000 hommes..., à Jung-Bunzlau et Brandeis, pour se joindre dans le plus court délai à l’armée autrichienne, afin de former avec elle en Bohème un total de 200 à 220,000 combattants...

' L’armée du prince royal de Suède... se rassemblera avec une force d’à peu près 70,000 hommes,... pour se porter vers l’Elbe,... en se dirigeant de suite sur Leipzig...

L’armée autrichienne, réunie à l’armée alliée, débouchera, d’après les circonstances ou par Eger et Ihof, ou dans la Saxe, ou dans la Silésie, ou du côté du Danube.

Toutes les armées coalisées prendront l’offensive et le camp de i’ënnemi sera leur rendez-vous.

Dans ses conversations, avec ses nouveaux amis, Bernadotte les étourdissait, s'étourdissant lui-même de ses hâbleries; çà et là, sa pensée lui échappait. L'Autriche devait être, disait-il àStadion *, a le tombeau de la grandeur de Napoléon » . Il y travaillait, mais il se piquait de n’y apporter ni haine ni colère. « Parent par mariage avec la famille de l'empereur des Français, longtemps chéri par lui, je ne puis être son ennemi personnel. Je veux bien leréduire aux anciennes bornes de la France, mais point contribuer à le renverser, et sa famille, du trône. » 11 n'entendait point se faire « le chevalier errant de la liberté de l'Europe. » « C’est pour avoir lu Norvège que je me réunis à la grande cause. » Toutefois s'il advenait que « par une révolution intérieure, Napoléon perdît le trône de France », il laissait entendre qu'il y pourrait être appelé à sa place, a On ne veut plus de Bonaparte en France », disait-il peu auparavant à un Français émigré, « mais on me sollicite de ne

, * Russib, t. XXXI, p. 330.

* Rapport de Stadion, 14 juillet 1813. Onckek.

point agir contre mon pays natal, de ne point perdre par là la popularité dont je jouis. Si Napoléon est culbuté, je puis jouer le plus grand rôle possible, disposer de la régence *. » C'était un article délicat à toucher avec un Autrichien, mais pour s'y hasarder, il fallait que Bernadotte fût certainement hanté de cette idée. « Je doute, disait Stadion, qu'il la perde de sitôt de vue. »

A Stralsund, où il revint le 17 juillet, il trouva un brillant encouragement. C'était une lettre de son orageuse amie Mme de Staël, datée de Londres. Elle avait vu le prince régent, Castlereagh, Canning. « L'Angleterre de la Société est venue chez moi. Je regrette la Suède comme une patrie, car c’est votre regard de feu qui est ma patrie. Dieu veuille que la guerre où vous triompherez se renouvelle8 ! »

Elle lui apprenait en même temps l'arrivée probable de leur ami Moreau. Le vainqueur d'Hohenlinden n'était point candidat au trône impérial; tout au plus le serait-il au consulat d'une république rétablie par la magnanimité d'Alexandre. « D'ailleurs, écrivait-il à Bernadotte, si la nation désire les Bourbons, je les verrais reprendre le gouvernement avec plaisir, sous des conditions qui assurassent la liberté. » Mais si aveuglé qu'il fût par la haine de Napoléon, Moreau ne l'était pas encore au point d'oublier l'horreur qu'inspiraient à ses compatriotes les émigrés alliés de l'étranger. « Je suis prêt, disait-il, à pénétrer en France à la tête des troupes françaises, mais je ne vous dissimule pas ma répugnance d'y marcher a la tête des troupes étrangères. *» Bref une guerre civile, auxiliaire de l'invasion, voilà par quel mouvement tournant il pensait à servir sa patrie !

Alexandre ne le réservait point à ce rôle équivoque. En l'appelant dans son état-major, il y appelait un grand nom, propre à troubler les esprits dans le camp français, un exemple contagieux et peut-être un secret de victoire. 11 ne

1 Suremaix, p. 287. Cf. Lakceron, p. 455.

a Ladt Blennerhasset, Mme de Staël, t. III. — Gautier, ch. xxn.

3 6 mai 1814. Pikgaud, ch. xm et xiv.

songeait nullement à faire de lui le Monk des Bourbons ni le Washington d'une république. Lorsque ses pensées commençaient à flotter vers la France, ce qu’il caressait en rêve, c’était une monarchie constitutionnelle, à la Staël, à la Benjamin-Constant, endettée, désarmée, enguirlandée, dont il serait le protecteur et l’idole, etdont le roi, créé par lui, tiré par lui du rang, régnerait à sa discrétion et prendrait, dans son escorte, à sa gauche, son rang à côté de Frédéric-Guillaume. Ces rêveries le rapprochaient singulièrement de Bernadotte, et Bernadotte, dont le flair politique était singulièrement aiguisé, ne laissa point de se prêter à ce jeu. Il commença donc à ourdir sa toile, et s’en alla, bourdonnant de droite et de gauche, partout où il soupçonnait quelque mécontent à qui s'accrocher. « Si nous tombions d'un nuage, Moreau, vous et moi, au milieu de la place Vendôme, écrivait-il à Lafayette, nous serions d'abord un peu embarrassés de nos personnes, mais qui sait s'il n'en résulterait pas une révolution? » Et voilà une intrigue nouvelle qui mûrissait à l'ombre de l'armistice, s’enchevêtrant dans la trame, si compliquée déjà, de Melternich.

VI

Le congrès de Prague ne fut qu’un solennel trompe-l’œil1. Tout s’y écoula en formalités, tout se passa en manèges, fausses entrées, fausses sorties, jeux de mise en scène. Le 12 juillet le plénipotentiaire russe, Anstett, et le Prussien Humboldt arrivèrent. Ils étaient les premiers; ils tenaient à occuper la place, car leur rôle dans la comédie consistait à tout empêcher9 : l'objet du congrès, disaient les instructions d'Anstett, est de préciser les conditions réelles de la paix et

1 «Nul Congres ne fut plus dérisoire », N es sel rode, Autobiographie. a Martes s, t. 111, notice sur le traité de Tœpiitz du 9 septembre 1813.

d'amener l’Autriche à se convaincre de l'impossibilité de vivre en paix avec Napoléon, c’est-à-dire de lui déclarer la guerre. Le congrès, s’il conduisait à quelque chose, ne devait conduire qu’à une entente sur des conditions préliminaires : si l’Autriche semblait vouloir modérer celles qui avaient été arrêtées à Reichenbach, Anstett s’y opposerait et réclamerait aussitôt des conditions plus rigoureuses. Si Napoléon les acceptait, Anstett dirait qu’il n’avait pas de pouvoirs pour traiter, même sub spe rati; il ne pourrait que prendre note ad referendum du consentement de Napoléon. Enfin, les alliés ne devaient pas perdre de vue qu’aucune paix définitive ne pouvait être conclue sans le consentement de l’Angleterre. Anstett personnellement ennemi de Napoléon, n’avait qu'à consulter sa haine pour pénétrer à fond ses instructions130. Humboldt en reçut d'analogues.

Metternich, avant de se rendre à Prague, alla prendre les ordres de l’empereur au château de Brandeis, et tâcha d’enlever enfin son consentement définitif à la guerre, car il avait dû négocier, subtiliser avec son maître autant qu'avec Napoléon et avec les Russes. François II, esprit court et sournois, s'inquiétait encore, il n’osait pas, sans nécessité démontrable, affronter ce scandale : la rupture avec son gendre, et affronter ce péril : une quatrième guerre avec Napoléon, sur la frontière d'Autriche. Il fallait l'y amener pas à pas; ail fallait que Napoléon en prononçât le mot et le forçât de rompre». Metternich s'employait à le a familiariser» avec l'idée de l'impossibilité d'éviter la guerre dans le cas où Napoléon refuserait une paix basée sur « un juste équilibre * ». Ce prince, dont les scrupules n’étaient, en réalité, que des précautions, s'effrayait, parfois, du jeux dangereux de son ministre. Il le jugeait trop téméraire et aussi trop roué; mais, au fond, il se sentait d’accord avec lui, et désirait qu’il réussit.

11 voyait en Metternich, et non sans quelque souci de jalousie, un autre lui-même, plus intelligent, qui l'offusquait; cependant il le suivait, mais sur la pointe des pieds, se retournant incessamment pour s'assurer que la retraite restait libre. Il le laissait s'engager de façon à profiter de la guerre si elle devenait inévitable ou se présentait à son avantage; en même temps il réservait son consentement, de façon à pouvoir donner, sans péché, toutes les paroles d'honneur qu'il faudrait à Napoléon, au cas où Napoléon se prononcerait pour la paix, au cas surtout où il l'emporterait dans la guerre, ce qui lui permettrait d'alléguer sa bonne foi et d'obtenir quelques adoucissements.

Pour le persuader, Metternich lui adressa, le 12 juillet, un long mémoire apologétique où toute sa manœuvre était résumée. L'empereur le lut; mais ne se rendit point encore. Le lendemain, en arrivant à Prague, Metternich vit Humboldt. « En me donnant clairement à entendre qu'il croyait la guerre inévitable, écrit ce ministre131, il disait qu'il fallait montrer l'impossibilité d'une paix solide, jusqu'à la dernière évidence, par les négociations actuelles, à l'empereur François. »

Cette paix solide, les nouvelles d'Espagne la découvraient plus proche qu'on n’eût osé l’espérer. Vittoria apparaissait, décidément, comme un désastre. « Le désordre » , écrivait Bubna, le 5 juillet, de Dresde où il recueillait les impressions, a doit être pareil à celui de la retraite de Moscou; les généraux français ont perdu toute leur artillerie, tous les bagages, y compris ceux du roi;... ils doivent se trouver coupés de la communication avec Bayonne. « Bernadotte étant lié131, Metternich s'occupait de Murat. Mier lui mandait de Naples : «Le roi refuse les 20,000 hommes que lui demande Napoléon. Si les gazettes françaises continuent à l'insulter, il renverra le ministre de France. » Tous les procédés de l’empereur le persuadent de plus en plus que l'empereur Napoléon nourrit contre Jui des projets hostiles... qu'il ne faut plus qu’un séna-tus-consulte pour le priver de son royaume. » Napoléon ne le ménage qu'à cause de la guerre : victorieux, il sévira. « Leurs Majestés attendent avec impatience la réponse aux propositions de Gariati pour savoir la marche à suivre en cas de guerre entre l'Autriche et la France. Le roi est toujours décidé à soutenir nos intérêts. Veuillez bien me donner vos instructions... » Ces instructions furent précises : « Le roi veut-il, jusqu'à ce que les événements se soient développés, observer la neutralité? En ce cas, il ne doit point gêner nos opérations, et il devrait en venir à un arrangement secret, en ce sens. Veut-il prendre une part active à la guerre? En ce cas il faut en venir à un traité en forme avec l'Autriche et adhérer à la coalition. » Metternich promettait un secret absolu, et il ajoutait cette insinuation : « Nous partageons la conviction que le roi ne peut assurer définitivement son existence qu'en la liant à celle de l'Autriche. Comment effectivement se cacher qu'il en a trop fait pour ne pas s'être attiré toute l'animadversion de l'empereur des Français132 133 134 135 136 137? »

Cependant les plénipotentiaires français ne se hâtaient point de paraître. C'est que l'hésitation des alliés à prolonger l'armistice, les retardements des conférences ouvertes à ce sujet à Neumarck 9, la prétention de l'Autriche de s'assurer la direction du congrès, de se faire le courtier et l’agent de change privilégié de la paix et de percevoir en nature ses honoraires; ses armements, les mouvements trop peu équivoques de ses troupes, les allées et venues de diplomates et de militaires au quartier-général russe, les avis secrets que reçut Napoléon sur les conférences de Trachenberg, confirmaient ses soupçons secrets. L'Autriche marchait-elle à la guerre? Jusqu'au dernier moment il hésita à le croire. Le 16 juillet seulement, il désigna pour plénipotentiaires Narbonne et Gaulaincourt; il ne signa le décret que le 18.

L’empereur veut la paix, écrivit Maretà Narbonne1, mais si elle ne doit pas avoir lieu, il faut faire en sorte qu’il n’ait pas à se déclarer avant le 10 août et que les hostilités ne recommencent que le 1er septembre. « Les événements d’Espagne— l’évacuation de Madrid, la bataille de Viltoria — donnent des motifs importants pour chercher à gagner du temps. » L’empereur veut connaître la véritable situation des choses dans ce pays. Il veut attendre la récolte : « Sa Majesté a besoin en ouvrant la campagne de trouver les granges pleines » et de mesurer « l’immensité des forces » qu’il concentre en Franconie, en Bavière, en Italie. Enfin il espère que les passions s’apaiseront et que le jeu de la diplomatie utilisera le délai, au moins autant que l’activité des intendants. Napoléon se rend compte de l’intérêt de l’Autriche à prolonger l’armistice : Metternich a espère la paix », il a besoin de temps pour les négociations; il arme, et il sera plus fort le 10 septembre que le 10 août ; donc il doit se prêter à la prolongation de l’armistice, et Napoléon se flatte d’en profiter malgré lui, contre lui au besoin. « Si l’espoir d’entraîner l'Autriche oblige les ennemis à prolonger les négociations jusqu'en septembre, c’est ce que désire l’empereur, écrit encore Maret2. Ou si les alliés dénonçant l’armistice, l’Autriche reste tranquille et les négociations continuent, c’est ce que l’empereur préfère. Il est assez fort pour laisser un corps d'observation de 100,000 hommes à Dresde, et aller écraser les Russes et les Prussiens. Ces trois chances, calculées à Dresde, lors de la convention du 30 juin, sont toutes favorables » . Quant à penser que l’Autriche dénoncerait elle-même l’armistice et se tournerait contre la France, il s’y refuse, malgré tous les indices qu’il en a : « Si l’Autriche se prononçait contre nous sans nous entendre, il n’y aurait rien à faire. Mais on ne peut s’arrêter à cette

1 17 juillet 1813.

1 A Narbonne, 23 juillet 1813.

proposition... » Elle n'est pas prête; il lui faudra quarante jours...

Les instructions dressées le 22 juillet pour Narbonne et Cau-laincourt, leur prescrivent de ne « rien se permettre qui ne respire le désir de la paix, et d'une paix honorable. Ils ne doivent pas presser la marche des négociations... Ils laisseront tout dire et répondront en prenant ad referendum. Us expédieront un courrier en attendant la réponse. » « Sa Majesté ne rejette pas la possibilité que de nouvelles circonstances, de nouvelles combinaisons ne le portent à rentrer dans un système avec l'Autriche, mais dans la situation actuelle des choses, telle n'est pas sa pensée. » L’Autriche étant médiatrice, n’a rien à demander ni rien à obtenir. » Une cession l’encouragerait à en vouloir une nouvelle. 11 est donc dans l’intérêt de la France qu’elle ne gagne.rien. » Quant aux bases, n'en indiquer qu'une seule : VUti possideiis ante bellum. « Il ne peut être question dans les négociations que des États dont le sort a changé depuis 1812 et non auparavant. » Suivaient des prescriptions minutieuses sur les précédents, la communication des pouvoirs, le cérémonial, les négociations écrites, tous les préliminaires et tous les délais de procédure. En transmettant ces instructions à Narbonne, Maret les commente : a Vous ne vous prêterez jusqu'à nouvel ordre à aucune communication officielle; vous vous bornerez aux relations d’étiquette et de politesse. «

Napoléon ne désespère pas encore, grâce à ces complications de forme et sous le manteau, de s'insinuer entre les alliés et de les diviser1. On lit dans l’instruction commune du 22 : a L’intention de l’empereur est de négocier avec la Russie une paix qui soit glorieuse pour cette puissance et qui fasse payer à l'Autriche, par la perte de son influence en Europe, le prix de sa mauvaise foi et la faute qu’elle a commise en violant l'alliance de 1812 et en ramenant ainsi l’une vers l’autre la France et la Russie. » Le lendemain, 23,

1 Bigbos, t. XII, ch. iv et v. — Fais, t. Il, ch. vu. — EnsouF, ch. lxiii, noies de Maret. — Lefebvre : Le congrès de Prague.

Maret mande à Narbonne : « Vous ne sauriez être trop bien avec M. de Metternich. L'éloignement que montrent les Russes pour négocier est une raison de voir si l’on peut s’arranger avec l'Autriche. Sa neutralité nous donnerait gain de cause. » Maret conclut : « Vous recevrez avec cette lettre plus de pouvoirs que de puissance ; tant que la convention ne sera pas signée à Neumarck, vous devez avoir les mains liées, » Instruit qu’elle le serait incessamment, Napoléon partit, le 24, pour Mayence, où il avait appelé Marie-Louise. Il voulait préparer cette impératrice à la rupture officielle avec l’Autriche, et en même temps maintenir entre elle et son père des relations de famille qui permettraient, le moment venu, de renouer avec l’empereur François et son gouvernement. Il tenait à manifester devant l’Europe sa foi conjugale, son amour paternel et à montrer que ses attachements de cœur n’étaient point à la merci de la politique138. Il pensait à la mort, surtout depuis qu’il avait vu tomber tout près de lui Bessières et Duroc; peut-être même l'avait-il cherchée, peut-être se verrait-il contraint de la chercher dans le désastre : la régence de l’impératrice lui apparaissait alors comme le salut de l’empire et la garantie du roi de Rome *. Il désirait donner à Marie-Louise ses instructions dernières. Enfin il se préoccupait d’assurer la retraite en cas de guerre malheureuse.

Lorsque Gaulaincourt connut ses instructions, il les déplora. Sa conviction de la nécessité de la paix en était heurtée, son zèle entravé, sa politique déconcertée. Il l’écrivit à l'empereur : « Quelle que soit ma répugnance pour des négociations si illusoires, je me pénètre avant tout de mes devoirs et j’obéis. Demain je serai en route... » 11 supplia l’empereur de ne point rendre, de son chef, la rupture inévitable avec l’Autriche : « L’Autriche est déjà trop compromise pour reculer, si la paix du continent ne la rassure pas. Votre Majesté sait bien que ce n’est pas la cause de cette puissance que j’ai plaidée près d’elle... Certes... ce ne sont même pas ses 150,000 baïonnettes que je veux écarter du champ de bataille, quoique cette considération mérite bien quelque attention, mais c’est le soulèvement de F Allemagne que le vieil ascendant de celte puissance peut amener, que je supplie Votre Majesté d’éviter à tout prix 1. »

Il était trop tard. Les envoyés de Russie et de Prusse demandèrent à Metternich ce que ferait l’Autriche si Napoléon rompait l’armistice avant le 10 août. Metternich répondit, le 23 juillet, que son maître considérerait cet acte comme une offense au médiateur, et que les alliés pourraient, du fait même, entrer en Autriche. Il ne négociait plus que pour atteindre le terme fixé par Schwarzenberg.

Le 25 juillet une conférence se tint entre ce général, Metternich et Radetzky. Informés des engagements pris par Bernadotte à Trachenberg, les Autrichiens décidèrent, sur la demande de l’empereur Alexandre, que le corps russe « destiné à se rendre en Bohême pour lier ses opérations à celles de l'armée autrichienne pourrait entrer dès le 10 août si, le 9, la paix préliminaire n’était pas signée. Alors seulement les alliés consentirent à ratifier la prolongation de l’armistice convenue, verbalement, le 30 juin, entre Napoléon et Metternich8. L’empereur François ouvrait ainsi éventuellement sa frontière aux Russes.

La Russie et la Prusse étaient liées l’une et l’autre i l’Angleterre. L’Angleterre dit alors son mot, qui, désormais, dans toutes les affaires de la coalition, demeura le dernier. Le général anglais Nugentse trouvait à Prague, en relations avec Metternich, en communication avec lord Cathcart, resté près des alliés. Ce lord lui communiqua des instructions qu’il avait reçues de Castlereagh, en date du 5 juillet. Nugent en con-

1 Bicaov.--TaiERB.

1 Convention de Neumarck, 26 juillet 1813. Fain, t. II, p. 162.

fera le 27, avec Metternich *. L'Angleterre s'appropriait le programme russe et prussien du 16 mai, celui-là même que dans le traité de Reichenbach du 27 juin, l'Autriche avait éventuellement adopté et auquel les alliés se réservaient de donner « la plus grande étendue 9 « : c'était d'ores et déjà la reconstitution de l’Autriche sur l'échelle de 1805,1a Confédération du Rhin dissoute, la Hollande évacuée, l'abandon de l'Italie. Ainsi, l'Autriche n'a pas encore communiqué à Napoléon ses quatre points préliminaires, et il est d'avance convenu que sur les quatre alliés, trois ne concluront pas la paix à ces conditions-là, et l'Autriche est d'accord avec eux. 11 suffit que Napoléon refuse le minimum pour que cet étrange médiateur se joigne aux coalisés et exige le maximum. Il est très vraisemblable que le même courrier apportait des paroles concluantes sur l'article des subsides, et des garanties au moins verbales, sur celui des indemnités d'Italie, ce chapitre essentiel de la paix autrichienne, depuis Leoben jusqu'au traité de 1805, en passant par Lunéville *. En tout cas l'entente à quatre se trouvait, en fait, nouée contre la France, et l'adhésion de l'Angleterre emportait la paix anglaise concertée déjà par

1 Nugent à Cathcart, Prague, 27 juillet. — Cathcart à Castlereagh, 6 août. — Castlereagh à Cathcart, 5 juillet 1813. — Ohcker, annexes. — Castlkreagb, Letters and despatches. — Martens, t. XI ; rapport de Lieven, 16 juillet 1813. — Rares.

9 Cf. ci-dessus, p. 139, 141; et, p. 136 les quatre points.

9 S'établit-il, ce jour-là même, des rapports plus étroits entre l'Angleterre et l'Autriche? Metternich obtint-il de l’Angleterre la suprématie de l’Italie? On l'a dit. Nîcomede Bianchi a publié, Storia délia diplomatie europea in Italie, t. 1, annexes p. 333, une protestation qui aurait été adressée à Paris, le 26 mai 1814, par Metternich à Castlereagh. Cette note se référé à des négociations entamées déjà relativement à l'exécution du traite' secret signé à Prague le 27 juillet 1813 et ratifié à Londres le 23 aodf, et en résume le contenu avec précision : ce traité, par ses articles 4, 9, 10, « absolument décisifs », réservait à l'Autriche « la direction suprême et l'organisation définitive de l'Italie, à Z* exception des anciens Etals du roi de Sardaigne, de concert avec l'Angleterre ». Le « royaume » d’Italie passait à l'Autriche. Il n'a été trouvé aucune trace du traité ni aux archives du Record office, ni à Vienne ni à Berlin. Quant à la protestation de Metternich, dont on n'a trouvé non plus aucune trace, elle a été envoyée à Turin, en copie, pendant le congres de Vienne, par Saint-Marsan, alors entré au service de Sardaigne. Le journal de Saint-Marsan n’en fait pas mention. Rimkri, Correspondante dei cardinali Consalvi e Pacca^ 1814-1815, preceduta da un diario inedito del Mse di San Marzano.

Alexandre, c'est-à-dire les conditions du traité d'avril 1805, le retour aux anciennes limites. Au cours de cet entretien décisif, comme Nugent exprimait quelques craintes que l’arrivée de Gaulaincourt ne retardât ou n'empêchât la guerre : « Gela, lui répondit Metternich, ne fera point de différence, car les conditions proposées sont telles qu'elles seront très difficilement acceptées, et en outre, elles peuvent être aggravées. » L’empereur François donna à son tour son approbation le 2 août. « Jamais, dit Metternich, un monarque n'a eu comme lui des entrailles d'Ètat *. » Et dès lors, le ton s’éleva. Le comte Hardenberg écrit à Münster, le 28 juillet : a II m'est difficile d’exprimer à Votre Excellence le changement qui s’est opéré ces derniers jours dans les dispositions de l'empereur et dans le ton que prend le comte de Metternich et tous ceux qui encore avant peu ne parlaient que paix. Aujourd'hui on ne parle que guerre et de sa nécessité. Le comte Metternich répète à chaque occasion qu’il ne s'embarrasse plus de correspondances et de notes, ni de quatre ou six* conditions de paix; qu'il faut la guerre... » Il ajoute : a C'est â Napoléon lui-même que ce résultat est dû. »

11 ne s'agissait plus que de gagner le 10 août, c'est-à-dire de s’acheminer à la rupture en y mettant les formes et en rejetant la responsabilité sur Napoléon. Ces a formes » furent tout l’objet de l'échange de notes qui a pris le nom décevant de congrès de Prague. De toutes ces « formes » , la plus simple et la plus efficace fut de ne révéler et notifier à Napoléon les fameuses bases qu'à la dernière heure et lorsqu'il restait à peine le temps de répondre par retour des courriers.

Narbonne était déjà à Prague; Caulaincourt l’y rejoignit le 28 juillet. « D’après ce que M. de Narbonne m’a dit », écrit-il à Maret en arrivant, le 28 juillet, a on est ici sur un volcan et les moments sont comptés; nos retards ont fait mauvais effet. Tout ce que j’apprends me fait doublement regretter

Màrtexs, t, III, p. 115.

que Fempereur vous ait, comme à moi, lié les mains plus qu'il ne Pavait promis. » 11 se les délia lui-méme. Navré de se trouver à Prague « sans moyens de faire le bien 1 * tel qu’il le concevait, il se les attribua, de son autorité privée.

Il alla le jour même voir Metternich qui lui rendit sur le champ, suivant Fusage, sa visite officielle. Caulaincourt était seul*. » Dépouillant son caractère diplomatique », il demanda à Metternich s’il n’était pas étonné de le voir à Prague. Met-ternich répondit qu’il regardait sa nomination « comme du plus heureux acquis » . « Assurément, reprit Caulaincourt, si vous partez du point de vue des intentions. Je vous parle aujourd’hui en ancien ami et à l’homme qui connaît aussi bien les individus et les questions que moi. Nous causerons demain comme plénipotentiaires. Eh bien, que pensez-vous de la paix? — Elle dépend d’un seul homme... —« Tout dépend d’une question préalable : êtes vous décidé à ne pas accepter une neutralité pour laquelle on vous offrira des avantages, et à nous faire la guerre, ou non?... L’empereur croit que vous voulez la paix, ou à son défaut une neutralité bien payée. — Eh bien ! écrivez à Napoléon que s’il a envie de se perdre, il n’a qu’à suivre ces idées;... que nous ferons la guerre...; que rien ne peut empêcher la déclaration de guerre le 11, que la signature de la paix le 10... — Dans tous les cas, reprit Caulaincourt, ne vous attendez pas à une négociation avant le retour de Fempereur, qui n’aura lieu que le 5. Je suis ici sans instructions autres que d’amuser le tapis. On va vous arriver avec toutes les questions de chicane... » Puis : a Que fera Fempereur le jour où il aura la certitude que toutes ses positions sur l’Elbe sont tournées, que vous et les alliés êtes plus forts que lui?... Je l’ignore... Demandez tout ce qui est juste et surtout ce qui présente l’idée d’une véritable base de pacification, vous l’obtiendrez plus facilement que peu, parce que Napoléon en dira : l’Autriche est décidée à la guerre plutôt qu’à une trêve; si vous lui demandez peu, il

1 A Maret, 28 juillet 1814.

1 Rapport de Metternich à François. 28 juillet 1813. Onckek, en français.

ne fera aucun sacrifice pour la paix et il croira s’arranger avec vous aux dépens des puissances belligérantes... « Aurait-il ajouté comme Metternich le raconte à Anstett 139 : « Dites-moi seulement si vous avez assez de troupes pour nous rendre une bonne fois raisonnables? « A l’une et l’autre question, la politique et la militaire, Metternich répondit au duc n qu’il serait servi à souhait » . Sur quoi, comme il prenait congé, Gaulaincourt lui fit cette déclaration de plus de conséquence que toutes les notes de chancellerie et tous les marchandages écrits 140 141 142 143 144 145 : « Vous ne voyez pas en moi le représentant des lubies de l’empereur, mais de son intérêt véritable et de celui de la France. Je suis tout aussi européen dans les questions présentes que vous pouvez l’être. Ramenez-nous en France par la paix ou par la guerre, et vous serez béni par 30 millions de Français et par tous les serviteurs et amis éclairés de l’empereur 146. »

Ces propos étaient trop significatifs et Metternich y trouva les derniers encouragements pour l’opération scabreuse qui lui restait à exécuter, c’est-à-dire rompre l’équivoque qu’il avait si artificieusement entretenue et déclarer formellement, quel serait, après le 10 août, le rôle de l’Autriche. Il s’en expliqua avec Caulaincourt. « D’après les diverses conversations que j'ai eues avec lui, « écrit Gaulaincourt, le 30 juillet, au ministre, « et dans lesquelles j’ai cru devoir me borner à écouter, il me paraît que les affaires sont beaucoup plus mûres qu’on ne le croit à Dresde. Le résultat de tout ce qu’il m'a dit est que l’Autriche fera tout pour la paix, mais qu’elle est sérieusement préparée à la guerre et qu’elle y est même décidée, dans le cas où la paix ne se ferait pas. Selon lui l'Autriche est dans une situation qui ne lui permet pas d’être neutre. »

Metternich le disait, avec cette restriction mentale que ses engagements étaient pris, mais qu'en les prenant, il s'était réservé de ne les découvrir que le 10 août; il se préoccupait de « filer » la défection jusqu’à cette date et de préparer Napoléon à en recevoir l’avis officiel : quand il le notifierait, il aurait sauvé les « formes » et serait en mesure de répondre aux Français : l’empereur l’a voulu! Caulaincourt l’entendait avec sa pensée de derrière la tête, que la paix était possible, qu’en se donnant à l’Autriche on se procurerait celte paix honorable et salutaire et que ceux qui en seraient les instruments auraient bien mérité du pays. Le même jour, 30 juillet, il recueillit, en compagnie de Narbonne, cette déclaration : « Ce ne sera probablement, dit Metternich, que dans la journée du 10 que nous saurons la pensée de l’empereur, et cette journée peut être la paix comme la guerre. Mais soyez bien persuadés que, passé cette journée du 10, rien ne peut faire prolonger l’armistice *. Je vous donne ici ma parole que nous arriverons à cette époque sans que l’Autriche ait l’ombre d’un engagement avec aucune autre puissance *, et que ce ne sera qu’en cet instant même

1 Caulaincourt et Narbonne à Maret, 30 juillet. — Rapport de Caulaincourt à Napoléon, du même jour : « Il in’a plusieurs fois répété ce qu'il avait, m’a-t-il dit, déjà annoncé à M. le duc de Bassano et à M. de Narbonne, et ce qu'il regardait comme un devoir d'honneur de faire parvenir à Votre Majesté : c’est que, le 10 août, si les bases de la paix n'étaient pas signées, une déclaration accompagnerait nécessairement la dénonciation de l'armistice... Jusqu'à ce moment, dit-il, l'Autriche ne prendra peint d'engagement; mais il y a deux points sur lesquels il ne peut nous laisser aucun doute; c'est qu’elle ne sera pas neutre, et qu’elle fera la guerre... »

* Nous arriverons sans que l'Autriche ait l'ombre d'un engagement... Voir le traité de Reichenbach, 27 juin, la déclaration aux Anglais, 27 juillet, ci-dessus p. 140. — Version de Thiers (XVI, p. 152), Metternich aurait ajouté : «Qu’on ne vienne donc point après l’événement nous dire que nous vous avons trompés. Jusqu’au 10 août à minuit, tout est possible, même à la dernière heure; le 10 août passé, pas un jour, pas un instant de répit : la guerre, la guerre avec tout le monde, même avec vous ! « — « Langage calme, triste et grand », dit Thiers, et p. 189 : « M. de Metternich répéta ces choses qu’il avait déjà dites à M. de Narbonne, d’un ton si calme, si ferme, avec des témoignages si affectueux pour M. de Caulaincourt, et une sincérité si manifeste, car il ne faut pas, comme le vulgaire, qu'il sera décidé avec qui nous nous battrons. Nous désirons extrêmement que ce ne soit pas contre vous, mais nous avons bien de la peine à l'espérer... Ce qui est impossible, c'est que nous restions neutres... »

Or le jour même, Metternich écrit à Stadion, au quartier général des alliés l: « M. de Caulaincourt, qui est animé du meilleur esprit... m'a confirmé que depuis mon voyage à Dresde... l’empereur Napoléon est dans l’illusion la plus complète sur la véritable position des choses. Dérouté depuis longtemps dans tous ses calculs, s'accrochant toujours de préférence à l’idée qui flatte ses vues, il paraît aussi complètement convaincu, à l'heure qu’il est, que l’Autriche ne prendra jamais fait et cause contre lui, qu’il nourrissait la conviction à Moscou que l'empereur Alexandre se prêterait à la paix1 » . Et plus loin : « M. de Wacquant se rend au quartier général allié pour y demeurer en qualité de commissaire militaire. Il est muni par le prince Schwarzenberg d'une lettre de créance pour le général en chef des armées russes et prussiennes. Ses ordres portent de suivre en tout point les directions que Votre Excellence voudra bien lui donner *... »

Toutefois, il restait une inquiétude : si Napoléon acceptait les conditions qui lui seraient posées? et une inconnue : « Il est difficile de se faire une idée de la manière dont il serait même physiquement possible d’arriver à une conclusion en cinq jours de temps. Le fait n'est cependant pas impossible avec le caractère particulier de l'homme duquel dépend en dernier ressort la paix. » Gentz écrit, le 4 août8 : « Depuis quinze jours la physionomie de notre cabinet est absolument changée. L’empereur et quelques-uns de ses confidents parti-s’imaginer qu’un diplomate mente nécessairement, que M. de Caulaincourt, ne pouvait résister à tant d’évidence. Aussi, avec sa véracité ordinaire, écrivit-il sur le chatnp à M. de Bassano... »

1 30 juillet 1813. Okckeit, O. und Pr,t t. II, p. 440.

1 ■ ... Les ministres (de Napoléon) furent complètement trompés par le cabinet autrichien... ■ Langeron, p. 202, note.

* A sir George Jakson, qui accompagnait sir Charles Stewart, en qualité de diplomate. Omckew, O. und Pr.9 t. II, p. 440.

culiers qui ne consentiraient à la guerre que parce qu'ils ne savaient plus combattre les raisonnements de M. de Metter-nich ou déjouer les mesures habiles par lesquelles il les entraînait malgré eux, sont à présent prononcés eux-mémes et ne voient plus d'autre chance ni d'autre choix. Ce changement a été amené en partie par les progrès que les armements ont faits et par le courage qu'une masse énorme d'hommes et de moyens réunis inspirent aux plus craintifs; mais en grande partie aussi parla conduite inouïe et inexplicable de Napoléon. La seule clef de cette conduite se trouve dans la supposition qu'il n'a jamais sérieusement cru que l'Autriche prendrait part à la guerre; et cette supposition nous a été confirmée de nouveau par Caulaincourt, qui le connaît aussi bien que qui que ce soit. •

La chicane commença : on débattit à l'infini si le rôle du médiateur serait de porter des lettres, de porter des paroles, ou de régler des controverses verbales ; si Metternich remplirait le rôle de courtier ou celui d’arbitre ; si l’on gouvernerait selon les précédents de Ryswick, ceux de Teschen ou ceux de Rastadt, la procédure de ce congrès condamné d'avance à ne jamais s'ouvrir !.

Napoléon revint à Dresde, considérant la reprise des hostilités comme désormais inévitable, à bout de patience avec ses deux familles, la naturelle et l'alliée, ses frères et son beau-père8. Faites savoir au roi de Westphalie, mandait-il à Ber-thier, de Mayence, que « s’il ne se soumet à obéir à tous les maréchaux, » jamais il n'aura de cominandement dans l’armée française... « Ce qui vient d'arriver en Espagne fait connaître de plus en plus l'importance de tenir à ces principes : que la guerre est un métier, qu’il faut l'apprendre... Le roi d’Espagne à qui j’ai fait dans le temps de semblables observations, est aux larmes de ne les avoir pas bien comprises... »

Ses ambassadeurs ne lui donnaient pas plus de satisfaction : il les jugeait insuffisants, enchevêtrés dans les trames de Met-

1 Pièces dans Fain.

1 Lettre et ordres à Eugène, à Berthier, 28, 3 j.. juillet 1813. Lecestre.

ternich. Toutefois que voulait dire ce ministre quand il déclarait aux Français : « Ce ne sera qu’en cet instant — le 10 août. — qu’il sera décidé avec qui nous nous battrons? » Quelles étaient, définitivement, ces conditions de paix dont il affirmait que si elles étaient acceptées elles retiendraient l'Autriche ; si elles étaient repoussées, elles la jetteraient dans le camp des alliés? Metternich ne s’en expliquait pas encore en forme officielle. Serait-ce celles que Bubna avait insinuées le 16 mai, celles que Metternich avait indiquées le 7 à Narbonne et qui étaient plus étendues 1 ?

Napoléon, dicta le 5 août à Maret une instruction confidentielle pour Caulaincourt : savoir, sous le sceau du secret, « de quelle manière l’Autriche entend que la paix peut se faire et si. l’empereur Napoléon adhérant à ses propositions, l’Autriche ferait cause commune avec nous, ou si elle resterait neutre ;.. aussitôt que l’empereur sera certain du mot de l’Autriche, il donnera des instructions en conséquence à ses plénipotentiaires... » Faire connaître « qu’on désire dans vingt-quatre heures écrire ses conditions sous sa dictée [de Metternich]; que dans trois jours votre réponse sera donnée... que Sa Majesté désire que M. de Metternich soit très sûr de l’approbation de l’empereur d’Autriche. •

Caulaincourt eut cette dépêche le 6 août et se rendit aussitôt chez Metternich; mais ce ministre était sorti. Le temps se perdit. Enfin Caulaincourt le rencontra dans la soirée et lui fit en toute confidence sa communication8. Pour être prévue, elle n’en paraissait pas moins embarrassante. Metternich jugeait naguère très douteux qu’il fût « même physiquement possible d’arriver à une conclusion en cinq jours de temps. » Il n’en restait plus que quatre. Le désir exprimé par Napoléon que Metternich « fût très sûr de l’approbation de l’empereur d’Autriche » lui fournit le moyen de gagner deux jours sur ces.quatre. Il alla quérir cette assurance à Brandeis, où se trouvait l’empereur. Il estima d’ailleurs la

1 Voir ci-dessus, p. 114, 117.

1 Rapport de Caulaincourt, 6 août 1813.

démarche de Napoléon dictée par l'inquiétude que lui donnaient les armements de l'Autriche, a Plus il semble avoir peur de nous, dit-il, plus il faut lui parler ferme ; plus il cherche à nous séparer de nos alliés, plus nous devons resserrer nos liens avec eux. »

Gaulaincourt avait engagé Metternich à forcer la note. Metternich, qui connaissait très bien Napoléon, ne pouvait pas se flatter de l'intimider en élevant les exigences, tout au contraire. Mais, désireux « de donner aux cours alliées une nouvelle preuve de notre fermeté et d'une loyauté qui doit les lier plus intimement à nous » ; jugeant que Napoléon, ayant promis le secret, ne pourrait publier ces conditions et s'en servir « pour justifier aux yeux de la France et de ses alliés le renouvellement de la guerre » ; persuadé que des conditions mêmes rigoureuses, seraient approuvées en France et que de toute façon on y reprocherait à Napoléon de les avoir repoussées, il n'hésita point à conseiller à son maître de porter les points de quatre à six, moyen sùr, selon lui, de décider le refus *. Si Napoléon, ce qu'il considérait « comme presque certain », les repousse, l’Autriche aura marqué aux alliés sa fermeté et sa loyauté. Si Napoléon les accepte, cette réponse aura l'avantage d'abréger les transactions et d'en rendre possible la conclusion. Il était si convaincu du refus, qu'il avait commandé à Gentz de rédiger le manifeste de rupture *. Mais Metternich estimait ce cas a très improbable » . L'empereur, décidément acquis à la guerre, a n'entrevoyant plus la possibilité d’arriver à la paix par suite des négociations établies à Prague », se jugea « en droit de présenter son u/zt-matum » .

Metternich revint à Prague le 7 au soir, communiqua sa réponse à Humboldt et à Anstett, puis se rendit chez Caulain-court3. Après lui avoir demandé le secret, ce qu’il va dire « ne devant jamais être cité », il poursuivit : « L'Autriche n’est

1 A S lad ion, 6 août £813. Omcken.

3 Gektz, Tagebücher.

1 Rapport de Gaulaincourt, 8 août 1813.

encore liée ni avec la Russie ni avec la Prusse * . Elle le sera « à la cause de l'Europe si la paix n'est pas faite le 10 ». «La démarche actuelle est une démarche de force ou de finesse. Sa Majesté (l’empereur d’Autriche) aurait pu s’arrêter à l’idée naturelle que l’empereur Napoléon ne veut que connaître les vues des puissances, afin d’en tirer des moyens quelconques de justifier la guerre et de la continuer. Mais, dans cette hypothèse même, que Sa Majesté rejette, il croit ses vues si justes et tellement dans l’intérêt de la France et de son gendre, qu’il trouverait encore un motif de s’expliquer. Si c’est une démarche de force, ce qui est l’opinion à laquelle l’empereur s’attache, il faut s’expliquer, parler clairement et franchement. C’est ce que je vais faire. »

11 lut alors les instructions de l’empereur : « Connaissant par des explications confidentielles préalables les conditions que les cours de Russie et de Prusse paraissent mettre à des arrangements pacifiques^ et m’unissant à leurs points de vue... parce que je regarde ces conditions comme nécessaires au bien-être de mes États et des autres puissances, et comme les seules qui puissent réellement mener à la paix générale, je ne balance point à énoncer les articles qui renferment mon ultimatum... J'attends un oui ou un non dans la journée du 10... Je suis décidé à déclarer dans la journée du 11... que je joins mes forces à celles des alliés... »

Suivaient les conditions. « Je les ai écrites d’après ce qu’il m’a dit « , rapporte Caulaincourt147.

Dissolution du duché de Varsovie et sa répartition entre l’Autriche, la Russie et la Prusse; par conséquent Danzig à la Prusse.

Rétablissement de Hambourg et de Lubeck comme villes libres banséa tiques et arrangement éventuel et lié à la paix générale sur les autres parties de la 32* division militaire, et sur la renonciation au protectorat de la Confédération du Rhin, afin que l’indépendance de tous les souverains actuels de l’Allemagne se trouve placée sous la garantie de toutes les puissances.

Reconstruction de la Prusse avec une frontière tenable sur l'Elbe. Cession des provinces illyriennes à l’Autriche.

Garantie réciproque que l’état de possession des puissances grandes ou petites, tel qu’il se trouvera fixé par la paix, ne pourra être changé ni lésé par aucune d'elles.

Metternich ajouta, « d'ordre de l'empereur », que faute d'acceptation le 10 août, « nous déclarerons le 11 au matin la guerre à la France ; telles ouvertures qu'on pourrait vouloir nous faire au delà du 10 se lieront aussi peu à la négociation de Prague que les conditions mises en avant dans ce moment auraient la moindre valeur au delà du même terme. Notre alliance avec les puissances actuellement en guerre avec la France prenant son commencement le 11, nous ne recevrons, au delà de ce terme, plus de communication qui nous serait adressée séparément1. »

Donc, il prononça les mots «alliance avec les puissances en guerre avec la France » ; il dit dans quelles conditions le refus de Napoléon amènerait l'Autriche à passer à la coalition ; mais il ne dit point qu'il s'engagerait à obtenir des alliés la paix immédiate à ces conditions, si Napoléon les acceptait, ni que l'Autriche ferait la guerre pour les imposer aux alliés. Il ne s'expliqua pas sur la question capitale, à savoir : si les alliés ei l’Autriche elle-même ne prétendraient point donner à la paix une plus grande étendue ; si les points de l'ultimatum constituaient des préliminaires ou un traité définitif; si en un mot, Napoléon, qui en disant non aurait certainement la guerre, serait sûr, en disant oui d'obtenir la paix aux conditions de l'ultimatum.

Ces mots : conditions que les cours de Russie et de Prusse paraissent mettre à des arrangements pacifiques — l'ultimatum ne disait pas : une paix définitive; ces autres mots : conditions les seules qui puissent réellement mener à la paix générale ; les réserves faites antérieurement au sujet de la Hollande, affaire anglaise, et de l’Italie, affaire russe *, et que l'ultimatum ne

1 Metternich à Stadion, 8 août 1813.

* Voir ci-dessus, p. 88-89, 114.

confirmait ni ne retirait, toutes ces nuances et restrictions étaient de nature à faire croire que cet ultimatum de l’Autriche ne constituait que le minimum des conditions des alliés. Le délai fixé par l’Autriche prouvait que son alliance avec la Russie était faite, sinon signée, alliance conditionnelle et à terme, mais déjà convenue, même dans le détail d’exécution, puisque le 11 la guerre serait déclarée.

Caulaincourt, cependant, n’hésita pas à croire la paix possible, à considérer même la paix comme faite parle seul oui de Napoléon, et il pressa l’empereur de le prononcer148 149 : « Sans doute Votre Majesté verra dans cet ultimatum quelques sacrifices d’amour-propre, mais la France n’en fera pas de réel... De grâce, Sire, mettez dans la balance de la paix toutes les chances de la guerre. Voyez l’irritation des esprits, l’état de l'Allemagne dès que l’Autriche se déclarera, la lassitude de la France, son noble dévouement, ses sacrifices après les désastres de Russie... Les heures sont maintenant comptées. » Et, le lendemain, à Maret* : « Je vous plains avec nous... Toute cette affaire a été si mal menée... Ne voulant jamais rien céder à temps, on gâte tout et on perd tout. »

Metternich tenait les alliés au courant; comme Humboldt montrait quelque inquiétude : » On me répondit, mande-t-il à son gouvernement, que, le 11, la guerre serait toujours déclarée quelque fussent les réponses de Napoléon; que l’empereur d’Autriche ne voulait ni alliance avec la France ni neutralité, qu’il embrassait entièrement la cause de la Prusse et de la Russie 150. »

Le rapport de Caulaincourt n’arriva à Dresde que le 9, à trois heures de l'après-midi. Pour que la réponse de Napoléon fût rendue à Prague dans la journée du 10, il aurait fallu qu’elle partit de Dresde le 9 au soir.

Napoléon se trouvait pris de court : ainsi en usait-il naguère après ses victoires, au temps de Lunéville et de Presbourg.

Il était persuadé que si Ton négociait, les exigences s’aggraveraient à mesure, et il n’avait, pour s’en assurer, qu’à comparer les six points de l’ultimatum aux trois points de Bubna le 16 mai*. Mais il ne voulut point encourir la responsabilité de la rupture. Poussé par Caulaincourt et par Maret, impressionné, sans doute, plus qu’il ne voulait le dire, par l’état des esprits dans son armée, il consentit à une transaction. Il dicta deux notes pour Caulaincourt, l’une fort restreinte, l’autre plus étendue, à découvrir seulement dans le cas où la première ne serait point acceptée. Cette seconde note, la seule à considérer, portait : 1° Dissolution du duché de Varsovie; 2° Danzig ville libre; 3* Indemnité au roi de Saxe par une cession de 500,000 âmes prises en grande partie dans la Silésie autrichienne et la Prusse ; 4° Cession à l’Autriche des provinces Illyriennes, à l’exception de l’Istrie, de Trieste, de Goritz et de Villach. Napoléon considérait l’Istrie comme nécessaire à la défense de Venise, et Villach à celle du Tyrol. 5° Intégrité du Danemark9. Il lui répugnait de capituler si vite, devant le sablier qui s’écoule, ainsi qu’en des enchères publiques. Il se figurait que, si l’armistice était réellement dénoncé le 10, par l’Autriche, les hostilités, aux termes delà convention, ne pouvant recommencer que le 17, les négociations pourraient se continuer jusqu’à ce jour-là. Enfin, c’était devenu chez lui une habitude, une sorte de maxime d’État, de ne point expédier les dépêches l’encre humide encore et le papier tiède de l'improvisation. « Il voulait, rapporte Maret, laisser passer la nuit sur ces résolutions si importantes *. » Il prit un moyen terme. Bubna était revenu à Dresde pour observer et écouter. Il le reçut et lui parla deux heures durant, lui faisant valoir la portée de ses concessions, l’impossibilité de les pousser plus loin. Pouvait-il rendre Hambourg et Lubeck? Gomment poursuivrait-il la guerre aux Anglais?

1 Cf. ci-dessus, p. 115.

9 Maret à Caulaincourt, 10 août 1813.

3 • Les affaires des relations extérieures sont des affaires qui doivent se traiter longuement; vous devez toujours garder mes lettres trois ou quatre jours sous votre chevet avant de les faire partir. • A Champagny, 1er avril 1811-

Si la paix maritime se joignait à la paix du continent, cela changerait la question. « Vous voyez, disait-il, je veux beaucoup faire pour la paix : mes alliés perdent, j'abandonne toute une nation qui a beaucoup fait pour moi ; mais ne me traitez pas comme si j'étais déjà battu, ne prenez pas le certain pour l'incertain; vous n’exigeriez pas davantage si j’avais perdu quatre batailles... »

Bubna emporta cette impression que Napoléon avait pris son parti, qu’il jugeait au vrai sa situation, mais qu'il entendait ne point traiter le couteau sur la gorge : «Ne me pressez pas de la sorte, disait-il, je veux la paix, mais toutes les négociations, dans le monde, ont demandé du temps! » Il aurait désiré que Bubna partit pour Prague, rapportât l'entretien de vive voix à Metternich. Bubna éluda la demande : il avait mal au pied et il avait eu grand’peine à se tenir debout durant l'audience Il se contenta d'expédier un courrier, et Napoléon se flatta que, prévenu de la sorte, Metternich attendrait la communication de Caulaincourt.

Lorsqu'il reçut le courrier de Bubna, Metternich estima sans doute qu’il avait en grande raison d'aggraver V ultimatum. S'il avait sincèrement voulu négocier, il aurait admis que l’on pût discuter sur les articles écartés ou amendés par Napoléon : l'Illyrie entière et les villes hanséatiques. Mais il ne l'entendait point de la sorte, et, à vrai dire, il n'en était plus le maître. La journée du 10 se passa sans que le courrier de Caulaincourt fût signalé; Anstett et Humboldt se tenaient aux aguets, la montre à la main. A minuit sonnant, ils notifièrent à Metternich que leurs pouvoirs étaient expirés1. Metternich déclara le congrès dissous, et une heure après Humboldt écrivit à Har-denberg : « Nos vœux sont remplis, mon cher baron ; ce que nous avons négocié depuis le 4 janvier est obtenu 8. La guerre est déclarée par l'Autriche à la France et Narbonne reçoit ses

1 Rapport de Bubna, 9 août 1813. En allemand. Oncxen.

9 Notes d*Anstett et Humboldt, 10 août 1813. Faik. — Caulaincourt à Maret, 10 août 1813, a minuit.

9 Allusion aux instructions données, en janvier, à Knesebeck, en vue d'une alliance avec T Autriche. Raxke, t. IV, p. 421. Voir ci-dessus p. 19.

passe-ports. « Je fis allumer, raconte Metternich, les signaux qu'on tenait prêts de Prague jusqu'à la frontière silésienne, pour annoncer que les négociations étaient rompues et que les armées alliées pouvaient franchir la frontière de Bohême. »

Le 11 août, Gaulaincourt se présenta dans la matinée chez Metternich avec les contre-projets de Napoléon. II reçut, pour réponse officielle la notification, au nom de la Prusse et de la Russie, de la dissolution du congrès et de la rupture. Metternich ajouta que la médiation était finie ; mais que l'empereur François « n'en soutiendrait pas moins avec le plus grand zèle la cause d'une paix, mais d'une paix véritable, auprès de ses nouveaux alliés 1 » .

Caulaincourt croyait encore possible de traiter. Metternich, par politesse et par une sorte de pudeur diplomatique, ne fût-ce que pour reculer le scandale de quelques heures, consentit à causer avec le duc de Vicence « académiquement *, c’est-à-dire dans le langage des chancelleries, en toute superfluité et insignifiance de propos. Il en profita toutefois pour demander à tout hasard l’IIlyrie entière avec Trieste. Mais avant d’attendre la réponse, il notifia, le 12, la déclaration de guerre de l'Autriche. La réponse de Napoléon arriva le 13, sous la forme d'une dépêche de Maret à Gaulaincourt. Napoléon cédait et sur l’article de la reconstitution de la Prusse et sur la dissolution de la Confédération du Rhin ; il abandonnait l’IIlyrie, sauf l’Istrie et Trieste, « parce que pour nous c’est Venise » ; enfin la 32e division militaire, les départements de l'Allemagne du Nord, sauf Hambourg et Lubeck. « En résumé, concluait Maret, tout dépend de l'Autriche. « L’Autriche déclara ne pouvoir plus rien sans la Russie : la Russie arriva le 15, dans la personne d’Alexandre, accompagné du roi de Prusse. Alexandre, dès le premier mot qui lui fut touché, refusa de rien entendre. Le 16, Metternich en avertit Caulaincourt, qui sur-le-champ quitta la ville. Ainsi, conclut un historien russe *, fut atteint le but que visait le

1 Caulaincourt à Maret, il août 1813. — Note de Metternich, il août. Fais. 9 Mantes s, t. III, p. 115.

gouvernement russe depuis le mois de décembre 1812» . L’armistice avait produit les effets les plus favorables à la coalition : les réserves russes étaient arrivées, la Prusse avait achevé sa levée en masse, Bernadotte amenait son contingent, l’Autriche enfin jetait toutes ses forces dans la balance. Met-ternich faisait l’appoint décisif : il se crut maître des affaires, ayant joué Napoléon, et de taille à évincer Alexandre de la suprématie de l’Europe. Sur un seul point, ses calculs furent déçus, et ils le furent par un élément qui n’y entrait pas, avec lequel il ne comptait point, la révolte d’une àme de soldat au moment de passer à l’ennemi, et le battement d’un cœur d'homme sous la défroque d’un roi d’aventure.

Metternich pressait Murat de signer une convention secrète d'alliance qui assurerait « définitivement son existence » . Par un des brusques mouvements qui lui étaient familiers, sous le coup d’un de ces élans qui formaient tout son génie militaire, comme un cheval qui s’écarte et se cabre à l’instant de foncer sur l’épouvantail et de se précipiter dans le piège, Murat s’échappa de l'impasse où l’engageaient les Autrichiens, reprit la grande route et courut au canon. Sur une lettre de l'empereur, il partit pour Dresde, le 2 août, et il y arriva juste à temps pour la reprise des hostilités*.

La guerre recommença donc, la guerre sans fin, qui durait depuis 1792, et pour les mêmes causes qui l’avaient fait durer vingt ans et l’avaient étendue aux extrémités de l’Europe. En réalité, pour qui connaît les traités d’avril 1805, ceux de juin 1813, les déclarations d’Alexandre, de Hardenberg, de Metternich, des Anglais, de Bernadotte même, le doute n’est pas possible. Ce que veulent les coalisés, c’est la destruction du Grand empire, la ruine de la suprématie française, le refoulement de la France dans ses anciennes limites, et comme consécration définitive, la déchéance de Napoléon, si la guerre ne le tue pas. En réalité, ce que Napoléon défend sur l'Elbe, ce

1 Metternich à Mier, 16 juillet 1813.

1 Sur la suite des négociations de Metternich et Bentinck avec Murat, voir les correspondances de Naples, Vienne, Londres, Palerme. Weil, t. I, p. 57-172.

VIII.


12 qu'il va perdre, inévitablement, s’il en est repoussé, ce sont ces têtes de pont, ces avant-postes, que le Comité de Salut public de l’an III et le Directoire avaient successivement dessinés sur la carte, conditions de la conquête et de la conservation des « limites naturelles ». Mazarin et Louis XIV, pour se pousser au Rhin, par l’Alsace, avaient consenti les sécularisations dans l’Allemagne protestante et organisé la Ligne du Rhin ; pour s’assurer les Flandres et la Comté, la France dut envahir l’Allemagne et les Pays-Bas : c’est en Hollande qu’elle avait conquis ces pays, c’est en Hollande qu’elle faillit les perdre, le jour où la Hollande échappa à sa domination. De même, et plus en grand, la République et l’Empire pour assurer à la France le Rhin tout entier, de Huningue à la Hollande, consommèrent, en Allemagne, l’œuvre des sécularisations, créèrent la Confédération du Rhin, subjuguèrent la Hollande puis l’annexèrent. Pour y soumettre l’Autriche, il fallut l’expulser de l’Italie, et pour garder l’Italie, posséder les passages et mettre la Suisse en tutelle. Colbert et Louis XIV avaient rêvé la domination de la Méditerranée; la République avait projeté, et Napoléon entrepris d’en faire un lac français. Comme l’Angleterre n’y consentait point, qu’elle n'admettait pas plus la France maîtresse de Gênes, souveraine de Naples, tutrice de l'Adriatique que régente d’Anvers, Sieyès imagina et Napoléon accomplit, pour la réduire, le système continental, c’est-à-dire la coalition du continent contre l’Angleterre.

Désormais ce système vacille et on va le voir se miner et s’écrouler, mur après mur, tour après tour, comme il a été construit. Dans cette destruction de la Révolution et del’Em-pire, le blocus, aux mains de l’Angleterre, se retourne contre la France et la coalition se renverse. Les alliés vont prendre le Grand empire à revers, l’histoire à rebours, déloger successivement la France de tous ses retranchements : le duché de Varsovie, Danzig et les villes hanséatiques, les côtes de la Baltique et celles de la mer du Nord, la Confédération du Rhin, la Hollande, la Suisse, la Belgique, l’Italie ; franchir les fleuves, l’Elbe, le Rhin, anéantir les digues et barricades élevées par elle, et, de barrière en barrière, la refouler par tous les chemins par où elle a passé. Il leur faut renouveler et regagner les batailles perdues, dérouler et déchirer les traités, anéantir la Moskova : c’est fait en décembre 1812; anéantir Friedland et Tilsit : c’est fait à Kalisch, à Reichen-bach, de février à juin 1813; anéantir Wagram et Vienne. C’est ce que Metternich a prétendu faire à Prague, et cela fait, restent Presbourg, Amiens et Lunéville. Ramenés au point où ils se trouvaient en 1798, les alliés prétendront accomplir ce qu’ils projetaient alors et ce qu’ils firent en partie : chasser les Français de l’Italie, rendre Naples aux Bourbons, Milan à l’Autriche, s’emparer de la Hollande et de la Belgique, afin de les échanger, enfin reconquérir la rive gauche du Rhin, ramener la France aux anciennes limites et les rogner même si faire se peut. Ils n’avaient conçu que deux motifs de subir ces conquêtes : la force delà France et les indemnités qu’elle distribuait : la force abattue, les indemnités resteront et les dépouilles les vont décupler. Quelle raison d’État leur conseillera de tolérer quand la France sera vaincue, une extension de la puissance française qu’ils ont, à tant de reprises et avec tant d’acharnement combattue! La modération? Ils ne l’ont jamais connue, et qui la leur aurait enseignée, depuis 1792? La justice? Ils ne pratiquent que la vieille loi d’Israël, la loi du talion, et en fait de droit public, les représailles. Telle est la symétrie de cette histoire : les mêmes motifs qui ont conduit la France a conquérir le continent et à le bouleverser mènent le continent à conquérir et à démembrer la France.

La coalition étant victorieuse, c’est d’après les desseins avortés des coalitions vaincues de 1793, 1799, 1805, 1807, 1809 qu’il faut juger les desseins de 1813. Alors, on en découvrira l'enchaînement, et considérant par quels liens ils tiennent au passé, on en comprendra la persistance, on se rendra compte qu’il existait dans l’esprit des alliés une idée de derrière la tète, fort ancienne, fort invétérée, qui donne la clef de tous les ao cords, en décèle le secret, qui en un mot, mène toute l’affaire

L’histoire se continue, en ses alternatives. Les alliés veulent réduire Napoléon au minimum possible de puissance, mais ils ne découvrent leurs intentions que par degrés, dès que la guerre leur permet de les réaliser. C’est pourquoi, ils négocient en combattant. Napoléon ne cédera que ce qu’il jugera perdu sans retour; ainsi à Prague : le duché de Varsovie, l’Illyrie, puis au dernier moment, la Confédération du Rhin, une partie de la 32e division militaire. Sur l’Elbe, les alliés exigent l’Allemagne, la Hollande, l’Italie; sur le Rhin ils exigeront: la rive gauche allemande et la Belgique, les anciennes limites. Comme Napoléon a dicté cette parole « qu’il faudrait, pour l’obtenir, que 500,000 hommes fussent campés sur les hauteurs de Montmartre» , les alliés pousseront à Montmartre et traiteront dans Paris. S’imaginer, dans cette marche, une autre interruption possible que celle d’une victoire des Français, c’est créer un obstacle qui n’existe nulle part ni dans les esprits des hommes, ni dans la nature des choses, qui n’a pas arrêté la France quand elle est sortie, en 1792, de ses anciennes limites, qui n’arrétera pas davantage les alliés en 1813, lorsqu’ils sont maîtres de l'y faire rentrer. C’est donc la guerre qui, jusqu’à la fin, décidera de tout.

1 Comparez l’état des choses en 1709, au temps du préliminaire de la Haye. « J’étais convaincu, dit Saint-Simon, que pas un ne voulait la paix, de rage contre la personne du roi et de jalousie contre la France, tous avaient saisi un prétexte plausible de l'écarter. » Il s’agit alors de forcer la France à renoncer à l’Espagne et d’entatner ses frontières. « Leur dessein ne tendait qu’à une destruction générale de la France. • — Voyez les quarante articles des préliminaires de la Haye, sans parler de ce que prétendaient, lors de la négociation générale pour la paix définitive, l’Empire, le roi de Prusse et,le duc de Savoie! C'est alors que Louis XIV fit appel à la nation : « Plus j’ai témoigné de facilité et d’envie de dissiper les ombrages que mes ennemis affectent de conserver de ma puissance et de mes desseins, plus ils ont multiplié leurs prétentions, en sorte qu'ajoutant par degrés de nouvelles demandes aux premières... ils m’ont également fait voir que leur intention était seulement d’accroître aux dépens de ma couronne les États voisins de la France et de s’ouvrir des voies faciles pour pénétrer dans l'intérieur de mon royaume, toutes les fois qu’il conviendrait à leurs intérêts de commencer une nouvelle guerre. Celle que je soutiens et que je voulais finir ne serait pas même cessée quand j’aurais consenti aux propositions qu’ils m’ont faites. ■ Saixt-Simor, éd. Boislisle. — Journal de Torcy, 1700-711, publié par Frédéric Masson.

CHAPITRE III

LA CHUTE DU GRAND EMPIRE

1813

I

Moreau, parti des États-Unis le 21 juin, arriva en Suède le 26 juillet, s’y rembarqua le 6 août, pour la Poméranie, et rencontra Bernadotte à Stralsund !. De Pichegru à Berna-dotte, Pichegru mort en prison, Bernadotte debout sur les marches d’un trône, Moreau put mesurer le contraste des rencontres; avec Pichegru il n’allait qu’au complot et à la guerre civile, avec Bernadotte il marche à l’alliance étrangère, il tombe à Dumouriez et trébuche dans l’émigration *. Il fit route par Berlin, où le peuple l’acclama, obsédé par les déserteurs italiens ou allemands qui demandaient à servir sous ses ordres. Alexandre l’accueillit en ami, lui fit en compagnie du roi de Prusse la première visite 8 ; mais il ne lui décerna point le commandement suprême dont Moreau s’était flatté. Schwarzenberg était en possession du titre de généra-

1 Léonce Pingiüd. Les dernières années de Moreau. Bernadotte. — Roche-choüàrt, Souvenirs,

* Dumouriez, à Londres, s'offrant à tout le monde, éconduit partout, en était réduit au rôle de conseiller parasite. Il dressait des plans : un entre autres, daté do 12 juin 1813, qu'il qualifiait de sublime : jeter l’armée suédoise sur les côtes de Flandre et de Normandie! Pour Moreau, dit Langeron, « il ne voulait renverser Napoléon que pour se mettre à sa place, non comme empereur, mais comme chef d’une république qu’il a rêvée jusqu'à sa mort. » Langeron, Campagne de 1813.

1 Langeron.

lissisme; l’Autriche Pavait exigé. Alexandre lui donna le grade de feld-maréchal : « Vous serez mon conseiller, mon meilleur ami ; » et il le plaça à sa suite, dans la section des transfuges et des auxiliaires étrangers, qui réunissait un grand homme, Stein, qui, celui-là, travaillait pour sa patrie; le Suisse Jomini avec son génie, qui était du second ordre, et ses informations, qui étaient du premier; nombre d'émigrés français, comme Rochechouart et le Corse Pozzo di Borgo, qui poursuivait sa vendetta contre le Buonaparte. D’Antrai-gues ne fût pas mort assassiné en juillet 1812, qu'il eût figuré aux premiers rangs, chargé du portefeuille des amis de Paris, dont la politique allait triompher avec la coalition et dont les vœux allaient être comblés. « On m'a fiait donner dans un guêpier » , écrivait Moreau à sa femme. » 11 se sentit, dès l’abord, déplacé et déclassé.

Il ne s’en mit pas moins à son personnage, qui était d'égarer les Français et d’agiter l’opinion. 11 fit plus, et c’était précisément ce que les alliés attendaient de lui, il donna les conseils d’un homme qui connaissait ses compagnons d’armes, conseils trop éclairés et qui ne furent que trop efficacement suivis : « S’attendre à une défaite partout où l'empereur donnera en personne... Éviter autant qu’on le pourra d’en venir aux mains avec lui... Attaquer et combattre les lieutenants partout où on pourra les joindre. Enfin les lieutenants battus et affaiblis... réunir aux forces existantes toutes celles qu’on y pourra joindre, marcher sur lui, lui arracher la victoire, par quelques pertes qu’il faudra la payer, et ne plus lui donner de répit. « C’est tout l’esprit de la seconde campagne de 1813, aussi pénétrant et d'aussi redoutable portée contre Napoléon, que le fameux plan de Carnot le fut contre les coalisés en 1794.

Les conseils de Moreau ne portaient que trop juste, et Napoléon, pour son malheur, ne s’y prêtait que trop. Il en venait précisément à cette guerre de lieutenants que Moreau

1 Thiébaült, t. V, p, 81. déclarait si dangereuse pour lui, si favorable aux alliés. Au lieu de faire masse, et de foncer comme au temps d'Austerlitz, de Friedland, de Wagram, il s'éparpillait, voulant tout garder, et réduit à se défendre partout. Il résolut de demeurer en Saxe pour maintenir la guerre au centre de l'Allemagne et retenir les princes allemands dans la Confédération. 11 chargea Vandamme et Gouvion de s'opposer à la marche des Autrichiens sur Dresde par la Bohême. 11 chargea Oudinot de marcher sur Berlin, de s'opposer à la jonction de l'armée prussienne du nord avec l'armée de Silésie, d'inquiéter les Prussiens, de dissoudre les landwehrs, de ramener les Polonais : opérations de haute conception, mais de trop d'étendue, et trop divergentes. Par contre, les alliés s'étaient instruits à son école. Tous leurs plans ne tendaient qu'à l'envelopper, et en telle supériorité de nombre, avec de tels coups de massue, que tout son génie, serait tourné pour ainsi dire et comme réduit à néant. Ils marchèrent sur Dresde. Le 26 et le 27 août, Napoléon y livra la bataille et la gagna : ce fut, la dernière de ses grandes journées, mais une journée sans lendemain. La bataille était encore à lui, les conséquences de la bataille lui échappaient.

Durant la seconde journée, vers midi, à l'heure où le mouvement de retraite des alliés se prononçait, Moreau se tenait à cheval auprès d'Alexandre, derrière une batterie prussienne, entre deux anglais, Cathcart et Wilson. Un boulet lui fracassa la jambe gauche. Il s'évanouit et expira quelques jours après. L'événement justifia trop ses prévisions. Le 28 et le 29, Vandamme, impuissant à arrêter les Autrichiens dans leur retraite, est battu lui-même, et mis en pleine déroute, le 30 août : 82 canons et 7,000 hommes perdus ou prisonniers : c'est la bataille de Kulm. Le 29, Macdonald est battu par Blücher, autre déroute : 100 canons, 10,000 hommes perdus, le reste en débandade ; c'est la bataille de la Katzbach. Le 30 août, Oudinot battu le 23 à Grossbeeren, arrive, harassé, à Wittenberg; il a perdu 12,000 hommes. En cinq jours, Napoléon se voit privé de

100,000 hommes, de ses convois, de son artillerie; il a perdu l’offensive; son armée, toute d’entrainement, se démonte

On vit alors éclater entre l’empereur et ses généraux les querelles qui couvaient depuis des semaines et qui découvrirent, tout à coup, la plaie envenimée; scènes violentes où se déchaîna toute la grossièreté soldatesque de ces illustres parvenus, préface et présage des bruyantes défections de 1814. Des lettres de Bernadotte à Oudinot, Ney, Murat, Berthier, où il les engage à travailler pour la paix, sont révélées à Napoléon par Oudinot. Les autres, qui auraient préféré garder le secret, décidèrent alors de se rendre auprès de l’empereur. Ney seul, dit-on, entra d’abord. La discussion devint retentissante; les maréchaux se montrèrent. « Traître! » cria Napoléon à son beau-frère, et comme Berthier relevait cette apostrophe : « Et vous aussi! vieil imbécile, de quoi vous mêlez-vous? Taisez-vous! » Quelques jours après ce fut le tour de Macdonald : « Qu’avez-vous fait de l’armée que je vous avais confiée? — Sire, vous n'avez plus d’armée; il n’y a plus que des malheureux mourant de faim; allez parcourir ces montagnes, vous y trouverez vos soldats par centaines, morts de misère; vous avez tout perdu; vous n’avez plus qu’à songer à la paix. » Napoléon concentra ce qui lui restait. Le destin qu’il avait conjuré à Dresde devait s’accomplir à Leipzig.

Ges trois jours, du 27 au 30 août, qui transformèrent en défaite irréparable la victoire de Napoléon, avaient été pour les alliés des jours de cruelles perplexités. La coalition passait dès son début par la formidable épreuve dans laquelle toutes les coalitions précédentes avaient sombré : récriminations militaires, récriminations politiques, Autrichiens contre Russes, Russes contre Allemands et Autrichiens, Prussiens apostrophés par tout le monde, mais faisant front, aboyant, mordant tout le monde; les Anglais déconcertés et déjà prêts à renouer les sacs à subsides. Metternich, très troublé, pesait les responsabilités que son maître et ses compatriotes rejetaient déjà sur lui. Les trois souverains se réunirent au château de Dun, près de Tœplitz. Rien ne montre mieux le renversement des affaires. Étouffant les rivalités, l’orgueil et les soupçons, pour ne penser qu’à pourvoir ensemble au péril commun, ils tinrent bon : la déroute de Vandamme, le 30 août, leur rendit courage et leur démontra qu’ils avaient eu raison. Ce jour-là, la coalition fut scellée : puis vinrent les nouvelles des autres succès, la Katzbach, Grossbeeren; le succès final ne parut plus douteux.

Cependant les causes de dissentiment ne manquaient pas. En Allemagne, la défection des confédérés s’annonçait : à Grossbeeren, les Saxons de l’armée de Macdonald avaient passé à Bernadotte. La chute de la Confédération du Rhin ne paraissait donc plus qu’une question de semaines. Tous les alliés s’accordaient à la vouloir dissoudre; mais que ferait-on de l’Allemagne? Que ferait-on du duché de Varsovie, de Fltalie, enfin à laquelle les Autrichiens pensaient toujours. Autrefois la rive gauche du Rhin avait été conquise par les Français en Italie ; cette fois il semblait bien que l’Italie serait conquise sur le Rhin par l’Autriche.

Alexandre joua ici un personnage supérieur. C’est alors qu’il se montra vraiment le régulateur, ou comme on commençait à dire dans le jargon classique du temps, le roi des rois, l’Agamemnon de la nouvelle Iliade. Il ne perdit un instant de vue ni le dessein de règne conçu de sa jeunesse, réalité de son âge mûr : reconstituer l’Europe et prendre dans la suprématie du continent la place « usurpée » par Napoléon ; ni la revanche de ses armes, ni la vengeance de ses propres injures. Autant il s’était montré ondoyant et fugitif lors de l’alliance de Tilsit — parce que, au fond, il ne voulait pas, il n aimait pas sa propre politique, politique de masque et de passage, autant depuis Moscou on le vit résolu, suivi, voulant ses actes, marchant à son but, qui était la destruction du Grand empire, de l’empire d’Occident et la déchéance de Napoléon : lui ou moi! jusqu’aux extrémités accessibles, jusqu’au bout, c’est-à-dire jusqu’à Paris. Sa pensée persistante était de pousser la lutte «jusqu’au dernier résultat », de « poursuivre la guerre à outrance ; de ne pas transiger avec un ennemi perfide ; de détruire ses armées, de renverser son pouvoir 1 » ; il estimait que « le temps ne pouvait qu'offrir aux alliés des chances plus heureuses et décider, à leurs propres yeux, leur supériorité» II planterait la croix à deux branches dans la métropole de l’Occident, la cité sacrée de la Révolution, la ville des régicides, de la Convention, du sacre impérial; il dominerait la France, cette Pologne des Latins. Il donnerait des institutions au pays de Montesquieu et un roi à la Révolution. Les destinées couvées par lui depuis Tilsit allaient s'accomplir ; l'heure arrivait de dévoiler son génie, l'heure où le politique inconnu et caché sous le chimérique, l'indécis et le rêveur, dont il n'avait découvert, un jour, le secret qu’à samère1, allait sortir de sa nuée et se révéler au monde. Il sut, de loin, charmer et gagner les Français, répétant et faisant répéter sans cesse qu'il séparait de la cause de Napoléon la cause de leurs libertés et celle de leurs frontières : propos politique simple et profond, qui devaient avoir et eut pour premier effet de leur faire considérer comme l'approche du libérateur l’invasion des alliés vers la frontière française, qu’à l’inverse de toutes les invasions, celle-là aurait pour objet de respecter et de garantir. 11 sut dans les crises décider l'aventure en se portant aux avant-gardes, où le Prussien Blücher, infatigable et insatiable, avançait toujours prêt à sonner la charge. Enfin et surtout il dicta les traités très politiques dressés sur le modèle qui avait prévalu à Kalisch, et qui tous tendaient à cet objet : réserver les disputes en réservant les prétentions de chacun sur les conquêtes communes. Prenons d'abord, chacun ensuite reconnaîtra ses prises !

Le 9 septembre, deux traités identiques quant au fond, et presque identiques dans la forme, furent signés à Tœplitz, entre la Russie et l'Autriche, la Russie et la Prusse *. Ils confir-

1 Russie, t. XXXI. Aperçu, p. 360, 395, 400-401.

1 Voir t. VII, p. 177, 309-310.

3 Russie, t. XXXI. Aperçu, Reprise des hostilités, p. 334. — Mabtens, t. III. Notice sur le traité avec l'Autriche, et texte des articles ; t. VII, notice sur le traité avec la Prusse, Tœplitz, 9 septembre 1813.

maient les traités déjà conclus soit par la Russie soit par la Prusse : « Elles n'entendent point porter la moindre atteinte aux engagements antérieurs et particuliers, également défensifs, qu'elles ont contractés avec leurs alliés respectifs », c’est-à-dire, la Russie avec la Suède en 1812, avec la Prusse, à Kalisch, avec l'Angleterre à Reichenbach, la Prusse avec l'Angleterre, également à Reichenbach *. Les traités de Tœplitz renouvelaient et précisaient encore la formule de n'entrer « en négociation pour la paix que d'un commun accord ». Les alliés se promettent de la manière la plus solennelle de n'écouter aucune insinuation ou proposition qui leur serait adressée, directément ou indirectement, par le cabinet français, sans se la communique réciproquement4 ». Elles déterminent, comme objet de leurs efforts communs, en des articles séparés et secrets, en première ligne, les quatre points suivants :

1’ La reconstruction de la monarchie autrichienne et de la monarchie prussienne sur l'échelle la plus rapprochée de celle où elles se trouvaient en 1805.

2’ La dissolution de la Confédération du Rhin et l'indépendance entière et absolue des États intermédiaires entre les frontières des monarchies autrichienne et prussienne, reconstruites d'après l’échelle mentionnée ci-dessus, et le Rhin et les Alpes de l’autre.

3e La restitution à la maison de Brunswick-Lunebourg du Hanovre et de ses autres possessions en Allemagne.

4* Un arrangement A l’amiable entre les trois cours de Russie, d’Autriche et de Prusse sur le sort futur du duché de Varsovie.

Elles y ajoutent pour donner à ces dispositions « toute la précision désirable » , ces articles additionnels :

Ie La restitution des pays qui ont été réunis à la France sous la dénomination de la 32* division militaire ;

2e Celle des provinces et pays d’Allemagne possédés par des princes

Ce sont les conditions des notes du 16 mai, celles de Reichenbach, les conditions réelles de Prague. Restait à y donner

1 Voir ci-dessus, p. 134.

1 Article IV des articles secrets des deux traités, identiques.

« la plus grande étendue » et à y ajouter, selon la note russe du 19 juin, des « barrières puissantes contre la France 1 » On s’en préparait les moyens :

L'article II séparé et secret portait :

Les hautes parties contractantes n’entendent aucunement préjudicier par l’article précédent [les quatre points] aux engagements qu’elles peuvent avoir contractés avec d'autres puissances dans le sens du but qu’elles se proposent.

Il y en avait avec la Suède, il s’en pouvait découvrir avec l’Angleterre qui définiraient justement cette « plus grande étendue » du traité de paix, et c’était un moyen d’amener sur le tapis la Hollande, la limite de l’Escaut, la Belgique, la rive gauche du Rhin, l’Italie, dont il ne serait pas question dans les bases préliminaires.

Metternich ne laissait pas de tirer quelque vanité procédurière de l’élégance insidieuse de ces « formes » . Il écrivait à Hudelist, à Vienne, où il faisait l'intérim des affaires étrangères : « J’y ai si bien tenu la main, que, dans la plus large mesure, nous paraissons modérés, et que j’ai fait placer les seuls articles qui concernent la France directement dans une convention secrète, qui n’est connue que des trois cours®. »

L’Angleterre trouvait ses convenances dans l’article relatif au Hanovre. Elle signa, le 20 septembre, à Londres, avec la Russie et la Prusse, une conventon relative à l’émission du papier-monnaie et aux subsides8. Ces arrangements furent complétés par un traité préliminaire d’alliance conclu à Tœplitz, le 9 octobre, entre l’Angleterre et l’Autriche : il contenait la clause exclusive de négociations, conventions et traités autrement que d’un commun accord4.

Dans le même temps, le 8 octobre, Metternich, mena à terme un accommodement presque aussi important à ses yeux : la défection de la Bavière 6: «La Bavière se dégage des liens de

1 Cf. ci-dessus, p. 116, 138-139.

1 Focrnier, Der Congress von Chatillon, p. 7, note.

’ Martews, t. XI, p. 189.

4 Article IV. Angeberg. Le Congrès de Vienne et les traités de 1815.

4 Mafters, t. VII, p. 115.

la Confédération du Rhin, et elle joindra immédiatement ses armées à celles des puissances alliés. » L'Autriche lui garantit : « la jouissance libre et paisible ainsi que la souveraineté pleine et entière de tous ses États >», sauf rectifications de frontières avec indemnités. Le traité assigne comme objet à la guerre : « la dissolution de la Confédération du Rhin et l'indépendance entière et absolue de la Bavière, de sorte que, dégagée de tout lien et placée hors de toute influence étrangère, elle jouisse de la plénitude de sa souveraineté 1 ». Ce traité devait procurer la défection des autres confédérés. L'amorce, c'était la garantie de leurs possessions acquises des mains de Napoléon pour prix de leur défection au Saint-Empire; c’était la garantie de leur souveraineté pleine et entière, qui ruinait, en son germe, tout projet de reconstitution du Saint-empire et de réduction des « trente petits despotes, au rôle de gouverneurs de provinces. » Metternich attribuait à cet article une importance capitale. Déjà les mots indépendance entière et absolue des États, insérés dans les articles secrets de Tœplitz, sans que Hardenberg y eût suffisamment pris garde, préjugeaient la question. L'arrangement du 8 octobre en faisait désormais une question autrichienne.

Alexandre éperonnait Bernadotte, qui décidément se ménageait trop et opérait trop à côté de la coalition. Le boulet de son ami Moreau ne le tentait point, et c'était une autre fin qu’il se proposait avec les Français. « Il a entrepris la guerre, écrivait Münster quelques semaines après, dans l espoir que ses anciens camarades, les généraux français, abandonneraient le Corse pour se joindre à lui. L’idée de se faire roi de France le possède. Ne réussissant pas à renverser son ennemi personnel, il voudrait pourtant ne pas combattre les Français, afin de conserver parmi eux sa popularité supposée. Il ménage les Suédois pour se conserver une retraite honorable et parait se soucier peu du sort des autres. » Pozzo di Borgo, qu'Alexandre avait dépêché près de lui, écrivait, le

1 Ouckex, t. II, p. 698; id. liv. IX, ch. vu : reconstitution de l’Allemagne. Voir ci-après, p. 197.

7 septembre : « L’idée du prince de se montrer aux Français comme leur libérateur futur prend tous les jours plus d’empire sur son imagination... Tous ses discours, toutes ses démarches tendent visiblement à ce but. » Sur le champ de bataille de Grossbeeren, couvert de cadavres français, il dit à Pozzo : a La France est au plus digne ! » Sur quoi, le Corse, ironique : « Alors elle est à moi! » Et, peu de temps après, à Roche-chouart, chargé de lui porter le cordon de Saint-Georges et de l’animer à l’offensive : — « Entendez-vous, mon ami, qui est-ce qui aurait dit, il y a vingt ans au pauvre sergent Ber-nadotte : Tu seras traité de Monsieur mon frère et ami par l’empereur de Russie, l’empereur d’Autriche et le roi de Prusse? » Il prit le cordon de Saint-Georges : — « Cela m’honore infiniment; je suis à la vie et à la mort avec l’empereur Alexandre. » Mais, comme Rochechouart le pressait de marcher : « Entendez-vous bien, mon ami; il faut beaucoup de prudence dans ma situation; elle est si délicate... Outre la répugnance bien naturelle que j’ai à verser le sang français, j’ai ma réputation à soutenir. Je ne m’abuse pas : mon sort tient à une bataille ; si je la perds, je demanderai un écu de six francs à l’Europe, personne ne me le prêtera... Si je pouvais ne m’en prendre qu’à Napoléon, ce serait bientôt fait. Bonaparte est un coquin, il faut le tuer; tant qu’il vivra, il sera le fléau du monde; il ne faut plus d’empereur, ce titre n’est pas français; il faut à la France un roi, mais un roi soldat; la race des Bourbons est une race usée qui ne remontera jamais sur l’eau. Quel est l’homme qui convient mieux que moi aux Français? »

Il se réservait. Cependant, il lui fallut bien s’exécuter; Napoléon, lui déclara la guerre, le 14 octobre. Bernadotte opéra sa jonction avec l’armée de Silésie.

Napoléon enveloppé par les alliés, donna la bataille le 16 et le 17 octobre à Leipzig : bataille gigantesque, que les Allemands ont appelée la bataille des nations. Le 18, cette bataille était perdue : les Bavarois avaient fait défection le 14; les Saxons passèrent aux alliés le 18, au milieu même de la l’action. Sur quoi ce cri de colère et de désespoir retentit dans les rangs français : « C'est le canon de Bernadotte ! » Bernadotte consomma la déroute. Car ce fut « la hideuse déroute » ; l’armée de conscrits, estropiée, éreintée, ruinée, ne se tient plus; l’exaltation est tombée, le moral perdu.

Le 17, Napoléon disait au général autrichien Merveldt, prisonnier, qu’il renvoya sur parole 151 : «Cette guerre durera-t-elle toujours! 11 serait bien temps de la finir une fois. — Sire, c’est le vœu général et la paix est dans les mains de Votre Majesté. Il eût dépendu d’elle de la conclure au congrès de Prague. — On n’était pas en bonne foi, on a finassé... « Puis poussant droit au fait qu’il soupçonnait sous ces « finasseries » : — « Pourquoi, reprit Napoléon, n’accepte-t-on pas la proposition de négocier! Vous voyez bien que l’Angleterre ne veut pas la paix! » Merveldt assura le contraire. « Eh bien! dit l’empereur, que l’Angleterre me rende mes îles, et je lui rendrai le Hanovre. Je rétablirai les départements réunis et les villes hanséatiques. — Je crois, sire, qu’ils tiendront à l’indépendance de la Hollande. — Eh bien, il faudrait s’entendre sur cette indépendance, mais cela ne sera pas facile avec les principes maritimes de l’Angleterre. — Ce serait une résolution généreuse et un grand pas vers la paix... Je me rappelle que Votre Majesté m’a dit anciennement qu’il était nécessaire pour le repos de l’Europe que la France soit séparée, par une ceinture de petits États indépendants, des autres puissances. Que Votre Majesté revienne à ces principes qu’elle avait conçus dans des moments de calme et de réflexion, et elle assurera le bonheur de l’Europe. » L’empereur ne contesta pas. Il se fit un moment de silence, que Napoléon rompit par cette observation : « Mais tout cela ne nous amènera pas à la paix. Comment négocier avec l’Angleterre, qui veut m’imposer de ne pas construire plus de trente vaisseaux dans mes ports! —Les Anglais, sire, croient tellement cette conduite inadmissible, qu’ils n’ont pas osé l’articuler jusqu'à présent. » Et l'ingénieux Autrichien en prit thème pour insinuer un article dont on n'avait pas encore parlé à Napoléon et qui était, en 1813, comme en 1797 et en 1801 l’article essentiel pour l’Autriche, l'Italie. « L’Angleterre, dit-il, ne peut se cacher qu’avec l'étendue des côtes que Votre Majesté possède depuis l'Adriatique jusqu'à la mer du Nord, elle (Votre Majesté) aurait, d'ici à quelques années, une marine double ou triple de la sienne... Gomment obvier à cette supériorité prochaine, si ce n’est en fixant le nombre des vaisseaux qui pourraient être construits dans les ports de France, à moins que Votre Majesté ne revienne aux stipulations qu elle a établies elle-même en se plaçant à la tête du gouvernement de [Italie, à savoir de vouloir rendre [indépendance à ce pays à la paix continentale et générale? » Ce n'était point précisément le texte, c’était encore moins l’esprit de l’engagement. » Dans aucun cas, avait écrit Napoléon, je n'ai le projet ni l'intention de réunir à la couronne de France celle d’Italie; » il la destinait, «à un de ses enfants légitimes, mâles, soit naturel, soit adoptif1 » ; mais il la garderait » tant que la Méditerranée ne sera pas rentrée dans son état naturel ». C’est ainsi qu'il comprit, et il ne pouvait pas comprendre autrement, l'insinuation de Merveldt, et c’est en ce sens qu’il ajoute, convenant que cette condition serait plus admissible que la limitation du nombre des vaisseaux : « Dans tous les cas, je n’entendrai au rétablissement de l’ancien ordre de choses en Italie. Les pays réunis sous un même souverain conviendraient A un système général de politique en Europe « . Il voulait dire : un prince français, de sa main. Mais l'Autrichien, qui connaissait peut-être les articles de Tœplitz, et qui dans tous les cas n’ignorait pas que l'Italie formerait le lot et la récompense de son maître, donnait à la proposition un sens bien autrement étendu, c’est-à-dire la renonciation pure et simple de Napoléon à l'Italie et l’attribution du royaume entier et des départements français,

1 Voir t. VI, p. 427-429. Décret et discours au Sénat, 18 mars; à l’eniperear d’Autriche, 17 mars 1805.

en partie, au moins, à l’Autriche. On passa au duché de Varsovie : « Votre Majesté y a renoncé, je suppose? — Oui, je l’ai offert, et on n’a pas trouvé bon de l’accepter. — L’Espagne pourrait encore être une pomme de discorde. — J’ai été obligé d'abandonner l’Espagne; cette question est donc décidée par là. » Il parla d’armistice; il se placerait derrière la Saale. Merveldt ne lui cacha pas que les alliés espéraient - le voir passer le Rhin, cet automne encore » . — Pour cela, il faut que je perde une bataille.... » Il avait dit encore : « Je ferai des sacrifices, de grands sacrifices même, mais il y a des choses auxquelles mon honneur tient et dont surtout, dans ma position, je ne saurais me départir, par exemple, le protectorat de l’Allemagne. »

L’Allemagne, après avoir abandonné Napoléon, se levait contre lui. En 1799, Macdonald avait évacué l’Italie au milieu d’un a torrent d’insurrections 152 » ; c’est ici un déluge qui monte de tous côtés, autour de la chaussée défoncée par où l'armée française, dans la boue et la pluie, s’écoule vers le Rhin, harcelée par les ennemis, réprouvée parles populations, qui, n’ayant plus peur, deviennent hostiles; toute la lâcheté des grands, toutes la servilité des humbles qui, depuis 1795, ont aplani les chemins de la conquête, se retournent en trahisons, insultes et basses vengeances sur les vaincus. Les soldats, désespérés, crient la faim, la misère, la fièvre, comme à Leipzig, à Macdonald : Monsieur le maréchal, sauvez vos enfants *! « Les maréchaux, frondeurs depuis le commencement de la guerre, récriminaient brutalement. Comme le duc de Tarente demandait au duc de Castiglione l’explication d’un ordre de l’empereur : « Est-ce que le b... sait ce qu’il fait! * répondit le duc de Castiglione. » N’avez-vous pas remarqué qu’il avait perdu la tête! Le lâche, il nous abandonnait, nous sacrifiant tous, et me croyez-vous assez bon ou assez bête pour me faire tuer ou me faire pendre, pour un faubourg

m    LA CHUTE Dü GRAND EMPIRE. — 1813.

de Leipzig? Il fallait faire comme moi, vous en aller! »

Le 23 octobre, ils arrivent à Erfurt, tâchant de rassembler les fuyards, de les réconforter. Il y avait été formé des magasins; on les pilla. En maréchal se rendait au château pour prendre les ordres de Napoléon, en vue d'occuper une position qui couvrirait la ville. Il rencontra Murat. « — F... ! lui dit ce roi, trouvez la mauvaise; autrement il achèvera de se perdre avec nous. » — « Que voulez-vous que j’y fasse? disait l’empereur au même maréchal; je donne des ordres et l’on n’écoute plus. J’ai voulu réunir tous les équipages, personne n’est venu. »

Murat s’était livré. Le 16 octobre, après la première journée de Leipzig, un émissaire de Metternich lui apporta ces propositions : l’Angleterre, d’accord avec l’Autriche, s’engagerait à lui faire obtenir la renonciation du roi Ferdinand au royaume de Naples ; elle lui garantirait ce royaume et son indépendance, elle lui procurerait même, par surcroit, certains avantages, pourvu qu’il quittât l’armée française et n’envoy&t pas de troupes au secours du vice-roi d’Italie. « Je me décidai sur le champ, raconte Murat, de demander à l’empereur de retourner à Naples1. » Cependant, soldat dans l’âme, il combattit à Leipzig, vaillamment, à son habitude, et contribua à couvrir la retraite.

C’est dans cet Erfurt, où cinq ans avant il tenait ses assises impériales et sa cour de rois, donnait en spectacle au monde l’accolade d’Alexandre et le « bienfait des dieux « , conviait à son banquet ces alliés anjourd’hui acharnés à sa curée; dans cet Erfurt maintenant cimetière de son armée, tombeau de son prestige, que Napoléon vit pour la dernière fois son beau-frère. Ce roi retourna à Naples comme il en était venu ; l’impossibilité pour lui « de rester dans une incertitude quelconque ». Il voyait sa couronne — sa part de prise — suspendue à un fil que tenait Metternich. Désormais il appartenait à cet homme. « Je montrai à Napoléon... une décision si ferme pour ce

1 Déclaration de Murat à l'envoyé autrichien à Naples. Rapport de Mier, 16 décembre 1813. Wkil,

parti — retourner à Naples, — que je lui arrachai son consentement, et, sans perdre de temps, je me sauvai, de crainte qu'il ne le révoquât. Nos adieux n'ont pas été trop cordiaux 153 154 155. ”

Jérôme cependant évacuait Cassel. Avant même que la bataille eût décidé de son sort, il pensait à s’en aller. Le

Napoléon reprit sa retraite calamiteuse. Le 29, àHanau, les Bavarois essayèrent de lui barrer la route. L’armée fit face. Comme la garde n’arrivait pas : a Nous sommes f.....!

s’écria Macdonald, si elle n’arrive point promptement. — Je n’v puis rien » , répondit Napoléon. Il était impassible, indifférent, assistant à sa propre catastrophe comme naguère en Russie, comme plus tard à Waterloo. Le 31 octobre, il atteignit Francfort, le 2 novembre Mayence. Les Français avaient abandonné la rive droite du Rhin et se repliaient sur la rive gauche : ils en revenaient aux positions de 1799.

Il

Metternich fut fait prince et Blücher en même temps passa maréchal : celui qui avait frappé le plus juste, et celui qui avait frappé le plus fort. Ges hautes récompenses appelaient, par contraste, l’exemple et le châtiment. Le roi de Saxe se vit traité par ses « frères » comme le pape Pavait été par F « usurpateur » : il fut emmené en captivité à Berlin et ses États furent mis sous séquestre. Les alliés, qui prétendaient supprimer l’ouvrage de la Révolution française, remontaient, comme naturellement, au temps des partages de la Pologne, au temps où Stanislas Poniatowski fut transporté en Russie avec son trône; l’ex-roi mis aux invalides et l’ex-trône au cabinet de curiosités.

Metternich soupçonnait depuis longtemps et discernait désormais clairement les desseins d'Alexandre : il se ferait roi de Pologne ; la Saxe compenserait aux Prussiens Posen et Varsovie qu’on ne leur rendrait pas. La reconstitution d’une Pologne entre les mains d’Alexandre emportait la renonciation de l'Autriche à la partie de la Gallicie cédée en 1809 et peut-être l’échange forcé du reste. Quelles compensations lui seraient attribuées? La Gallicie était une bonne conquête, bien accrochée à la monarchie, et qui fournissait de bonnes recrues. Mais cet échange paraissait peu de chose à côté du péril d’une Russie débordant aux portes de l’Allemagne, pesant, sans contre-poids, sur l’Orient. Que servirait d’avoir secoué la suprématie de Napoléon, si Fon y substituait celle d’Alexandre, avec la Prusse à Dresde, au cœur de l’Allemagne, menaçant Vienne, prétendant à l’Empire?

Le mouvement révolutionnaire des Allemands épouvantait Metternich, après l’avoir, dès l’abord, offusqué. Il comptait que les souverains seraient en mesure de l’étouffer, après en avoir animé et exploité la flamme. Victorieuse de la France, l'Allemagne retomberait sur elle-même et s’écraserait de son propre poids, ainsi qu’il était de tradition. Les Allemands, un instant unis contre » l’ennemi héréditaire «, se disputaient déjà sourdement entre eux sur l’attribution qu’ils feraient de leur propre patrie, délivrée par leurs peuples. Stein156, préconisait un grand empire, avec une diète élue et un empereur puissant, les princes secondaires réduits au rôle de gouverneurs de provinces. Hardenberg pensait à un partage delà suprématie entre l’Autriche et la Prusse. Metternich répugnait à l’une et à l’autre combinaison : point d'empire, l’Autriche n’admettant point un Hohenzollern empereur allemand et jugeant la couronne désormais trop lourde pour les Habsbourg. Il ne consentait point non plus au dualisme suggéré par les Prussiens : c’eût été la rivalité à l’état permanent. Ce qui convenait à l’Autriche, c’était tout simplement une Confédération du Rhin démarquée sous le nom de Confédération germanique, où la Prusse entrerait pour sa portion congrue, où l’Autriche exercerait l’hégémonie que Napoléon s’était attribuée en 1806. Les princes confédérés, maintenus dans leurs possessions, heureux d’avoir tiré de tant d’épreuves l’objet de leurs ambitions traditionnelles : arrondissements et autonomie, en seraient reconnaissants à l’Autriche, qui leur garantissait ces biens. Ils lui constitueraient une clientèle et lui assureraient un appui intéressé, à la fois contre les empiétements de la Prusse et contre les revendications révolutionnaires des peuples. D’où l’importance que Metternich attribuait à son traité avec la Bavière, pierre d’attente de l'édifice futur, et aux traités qu’il ménageait, aux mêmes conditions, avec les autres Allemands *.

Il trouvait chez nombre de Russes des dispositions favo-râbles. La plupart, grands railleurs de la Prusse et de son roi, jugeaient opportun de rabaisser la jactance et de refréner la gloutonnerie prussiennes. « L’intérêt de la Russie, écrivait un diplomate russe, paraît exiger que l'Allemagne devienne une masse assez lourde pour ne pas se pénétrer de l'ambition des conquêtes, en conservant toutefois une attitude assez imposante pour repousser les attaques du dehors L » Il suffisait qu'on les unit, pour le dehors, contre la France, et il convenait que, dans l'intérieur, ils restassent divisés. Alexandre n'en méconnaissait pas l'avantage, et maintenant qu'à l'appel de Koutousof et sous l'éperon de Stein, l'Allemagne s'était enregimentée, qu'il en avait tiré tout ce qu'il en attendait, il inclinait, pour le reste, à laisser les rêves s’évanouir en promesses et belles paroles. Il adhéra au traité qui garantissait la souveraineté à la Bavière1.

11 était plus malaisé de contenir l'avidité prussienne, tournée sur la Saxe. En cette affaire, Metternich ne pouvait rien attendre de la Russie, non plus que sur l’article de la Pologne. Il chercha un appui de côté des Anglais, qui n'étaient pas plus intéressés que l'Autriche à établir la suprématie russe sur l'Europe. La conduite de l’Autriche à Prague avait levé les préventions des Anglais. Metternich s'efforça d'obtenir la confiance et d’établir l'entente dès l’arrivée du nouvel ambassadeur près l'empereur François. Lord Aberdeen, âgé de trente ans à peine, était au jeune seigneur de haute naissance, de grande fortune, de belle tenue; à défaut de l'expérience des affaires qui lui manquait entièrement, il possédait le calme, la réserve, jusqu'à la froideur déconcertante, a Un jeune ours mal léché » , déclara Metternich au premier abord. Il revint très vite de cette impression ; mais les entretiens étaient assez malaisés : Aberdeen ne savait pas l'allemand, Metternich parlait à merveille le français, mais Aberdeen, qui ne l’entendait pas très bien, le parlait avec difficulté; Metternich entendait l'anglais et le parlait peu : ils furent contraints

1 Mémoire d’Alopeus, octobre 1813. Mabtemb, t. III.

1 16 novembre 1813* Mabtbrs.

de converser en deux langues, Aberdeen usant de la sienne et Metternich s'exprimant en français. Il jugea le lord loyal, bien intentionné envers l'Autriche, avec un certain arrière-fond chevaleresque d'admiration pour Napoléon, de sympathie pour l'armée française, bien rare en cette profession, surtout en Angleterre. Metternich pouvait en tirer parti contre l’ardeur enragée des Prussiens et l'entêtement glorieux d’Alexandre. Stadion, qui fréquenta Aberdeen peu après, au congrès de Chàtillon, plaint doucereusement « son innocence diplomatique n . C’était sans aucun doute une qualité aux yeux de Metternich, et il ne laissa pas, dès qu'il s'en aperçut, d'en tirer avantage.

11 l'entreprit à Prague, à Tœplitz, et plus d'une fois, durant la route qu'ils suivaient en commun vers le Rhin 1. Il le trouva dans les dispositions qu'il souhaitait. — Il faut, lui disait-il, restreindre la puissance de la France, mais pourquoi se refuser à toute négociation? II serait bon de négocier, ne fût-ce que pour rejeter sur Napoléon l'odieux de la prolongation de la guerre. Au fond, une bonne paix est le but de cette guerre.

Lorsque Merveldt rapporta la conversation que Napoléon avait eue avec lui le 17 octobre, Metternich y vit un amorce. Si l'on pouvait atteindre, par ce procédé, l'objet fondamental de la guerre, ce serait une faute de ne s'y point arrêter, pour le vain plaisir de détrôner Napoléon et de réorganiser le gouvernement de la France. En Angleterre, les gouvernants, depuis 1804, surtout depuis le traité d'avril 1805, n'avaient pas changé d'avis sur cet article 1 : la déchéance de NapoléoQ leur garantirait seule la paix qu'ils voulaient, la paix dans les anciennes limites. Mais cette déchéance et surtout l'établissement d'une monarchie restaurée, ils ne pouvaient les donner ostensiblement comme objet à la guerre. Le Parlement, encore que très acharné contre Napoléon, n'eût pas admis que la guerre se prolongeât pour une intervention dans les affaires intérieures de la France, lorsque l'objet essentiel,

1 Mabtbhs, t. XI. Notice sur une note de Nesselrode, 5 février 1814. — Gf. Europe et dévolution t. VI, p. 371, 418-419.

la frontière serait atteint. Il fallait donc manœuvrer en secret contre l'empire et l'empereur, et les ministres ne s'en firent point faute, mais ils ne pouvaient refuser ouvertement d’entamer des négociations, au moins de pure forme.

Or, ni Metternich ni son maître ne songeaient alors à détrôner Napoléon. C'est ici que, chez François, les « entrailles d'État » s'accommodaient avec le cœur. Les Bourbons, en deuil de Marie-Antoinette, ne souriaient nullement au père de Marie-Louise. Un Napoléon vaincu, humilié, refoulé dans les anciennes limites, réduit à l'impuissance, acculé, très vraisemblablement à quelques constitution qui briderait son pouvoir, un Napoléon « époux et gendre », et cette fois, au vrai, successeur et neveu de Louis XVI, voilà ce qui convenait à la maison d'Autriche 157. Ajoutons que de toutes les combinaisons, celles de Bernadotte vice-roi ou lieutenant général de la Russie, était celle qui lui convenait le moins. Si la France avait besoin d'une tutelle, l'Autriche belle-mère et grand'-mère, paraissait tout indiquée. Napoléon n'était ni invulnérable ni surtout immortel, la guerre offrait des hasards; une régence, sous la haute main de Metternich, réunirait tous les avantages : le droit, les a principes » et la politique : donc, négocier la paix avec Napoléon, tout en continuant de le presser par la guerre ; le contraindre aux derniers sacrifices : la paix à la discrétion des alliés, l'abdication en faveur de son fils, ce qui couperait court aux visées d'Alexandre, et arrêterait sa marche triomphale sur Paris. Les Français devant la paix à Marie-Louise et à Napoléon II, la régence en profiterait, le moment venu, et voilà, du coup, l'Autriche portée à cette hégémonie de l'Europe qu'ambitionnait Alexandre. Le fin de cette combinaison consistait à y associer les Français, à exciter un mouvement d'opinion en France et à forcer, par les Français mêmes, la main à Napoléon.

Metternich connaissait de longue date, il avait suivi de très près et entretenu les dispositions des amis de la paix et des

u amis de F Autriche » à Paris *. Plus que jamais, il croit pouvoir compter sur Talleyrand. Il se flatte de trouver en lui le collaborateur qu'il lui faudra, pour installer la régence et la conduire ensuite à l’autrichienne. Il est instruit des vues de Talleyrand sur la paix, et ce sont précisément celles qu'il veut faire prévaloir. Il aura plus de mal à y gagner les Français. Il y parviendra par des jeux de perspectives habilement gradués.

«Connaissant à fond l'esprit public en France, raconte-t-il, j'étais convaincu que pour ne pas l'aigrir, pour lui présenter plutôt un appAtqui serait saisi, on ferait bien de flatter l’amour-propre national et de parler, dans la proclamation, du Rhin, des Alpes et des Pyrénées, comme étant les frontières naturelles de la France... Dans le but d'isoler encore davantage Napoléon, et d'agir en même temps sur l'esprit de l'armée, je proposai, en outre, de rattacher à Vidée des frontières naturelles roffre des négociations immédiates *... » D'ailleurs et en même temps, il proposerait « de porter la guerre sur l'autre côté du Rhin, au cœur de la France. » On verrait l'effet que produirait l'invasion sur l'esprit du peuple, on serait nanti et l'on demeurerait maître de donner aux propositions, en cas de congrès, et selon les occurrences de la guerre, plus ou moins d'étendue, car on négocierait en marchant : dans aucun cas, il ne serait accordé d'armistice. Si Napoléon accepte les bases qu'on lui présentera et si la guerre tourne à l'avantage des alliés, ils feront à leur gré, reculer la frontière, par le jeu même de la négociation engagée avec plus ou moins d'équivoque sur les limites des Pyrénées, des Alpes et du Rhin. La base se déplacera avec le terrain de la négociation et la personne même des négociateurs. Si Napoléon, qui ne sera certainement pas pris à la supercherie, refuse, il est perdu dans l'opinion. Son refus est dénoncé au public, et le public ne lui pardonnera pas* Le procédé est classique : les alliés en ont déjà fait l'expérience *; il réussira contre Napoléon, comme

1 Cf. t. VII, p. 27*, 331, 333, 334, 336,469.

’ Mémoiret, t. I, p. 171, î6î.

’ Cf. t. VI, p. 508.

jadis contre Louis XIV, et plus sûrement, Napoléon ne possédant que le prestige personnel, sans la tradition dynastique *.

L'empereur François approuva ce plan qui « réservait la plus large part aux événements » . Le plus difficile était d'y amener Alexandre.

Metternich lui représenta qu'il ne serait point fait d' « ouverture » en forme, que l'on ne présenterait les bases que d'une façon non officielle et à titre d'indication officieuse en vue df une négociation préliminaire ; que, cependant la guerre continuerait et que l’on resterait maître d’élever les exigences. Mais, objectait Alexandre, ainsi que naguère aux quatre points : « Si Napoléon, confiant dans les hasards de l’avenir, prenait une résolution prompte et énergique et acceptait cette proposition afin de trancher ainsi la situation? » Metternich répondit — et c'était sa conviction

Alexandre savait, d'ailleurs, que l'on ne s'engageait à rien, car la négociation ne pouvait s'ouvrir et la paix définitive se conclure que du consentement de l'Angleterre. C'était, au fond, revenir à l'esprit et aux gradations du traité d'avril 1805, ce vade mecum du tsar. Il se rendit, mais non sans poser ses réserves, dont la principale était l'assurance que Napoléon n'accepterait pas : a Répugnant à l'idée d'agiter avant le temps une question d'autant plus délicate — la déchéance de Napoléon

1 11 faut se reporter encore, en cette rencontre, aux négociations de 1709, si lumineuses par le reflet. Le duc du Maine écrit le 3 juin 1709 à Mme de Mainte* non... « Sous ombre de parler de paix, ils n'ont songé qu'à mieux asséner le coup mortel qu'ils nous préparent depuis longtemps. »

* C'est le cœur des Français pour leur maître qu'il faut que le roi fasse revenir. Ce cœur et ces entrailles du peuple..• il les a possédés tant qu'il a été connu par lui-même, et il a été le plus grand roi du monde, ses conquêtes n'ayant eu pour bornes que sa propre volonté... Or.., ce peuple a cru être sacrifié au désir immodéré qu'avait son roi d'étendre ses frontières... Ils (les Français paraissent avoir épousé les discours de nos ennemis, qui publient, pour rendre notre aimable maître odieux aux nations, qu'il aspire à la monarchie universelle... » De Bois-lile, Saint-Simon, t. XVII, appendice X.

d’un de ses plus intimes alliés », l’empereur François, craignant que s’il s'opposait à toute négociation, l’Autriche et peut-être la Prusse ne renonçassent à la marche en avant ; « renfermant dans son cœur le secret de la paix », et subordonnant toutes les transactions avec ses alliés à son objet réel, qui était de « les entraîner avec lui sur la rive gauche du Rhin r , il prévoyait * qu'à mesure que les événements se prononceraient en faveur des cours coalisées, elles seraient facilement disposées à hausser leurs prétentions; que, d’après cela, les conditions de la paix devenant plus onéreuses pour le cabinet des Tuileries, celui-ci en serait d'autant moins accessible aux conseils de la prudence ; enfin que le sort des armes pourrait seul faire naître des combinaisons assez décisives pour amener la chute de Napoléon158 » . Puis, assuré qu'il ne se liait point les mains ni ne se détournait des voies qu'il s'était prescrites, il donna licence à Metternich.

Ce ministre trouva sous sa main l'homme dont il avait besoin pour remplir l'emploi de « messager » dans la tragi-comédie de haute intrigue qu'il préparait. C'était le baron de Saint-Âignan, ministre de France à Weimar, beau-frère de Caulaincourt, qui passait pour subir, comme lui, l’influence de Talleyrand; homme du monde et diplomate de carrière, possédant précisément la dose de « sérieux » et de fatuité qu'il fallait pour être dupe des uns, et, sans le vouloir, duper les autres.

11 fut pris à Weimar, le 24 octobre, et emmené prisonnier, à la suite de la chancellerie coalisée. Metternich, qui le connaissait, l'entreprit le 26 octobre, en propos vagues et généraux sur la paix et sur le tort que s'était fait Napoléon en refusant de comprendre et de suivre ses conseils *. « L'empereur, lui dit-il, se fait illusion depuis deux ans. Il a cru faire la paix à Moscou; ensuite, il s’est persuadé qu'il la ferait à Dresde et que nous ne pourrions lui faire la guerre. Maintenant qui peut calculer les suites de cette campagne? Nous voulions sincèrement la paix ; nous la voulons encore et nous la ferons; il ne s'agit que d'aborder la question franchement et sans détour... Le duc de Vicence sait qu'il y a entre nous, sous le sceau du secret, un écrit qui pourrait faire conclure la paix en soixante heures1. L'empereur Napoléon l'a accepté à deux articles près. Il a fallu déclarer la guerre... Dans une conversation de neuf heures avec l'empereur, je la lui avais annoncée cinq fois, mais rien ne pouvait le lui faire croire. » Metternich exprima la crainte que le caractère de l’empereur Napoléon ne fût un obstacle à la paix; qu'alors ce serait une guerre désastreuse;... que l'Allemagne aurait, par elle-même et d'un mouvement spontané, 300,000 hommes de plus sur nos frontières ;... « que les Allemands étaient un peuple doux, honnête et éloigné de toute violence; que ce peuple n'était en révolution que parce que l'empereur Napoléon l'avait froissé, n'avait rien fait pour lui et avait exaspéré les souverains... « 11 ajouta que « l'Angleterre était bien plus modérée qu'on ne pensait », mais il eut soin d'insinuer l'indépendance de la Hollande. II se garda bien de confier à Saint-Aignan le secret de la paix en soixante heures : les propositions communiquées alors à Gaulaincourt s'éloignaient trop de celles que Metternich entendait poser désormais. Il suffirait d'avoir lancé la phrase qui ferait son chemin. Parler d'un tel secret, c'était inciter chacun à le deviner, et chacun le devinerait selon ses désirs, le propagerait à sa guise, et le mystère y donnerait une sorte d'authenticité. Bref, par la légende, il préparait Saint-Aignan au stratagème. Toute cette conversation, destinée aux confidences et indiscrétions, n'avait pas d'autre objet que de tromper la galerie, de nourrir les illusions des abusés, comme Gaulaincourt, et de fournir des arguments aux habiles, comme Talleyrand.

1 Sur ce secret, voir ci-dessus, p. 171-172; sur les conceptions de Napoléon, p. 191-198, 174-176.

Le 29 au soir, jugeant Saint-Aignan en bon point, Metter-nich écrivit à Schwarzenberg : a J'ai arrangé cette affaire avec l’empereur Alexandre, et nous allons expédier Saint-Aignan à l’empereur Napoléon avec une réponse aux ouvertures qu’il a faites à Merveldt. » Toutefois il ajourna l’expédition, quelques points restant à fixer. Ils le furent le 29 au soir, à Meiningen, par où passait l’auguste cortège. Frédéric-Guillaume était absent. Hardenberg, lorsqu’il connut le projet, le désapprouva. Quant à lord Aberdeen, Metternich feignit avec lui de croire que Napoléon accepterait les conditions. Aberdeen, inclinant de sa personne aux ménagements, en serait séduit; mais il ne manquerait pas de prévenir son gouvernement, et rien ne serait convenu, même sur les bases préliminaires, tant que l’on n’aurait pas l’adhésion des ministres anglais.

Dans tous les cas, il fut, dès l’abord, bien établi, et dans la suite les négociateurs anglais en prirent acte plus d’une fois, que les propositions de Metternich, ses ouvertures éventuelles aux Français, ses proclamations, et en général toute sa procédure, n’avaient qu’un caractère officieux, de sorte que les Anglais pourraient, le cas échéant, en « rejeter les pièces »... « comme étant officiellement inconnues à eux159 160 161... » Metternich fut chargé de rédiger la proclamation qui insinuerait l’équivoque, l’âme de toute la machination.

III

Les alliés avaient décidé de faire étape à Francfort. Metternich y arriva le 4 novembre, en premier ministre de la coalition9. La ville se remplit de diplomates, de généraux, de solliciteurs, d'intrigants, tout un quartier général, tout un congrès ambulant : Hardenberg, Humboldt, Knesebeck pour la Prusse; peu après Stein, nommé administrateur des pays conquis Stadion, ad latus de Metternich; Nesselrode qui prenait de plus en plus d'importance dans les affaires russes; Pozzo, Anstett; les lords Gathcart et Aberdeen,sir Charles Stewart; les deux empereurs enfin. Le roi de Prusse, seul, manquait encore. La vieille cité se mit en fétë, tirant des greniers les drapeaux allemands et les lampions éteints depuis les fameuses fêtes du couronnement de François, en 1792*. L'entreprise de démembrement et d'affaiblissement de la France que l'on méditait alors au milieu des banquets et des bals et que la Révolution avait si violemment déconcertée, se reprenait au bout de vingt et un ans, et, cette fois, rien ne semblait plus la devoir arrêter que la modération seule ou la magnanimité des alliés. Tout respirait la guerre. Le 7 novembre, une conférence eut lieu entre Schwarzenberg l'Autrichien Radetzky et le Prussien Gneisenau. Les chefs d’état-major développèrent chacun leur plan8. Radetzky pro posait de se refaire, de se reconstituer à Francfort et de ne reprendre les hostilités actives que le 20 novembre ; Gneisenau opinait pour le passage immédiat du Rhin entre Mayence et Strasbourg par la grande armée, celle de Schwarzenberg, tandis que Blücher envahirait la Belgique et délivrerait la Hollande. Puis on s'ajourna.

Metternich profita de ce répit pour amorcer sa négociation, et il le fit en metteur en scène consommé, par un acte de haute comédie, où il joua, dans le grand style, le personnage de Scapin de Cour et d'État.

Saint-Aignan avait été voituré jusqu'à Francfort. Le 8 novembre, Metternich le manda et reprit ses propos, en les précisant : « Personne n’en voulait, dit-il, à la dynastie de l’empereur Napoléon. On était prêt à s'entendre. Les condi-

1 Convention du 21 octobre 1813. Martens, t. IX, p. 138.       *

’ Voir t. II, p. 492, 500.

3 Oncken, t. II, p. 715-718. — Fournies, p. 15-16.

tions à établir devaient naturellement donner des limites à la puissance de l'Angleterre et de la France... L'Angleterre avait d'ailleurs des prétentions beaucoup moins élevées qu'on ne prétendait. Elle était prête à rendre à la Hollande indépendante ce qu’elle ne lui rendrait pas comme province française... 9 Ces mots contenaient l'étoffe de deux malentendus, pour parler avec politesse. Personne nen voulait à la dynastie de F empereur, en ce sens que si l’empereur Alexandre voulait détrôner Napoléon, s’il projetait de le remplacer par Berna-dotte, son dessein, encore que très concerté, n'avait été consigné en aucun protocole. Metternich pouvait donc dire personne, c’est-à-dire aucune personne juridique, ni officielle, ni protocolaire. Quant à la Hollande, il s'agissait moins de lui rendre ses îles et ses colonies, que de l'accroître, au moyen de la Belgique, en tout ou en partie, jusqu’à l'Escaut, peut-être, mais avec Anvers, à tout le moins1.

Le lendemain, la délibération sur les plans de guerre fut reprise chez Metternich, en présence de Hardenberg, sans que l’on décidât rien de définitif, sauf le parti de reprendre l’offensive dès que l’on se trouverait en mesure. Ce jour-là même, 9 novembre, Saint-Aignan fut de nouveau mandé chez Metternich, à neuf heures du soir. Metternich était seul; il sortait, dit-il de chez l’empereur Alexandre, et c’était de concert avec ce souverain qu'il allait confier à Saint-Aignan • des paroles que ce diplomate devrait porter à l’empereur w . Sur quoi Nesselrode arriva et dit que « l’on pouvait regarder M. de Hardenberg comme présent et approuvant tout ce qui allait être dit » , affirmation, comme on va le voir, exactement contraire à la réalité. Metternich alors développa ses insinuations ; mais il ne remit aucune note. Saint-Aignan demanda la permission de résumer, par écrit, les paroles de Metternich et se retira, à cet effet, dans une pièce voisine. La note qu’il rédigea constatait « les liens indissolubles » des alliés, l'adhésion de l’Angleterre à la coalition; par suite l’inutilité, désor-

1 Cf. ci-dessus, p. 10, 97-98, t. V, p. 417-418, t. VI, p. 416-417, — Hardenberg à Munster, 12 octobre 1813.

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mais « de penser soit à un armistice, soit à une négociation qui n'eût pas pour premier principe une paix générale « ; « que les souverains coalisés étaient unanimement d'accord sur la puissance et la prépondérance que la France doit conserver dans son intégrité, et en se renfermant dans ses limites naturelles, qui sont le Rhin, les Alpes et les Pyrénées. * L'indépendance de l'Allemagne était une condition sine qua non de la paix; de même l'indépendance de la Hollande et celle de l'Italie; la frontière de l'Autriche, de ce côté, restant à déterminer; enfin le rétablissement des Bourbons en Espagne. « L’Angleterre était prête à faire les plus grands sacrifices pour la paix fondée sur ces bases et à reconnaître la liberté du commerce et de la navigation, & laquelle la France a droit de prétendre. » Un congrès pourrait s'ouvrir sur-le-champ, « sans que cependant les négociations suspendissent le cours des opérations militaires ».

Metternich vint trouver Saint-Aignan dans la pièce où il écrivait et lui demanda a s'il avait quelque répugnance à voir l'ambassadeur d’Angleterre, qui venait d’arriver » . Saint-Aignan n'y fit point de difficulté, tout au contraire. Il rentra dans le salon, l'on se salua et Metternich aurait ajouté, dans la présentation : a Voici lord Aberdeen, ambassadeur d'Angleterre; nos intentions sont communes, ainsi nous pouvons continuer à nous expliquer devant lui. » Saint-Aignan donna lecture de sa note. Aberdeen suivait assez difficilement le texte; en put-il bien saisir les nuances? Toutefois, arrivé à l'article « des plus grands sacrifices de l’Angleterre » , il dit « qu’elle possédait beaucoup, qu'elle rendrait à pleines mains », mais il y fit cette réserve « qu’elle ne consentirait jamais à rien qtii pourrait porter atteinte à ses droits maritimes « . Il ajouta que d'ailleurs il désirait beaucoup connaître la France et Paris, et parla de l'estime que la nation anglaise avait pour les Français.

Les alliés, pour compléter l'amorce, ne manquèrent pas de désigner, au moins pour l'opinion, l'homme qui leur paraissait le plus propre à entrer dans leurs vues. C'était précisé-

ment celui dont Talleyrand et ses amis ne manqueraient pas de mettre le nom en avant, et dont Saint-Aignan s’empresserait de publier partout le crédit. Déjà, le 26 octobre, Met-ternich lui avait témoigné «l’estime que l’empereur d’Autriche avait conçue pour le duc de Vicence » . Il renouvela cette assurance. « Il me chargea de dire au duc de Vicence qu’on lui conservait les sentiments d’estime que son noble caractère a toujours inspirés et qu’on lui remettrait volontiers les intérêts de l’Autriche et ceux de tout le monde, si on pouvait, pour en décider suivant les principes d’équité qu’on lui connaît» . Schwarzenberg, qui survint, s’associa à ces paroles. Nes-selrode, qui s’était absenté, rentra et ajouta ce compliment que l’empereur Alexandre « ne changerait jamais sur l’opinion qu’il avait de sa loyauté et de son caractère, et que les choses s’arrangeraient vite s’il était chargé de la négociation » .

Sur ce propos on se sépara. Persuadé qu’il suffisait de prononcer les mots limites naturelles pour que les Parisiens, fascinés par ces seuls mots, les prissent à la lettre; convaincu qu’ils ne demanderaient point d’autre explication et considéreraient cette indication comme une base de paix définitive, Metternich eut soin, pour ménager sa retraite, au cas invraisemblable où Napoléon le prendrait au mot, d’enlever à sa communication tout caractère officiel et concerté. Il écrivit à Caulaincourt, le 10 novembre : a Monsieur votre beau-frère retournant en France, il m’eût été impossible de ne pas le charger d’un mot pour Votre Excellence. L’empereur m’a ordonné de causer avec M. de Saint-Aignan. Il rendra compte à S. M. l’empereur de mes paroles et de celles de M. de Nesselrode; le hasard a mené M. l’ambassadeur d’Angleterre chez moi dans le moment où nous étions réunis. Je n’ai pas hésité de lui faire prendre part à notre entretien. M. de Saint-Aignan aura parfaitement rempli sa tâche en rapportant fidèlement nos paroles ; nous avons eu grand soin de le dispenser de toute objection ou remarque. » Cette lettre mettait les choses au point : une conversation commandée par le seul empereur d’Autriche, entre un passant, Saint-Viii.                                                 14

Aignan, et deux des ministres de la coalition, Metternich, que réjoint, on ne dit pas en quelle qualité, visiteur ou négociateur, Nesselrode; la venue par hasard de lord Aberdeen; rien d'officiel, des paroles à rapporter et qui n'engagent personne, car Metternich ne peut rien proposer au nom de la seule Autriche, ni rien proposer au nom des alliés sans leur aveu formel. Ce n'est point ainsi que l'on présente des a ouvertures » de paix ni que l'on «pose des bases» à accepter par oui ou par non. Saint-Aignan, lui-même, transmettant son rapport à Maret, écrit : «J’ai dit àM. de Metternich que la note que je prenais était pour moi seul et que je ne la mettrais pas sous les yeux de l’empereur... Cet écrit n’a rien d’officiel. Les expressions en sont vagues. Je n'étais pas fondé à demander qu’on s’expliquât plus clairement. » Metternich a désiré en prendre copie, Saint-Aignan n’a pas cru devoir refuser : « c’eût été lui donner plus d’importance qu’il ne doit en avoir 162 ■ .

La note en effet demeurait singulièrement ambiguë sur le point essentiel, celui des limites. Lorsque Saint-Aignan, «souscrivant les propres paroles qu’il tenait » de Metternich, écrit : « les limites naturelles, qui sont le Rhin, les Alpes et les Pyrénées », il l’entend, et tous les Français le devaient entendre comme lui, tout simplement des limites de Lunéville. On sait déjà etl’on verra bientôt plus précisément encore, quel sens différent y donnaient les alliés. Pour eux et pour Metternich, ces mots limites naturelles et limites du Rhin pouvaient se prêter aux interprétations les plus variables®. Il y avait intérêt à laisser l’illusion se propager en France, et l’habileté en cette nouvelle série de « nuances », consistait comme au temps de Dresde, à ne rien définir. Napoléon comprendrait et dirait non; l’opinion se méprendrait et condamnerait l’empereur.

Metternich écrivit sur-le-champ à Hudelist : « Je ne crois pas que Napoléon donne à l’affaire une suite véritable. Mais nous devions, à tous égards, faire un pas, pour tirer au clair et nous procurer en même temps des armes au sein de la nation, v Hardenberg était resté chez lui. Quand, le soir, il connut l'entretien, il nota dans son journal : « Propositions de paix sans ma participation, par Saint-Aignan : Rhin, Alpes, Pyrénées, absurdité, Toiles Zeug. » Sir Charles Stewart, dès qu'il fut informé, se montra offusqué; il ne s'apaisa que quand Hardenberg l'eut assuré que « la pièce rédigée par M. de Saint-Aignan est et reste une pièce non officielle et sans aucune authencité 163 164 165 ». A la réflexion, Aberdeen, qui ne possédait ni instructions ni pouvoirs, se sentit fort embarrassé. Il en référa à son ministre, Castlereagh, et deux semaines après il notifia ses réserves expresses sous forme de note à Metternich 8 : « Le soussigné, arrivé chez le prince Metternich, y trouva une pièce dressée par M. de Saint-Aignan, en forme de minute non officielle, d'une conversation confidentielle. Après lecture faite de cette pièce, le soussigné, en présence de S. A. le prince Metternich et du comte Nesselrode, avec lesquels l'entretien avait eu lieu, protesta contre la tournure du paragraphe où il est fait mention de l'Angleterre. Le langage tenu par le soussigné à cette occasion exprime le vœu sincère de l'Angleterre pour une paix, laquelle, basée sur des conditions équitables, assurerait l'indépendance et la tranquillité du continent et le bonheur réel de la France même. Ses remarques sur le contenu de la pièce dressée par M. de Saint-Aignan se bornèrent au passage où il est question de l'Angleterre, et s'il ne les poussa pas plus loin, ce n'est pas qu'il jugea que la pièce était complète par elle-même, mais parce qu'il regardait la communication comme privée et non officielle, et une à laquelle il n'avait probablement pas de part. »

C’est avec ces commentaires, ajoutés aux réserves préa-labiés et formelles d'Alexandre, qu'il faut interpréter ces termes de la note de Saint-Aignan « que les souverains coalisés étaient unanimement d'accord » . Les intentions des Anglais se manifestèrent d'ailleurs fort clairement. On lit dans un mémoire qui se trouve parmi les papiers de Castlereagb x, que la France, ramenée à ses anciennes limites, se trouverait promptement en mesure d'attaquer de nouveau l'Allemagne. Il fallait donc la contenir, et l'idée de la barrière de 1713 réparait avec les mêmes conditions de paix européenne : « Un État intermédiaire entre la France et le Bas-Rhin ■, composé de la Belgique avec les territoires entre Meuse, Moselle et Rhin, réunis à la Hollande. Ces vues se rattachaient au royaume guelfe, marche de l'Allemagne et pied-à-terre de l’Angleterre sur le continent. Le ministère anglais y inclinait. Gastlereagh écrivit le 13 novembre à Aberdeen, c'est-à-dire un jour avant que Saint-Aignan instruisît Napoléon de l’offre feinte des « limites naturelles » unanimement présentée par les alliés, y compris l’Angleterre : « Lord Aberdeen ne sera pas surpris d'apprendre qu’après un tel flot de succès, la nation anglaise regarderait probablement avec défiance une paix qui ne confinerait pas strictement la France dans ses anciennes limites; même à cette condition, la paix avec Napoléon ne serait jamais populaire, parce qu’on ne croirait jamais qu'il pût vouloir la maintenir. Le cabinet est décidé à user de toute son influence pour empêcher les alliés de b&cler un arrangement qui ne présenterait pas de solides garanties. Considérez qu'enlever Anvers à la France, c'est par-dessus tout autre objet le plus essentiel aux intérêts britanniques*. «

Toujours préoccupés de voir les alliés du continent encaisser les subsides et suspendre la guerre dès que leurs propres convenances seraient satisfaites, les ministres chargèrent lord

1 1, p. 80. Mémoire (l'origine allemande, très vraisemblablement.

9 Corr. t. I» p. 73. Cf., p. 89, la lettre du 7 décembre sur la note de Saint* Aignan : « Je ne puis pas vous cacher le malaise du gouvernement à la lecture de la minute de Saint-Aignan, et, très certainement, un pareil document, s'il est publié par l'ennemi, sans un contre-document de notre part, excitera des impressions pénibles dans ce pays. » — Voir: Congrès de Châtillon^. 246,264,297.

Cathcart de proposer « un traité d'alliance générale » contre la France, entre toutes les puissances de l'Europe L. Alexandre ne s'en souciait pas ; c'eût été l’enchaîner de trop près et imposer une « capitulation » à sa dictature. Le but, d'ailleurs, n’était-il pas atteint par des traités séparés? Il le serait complètement si l'Angleterre consentant des sacrifices, restituait à la France ses colonies en compensation des restitutions réclamées à la France sur le continent. Pozzo di Borgo reçut la mission de développer ces vues à Londres *.

Le 19 novembre un nouveau conseil de guerre avait été tenu à Francfort, et ce plan fut.arrêté : occuper la Hollande et la Suisse, ces deux bastions désormais retournés contre la France; marche de la principale armée, Schwarzenberg sur Langres, Blücher opérant sur la rive gauche du Rhin. Sur la prise de possession militaire de la Suisse des difficultés surgirent entre l'Autriche, décidée à passer outre, et Alexandre, qui, tout à coup, se fit le champion de la neutralité suisse, ce qui, joint à l'état encore défectueux de l'armée de Blücher, retarda le passage du Rhin. Ajoutez les timidités et incertitudes du roi de Prusse, arrivé le 13 novembre. « 11 voudrait rester les bras croisés à Francfort » , écrivait Hardenberg, et le roi lui mandait quelques temps après : « Gette malheureuse invasion que l’on projette en France me fait frémir ; nous risquons de tout gâter et de perdre les plus beaux fruits de nos efforts 3... » Metternich, au contraire, estimait que tout allait bien : « Nous allons fermement et sûrement à l’œuvre » , mande-t-il à Hude-list, le 18 novembre. Tout compte fait, les plans politiques et les plans militaires de Schwarzenberg prévalaient. On ne s'arrêtait point, mais on ne s'enfoncait point en France à l'aveugle et l'on s'accommodait pour y ménager la paix, avec Napoléon lui-même, aux conditions les plus étendues que la guerre permettrait d'atteindre.

1 Mabters, t. XI. Notice sur la note de Nesselrode du 5 février 1814.

1 Nesselrode à Lieven, 20 novembre. Instructions de Pozzo, 16 décembre 1813.

1 Journal de Hardenberg, 12; le roi à Hardenberg, 25 décembre 1813. — Foumibb, 19-20.

IV

Les Anglais sont à Bayonne, la Hollande est investie, la Belgique s'insurge, la grande armée des alliés est sur le Rhin, tous les bastions, tous les forts avancés ont succombé, ou s’ils subsistent, c'est, comme Hambourg, autant d'&lots dans l’inondation, inutiles, ainsi que les vaisseaux échoués et dispersés d'une escadre en détresse. La France, investie, est sous le coup de l'invasion. A Paris, tout est intrigues et complots, préparatifs pour le lendemain, évolutions et défections. Talleyrand et ses affidés; Louis, qui a servi la messe impie en 1790; Dal-berg, que Napoléon a fait duc et qui correspond avec Péters-bourg, « ami de la Russie » ; Roux-Laborie, maître en cabales; Montrond toujours dans les brigues; puis « l'armée des femmes166 167 » , chez lesquelles on conspire, qui reçoivent les avis, surprennent les demi-aveux, renseignent, transmettent, possédant des affiliations partout en Russie, en Italie, en Autriche, tantôt renouant, tantôt dénouant en complots les anciennes amours : la duchesse de Courlande, nièce et favorite de Talleyrand, ses délices, sa confidente et son conseil; la duchesse de Dalberg, qui figure dans la maison de l'impératrice, et prévient les alliés qu'on les attend à Paris à bras ouverts ; Mme de Vaudémont, correspondante de Fouché, à mi-chemin entre Bénévent et Otrante, et dont le nom rappelle les illustres trahisons du temps de Louis XIV a, esprit de la Ligue, tempérament de la Fronde, mais domestiquée, qui ne demande aux révolutions, disait une femme « que de passer par sa chambre, sans s'informer où elles vont ensuite » ; et à

F entresol, Mmes de Coigny, de GhastenayGe n'est plus la mort de l'empereur que l'on redoute, c'est la chute de l'empire sur quoi l'on spécule. Il tombera, mais de quel côté? Qui prendra la suite des affaires? G'est ici que Talleyrand s'insinue au premier plan. Par d'autres voies, il arrive aux mêmes combinaisons que Metternich : la paix et la régence : la paix dont il sera le grand courtier, peut-être l’arbitre ; la régence dont il deviendrait le tuteur : un autre congrès de Westphalie, une autre Anne d'Autriche, un autre Mazarin.a Fouché manque : Napoléon l'a envoyé en Illyrie, couvrir la retraite, moins pour le bien qu'il y peut opérer que pour le mal que, ce pendant, il ne fera point à Paris*. Dans le monde des nouveaux riches et des nouveaux nobles, on incline de plus en plus à la faction des amis d’Antraigues et des « amis de l'Angleterre « ; on pense que si Napoléon subsiste, c'est la ruine générale; or le salut des fortunes ne peut venir que de la paix, et la paix que des alliés 4.

Cette paix, que la France désire, que l’Europe veut, Napoléon seul, par vanité de parvenu et de conquérant, par égoïsme, par folie peut-être, s’y est refusé à Prague ! D’où « une sorte de satisfaction des revers qu’éprouvait l'empereur, parce qu’ils étaient un châtiment de son ambition. Les esprits désaffec-tionnés séparaient la France de son chef, et l’humiliation de l’empereur semblait consoler des maux de la patrie. Les effets publics étaient tombés à 50 * *>. Les habiles, qui avaient leurs fonds en Angleterre, spéculaient à la baisse. On ne disait point encore : nos amis les ennemis ! mais on pensait : mauvaise nouvelle, bonne nouvelle, bataille perdue, sécurité gagnée ! Ce serait plus tôt fini !

1 Voyez les Mémoires de Pasquier, Miot, Vitrolles, Mme de Chastenay, duc de Broglie, Castellane, Rœderer, Norvins, Thiébault, Barante, notes du comte Mole, fragments publiés par M. Gustave Bord, Revue de la révolution^ 1888. — André de Coigny et ses mémoires, par Étienne Lamy. — Cf. t. VI p. 219-225, 369, t. VII, p. 467-469. — Frédéric Masson, Marie-Louise, ch. xi.

1 Cf. ci-dessus, p. 200.

4 Miot, t. III, p. 344.

Talleyrand seul, peut-être, qui connaissait l'Europe, qui, depuis le commencement de la guerre considérait que la paix ne serait possible et durable que par le retour aux anciennes limites !, prévoyait les exigences des alliés et s'y résignait d’avance. « Les puissances, écrivait-il2, peu après, ne sauraient prendre trop de sûretés, si elles ne veulent pas être obligées de recommencer sur nouveaux frais l'année prochaine *. » Mais il gardait pour lui ses conjectures vraisemblables; les illusions des autres servaient trop bien ses calculs. Metternich les entretenait, Talleyrand ne les dissipait point. Ces autres, c’était tout le monde, depuis ceux qui se prétendaient les mieux avertis du secret de l’Autriche, comme Cau-laincourt, jusqu’au dernier des nouvellistes. Nul ne doutait,

Quelques royalistes commençaient à murmurer le nom des Bourbons. On évitait d’écouter. Les uns, comme Talleyrand, parce qu’ils redoutaient la disgrâce ou la proscription; la plupart parce qu’ils ne connaissaient pas ces princes. On ne

1 Cf., t. III, p. Ml.

9 Billet à la duchesse de Courlande, 20 janvier 1814. Kervtk de Lettknhovx, Revue d'histoire diplomatique, t. II.

1 « L’unique moyen d'obliger la France à observer longtemps le traité de paix dont l’on conviendra, c'est de la mettre, par la paix même, hors d'état d'y contrevenir... Il faut pour cela lui faire rendre, par la paix ou par la force, tout ce qu'elle occupe dans les Pays-Bas, sans exception; autrement, la moindre place qu'on lui laissera, lui sera un moyen d'y revenir quelque jour, a — Extraordinaire de la Galette d'Amsterdam, 18 juin 1709. de Boismllb : Sairt-Simox, t. XVII, appendice.

4 Cf. t. VI, p. 219-221, 508.

6 Cf. t. VI, p. 508.

saurait se figurer à quel point ils étaient oubliés, ignorés meme dans les familles attachées à l’ancienne monarchie. La déroute de la royauté espagnole avait enlevé à Joseph le peu de prestige philosophique dont le flattaient ses amis. Les yeux se tournaient vers le panache de Bernadotte; le « prince de Suède » avait pour lui les femmes politiques, Mme de Staël, Mme de Chastenay. « Bernadotte était alors le véritable objet de la confiance générale. Get homme de guerre devenu souverain et dont la gloire était française pouvait-il pénétrer à main armée dans son pays, pour en dépecer les provinces et les livrer aux étrangers? Il était brave, il était Béarnais... C'était devant lui que Paris devait s'ouvrir, il en serait le protecteur !. » Un Henri IV d'occasion. Ainsi raisonnaient, en 1792, les malheureux royalistes, quand ils voyaient l'armée de Condé former l'arrière-garde de l'invasion ; ainsi spéculaient les révolutionnaires a éclairés « sur le duc de Brunswick, ce « prince philosophe » , dont on avait attendu, un instant, la régénération de la France. Benjamin Constant tournait ces intellectuelles billevesées en système et il en déduisit une brochure à sensation : De Vesprit de conquête et d’usurpation dans ses rapports avec la civilisation européenne *. Bernadotte, qui ajoute aux trophées delà victoire les suffrages de la raison, tirera de leurs cendres les assemblées républicaines, opposera à un sénat.servile un tribunal patriote, traitera avec l'Europe, rendra à la nation ses droits imprescriptibles. Il constituera la France, décrétera la déchéance de Napoléon, relèvera la monarchie s'il le faut, mais avec la liberté. « Le héros n'a qu'à frapper du pied, et l'anarchie disparait, le peuple français ressuscite. » Quelques subtils insinuent, ce que diront les libéraux de 1817 du prince d'Orange, un autre « favori » de l'opinion : «Un souverain protestant, c'est ce qu'il faut à la France ». Protestant, Bernadotte l'était tout juste assez pour satisfaire les législateurs de la ci-devant cons-

1 Mme de Cbastbbat, t. II, p. 268.

1 31 décembre 1813. — 1* janvier 1814. Pikgaud; Bernadotte, — Mémoire à Bernadotte. — Sur Mme de Staël et le souverain protestant, id. p. 170.

titution civile et les athées de l'institut; il assistait au prêche luthérien, en suédois, qu'il ne comprenait point; il ne demandait qu'à entendre, à Saint-Denis, la messe latine de Henri IV, dont il n'eût pas davantage compris le texte. Benjamin Constant s'attribuait le rôle de Montesquieu brouillon de la débâcle impériale. Chateaubriand se destinait celui de précurseur de la Restauration : il préparait, dans l'ombre, son pamphlet De Buonaparte et des Bourbons, se disposant à révéler les Bourbons à la France, et si les Bourbons avaient encore du sang royal et du sens politique, à révéler la France aux Bourbons.

Napoléon rentra à Saint-Cloud le 10 novembre, plein d'amertume contre ses serviteurs, contre ses frères surtout : « C'est dans ma destinée de me voir constamment trahi par l'affreuse ingratitude des hommes que j'ai le plus comblés de bienfaits1, » II présida le conseil d'État le 11 novembre, et demanda des moyens de finance. On discuta; chacun, en opinant, pensait à la paix. Napoléon s'en rendit compte, et montra crûment les choses comme elles étaient. « 11 faut dissoudre le triumvirat qui partagea autrefois la Pologne et qui vient de se reformer avec l'audacieux projet de nous faire éprouver le même sort. Vous parlez trop de paix, messieurs... Je le vois bien, nous ne sommes pas Romains. Voulez-vous donc descendre du rang où j'ai placé la France, voulez-vous donc redevenir une simple monarchie, et n'étre plus un empire? C'est ce qui vous arrivera si vous perdez la Hollande. Il vous faut les embouchures des fleuves et cette barrière vers le nord. Plutôt que de la rendre, je couperai les digues et la restituerai à la mer8... » Les conseillers n'en croyaient rien. Depuis 1795, tous les gouvernements tenaient le même discours, et ces combinaisons qui avaient mené les Français à Moscou, n'avaient pas empêché les alliés d'arriver au Rhin. D'ailleurs ils y mettraient bon ordre et délivreraient la France de ce cauchemar de vingt années. Qui se mettait en

1 A Cambacérès, 6 novembre 1813. Lkcbstbe.

1 Notes de Molé.

peine du Grand empire? Cet empire étouffait la France! Quant au sort de la Pologne, nul ne le redoutait, sûr que Ton se sentait de la magnanimité d'Alexandre, de la grandeur d'âme, de la générosité des Anglais, et de leur paix d'Amiens. Rien n'était capable d'ébranler cette illusion acharnée. Plus Napoléon insistait sur la nécessité de dominer la Hollande et F Allemagne pour garder les limites, plus il persuadait les esprits de son entêtement insensé, de son aveuglement coupable.

Le même jour, il reçut Rœderer, s'informa de Jérôme, en fuite; de Louis, errant; de Joseph, à Mortefontaine, mais tous trois toujours rois dans l'&me, emportant leurs couronnes dans leurs valises, leurs royaumes à la semelle de leurs bottes et cramponnés à leurs parchemins. « Veut-il toujours le trône d'Espagne? — Sire, il pense, à ce que je présume, qu'il lui serait encore possible de négocier. — Chimère ! Ils ne veulent pas de lui. Ils le regardent comme incapable. Ils ne veulent pas d'un roi qui vit toujours avec les femmes, à jouer... Le roi dépend des femmes, de ses maisons, de ses meubles... Moi, je ne tiens ni à Saint-Cloud ni aux Tuileries. On brûlerait cela, que j'y serais indifférent. Je compte mes maisons pour rien168, les femmes pour rien, mon fils un peu... C'est une de mes fautes d'avoir cru mes frères nécessaires pour assurer ma dynastie, ma dynastie est assurée sans eux... » Il parla d'Eugène, à qui il songeait pour la couronne d'Italie, s'il la devait abdiquer : a II a de l'honneur, le roi n'en a pas... Il n'y a que deux mobiles qui détournent les hommes des mauvaises actions : la religion et l'honneur. De la religion, le roi n'en a point... Mon beau-père n'a point d'honneur, mais il a de la religion *. » Il revint à Joseph, qui revendiquait au moins sa primogéniture. « Il serait mon aîné ! Aîné ! lui... pour la vigne de notre père, sans doute ! — Dans le cas d’ouverture de la régence, Sire? — Oh! dans ce cas, il ferait du trouble, je m’y attends. Voyez l’histoire... Tout a été tranquille cette année... M. de Taillerand a été tranquille... On ne m’a point fait d’intrigues comme Fouché avec Taillerand^ il y trois ans... Si j’avais ici le roi — Joseph — et ses grands amis, les Clément de Ris et autres, ils me mettraient tout sens dessus dessous. »

Cet entretien, emporté dans la forme, mais parfaitement médité quant au fond, annonçait des résolutions graves au sujet de l’Espagne. Napoléon les couvait depuis plusieurs mois. Il envoya M. de Laforest à Valençay, très secrètement, avec des pouvoirs, et cette lettre pour le prince des Asturies Ferdinand169 : a Mon cousin, les circonstances actuelles de la politique de mon empire me portent à désirer la fin des affaires d’Espagne... Je désire ôter tout prétexte à l’influence anglaise, et rétablir les liens d’amitié et de bon voisinage qui ont existé si longtemps entre les deux nations. » C’était ramener les choses en avril 1808, le jour où Ferdinand arrivait à Bayonne, les y ramener pour les reprendre à l’envers et décréter l’oubli sur cinq années de guerre atroce et tant de Français inutilement sacrifiés.

Sur ces entrefaites arriva, le 14 novembre, Saint-Aignan avec son rapport. Napoléon le reçut le 15. « Vous ferez, écrivait-il ce jour-là même à Fouché, tout votre possible pour empêcher que, dans ce pays [l’Italie”], on ne se laisse fourvoyer par les promesses fallacieuses de l’Autriche et par le langage fallacieux de Metternich. » Voilà son impression, toute directe et toute vive, à la première connaissance qu’il prit de ces « ouvertures » de Francfort. Il en perça la feinte, et c’est tout l’esprit de la réponse qu’il fit adresser à Metternich, par Maret, le 16 novembre. Sous le coup de l’expérience de Prague, qui ne justifiait que trop ses prévisions, il opina que les alliés auraient beau jeu à désavouer des insinuations verbales rapportées par un Français sans pouvoirs et sans mission ; qu'il importerait donc d'en obtenir la confirmation par écrit, ce que les alliés accorderaient aisément, s'ils étaient sincères. 11 ne pensa point — et il voyait juste — que les paroles rapportées par Saint-Aignan constituassent un ultimatum à accepter ou repousser par oui ou par non ; il y vit une suggestion officieuse en vue de pourparlers à reprendre, à rouvrir, et l'indication d'une base de préliminaires à étendre ou à restreindre ; or, sous ce rapport la guerre pouvait le servir, aussi bien que les alliés. Il se borna donc à annoncer simplement l'envoi d'un plénipotentiaire. Selon le vœu des alliés, il désigna Caulaincourt1 ; ce qui marquait un désir de conciliation. Il se réserva de s'expliquer ultérieurement sur les bases, selon la réponse que feraient les alliés et selon la tournure que prendraient les événements militaires. Il raisonnait avec prudence ; mais il comptait sans l'astuce de Metternich et les échos que ce ministres s'était ménagés dans Paris. Napoléon ne négociait qu'en vue des alliés et des réalités de la guerre; Metternich n'opérait qu’en vue du public et de l'opinion à Paris, et il avait touché juste.

Saint-Aignan était fort répandu dans Paris ; son beau-frère Caulaincourt davantage encore. Ils se rencontraient chez Mme de Coigny, chez Mme de Vaudémont, qui donnait à diner chaque semaine; où l'on se retrouvait tous les soirs, avec Mme de Laval, avec Pasquier, Molé, Dalberg, La Valette, Vitrolles, qui savait écouter et entendre, nombre d'amis, confidents ou affidés de Talleyrand, enfin « un comte de S., ancien envoyé de Perse à la cour de France, Piémontais par sa mère, c... allemand par sa femme, Anglais par ses alliances, Russe par une cousine, Français par conquête et espion par goût, état et habitude 1 ». « 11 y eut, raconte Pasquier, des indiscrétions volontaires, calculées, et on connut bientôt dans Paris les propositions dont M. de Saint-Aignan avait été porteur. » Metternich avait dit à Saint-Aignan : « M. le duc de Vicence sait qu’il y a entre nous, sous le sceau du secret,

1 Emouf, ch. lxv. Notes de Maret.

1 Mémoires de Mme de Coigny, Étienne Lamy.

un écrit qui pourrait faire conclure la paix en soixante heures » . Tout Paris fut bientôt dans ce secret-là et sut que « quelques heures ont tout fait perdre à Prague170 », et quelle paix : non seulement les limites, mais la Westphalie, Berg, la Hollande, l’Italie, enfin tout ce qui n’était pas spécifié dans l’ultimatum du 8 août ! Maintenant après tant de désastres, Saint-Aignan apporte encore la paix tant désirée, la « paix des limites », celle dont Napoléon n’a pas su se contenter, et que la France regrette toujours. Personne ne douta ni de la sincérité des alliés, ni de l’authenticité des propositions; Saint-Aignan en avait été « formellement chargé par M. de Metter-nich et M. de Nesselrode » ; L’Angleterre « déclarait qu’elle était disposée aux plus grands sacrifices... pour conclure une paix qui serait fondée sur ces bases » ! « Elle possède beaucoup, mais elle rendrait à pleines mains *! »

Des bases! Les bases de Francfort! Ces mots sont désormais dans toutes les bouches. Ces bases sont certaines, car elles sont raisonnables, car les limites sont imprescriptibles, tous les gouvernements le déclarent depuis 1795, tout le monde le croit aveuglément. Chacun parle comme s’il avait vu le parchemin merveilleux où il suffisait d'apposer une signature pour mettre fin à tous les maux de la France et de l’Europe et réparer d’un trait de plume la double faute qu’il était devenu classique de reprocher à Napoléon : avoir rompu la paix d’Amiens, ne s’être pas arrêté après Austerlitz. « Le désir de le voir les accepter [ces bases] fut universel, rapporte Pasquier, et il se forma dans le palais, dans la ville, dans le conseil une sorte de ligue pour pousser Napoléon dans cette voie de salut. M. le duc de Vicence en était l’&me et M. de Talleyrand n’y était point étranger. » Le ministre du trésor, Mollien; celui de la police, Savary « étaient des plus prononcés pour une acceptation prompte et franche » . Berthier et « presque tous les aides de camp pensaient de même » . La Valette y travaillait par le cabinet noir, Pasquier en avertissait l’empereur par les bulletins de « ce qui se disait dans Paris » .

Ge fut un tollé général contre Maret que Ton accusait d’être Fauteur de la réponse malheureuse du 16 novembre. Gaulain-court, «éclairé par les conférences de Prague sur les véritables dispositions des alliés, et très exactement informé par son beau-frère, M. de Saint-Aignan, n’hésitait pas à regarder les dernières propositions comme un ultimatum sur lequel il était indispensable de s’expliquer franchement, si on ne voulait pas que la négociation fût rompue 171. » Et tout Paris le répétait après lui, Napoléon finit par s’inquiéter d’une désapprobation si générale ; il sacrifia Maret et le remplaça aux affaires étrangères par Gaulaincourt. En même temps Daru quitta la secrétairerie d’État pour prendre l’administration de la guerre.

La lettre de Maret, que Metternich reçut le 25 novembre, lui fournit l’occasion de perpétuer l’équivoque et de mettre Napoléon en échec devant l’opinion, sans s’engager lui-même à rien. Il répondit à Maret qu’avant d’accepter un congrès, les alliés désiraient avoir « la certitude que Napoléon admettait les bases générales et sommaires que j’ai indiquées dans mon entretien avec le baron de Saint-Aignan. » Il évita, d’ailleurs, de les spécifier, ce que précisément Napoléon voulait obtenir de lui; les mots « bases générales et sommaires » trahissaient l’intention de découvrir d’autres exigences, plus particulières et plus détaillées, dans la négociation ; les termes « indiquées dans mon entretien avec le baron de Saint-Aignan « ramenaient les feintes ouvertures à leur véritable caractère, n’y ajoutaient aucune garantie officielle, encore moins aucune garantie collective.

Cette lettre fut remise à Gaulaincourt. Il y répondit, le 2 décembre. C’était, en principe, l’adhésion à une paix fondée sur l’équilibre de l’Europe et — Napoléon insistait sur ce que Metternich laissait dans l’équivoque — « sur la reconnaissance de l’intégrité de toutes les nations dans leurs limites naturelles » , et, en particulier, « aux bases générales et sommaires qui ont été communiquées à M. de Saint-Aignan ».

Metternich se croyait désormais sûr de l'opinion à Paris. Il avait pour lui Incrédulité, peut-être la confiance, du nouveau ministre de Napoléon. Il fit approuver, le 4 décembre, une déclaration destinée par les souverains à faire connaitre au peuple français les vues des alliés au moment où ils se disposaient à passer le Rhin, qu'ils feignaient du vouloir assigner comme limite à la France. C’est un ouvrage qu’il considère, à juste titre, comme un de ses chefs-d’œuvre. Dans cette pièce, la seule qui engageât les alliés, il se garda bien de reproduire — Alexandre d’ailleurs ne l’eût point permis, ni Aberdeen — la phrase de Saint-Aignan :

Que les souverains alliés étaient unanimement d’accord sur la puissance et la prépondérance que la France doit conserver dans son intégrité et en se renfermant dans ses limites naturelles, qui sont le Rhin, les Alpes et les Pyrénées.

Les limites naturelles, le Rhin, les Alpes, les Pyrénées s’évanouissent, il ne subsiste que des expressions ambiguës et vagues :

Les puissances alliées ne font point la guerre à la France, mais à cette prépondérance que, pour le malheur de l’Europe et de la France, l’empereur Napoléon a trop longtemps exercée hors des limites de son empire.

Les souverains désirent que la France soit grande, forte et heureuse...

Les puissances confirment à l’empire français une étendue de territoire que n’a jamais connue la France sous ses rois...

« Notre but moral est évident, écrit Metternich; nous travaillons pour agir sur l’intérieur de la France. » «Nous avons jugé à propos, mande Aberdeen, vu la tournure heureuse des événements, d’abandonner la détermination des frontières : Rhin, Alpes, Pyrénées172. » « Par cette manifestation solen-

nelle de leurs intentions et de leurs vœux, dit un document officiel russe, les cabinets alliés avaient principalement pour objet de séparer la cause de Napoléon de celle du peuple français et d’éloigner ainsi les obstacles qu’une résistance nationale aurait pu opposer aux armées de la coalition. « Cette résolution et l’accueil qui fut fait à la lettre de Caulain-court quand elle arriva, le 5 décembre, à Francfort, découvrent bien l’illusion où étaient les politiques de Paris. Ils s’imaginaient qu’un oui tout simple, adressé le 16 novembre aux propositions de Saint-Aignan, aurait forcé la main aux alliés. On vit le 5 décembre ce qu’on aurait vu le 25 novembre, à la nouvelle de l’acceptation a des bases générales et sommaires » . Metternich, couva sa réponse cinq jours, et écrivit, le 10 décembre, à Caulaincourt. Constatant « avec satisfaction que l’empereur avait accepté les bases essentielles » de la paix, les souverains allaient porter, sans délai, cette déclaration « à la connaissance de leurs alliés » , c’est-à-dire qu’ils allaient consulter les Anglais, non en vue de l’ouverture d’un congrès, mais en vue de * conférences préliminaires, de manière à établir, les bases et le mode d’une pacification définitive 173 ». Il est si peu vrai que le oui eût suffi à tout accommoder, qu’il se passa tout un mois sans qu’il fût question de négocier et que les conférences préliminaires ne s'ouvrirent que le 5 février 1814, deux mois après.

Vingt mille exemplaires de la déclaration furent jetés au delà du Rhin et répandus en tous les points de la France » par tous les moyens au pouvoir des alliés ». Elle était antidatée du 1er décembre. Quand elle parvint à Paris, le public et les politiques s’accordèrent pour entrer dans le jeu : ils lurent le texte comme Metternich l’avait désiré; et ils virent, en imagination, les mots fascinateurs la limite du Rhin surgir de l’encre sympathique, a entre les lignes * » ; la limite sacrée de Bàle à la Hollande se dessina sur la carte en un relief lumineux. On apprit que Napoléon la refusait, et ce fut désormais la plus indéracinable des légendes.

V

Napoléon entama lui-même la liquidation du Grand empire. 11 se débarrassa de l'Espagne et des Espagnols. Le traité fut signé à Valençay, le 11 décembre. 11 rendait à l'Espagne les rois Bourbons avec ses territoires continentaux et coloniaux tels qu’ils existaient lors de la paix d’ütrecht. Napoléon songeait du même coup à délivrer le pape, et il lui envoya, à Fontainebleau, l’évêque de Plaisance pour négocier son départ .et sa rentrée à Rome. Pie VII répondit qu'il ne traiterait qua Rome même, et Napoléon n'eut désormais d'autre ressource que de l’y renvoyer 174 175 176 177 178 179 180.

Le 9 décembre, il avait ouvert la session des chambres * : session de levées d'hommes et de levées d’impôts. Son discours ne fut qu'un dernier écho de ceux que la France entendait depuis vingt-deux ans, chaque fois que le gouvernement réclamait un nouvel effort et proclamait la nécessité de recommencer la guerre : « La France même serait en danger, sans l’énergie et l'union des Français... C’est à vous de donner l’exemple d'une énergie qui recommande notre génération aux générations futures. Qu'elles ne disent pas de nous : «Ils ont sacrifié « les premiers intérêts du pays! ils ont reconnu les lois que « l'Angleterre a cherché en vain pendant quatre siècles à imposer à la France181. » Parlant des négociations de la paix : a J'ai ordonné que Ton vous communiquât toutes les pièces originales... Vous en prendrez connaissance par l'intermédiaire d'une commission... »

Gaulaincourt aurait désiré même une publication. Elle aurait, écrivit-il à l’empereur, le 23 décembre, « le double avantage de donner à la France un gage de votre modération et de proclamer l'engagement public et réciproque pour les alliés de ne pas exiger plus et pour Votre Majesté de ne pas accorder moins. » Gaulaincourt se figurait sans doute que la lecture de ces pièces ferait passer dans l’esprit des Français la conviction dont il était animé. Napoléon n’y consentit pas. Le rapport de Saint-Aignan fut singulièrement amendé. L’essentiel restait, la phrase sur les limites; mais, dans le document ainsi accommodé, elle revêtait plus d’importance, je ne sais quoi de plus officiel; bref les propositions prenaient des figures de bases infiniment plus prononcées, et il s’ensuivit un effet fort différent de celui qu'attendait l’empereur. Cau-laincourt reçut chez l’archichancelier les commissaires du Sénat, qui l’écoutèrent en silence. D’Hauterive fut chargé d'endoctriner ceux du Corps législatif, parmi lesquels se trouvaient Baynouard et Laîné. Ils se montrèrent plus curieux, moins faciles, inclinant visiblement à la créance aveugle envers les alliés, à la méfiance non dissimulée envers Napoléon. Ils estimèrent suffisant de prendre acte des ouvertures ; mais ils jugèrent utile de lier Napoléon. Ils lui demandèrent la promesse devant la France, devant l’Europe, en termes positifs et formels, d’accéder à ces ouvertures. Raynouard, l’un des commissaires, dit « que l'esprit public abattu, énervé, ne pouvait autrement se relever ». « Le Corps législatif, poursuivit-il 182, devrait déclarer à l’empereur qu’au moment où il a été élevé sur le trône par le vœu de la nation, il avait promis de défendre les frontières et de conserver l’intégrité du territoire de l’empire... qu'aujourd’hui on le sommait de tenir sa promesse ; qu’il n’y aurait point de sacrifices qu’on ne fit pour concourir avec lui à l’acquit de ce serinent, mais que les vœux des Français s'arrêtaient là, et que tout ce qui s'étendait au-delà de cet intérêt pouvait être sacrifié à la paix. «

Le sénat vota une adresse de platitude. Elle serait sans intérêt si le rapporteur, Fontanes, n'y avait confirmé, accentué, précisé officiellement les ouvertures de Francfort et le refus de la paix par Napoléon : « M. le prince de Metternich et le ministre russe, M. le comte de Nesselrode, tous deux, au nom de leurs cours, ont posé devant lui — M. de Saint-Aignan, — dans un entretien confidentiel, les bases préliminaires d'une pacification générale. L'ambassadeur anglais, lord Aberdeen, était présent à cette conférence. Remarquez bien ce dernier point, sénateurs, il est important *. » Le Corps législatif, par la bouche de Lainé, un des artisans prochains de la restauration des Bourbons, répondit par des remontrances, regrettant l’illusion de la paix, le refus de l’empereur, réclamant le contrôle, la tribune. Napoléon répondit en quelques mots : « Le Béarn, l’Alsace, la Franche-Comté, le Brabant sont entamés. J’appelle les Français au secours des Français... L’étranger fuira ou signera les bases qu’il a lui-méme proposées. Il n’est plus question de recouvrer les conquêtes que nous avions faites *. » Puis, le 31 décembre, il déclara la cession close.

Les remontrances de Laine firent dans le public le même effet que le manifeste des alliés : on se mit à parler de la liberté comme on parlait de la paix; on crut à l’efficacité des discours de ce Corps législatif muet depuis Brumaire, comme à la sincérité des souverains de l'Europe, coalisés depuis vingt-deux ans. Bref, l’opinion se donnait des motifs pour se détacher de Napoléon.

Napoléon, dans ce désarroi de son empire et devant la résistance de ses serviteurs, recourut aux expédients de la Révolution : il en reprit le langage, les mesures, et, comme il disait quelque temps après, il chaussa ses bottes de 1793.

1 Fontanes, 27 décembre; adresse 29 décembre 1813.

a 30 décembre 1813.

Ainsi le décret du 26 décembre qui ressuscita les commissaires du pouvoir exécutif de 1792 et les représentants en mission de 1793. Les rois frères, les Bonaparte se retrouvaient encore une fois rapprochés autour de Paris; eux aussi opéraient leur retraite sur l’histoire et remontaient aux temps faméliques et incertains, à 1795 \ Napoléon écrivit à Louis : a Vous n’êtes plus roi de Hollande. Le territoire de l’empire est envahi, j’ai toute l’Europe armée contre moi. Voulez-vous venir comme prince français? Je vous recevrai... vous serez mon sujet... Si au contraire vous persistez dans vos idées de roi et de Hollande, éloignez-vous de quarante lieues de Paris, i» Et à Joseph : «La France est envahie, l’Europe toute en armes contre la France, mais surtout contre moi. Vous n’êtes plus roi d’Espagne ; voulez-vous comme prince français vous ranger auprès du trône? Vous aurez mon amitié, votre apanage, et serez mon sujet... Gela ne vous est-il pas possible? Il faut vous retirer à quarante.lieues de Paris... Vous y vivrez tranquille, si je vis. Vous y serez tué ou arrêté si je meurs2. » Louis et Jérôme opinèrent pour l'éloignement à quarante lieues : c’était encore, à leur gré, faire figure de rois. Joseph, toujours politique et qui gardait ses pensées de derrière la tête, se contenta du titre; il devint le roi Joseph, roi de quoi? roi de rien, roi comme un préfet baron, un sénateur comte. Il opta pour la confiance de l’empereur, l’apanage dans l’empire, et la place la plus rapprochée du trône, celle de lieutenant général dans la régence. « Les amis de l’ordre et des idées sages, écrivait un diplomate, en 1805, croiraient trouver le complément des bienfaits de la Providence, si la mort de Napoléon pouvait mettre le prince Joseph à sa place 3. » Joseph se mettait au premier rang de ces hommes sages. Il avait perdu deux ans à Naples, égaré son génie en Espagne; les temps prédits approchaient-ils?

1 Mbnbval, t. III, p, 176. — Miot, t. III, p. 351. — Ducasse, Lecbstre, — Frédéric Masson, Marie-Louise,

1 A Louis, 4 ou 5 janvier; à Joseph, 7 janvier 1814.

1 Lucchesini, 25 septembre 1805. — Cf. t. VI, p. 510.

Murat les jugea venus et sauta le fossé. Seul des rois napoléoniens, ce roi latéral subsistait encore. Il n’usa de ce reste de vie que pour trahir son maître, et de sa prérogative royale que pour pactiser contre son pays. Napoléon discernait ses mouvements *. Pour l’arrêter, si on le pouvait encore, il lui dépêcha Fouché qui revenait d’Illyrie, se retirant devant les Autrichiens. Si Fouché ne retenait pas Murat, Murat du moins, retiendrait Fouché loin de Paris. Murat, pour motiver la défection qu’il préparait, avait demandé à l’empereur de proclamer l’indépendance des Italiens et « de réunir l’Italie en une seule nation 9 » . Le 27, Caulaincourt, dans un rapport composé avec les correspondances de Durant, conclut : a Le but du roi est de rendre l’Italie indépendante. » Il ajoutait : « Votre Majesté en a fait une nation. La plupart des Italiens désirent avoir une existence politique. Le roi de Naples s’en est aperçu. Il mettra tout en usage pour faire éclater de toutes parts cette opinion, et pour réunir, s’il le peut, tous les membres de l’Italie. » Mais convenait-il de n’en former qu’une seule monarchie? Caulaincourt, imprégné des traditions de Talleyrand, comme s’il avait eu sous les yeux les rapports de ce ministre au Directoire3, opinait pour la division : Murat à Naples, un État neutre au centre. Toutefois, il conseillait de louvoyer, de laisser Murat cuver ses illusions : à la paix, chacun rentrerait chez soi, le duc de Toscane, le pape et Murat lui-même. Dans l’intervalle, occupé de si glorieux desseins, a ce prince cherchera moins à obtenir des alliés ce qu'il espérera obtenir de Votre Majesté... il ne se détachera pas ouvertement de la cause de Votre Majesté. »

Mais il était trop tard et Murat s’était tourné du côté des alliés. Metternich avait saisi le joint avec Murat, comme il avait conduit l’intrigue contre Napoléon, depuis Dresde jusqu’à Francfort, d’autant plus facile en promesses qu’il savait les

1 Lumbroso, Muratiana. Correspondance de Fouché. — Norvins, t. III. — Madeur, Fouché, ch. xxi-xxii. — Weil, t. I-III. Rapports de Durant, de Caulaincourt, correspondances de Bentinck et de Mier.

1 A Napoléon, 10 novembre 1813.

’ Cf. t. V, p. 317-318.

alliés résolus à ne rien ratifier, et qu'il était engagé à ne rien opérer sans eux. Son calcul consistait à séparer Murat de Napoléon, à le discréditer en France et en Europe, à Fuser en Italie, à s'y nantir et à l'en expulser, s'il ne tombait pas de sa propre défaillance. Quant aux motifs qui amenèrent Murat à l'écouter, Fouché les a déduits avec la sagacité d'un maître en défection, qui, vraisemblablement, méditait déjà la sienne *. Le roi, écrit-il, se montre froissé de n’avoir pas reçu de Napoléon le commandement supérieur de l'Italie, pressé par ses sujets, jaloux de la dignité de leur roi autant que de leur propre indépendance, pressé par les patriotes d'Italie : « Le mot d’indépendance a acquis une vertu magique! ?» pressé enfin par ses amis de Paris, qui lui écrivent : « L’empereur ne peut plus rien, même pour la France; comment garantirait-il vos états! Songez à vous, ne comptez que sur vous-même. Il vous sacrifierait à une bicoque. « Et, très ironiquement, l’ancien émissaire de la Terreur ajoute dans son rapport à Napoléon : « Vos ennemis opposent au tableau de la situation de la France celui des avantages immenses que présente au roi son accession à la coalition : ce prince consolide son trône, agrandit ses États, au lieu de faire à l’empereur le sacrifice inutile de sa gloire et de sa couronne; il va répandre, sur l’une et sur l’autre l’éclat le plus brillant en se proclamant le défenseur de l’Italie, le garant de son indépendance. Se déclare-t-il pour Votre Majesté, son armée l’abandonne, son peuple se soulève. Sépare-t-il sa cause de celle de la France, l'Italie tout entière accourt sous ses drapeaux. »

Avant qu’il ne rentrât à Naples, Caroline était gagnée à l’Autriche. Metternich l’avait abusée par le même artifice dont il s’était servi pour entraîner Murat à quitter l’armée et dont il trompa les Français à Francfort. Il lui fit entrevoir la reconnaissance de sa couronne par l’Angleterre, cette paix anglaise que Napoléon promettait depuis 1800 et qu’il sem-

A Napoléon, 27 décembre 1814. Lumbroso. blait plus que jamais incapable de procurer. Il lui dépêcha un Napolitain, Schinina, qui lui peignit la déroute de Napoléon, lui présenta en modèle la défection de la Bavière, vieille maison, pénétrée des traditions de l'honneur monarchique, et alliée de la famille impériale! Caroline ne put manquer d'être émue de ce royal exemple. L'agent parla avec tant de force sur les événements à prévoir, que la reine se résolut à mander au palais le comte Mier, l’envoyé d'Autriche. Elle lui dit a combien elle avait été touchée des procédés amicaux et généreux de son empereur », qu'elle « était décidée a entrer en négociations avec l’Autriche « , et l’invita à lui apporter un mémoire sur la situation des affaires. Mier se mit aussitôt à l’ouvrage 11 n’y a, disait-il, de salut pour le royaume que dans la protection des alliés. Il pressa la reine d’agir, en sa qualité de régente, de sauver la couronne, l'État, son mari, sa dynastie, concluant par cette phrase, soufflée vraisemblablement par Metternich, qui connaissait si bien la femme en cette reine improvisée : « C’est le moment, et peut-être le seul qui se présentera jamais, où la reine puisse déployer les grandes qualités que le ciel lui a si richement prodiguées et dévoiler aux yeux de l'univers les vertus indispensables pour un souverain, qu'elle possède dans un degré si éminent. » Le 28 octobre, Mier fut de nouveau appelé au palais. Ce jour-là, pour lever les dernières hésitations, il lança l'argument sans réplique. Il se dit autorisé à faire connaître que « lord Aberdeen, ambassadeur d'Angleterre à la cour de Vienne, est autorisé à signer, conjointement avec l’Autriche, un traité avec le roi de Naples, dans la supposition que Sa Majesté se déclarât pour la cause de l’Europe et que l’Autriche se prononçât en faveur d’un arrangement pareil 2 « . Or, l’Autriche non seulement promettait, mais pressait la reine de signer. « Elle était, répéta-t-elle, fermement décidée à entrer en

1 Mémoire de Mier pour la reine. Weil.

* Menz, secrétaire de la légation autrichienne, à Bentinck, 14 décembre 1813. Weil. — Cf. ci-après la note de Castlcreaghà Metternich, démentant cette affirmation, p. 238.

négociations avec l’Autriche » , et d’ores et déjà elle « promettait de ne pas faire sortir un homme de son armée hors du royaume ».

Le 4 novembre, Murat rentra inopinément à Naples. « Pour ménager son amour-propre et ne pas heurter son caractère, jaloux du pouvoir royal, » la reine fit prier Mier de garder le secret sur leurs arrangements, u Elle voulait que toutes ses idées et déterminations eussent l’air de venir de lui; du reste, elle promettait de faire faire au roi tout ce que l’Autriche voudrait. » Le 8, Murat reçut Mier. « Le premier pas est fait, lui dit-il; j'ai quitté l'armée française conformément au désir de l’Autriche et de l’Angleterre; je suis décidé à ne pas fournir les troupes qu’on (Napoléon) me demande : mon parti est pris; je veux m’unir aux alliés, défendre leur cause, contribuer à chasser les Français de l’Italie, et j’espère qu’on me fera participer aux avantages qui en devront résulter. » 11 entendait par là les dépouilles du pape, à qui « la ville de Rome avec un joli arrondissement, un bon et sûr revenu et beaucoup d’encens devaient suffire. * Mier partit pour l'Allemagne faire son rapport à Metternich et prendre les ordres des alliés 1.

Murat aurait fort désiré que Bentinck donnât à l’accommodement futur le gage précieux d’un armistice : « Sùr du côté de la mer, je peux, disait-il, joindre l’armée autrichienne avec mes troupes. » Mais Bentinck refusa toute suspension d’armes. « 11 n’y a, disait ce prévoyant Anglais, aucun fonds à faire sur Murat... Le traité ne nous crée pas seulement un rival, il peut rendre Murat maitre de l’Italie. Quand on aura rejeté le vice-roi Eugène sur les Alpes, les Italiens graviteront certainement de son côté (Murat), tandis que, si la protection et l’assistance de l’Angleterre s’étendaient sur eux, cette grande force se serait, sans aucun doute, tournée de notre côté *. » Ces vues tendaient à expulser tout élément français de l’Italie, à y substituer l’hégémonie britannique à l’hégémonie autrichienne; elles ne laissaient point d’être politiques,

1 Rapport de Mier, 16 décembre 1813.

1 Bentinck à Castlereagh, janvier 1814. Weil

et parfaitement anglaises. Mais, dans la crise que Ton traversait, il importait, avant tout, d'enlever Murat à la coalition et de frapper ce coup retentissant : la défection du beau-frère de l’empereur. C’est à quoi Metternich travaillait très activement à Francfort.

Metternich avait fait décider par les alliés qu’un négociateur autrichien, muni de pouvoirs en forme, se rendrait à Naples. Il chargea de cette mission le général comte Neip-perg, prédestiné aux intrusions dans les affaires intimes des Bonaparte. Neipperg était adroit, aimable, habile à mener les femmes; il détestait Napoléon et les Français 183 184 185 186. «Le comte Neipperg fera comprendre au roi que son sort est entre les mains de l’Autriche, qui seule peut amener les puissances, qui l’y ont autorisée, à accéder au traité qu’elle fera avec Naples. » L’Angleterre et la Russie avaient autorisé la négociation; elles ne s’étaient point engagées à accéder au traité, et par leur autorisation de négocier, elles n’étaient liées qu’en-vers l’Autriche; elles ne l’étaient nullement envers Murat. Aberdeen d’ailleurs avait eu soin de déclarer « que le gouvernement britannique ne consentira jamais à intervenir dans un acte qui, garantissant le royaume de Naples à Murat, ne porterait pas la mention formelle du bien fondé des légitimes réclamations de la famille royale des Deux-Siciles et ne consentirait pas à lui donner une juste compensation 9 » .

Fouché cependant se trouvait à Naples depuis le 30 novembre. Il y séjourna jusqu’au 18 décembre. Son influence parait surtout s’étre employée à jeter sur la défection de Murat un vilain vernis d’hypocrisie, à greffer la duplicité sur la trahison 8. Se ménageait-t-il en Murat un instrument éventuel, en France et en Europe? En joua-t-il comme à Paris plusieurs habiles, à sa façon, spéculaient sur Berna-dotte? Si la défection réussissait, voulut-il en é/re, afin de s’entr’ouvrir un accès près des alliés? Si Napoléon l’emportait encore, s’arrangea-t-il de façon à prouver qu’il avait tout employé pour conserver Murat à la France? Se flatta-t-il d’un arbitrage entre Napoléon et son beau-frère, peut-être meme de l’arbitrage de l’Italie? Napoléon le tenait éloigné de Paris et des affaires; son objet était d’y rentrer, de s’y rendre nécessaire, d’é/re au moment où se décideraient les choses, et la main dans toutes les intrigues. Ses lettres permettent toutes les conjectures et ses actes les contredisent toutes. L’impression qui en reste est qu’il ne décida ni n’empécha rien, qu'il promena sur la scène sa face glabre, son geste équivoque, toute sa défroque inquiétante de machiavéliste ténébreux et compliqué, haut policier de toute police, qui n’admet pas qu’il se fasse une révolution sans qu’il en mène les machines, ni une trahison dont il n’ourdisse les trames : en résumé le parfait agitateur qu’il savait être, le grand brouillon méconnu qu’il se montra toutes les fois qu’il prétendit toucher aux affaires étrangères et se frotter à l’Europe, en 1798 dans la Cisalpine, en 1810 lors de la négociation avec l’Angleterre, qui entraîna sa disgrâce; tel il paraîtra jusqu’à la fin de sa carrière, en 1815, et après la plus extraordinaire de ses prestidigitations, son entrée dans le cabinet de Louis XVIII. « C’est une chose humiliante pour l’espèce humaine que le contraste et la confusion de ses idées »... Il l’écrivait du roi de Naples, et l’historien ne le peut lire sans le penser du duc d’Otrante.

Neipperg, rejoint bientôt par Mier, arriva le 31 décembre 1813. Sur sa demande, Bentinck lui envoya son secrétaire particulier, Graham, pour conférer des affaires de la guerre et de celles de la Sicile. Neipperg eut infiniment plus de mal à tirer cet Anglais dans ses « formes » qu’à y captiver Murat. Il déploya d’ailleurs les qualités d’astuce et de séduction qui l’avaient recommandé au choix de Metternich, enguirlandant

1 A Caulaincourt, 12 janvier 1814. Weil, t. IX, p. 403. la reine, endoctrinant le roi. Aveuglé au point de croire l'Autriche sincère quand elle lui garantissait son établissement en Italie et lui promettait ses bons offices près des alliés, fasciné de sa propre gloire, se figurant être l’idole des Napolitains, le libérateur de l'Italie, le sauveur de l'Europe, le bienfaiteur même de la France, puisqu'il contribuerait à lui donner la paix ’, ce malheureux but sa honte et, comme un soldat de fortune qui finit en transfuge, il signa son jugement et sa condamnation 9. Mais c'était une âme de conquérant barbare, gonflée et flottante, orageuse et enfantine, susceptible de ces éblouissements de conscience qui tout à coup découvrent au fornicateur l’horreur de son péché, la vengeance du dieu trahi, et le pire supplice d’enfer, la privation même de ce dieu. Il pleura amèrement 8. 11 pleura sur le brave soldat Murat qui, partant pour la guerre en 1792, écrivait à son père : « Le plus beau sacrifice que je puisse faire de ma vie c’est sans doute de mourir avec mes frères pour la défense de la république... Dites-leur quec’est leur intérêt que je défends, que c’est notre cause commune que je sers... » Ce Murat-là venait de mourir de fièvre paludéenne pour avoir promené ses rêves le long des marécages de la vieille Europe. Quelques jours après, le roi Murat, rasséréné par les vivats de ces même lazzaroni qui avaient tué les soldats de Championnet et applaudi en 1799 aux supplices des républicains 187 188 189 190, exalté par les flatteries de ses courtisans — on y comptait alors des carbonari, et ce n’étaient pas les moins enthousiastes et les moins astucieux, — voyait arriver à lui des députés de Rome qui le priaient de prendre possession « de leur ville ».

La populace se disposait à piller les riches et à expulser les Français. 11 dit à Mier 191 192 193 194 : « J’ai tout fait ce que l'Autriche a voulu; j'ai signé aveuglément l'alliance que le comte de Seipperg m'a soumise. Je remets entièrement mes intérêts dans les mains de l'empereur François, et me place avec confiance sous l’égide de la loyauté du gouvernement autrichien; je suis convaincu que je ne m'en repentirai jamais... Mais je vous répète encore que vous devez m'agrandir, me rendre plus fort pour que je ne vous sois plus à charge. Vous ne tirerez aucun parti de tous ces petits États que vous voulez établir en Italie. Mettez-moi à même de pouvoir entretenir toujours une armée de 60,000 hommes, et le repos de l'Italie, votre influence y seront assurés... J'agis en roi de Naples et fais taire toutes les autres considérations secondaires. Les Napolitains doivent me savoir gré de la preuve de dévouement que je leur donne... Ma conduite prouvera aux souverains que je suis digne d’occuper une place parmi eux. »

u Le roi trompe l'empereur, trompe ses alliés et se trompe lui même » , disait peu après Durant. « Il n'a pas 25,000 hommes. Ce qu’il y a de militaires dans cette armée désertera... Le reste ne s’est engagé à marcher que parce qu'on a fait la promesse à ces soldats qu’on ne se battrait pas. Si le roi refuse de tenir sa promesse, ils la tiendront pour lui *. »

Le traité, signé le 11 janvier 1814, contenait deux parties8 : une ostensible, l'alliance, la garantie de la couronne de Naples à Murat, la promesse des bons offices de l’Autriche pour y faire accéder les alliés; une secrète, la promesse de l'Autriche de s'entremettre pour obtenir, moyennant une indemnité, la renonciation formelle de Ferdinand, d’employer ses bons offices pour hâter la paix entre Murat et l'Angleterre; enfin la promesse de quatre cent mille âmes à prendre sur l'État romain. Le prix de la trahison serait ainsi payé par l'apostolique Autriche aux dépens de l'Église et du domaine pontifical.

Bentinck consentit à signer, le 3 février, une convention d'armistice ; mais il refusa formellement toute accession au traité de paix, sous le prétexte que l'avis reçu par lui de lord Aberdeen au sujet de la négociation entre l'Autriche et Naples n'impliquait point assez clairement le pouvoir de traiter de la paix et de reconnaître Murat \ Il ne se trompait pas, et le fait est qu'aprèsavoir reçu, par Metternich, la communication du projet de traité, Castlereagh lui écrivit : a Le soussigné à l'honneur d'accuser réception au prince de Metternich du projet de traité entre S. M. l’empereur d’Autriche et la personne qui exerce actuellement le gouvernement de Naples. Quelque pénible qu'ait été l'impression ressentie par le prince régent lorsqu'il dut constater qu'on avait cru, dans l'intérêt général, nécessaire de conclure un arrangement qui constituera un obstacle à la restitution de S. M. Sicilienne en ses États héréditaires lors de la signature de la paix générale, le soussigné n'a pas hésité à envoyer au ministre de Son Altesse Royale accrédité à la cour de Palerme l'instruction dont copie est ci-jointe, lui enjoignant de cesser immédiatement les hostilités... » Un armistice, et rien de plus! Quant à la paix, Castlereagh demande à conférer avec la cour de Palerme, sur son indemnité future, avant « qu’il puisse être question de mettre fin à l'état de guerre existant actuellement entre S. M. Britannique et le gouvernement de Naples». L'affectation de ne point nommer Murat, de ne point écrire les mots « roi de Naples » marquait combien l'Angleterre se trouvait alors éloignée de le reconnaître, et, en réalité, elle ne le reconnut jamais. L'Autriche seule aurait pu lui rappeler leur quasi-engagement de Francfort, lors de l’envoi de Neipperg, et elle n'en eut garde, étant intéressée à infirmer elle-même son propre traité, et à se débarrasser de Murat aussitôt que Murat l'aurait aidée à se débarrasser de Napoléon en Italie.

1 Aberdeen à Bentinck, 12 décembre 1813. Bentinck & Caitlereagb, 2 férrier 1814. Wbil, t. III, p. 228, 642.

Le 14 janvier, l’envoyé de France reçut l’avis de la rupture avec Napoléon; le 16 il quitta Naples. La trahison était accomplie, le coup de cloche donné, Metternich en était venu à ses fins. Cette supercherie achève d’éclairer l’histoire sur le caractère des « ouvertures » de Francfort. C’est le même jeu, joué par le même habile homme, avec les mêmes comparses : Nesselrode personnage muet, Hardenberg absent. Quant à lord Aberdeen, il en fut quitte pour s’exposer à la résistance de son collègue de Palerme, et encourir le même désaveu de son gouvernement, que dans l’affaire de Saint-Aignan : désaveu, mais non blâme, ni regret, car tout s’accommodait, dans l’une et l’autre affaire, selon les intérêts de la politique anglaise. 11 entrait dans les vues du ministère britannique d’enlever Murat à Napoléon, mais non de le conserver à Naples, et il convenait à ce calcul que Murat ne fût reconnu que par un seul des alliés, ce qui n’entraînerait, à son égard, aucune garantie de la part des autres. Par le traité du 11 janvier, François ne donnait qu’une parole de plus ; ce ne serait qu’une parole à reprendre. Il avait trouvé moyen, par grattages successifs et surcharges, de transformer en alliance contre la France son alliance avec Napoléon, son gendre ; ses « entrailles d’État » et sa conscience impériale ne souffriraient pas plus de détrôner Murat pour remettre en sa place sa tante et belle-mère Marie-Caroline, que de détrôner Napoléon, sa propre fille et son petit-fils. Quant à Metternich, il avait mené cette négociation avec Caroline Bonaparte comme un roué mène un pacte d’amour avec une femme étourdie, avide et galante. Neipperg donnait le mot de toute la comédie quand il disait naguère à Graham : « Commençons par chasser les Français d’Italie ; nous pourrons toujours battre Murat ensuite *. » Le sort de Murat se déciderait en France. Murat, en réalité, perdrait son trône comme il l’avait gagné. Vainement il prétendait se délier de la France, elle le tenait, et quoi qu’il fit, il ne s’en détacherait pas.

Wbil, t. III, p. 355.

Napoléon se disposait à quitter Paris. Le 21, il écrivit à Savary 1 : « Faites partir celte nuit — du 21 au 22 — et avant cinq heures du matin, le pape pour se rendreàSavone.» Après Valençay, Fontainebleau; les prisons se vident. Après 1’évacuation de la Pologne, de l'Espagne, de l'Allemagne, de Flllyrie, voici l'abandon de l'Italie qui s'annonce et la Restauration qui se prépare. Napoléon ne se dissimule pas que sa défaite aura pour conséquence le retour des Bourbons. « Toutes les puissances et l'Angleterre même ont reconnu ces limites » — les limites naturelles — dit-il à La Besnardière, premier commis des affaires étrangères : « Tous les États se sont agrandis; vouloir ramener la France à son état ancien, ce serait la faire déchoir et l’avilir. Le système de ramener la France à ses anciennes limites est inséparable du rétablissement des Bourbons, parce qu'eux seuls pourraient offrir une garantie du maintien de ce système, et l’Angleterre le sent bien. Ni l’empire, ni la république, si des bouleversements la faisaient renaître, ne souscriraient jamais à une telle condition. » « Pour ce qui est de Sa Majesté, poursuit La Besnadière, sa résolution... est immuable. Elle ne laisserait pas la France moins grande qu'elle ne l'a reçue. Si donc les alliés voulaient changer les bases acceptées et proposer les anciennes limites, elle ne voyait que trois partis : ou combattre et vaincre, ou combattre et mourir glorieusement, ou enfin, si la nation ne la soutenait pas, abdiquer8 ». Napoléon s’informe des Bourbons, de leurs caractères : « Croyez-moi, » dit-il à La Valette, qui le répète à Molé, « si je viens à être tué, ma succession à présent ne sera pas dévolue au roi de Rome. Au point où les choses sont venues, il n’y a qu'un Bourbon qui me puisse succéder? » Cau-laincourt part le 4 janvier. Il emporte un chiffre avec Talley-rand, afin de lui faire connaître la signature de la paix*. « Nous allons, dit-il tristement à Rayneval qui l'accompagnait,

1 Lecestre.

1 La Besnardière à Caulaincourt, 19 janvier 1814.

’ Pasqcier, t. II, p. 115, 139.

4 Souvenirs de Mme de Coigny. Conversation avec Talleyrand. Voir ci-aprè«, p. 310.

remplir une tâche bien difficile, surtout fort inutile, car, croyez-moi, quoi que nous fassions, l’èredes Napoléons touche à sa fin, et celle des Bourbons recommence1 ».

Par une de ces inconséquences dont il avait donné tant de marques dans ses rapports avec son frère Joseph, par un dernier trait de cette faiblesse superstitieuse qu'il ne pouvait secouer devant son « aine », Napoléon lui laissa le gouvernement de la France, la garde de sa femme, la tutelle de son fils, encore qu'il le considérât comme incapable de commander un régiment, de prendre une décision, de donner un ordre, qu'il le soupçonnât de toutes les ambitions, lui prêtât toutes les perfidies, et pour tout dire qu’il emportât, à l’égard de ce dépositaire de son pouvoir, « empereur des inquiétudes, et mari des jalousies» . Le 24 janvier, il signa les lettres patentes conférant la régence à Marie-Louise, avec deux conseillers, Cambacérès pour le civil, Joseph pour le militaire, et le 25, « à trois heures du matin, après avoir brûlé ses papiers les plus secrets, il partit8 ».

1 Viel-Castkl, Restauration, t, I, p. 127.—D’Haussosville, Mélanges,y. 172. 1 Frédéric Massok, Marie-Louise,

VIII.

16


1814

La guerre reprenait. Bliicher et ses Prussiens passèrent le Rhin à Mayence, marchant vers les Ardennes. L’armée de Schwarzenberg effectua le 20 le passage à Bàle. Cette opération ne s’était point accomplie sans tirage avec Alexandre : le tsar voulait « mettre l’Europe entière contre la France », mais il ménageait les Suisses !. Le 29, la diète de Zurich déclara abrogé l’acte de médiation et rompit avec la France, ce qui, au point de vue des alliés, remit tout en règle. Le quartier général s’était transporté à Fribourg.

Metternich avait des nouvelles de Paris : « Quelqu’un, écrit-il à Hudelist, demandait à Talleyrand ce qu’il pensait de l’état des affaires: «Je crois, répondit-il, que c’est le commence-« ment de la fin. » Je le crois aussi. Le Sénat commence à se remuer. L’impératrice a écrit à son père une lettre lamentable. Napoléon n’a jamais été empaqueté de la sorte. Du côté de l’Italie, nous n’avons plus aucun souci... » Il eut une heure d’épanouissement et se mit devant la postérité en pose de tableau de galerie : « Nous pouvons estimer avec raison que notre quartier général est désormais le monde®. »

Toutefois il lui restait des inquiétudes, et de très graves.

1 Journal de Hardenberg* 10 décembre 1813.

4 A Hudelist, 3 janvier 1814. Voir la lettre à la princesse de Lieven, 18 octobre 1819. Ernest Daudet, Revue hebdomadaire, 29 juillet 1899.

COSGRÈS DE CHATILLO T** -

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8 janvier 181-4 x « Conférence avec e plan touchant la Saxe. » Ce même jour lettre de Caulaincourt.           . vier,

Elle était datée de Lunéville, le ® }®“ontenait des observa-l’inquiétude, le désir de négocier.      ntrent que Napoléon

tions parfaitement fondées et qui CaU]aincourt s’étonne avait bien discerné le jeu de Metternic - * „ fadhésion pleine

des retards mis j>a.r Metternich à répoi       Op0sées d’un cornet entière aux bases que Votre Excel enc   j,Angleterre, et de

mun accord avec les ministres de Rus61®        ttre ttqueiord

l’aveu de la Prusse. . 11 lui paraît diffici e         bases sang en

Aberdeen ait eu des pouvoirs pour prop        alUé%

avoir pour négocier ; Sa Majesté ne fait poin bèrent encore. de croire qu’ils aient été incertains et qui «;     Ue devient un

ils savent trop bien que toute offre C°ndlt,®s a«e la condition engagement absolu pour celui qui 1 a faite d H devions nous qu'il y a mise ^st remplie. Dans tous les cas,      Votre

attendre à avoir le 6 janvier la réponse ^aincourt avait lence nous annonçait le 10 décembre 195. ”

des pouvoirs et il attendait aux avant-posteS . assepor s nécessaires pour se rendre auprès de Mettern»c - Il joignait à son message officiel une lettre particulière • u telicitait Mettemicb de son élévation au rang de pH»ce et 196 faisant allusion à des confidences fort «I Metternicli n avait sûrement pas oubliées * •

gnificatives que a Mon séjour à


des alliés, c’est-à-dire de Metternich à Caulaincourt,

. 170473, M1-M3.


Le cabinet anglais s'était décidé à ei^-'V"<z»yerunplénjnote


r—.«jjuicil* tiaire au futur congrès de la paix, et                 «Wnint

alliés traitaient, directement les affaires»   ^omme ils étaient

assistés de leurs diatnceliers et ministres eS a    étran-

gères, l’Angleterre ne pouvait faire moi ■» ® <iue, accréàn.et près d’eux son ministre des relations extéri^ u^es • Parmi les vues que Castlereagli fut invité à dévelopf>eI’’ une <fes principales était de resserrer et relier en «i* se «J instrument les divers traités de la coalition, de manière A assurer 1»

la France doit conserver La puissance et la prépondérance qae iemiteS naturelles qu\ dans son intégrité , et en se renfermant dans ses t sont le Rhin, les Aln^o     °

Adpes et les Pyrénées.

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v ce doit s’étendre ----U.......... point que le territoire de la fra ^.ggance et de jusqu’à ces limites ; il ne s’agit que de sa P lque influence prépondérance. Bien qu elle puisse exercer      ce doA

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1® note 'Je Seini-Aign.m. CASinnncff, t. p 1.39

Entrer dans les vues de Metternich, et par la négociation même, menée d'accord avec lui, l'acheminer à la déchéance des Bonapartes et à la restauration des Bourbons, tel fut dès lors son plan secret. Alexandre, pensait-il, finirait par s’y rendre, y voyant le seul moyen d'associer ses alliés à la vengeance. Mais alors il ne dicterait pas seul la paix, et le nouveau gouvernement de la France, gouvernement de principes et non plus d'expédients ne serait ni l’obligé, ni le client d’aucun des alliés. Le grand dessein de suprématie russe se trouverait ainsi déjoué.

Gastlereagh arriva le 18 janvier à Fribourg. C’est un personnage qui parait sur la scène quand le drame touche à sa fin ; il va dès lors rester sur les premiers rangs ; il contribuera puissamment, et de son caractère de représentant de l'Angleterre et de sa personne même, à préparer le dénouement. Robert Stewart, vicomte Castlereagh, marquis de London-derry, était dans sa quarante-cinquième année, et depuis la vingt et unième il vivait dans la politique, député, sous-secrétaire d’État, ministre, aux colonies, à la guerre, aux affaires étrangères, en 1811, et, depuis, ministre dirigeant. Ami de Wellington, il formait avec lui le duumvirat redoutable qui mena la politique anglaise à ses fins dans cette grande catastrophe de la suprématie de la France. Castlereagh se piquait de principes auxquels il tenait avec une constance inébranlable, qui se confondait, dans les affaires, avec l’cn-tétement; mais ses a principes » n’avaient rien d’abstrait ni de spéculatif, ils se ramenaient tous à un seul, l’intérêt supérieur de l’Angleterre; ils procédaient tous de cette haute raison d’État. Castlereagh parlait avec autorité et s’exprimait sans élégance, l’autorité allant jusqu’à la raideur et le manque d’élégance jusqu’à une certaine confusion. Dans le commerce de la vie, le gentilhomme dominait le politique, courtois, de nobles manières, d’une intimité difficile à pénétrer, sûre quand on y était admis. Il exécrait la Révolution en elle-même, et parce qu’elle était française et tournait à la grandeur de la France. Anéantir la Révolution, ramener la France

DIVERGENCES ENTRE LES ALLIÉS. — 1814.   240

à ses anciennes limites, voila toute sa politique; il était l'homme de la paix d’Utrecht et du traité de 1763 : la barrière et point d'extension de la France, ni sur le continent ni ailleurs; c'est sur ce modèle qu'il conçut la paix de 1814 et y travailla. Mais si persistante que fût son hostilité tant que la France demeurait une rivale menaçante de l’Angleterre, cette hostilité devait s’arrêter le jour où l’Angleterre aurait conquis ces garanties. Castlereagh ne voulait ni la ruine totale et l'effacement de la France, ni le triomphe et la prépondérance de la Russie. Ges vues l'éloignaient d'Alexandre. Alexandre l'inquiéta toujours sans le séduire jamais; tout, en ce Slave insaisissable, l'induisait en méfiance ; cette comète bouleversait son système. Metternich, sans lui inspirer plus de confiance, le rassurait par sa méthode : il louvoyait dans les mêmes eaux. Dès leur première rencontre, ils eurent l'impression qu'ils parviendraient aisément à s'entendre.

Alexandre partit pour Langres, où il arriva le 22, résolu à pousser l'offensive et à imposer à ses contradicteurs le fait accompli. 11 trouva le généralissime Schwarzenberg rétif à l'impulsion qu’il voulait donner à la guerre, c’est-à-dire à la marche directe sur Paris. Metternich s’y montra plus résistant encore, quand il rejoignit le tsar, le 25, accompagnant l’empereur François et suivi par Castlereagh. « Le motif principal de toutes ces discordances, écrit Münster au prince-régent d’Angleterre197, c’est que la Russie ne se prononce jusqu’à quel point elle veut étendre ses limites en Pologne. L’Autriche soupçonne qu'elle fomente des troubles en Gallicie, qu'elle vise à rétablir le royaume de Pologne en faveur de l’empereur Alexandre, et que c'est pour cela qu’elle désirerait donner l'Alsace à l’Autriche a. La promesse qu’on dit avoir été faite à la Prusse par la Russie de lui accorder toute la Saxe électorale, à l’exception d’un petit accroissement pour Weimar, agit dans le meme sens. Enfin, il y a ample matière de brouillerie entre les deux grandes puissances du continent, laquelle, en cas d’un revers, pourrait produire des suites très funestes. » Il est vraisemblable que Metternich en toucha quelque chose à Gastlereagh ; qu’il l’instruisit, du même coup, des desseins d’Alexandre sur la monarchie française et sur Bernadotte. Castlereagh demeura toujours fortin différent au sort du roi de Saxe et peu lui importait de voir les Prussiens à Dresde, mais il ne désirait nullement que les Russes se poussassent au cœur de l’Europe; il désirait encore moins restaurer en France, pour l’honneur et profit de la Russie, une sorte de Pologne d’avant 1792 : enfin il s’en tenait aux « anciennes limites » , qui permettraient une paix durable, au moins avec l’Angleterre. Il y gagna aisément Metternich, qui considérait l’Alsace comme le plus perfide des présents. Par la crainte de voir les Russes à Cracovie et les Prussiens à Dresde, cet Autrichien conclut à conserver Strasbourg aux Français. Castlereagh eut un long entretien avec Alexandre. Le tsar démentait toute entente entre lui et Bernadotte au sujet de la France. Castlereagh se convainquit qu’Alexandre le trompait; que, tout au moins, il jouait sur les mots, et qu’on devait prendre fort au sérieux ses vues pour le prince royal de Suède. Cette duplicité le jeta décidément du côté de Metternich.

11

Les alliés se trouvant réunis à Langres, la délibération s’ouvrit sur la conduite de la guerre. Le 26 janvier, Schwar-zenberg remit à l’empereur François un long mémoire où les avantages et les inconvénients d’une marche sur Paris étaient discutés. Il évitait de conclure; toutefois ses considérations tournaient à la prudence infiniment plus qu'à l’audace. « Nous devrions faire ici la paix, écrivait-il ce jour-là même à sa femme, c’est mon avis. Notre empereur, Stadion, Metternich, Castlereagh même sont de cette opinion. Mais l’empereur Alexandre ! C’est le moment des résolutions décisives ; que le Ciel nous protège en cette crise ! »

L’empereur François demanda à Metternich un rapport sur le mémoire de Schwarzenberg. Metternich le lui Ternit le lendemain 27. Il rappela les stipulations de Tœplitz, l’objet alors donné à la guerre : « le rétablissement de l’équilibre des puissances de l’Europe et une répartition de leurs forces respectives propre à assurer cet équilibre 1 » ; « le refoulement de la puissance française dans des bornes compatibles avec un système d’équilibre en Europe». Pour atteindre ce but, les puissances ont jugé nécessaire... « la rentrée de la France dans les limites du Rhin, des Alpes et des Pyrénées, le Rhin elles Alpes offrant des lignes à déterminer. » Voilà, enfin, le grand secret de Francfort qui s’échappe. C’est que les alliés n’ont plus à feindre. Ils peuvent dire ce qu’ils ont toujours voulu, et l’imposer. Napoléon, poursuit Metternich, « a envoyé à Chàtillon un plénipotentiaire, Caulaincourt, pour négocier la paix. Acceptera-t-il la négociation sur ces bases? On le saura bientôt, si l’on veut entrer en conférences. » Reste la question du gouvernement intérieur de la France. Metternich est d’avis de ne la point soulever, « d’en réserver l’initiative à la France elle-même, de ne pas la provoquer et de ne pas l’empêcher». Les Anglais estimaient que cette neutralité conduirait à le restauration des Bourbons. Metternich nourrissait d’autres pensées. C’était, continuait-il, «de tirer de l’existence de Napoléon, tolérée par la nation, tout le parti possible, et le même, quant au point de vue général, qu’il serait juste et raisonnable de vouloir atteindre de la réintégration des Bourbons effectuée par la nation. » Sur Berna— dotte, il était formel : « Je n’admets pas la possibilité de

1 Préambule des articles séparés et secrets du traité du 9 septembre 1813. Vois ci-dcssus, p. 187.

l’établissement d une autre dynastie et ne m'arrêterai pas à démontrer que les puissances ne sauraient jamais parvenir à donner à un grand peuple un souverain pris dans un parti relativement faible. » — « Ce ne sera pas Bernadotte qui le remplacera, avait-il écrit déjà le 16 janvier. Il ne faut pas connaître la France pour en admettre la supposition la plus éloignée. » — Il concluait en proposant une conférence .entre les alliés sur les six points suivants: Ie Les alliés sont-ils prêts à traiter avec la France sur les bases convenues entre eux « et avec une fixation de limites du côté des Alpes et du Rhin, sur lesquelles les quatre cabinets auraient à •convenir sans perte de temps? * 2e Sont-ils disposés à stipuler au nom de l’Europe et à exclure la France de la reconstitution de l’Europe fixée par eux et qu’on énoncera sommairement aux Français? 3e Sont-ils, si la négociation traîne, disposés à faire connaître leurs propositions, par voie de manifeste, au peuple français? 4* La question de dynastie «doit-elle être mise en première ou en seconde ligne? 5* Les puissances sont-elles décidées à ne se déclarer que contre la personne de Napoléon, ou bien également contre sa succession «et en faveur des Bourbons? 6° Les cabinets, s’ils ont changé d’avis sur la reconstitution des grandes puissances, telles •qu’elles étaient en 1805, sont-ils disposés à déterminer leurs vues nouvelles et à les fixer198? Enfin il aborde la question, •toujours incertaine, des compensations réservées à l’Autriche et à la Prusse ; se croyant sûr de Hardenberg, ayant ■gagné Gastlereagh à ses vues, il veut se débarrasser du cauchemar des prétentions russes sur la Pologne *.

L’empereur François, en une résolution motivée, approuva fles conclusions de son ministre. Mémoire et résolution impériale furent communiqués aux alliés.

Autour d’Alexandre les esprits étaient divisés. Les généraux inclinaient du côté de Schwarzenberg, vers la prudence. Nesselrode persistait à conseiller la modération : ménager la France, tout en la refoulant dans ses anciennes limites, ne pas trop l humilier, faire la paix, se donner la gloire de rétablir l'équilibre en Europe. Pozzo di Borgo, revenu de Londres, où il avait vu le prince régent disposé pour les Bourbons, travaillait en leur faveur. L’émigré français Roche-chouart, ami du duc de Richelieu et, par suite, en fort bonne posture à l’état-major russe, vint à la rescousse. La Harpe199 200, qui avait été prendre langue à Paris avec les opposants, rêvait de plébiscite, de constitution; il conseillait à son ancien élève de profiter du mécontentement des Français contre Napoléon et plaidait pour Bernadotte a.

Sur l’article des Bourbons, toute la dialectique de Pozzo ne parvenait pas à ébranler Alexandre. « Que les Français se prononcent, répétait-il; alors beaucoup de difficultés s’aplaniront 201. » Et il comptait bien qu’ils se prononceraient pour Bernadotte. 11 avait autorisé les insinuations à Saint-Aignan, sous l’assurance donnée par Metternich que Napoléon ne les écouterait pas et que ce ne serait qu’une ruse de guerre. Maintenant que la ruse avait réussi et que l’on avait publiquement, par le manifeste du Ier décembre, rejeté sur Napoléon toute la responsabilité de la guerre, l’Autriche prétendait encore négocier! Alexandre s’emporta, annonça qu’il allait partir, se mettre à la tête de son armée.

Le 27, dans la soirée, Hardenberg essaya de s’entremettre. On lit dans son Journal : « Vu le roi et l’empereur de Russie. Discussion sur le plan d’opérations et mésentendus. Intrigue de Stein pour faire aller l’armée droit à Paris, ce que veut l’empereur Alexandre. Le parti autrichien y est contraire; d’autres ne savent ce qu’ils veulent. » Ces mots étaient pour le roi de Prusse. Ce roi fit, ce jour-là, ce qu’il faisait depuis la fameuse visite au tombeau du Grand Frédéric, à Potsdam, en novembre 1805 : il céda au prestige d’Alexandre et se jeta dans ses bras. « Le roi de Prusse lui a promis de rester avec lui jusqu’à la dernière extrémité *. «

C’est dans la même soirée, après le dîner, qu’il convient de placer un entretien raconté par Metternich et dont tous les détails ne sauraient être admis sans réserve9, Metternich ayant intérêt, à l’époque où il rédigea ses mémoires, à se montrer et plus prévoyant, et surtout plus favorable aux Bourbons qu’il ne l’était alors « La France est hostile aux Bourbons, aurait dit Alexandre. Vouloir les ramener sur un trône qu’ils n’ont pas su garder, ce serait exposer la France et l’Europe à de nouvelles révolutions dont les suites sont incalculables. Choisir un nouveau souverain, c’est, pour l’étranger, une grosse entreprise. » Revenant alors au plan qu’il avait élucidé en 1804, qu’il désirait très vivement appliquer alors et qu’il essaya de reprendre, après Waterloo, en 1815, il proposa de pousser vigoureusement sur Paris, de s’en emparer, d’adresser une déclaration aux Français leur disant qu’ils étaient libres de choisir leur souverain, de convoquer les assemblées primaires, qui auraient à délibérer sur deux questions seulement : la forme du gouvernement, le choix du souverain; mais avec ce sous-entendu que ni le gouvernement ne serait la république, ni le souverain Napoléon. « Un point essentiel sera de bien diriger l’assemblée. J’ai sous la main l’homme qu’il me faut .., La Harpe. »

Metternich soutint son plan de négociation ; puis il alla prendre les ordres de l’empereur François et retourna le lendemain, 28 janvier, chez Alexandre. « J’ai été jusqu’à la menace d’une rupture et j’ai emporté la pièce » , écrivit-il. Alexandre comprit que tout valait mieux que la retraite des

1 Munster au prince régent, 30 janvier 1814. Fournier.

1 Autobiographie : Sur l’histoire des alliances, Séjour à Langies : Mémoires, t. I, p. 183. — Fournier, p. 70, note, — Rapport de Castlereagh, 29 janvier 1814.

3 Bailleu, Die Memoiren Metternich's, — Historische Zeitschrift, 1880.

Autrichiens de la coalition. Avec les Autrichiens, on pouvait aller à Paris, et la victoire emporterait le reste. Il consentit à une conférence où l'on arrêterait les bases des instructions à donner aux plénipotentiaires qui se réuniraient avec Gau-laincourt à Châtillon

Toutefois, avant d’y envoyer son ministre, Alexandre voulut préciser ses vues, poser ses réserves, et il fit rédiger à cet effet, — par Pozzo, croit-on, — des « observations » sur le mémoire de Metternich*. « Personne ne saurait décider, lorsque la guerre dure encore, si le but de l’alliance est atteint... La probabilité d’atteindre le but dépend de la victoire. » Passant aux négociations successives de Prague, de Tœplitz, de Francfort, la note russe en définissait exactement l’esprit : c’étaient des ouvertures qui n’engageaient à rien, un moyen d’entamer des négociations préliminaires, en se réservant d’élever les exigences selon les événements de la guerre : ce qui, en réalité, était advenu.

Dans le moment où une grande partie de l'Europe était encore occupée par les armées françaises, et lorsque les espérances de succès étaient incertaines, les alliés ont dû circonscrire leurs prétentions à la nature de leur situation; mais ces termes ne sont pas une renonciation à tous les autres avantages auxquels la Providence et les sacrifices immenses que les puissances ont déjà faits leur permettent d'aspirer... Les bases dont on a parlé d'une manière non officielle à Francfort ne sont pas celles auxquelles on voudrait se tenir strictement aujourd'hui; les idées de Fribourg diffèrent de celles de Bâle, et ces dernières peuvent n’être pas conformes à celles de Langres.

S’il est donc permis — comme il est vrai — d’étendre ses prétentions d’une manière aussi grave..., aucune transaction antérieure entre les alliés ne les oblige nullement envers leurs ennemis...

Il n’y avait pas lieu, poursuivait la note, de discuter avec la France les arrangements relatifs à l’Europe; on n’avait qu’à déterminer et à lui notifier « ses limites futures » . La note concluait à négocier en combattant :

1 Metternich à l'empereur, 28 janvier; à Schwarzenberg, 30janvier. Fournier. 9 Russie, t. XXXI : Délibérations entre les cabinets alliés à Langres.

Cette manière de voir n’implique ni ne blesse la question de la dynastie, mais si la Providence convertissait les événements et la popularité de Napoléon en instruments de destruction contre son existence politique, ni la justice, ni les intérêts de l’Europe n auraient à souffrir d’un pareil résultat.

Alexandre avait consenti à des conférences de Chàtillon, moyen dilatoire, mais avec l'arrière-pensée d’en rompre les effets. Ainsi, à Prague et à Francfort. « Metternich, écrivait Münster, a fait tous les efforts possibles, depuis le séjour de Fribourg, pour arrêter les opérations militaires. L’empereur Alexandre lui a toujours échappé en se portant en avant ‘n. Il partit, en effet, le 29, laissant parlementer les diplomates. Toutefois il eut soin d’ordonner à ses ministres de faire ajourner la première conférence de Chàtillon au 3 février, « probablement », écrit Münster, on peut dire : certainement, « dans l’intention de porter un coup à l’ennemi et de terrasser le monstre ».

La conférence entre les alliés eut lieu le 29 janvier chez l’Autrichien Stadion. Y étaient présents : Metternich et Sta-dion pour l’Autriche, Nesselrode et Rasoumowsky pour la Russie, Castlereagh pour l’Angleterre, Hardenberg pour la Prusse. Pozzo di Borgo tint le protocole *.

L’on convint que Caulaincourt serait informé de l’arrivée des plénipotentiaires à Chàtillon, pour le 3 février, afin d'ouvrir des « conférences préliminaires à la paix générale « ; que, dans ces conférences , les quatre stipuleraient au nom de l’Europe. Castlereagh, avait fort à cœur de corriger l’espèce d’aveu tacite donné par Aberdeen aux « limites naturelles », en novembre, à Francfort; il fit arrêter que l’on proposerait à la France les limites de 1792 comme base de la paix. On ajouta, sur la demande de Metternich : a sauf à entrer dans des détails d’arrangement d’une convenance

1 Rapports de Münster, 30 janvier, 2 février 1814. Foumirb.

1 Protocole de la conférence tenue à Langres le 29 janvier 1814. Russie, t. XXXI. — Metternich à Hudelist, 30 janvier, 1er février 1814. — FornwiEB, Okckbm, t. II, p. 763-764.

LE PROTOCOLE DE LANGEES. — 1814.     25T

réciproque sur quelques portions de territoire au delà des limites, de part et d'autre ». C'était pour lui une échappatoire, un moyen spécieux de relier les négociations de Ghâ-tillon aux insinuations et à la déclaration de Francfort, le Rhin, les Alpes et l'étendue de territoire que la France n’avait jamais connue sous ses rois.

Les Russes auraient voulu interdire toute communication aux Français sur les futurs arrangements de l'Europe. La pro-. position parut blessante en ces termes; on l'écarta, et l'on se borna à stipuler : « Qu'on leur donnera connaissance des arrangements généraux sans cependant en faire un objet de négociation » ; enfin « qu'en cas de rupture des négociations, les conditions proposées seraient portées à la connaissance de la nation française * . Avant qu'on levât la conférence, Castle-reagh déclara que son gouvernement espérait qu'aucun des souverains alliés ne s'opposerait à la restauration des Bourbons, dans le cas où elle serait l’œuvre de la nation française, et il se réserva le droit de rompre les négociations le jour où la situation de Napoléon n'assurerait plus de garantie à l'exécution des engagements qu'il aurait pris.

Les plénipotentiaires devaient emporter une instruction commune. Metlernich fut chargé de la rédiger ’.

L’ardeur d'Alexandre, l’audace de Blücher coupaient court aux tergiversations des politiques : en 1792-1795, les diplomates arrêtaient les armées; en 1814, les armées entraînent à leur suite les diplomates effarés souvent, toujours cabalant et murmurant. Toutefois le ferment subsistait, et Napoléon pouvait espérer encore, les battant en détail, de les séparer dans les négociations. 11 défit Blücher le 31 janvier à Brienne; Blücher le battit le 1er février à la Rothière*. Le 3, les plénipotentiaires des alliés partirent pour le congrès. Ils emportaient ces instructions * écrites sous l'impression du succès de Blücher : diviser la négociation en deux parties : 1° le

1 Bar-aur-Aube. 2 février 1814 Fournier, voir ci-après, p. 262.

* Henry Houssaye, 1814. — Thiers, t. XVII. Livres li et lii.

3 Russie, t. XXXI. Congrès de Chatillon. — Fournier, pièces.

VIII.

i7


retour de la France aux anciennes limites ; 2e la communication sommaire à la France, qui n’y devait exercer aucune influence, des vues des alliés sur la reconstruction de l’Europe, savoir : V Allemagne composée d’États souverains et confédérés; la Suisse confédérée; l’Italie partagée en États indépendants ; F Espagne aux Bourbons ; la Hollande indépendante et accrue. A ces instructions écrites, Alexandre ajouta l’injonction verbale à son représentant « de ne rien précipiter, mais de laisser aux événements de la guerre le temps de développer leurs résultats. »

III

Les plénipotentiaires étaient : pour la Russie, le comte Rasoumowsky ; pour l’Autriche, le comte Stadion; pour l’Angleterre les lords Castlereagh, Aberdeen, et sir Charles Stewart; pour la Prusse, Humboldt, plus tout un état-major de chancellerie, scribes et protocolaires. La petite ville, désertée par les paysans, n’avait plus de marché : « Nous faisons des provisions comme s’il s'agît d’aller aux Indes », écrivait Stadion à sa femme.

Le 4 au soir, réunis chez Stadion, les alliés se retrouvèrent en présence de la question qu'ils s étaient tour à tour posée à Prague et à Francfort1 : « Et s'il consent à tout, dit Rasou-mowski, devrons-nous signer? » Castlereagh et Stadion se récrièrent contre les curieux malavisés et les questions incommodes. On décida d’ajourner la notification des conditions de paix.

Caulaincourt les attendait. Il passa la journée du 4 dans un

1 Notes et protocoles dans Anceberc, p. 104 et suiv. — Rapports de Stadion, journal de Floret, dans Fourrier. — Lettres de Castlereagh. Notes de Stewart

9 Sur leur installation, voir Mémoires de Mme de Cuastenat, t. IL P- 278.

verneur de Paris; « S. M. l’empereur dési gouverneur russe. »

« que ce soit un


Entre le vote de l’Autriche et celui de la Russie, il se produisait, sur un point très délicat du dro> t jp* ublic, une opposition fort significative : aux yeux d'Alexai* «dire, élevé par La Harpe, à l’école des philosophes, et selon les précédents de la Révolution, Paris représentait la FraiiLce, et l’assemblée qui serait censée représenter Paris stipule *"«it pour la France entière; Metternich, au contraire, se sentait agité de scrupules juridiques : une invasion ennemie ne lui semblait point « propice A faire exprimer au peuple sa volonté indépendante » II 8e souvenait peut-être des v«=»tes de la Belgique en 179» et des plébiscites de l’Italie ex* > 796. 11 n’admet-tait pas--- et c’était un corollaire de sa <= <0exception de la régence — que deg    g formés par Napoléon devinssent sou-

verains par la chute même de leur aute « r « t compétents pour '•--i----- ’ •              .                       ï <™nt pas eu le droit

un prince qu ils naura>e F

- il ne regardait pas votes d'une assemblée «* ’ * «d.v.dus appelé, et »                     ,      1 „ valeur de 1 exprès-

-~s puissances étrangères ü*-

c°ntre<lisaient, en leurs (.>.'■>■«“ protocola.res, les „  , uibaient, e*                      opposition s accen-

:s alliés. Dans le. propos .   ul"heclla jalousie

... .Vexaspérabonde 202^<I3orome 0„p.ppe|le,

V de rien moins que X <-i tôt que de se laisser ^3* Russie, sans savoir -^Totre Majesté à faire ^^^-denberg au roi*. Ils le Wurtemberg se si cela fût réalisé ! » avec Alexandre une 1 l’endoctrina et lui

déclarer déchu d’élire. Enfid atlribuer r -choisis par ]sîon <lu vœu

Ainsi r-propositions j*’ ‘""203‘ de cette eso' - uAao^vrauvuu. sont extrèr^eCe dictature delà Russi-des'arranFr es* ^es Autrichiens ne pari traîner   p^.s®Parénaent avec la Francs^

ce qu’il y f^S a suite de l’emperet* *" bande           a‘*- Ils veulent incite*"

disent qu’il8 Ulle ftvec eux, écrivait rangeraient jS°nt S<^rs <lue

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alliés, Ce C *a Pa>x enropéenne fussent achevés entre les situés erit X~C1 co,»venaient d’ores et déjà : 1» que les pays d’une part*5 Meuse et l’ancienne frontière de la France, qu’à Gol Fentre la Meuse et le            depuis Maëstrich jus-

réunts         seraient cédés au prinoe d’Orange pour être

rive gauch°Ut jama*8 à la Hollande que les autres pays de la cord avec p SGraient réunis à la Hollandeoii distribués, d’ac-magne ; ^’,n®^elerre>pour la mei lie m*e protection de 1 Alle-à l Anrr|e. d Une indemnité au roi <3L^! Sicile; 3’de la cession guerre c **re de tous les vaisseau             de tout le matériel de

épices e?n?Uis dans les ports ’.         <_«_crnich reçut aussi ses

1 4 à j’r, C était Un morceau splead ide : l’Italie. Il écrivait le T<e le ro ,18t ■ “Nous recevons An «« ce moment la nouvelle et que 8nC Napies a ratifié son t«-***^ d’all.ance avec nous, CasU * armée est pleine ma * « « sur le Piémont. » avec le ea&h Partit, le 16 février,          Troyes pour Chatdlon,

Pr°jet de traité, ou plutôt <Acapitulation. C’était pire

*                <i ».

*’»tEr8 • «U-denberg, 14 février 18t   -

’ *1, p. 200.

— T«^ON. — 181$.

«sera le Rhin plus vi ur la Vistule. » 11 éta nouveau le maitre d< B- it de ce retournemei areprit-il, je ferai la pai —11, il battit Sacken wj—Thierry. « La journé Mi’existe plus... je l’a M -^a meilleure armée d< <Je « des proclamation: -■l-"' arrête... Il est temps que fc>«r sur eux. » Il estime l         singulière terreur 204 » .

-se» j>oléon le battit encore


CH ATI T reE .encor -ait d« /al»1, «Et P°


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.Uu810lls de 1 emPer_eie6baSesPseeer&        qu’une trêve’. .

■ °e po>       -v'oirs, et c’est à lui de

Gaulai «court sa°®vUé&        «u contraire, se disent

Ur les choses quand U* * e p. >     5 nt <Iu on l’abandonne.

à traiter- 11 se lamente.'        - _^S.«rope est contre nous.

—                 14 :  “ *                         si l’on ne finit vite.

auront scrupule sur aU^on          _veut pas négocier avec

ilhxôl°U          ^Jjtions et nous ôter jus-

dict^r                 ^Z^gissez sur l’empereur;

postérité ne croie pas « décide ” *                 SHUVer q,1Um°tde

ne fallait          <* *** P°Ur ,e P°rler à dire

ïempereur, il ne s’est trouve _ - - ” . .

ce mot ou ponr le dire en      stad a O o lut le projet de traite

D.an5la conférence dix    ’           u. _      JeM

t 1S févr»e«-

t A Weph, à Savary, à Marmoo ’                    t. XIII, ch. vi.

raisonnable        sur

à Francfort. Toute autre p      p

Voilà donc      -’204 ■■;"'r'nnr        -

retard.

prêts à------

u écrit à Mar et

ils 11

Il ne fc’204'204 Pas se faire nous. On veut nous qu’aux- moyens de nous p ql)e l’empereur que. ■ lorsqu’il


284                       u8 enverrai                      contre-projet que

' TroV«s’ j® V° «t faire        » ----roème mon ultimatur

serai a ltl«r-- • VC JePar*            •*=*- déshonneur et à l’an

aurez à °      - foi® Pe* .:s si         ™  ■ » u de l’infàme propos

préférerais        jrrance- ®.       c *c* s déshonoré, rien qu

tissemenl.<- . ovOyez> que ) vOu^a&.          ’’«it proposée... Vous

que vous  jis Ie ca8 . :e préf^^es rais voir les Bourbon

m être im- JeS fjourb®08’ -gon ai ~» «3». fc»les aux infâmes prop lez l°Ui?vIc des condiûon8        » * ^■r^Æîclame les « limites n;

‘■■raCe8'’Zou« rt*’enVOyeXn dea         «--fc«ges de la Pologne,

l,ou»<V‘     compen8»110 de»      «= enquêtes de l’Anglett

rcl es ’  .        d’A-lletna® ’_ nég^g~              ateur de rentrer dans

séctdan!>a 1             resCrit à                            détendent l’exclure.

- Mie. «^"r*pe donnes alH                de Pempereur 8ont

ffaireS             dictèrentla^     B                       #

bcs motifs q        avaicot in                jes, Ie8 acles du Cons

“TX                       - - - -  «« repoussé ! Vain

'a“ ’ ûf provisoire. Quand         «J. <er > à des frontières de l’a

CXCCU ~il exigea la ret*ale            franchi ces frontières,

-                                         - -... a„Bhini qu.nd a (

Cnn.e.1 •   C.—                                         / Pour®ulyre’ »>

.lU delà dix MAxin, le Co<*el . toi«-^==s   -et d affermir la nouvel

*H98urer les effets de 'a ; doe»    ’jne «ne™de prestige

‘frontière de la RépubMOerfe        «Ue deh°rs, qui devi.

.•intérieur de la France, d® ol&     *-républicains. Napoléon <

H|0i de tous les gouver»                 se pouvait maintenir a

’ empire exx étaient sOrt'6’              ® Par d »’ï était port.

‘ J qu’en défendait Vc8e«ta,t issu restaient liés \ .t république et lemp'rC,^COO-=1 w-*^rantla Convention ava V1 frontière du Rhin :        ré^ r®antNaPoléon ne faisa

consacré la république;                   en sous œuvre les fondi

(.lie soutenir l’ouvrage    J^faiV -

ions, sans lesquelles to^V C               a Savarï. qa> avait cr

Uelevant partout le ^^altre , de raconter qu’il se batta spirituel, pour grandir Ie

28«     LE CONGRÈS DE CHATILLO 1^5 . _ 18U.

aXpTer”^» Uru- févrierà Bar-s« A_ube, Alexandre fit rédigé le t** SCS ° *eS Un Protoco|e dont il avait, de sa main, bataille et                    ’’ L*                  armée refusera la

titiê de ^__^iOn/,nera d se retirer sur Gtta xj»tnont. Blücher, for-marcher s lnz,n&erode» w et Wor-onzof, continuera de Autrichie U1" ^>ar*^‘ " Cette combinaison.  m et tait d’accord les

fjS;Ins de j,S* Par^’8an8 de la défensive, et les Prussiens, par-et d obli ° ens*ve» eHe offrait l’avantage de menacer Paris ^apol^ei* ^aP°lé°n à diviser ses forcos _ Laissant      ^ta*1 entr® Ie 24 à Troyes _ Il en repartit le 27.

zeuberg jj acdonald le soin de contenî x- l'armée de Schwar-importait <1 res<dut S’attaquer BltlcHer* s» u x ses derrières. Il lui |a uéfroci • rnas<îUerses mouvements ; <c    st pourquoi il renoue

le tapis         d armistice et mande «k Ca xilaincourt d’occuper

tion. » ii^i CtfïâtillOn a Tâchez de faire marcher la négociait de la *1* en'-oie des pièces, des arfjn ments, il ajoute : <■ Il que je n© ** ?S ^aute importance que l’ennemi ne doute pas De     SO1S entre Bar-sur-Aube et "V«x ndeuvre l. »

de mettr 'kT*001 i,s «'étaient retirés , les alliés décidèrent Ils dressé W°P°Iéon en demeure et de > sû prescrire un terme. tiaires. jj **entle 26, une instruction pour le» plénipoten-maieni p Y était dit que ,e projet      o traité dont ils récla-

s"‘ une T?Ceptation ou le rejet ■* «é to.it basé, en substance, au PHnee i fate Par ,e négociâtes» r f x-ançais dans une lettre la franc > MeUernich, datée du <1 o ce mois, savoir « que Générale *1 étail Prête à accepter o-oxonne base d’une paix <>nx alliés , anciennes limites et          céder immédiatement

de 5i&ner P U8ieu«‘s forteresses corn xxtx « ÉJaGes de 8on intention Maires    apai*auxconditionsanmo«rx«=ées’».Lesplénipoten-

« ,ea for Cnt accepter une discu &si«n, mais, sur le détail de ^rr. ‘Tle8r*en « qui différât         ««bellement de l’esprit

d,i,l«» et rGement déjà consenti „ ;      S x>°n,a ruPture immé-

i'       1 on                                    armes.

tran en remettrait au sort <r*               .

risrnett->^« ..                   «_Æ»dion, Metternich, qui

> A B         «'tant cette pièce îm                              n

Don. Üi .                          --     incourt, 26 et 27 février 1814.

UCU^, 26                                         ’e teileci-tle,M” P

_ CONGRÈS DE CHATIE. T- O m      l.E CON                      <j’on signât un mention, disant que si les cours                      pas pourquoi on

songe, c’était leur affaire, et qu il ne       ^_>ldat, réclamait une

devrait s’y refuser. » Gathcart, en o          majorité. Enfin Sta-

consigne. Rasoumowsky s en remit             à analyser la decla-

dion trouva un expédient, qui consis*-          La conférence se

ration au lieu de la citer. Ce qui         ^>6 que si le 10 mars,

passa, le 28, en procédures. 11 u     rép<)nse de l’empereu ,

à minuit» il n’était point arrive              t^xvblie par les a ies ,

«d'accord en substance avec a a       <^*rminée, et les p en

la négociation serait regardée corrv potentiaires alliés se retireraient -        _ -allait réussir. Blûc

Napoléon s’était remis en marc e -             tint vingt-qnati

semblait perdu, pourvu que                dans T Aisne.. • et

heures :  « Il courait risque dêtre a<^             la P^ace

aux afeoù— Qu’eût-il fait s il eut           i r>é à tout sacri cr

défend vio par un commandant dét^          soldat fatigué, p

Le commandant, un général More**de cœur a sou en là en invalide, n'était plu» ni de                la faiblesse e ai

des circonstances aussi tragique8-    ^,^-oii' un 0 ciet , j_

pénétrer dans la place et de re<5            insidieux qu

Lœ-enatern. Ce chef de parta»*       telk f.«™ <^«

cieux, l’enguirlanda etlépouranla           rnilil «>'«■ ,

capitula le A m„„ avec les                  P«’inà 8

occupèrent aussitôt les portes. B **    _       beu une a

« rejoignit W.nv.npro.le et Buk.^.e.r à

déroute, les Prussiens purent opF*                  attendaient

cent mille hommes.              3C-Mj*’rr'on ’  .. PB;ent autour

Les alliés s’étaient retirés à Ct»^nés se h dans la perplexité. Des combats t*& , <na,s 1 " arurènt entre J- Laon; Blucher ne reculai!        . Oq»«

Avec la crainte, les divisions                 S°UPÇ

les alliés. Les Russes et les A-**

„„ n MO’, * Sl

SW

1 AttGEBERC, p. 114 et »U1V.

* I okwe^sterw, Mémoires, t- ’ l’a***^*

Va place eût tenu vinçjt-quatre hcre*’ au ukCMttB perdu toute sou arû”eriC*


c nE CHAT— »      X.ON. - 1814.

r>P4GWESDE       ___ ____

„      LE G*-f           . aurai-<_ voulu faire attribuer à

*90                        Anglais a<*             —   ____ .  ,   .       .

entio»*- t"e8 grande                      _ delà rive gauche du

compensât*0       plu» 6ra”. èfeuX ==-         SteSi on né leur laissait pas,

la Hollan ® U8»ie°8 86 ^toire          -«e». W=»le d’être défendu et de

Rhin; le*                                 * — <«z> «rames, le roi ne consen-

sur cette rV\ arinée de delïxï>x            « sur la rive gauche du

maintenir '*** r<5i*.<lre «es l^,oaVr»<E=ST          Jt^ut sur pied. Ce traité —

tirait pas              9 mar»’ . W jr -seml. nnilton, le 10 mars 1814,

Rbin1E°l ài*ait         Vi - - «. «.M-umenl, .. I- mar..

mon traite-,     ,  e<, reporlé’ a u<r»_ «2»            «le grand traité d’al-

— futanU             trait® de              a—            peut-être qui ait été

C C8t 6 dit- TwiO»«ter’      MetIl gouverna l’Europe

liance »,           Mletternicn      Ü m          des quatre qui, tant de

cjue fois que la France jusqu en 1    ,             recon&t't°                            j;m;teg gUe |eg aj]iés

fois disloquée, velléité de 8°         2BL « constitua, en quelque

montra q°® <1 alors lui id^X or~ «z* K       * dont les traités de Paris

prétenÏPouvoir exécutif de^ a       » juin 1815 formèrent la

sorte, le P? , ” .   . de Vienne          arxibule est de « resserrer

j . an mai loi2* e**       ie p *

U He L’obiet déclaré P*r 1        « « * un,88ent Pour la P«ur-

îen re les puissances] le»X* rise daIe but 8aIutaira 1 ite vigoureuse d’une6^® \’E^ r-ope;... d assurer le repos Ïe mettre firr       maltie^                    ’un juste équilibre » , et

ÏelWoP® Par le rètaV te atte^* «te ï ordre de choses qui de                   contre tout       _   , efforts ». En cas de refus

je « maintenir contre    .e\eu«-

ae ,                     An ni IB*u   .            <*^nce, les allies consacre-

été 1 heureux resui*-

aU            «41 ♦ ; n_ de o»**    £ * .* =•- <-s respectifs à la poursuite

de leurs conditions de p     w             r

°e           .           „r»o dc ie                   » ; chacun tiendra en

ronl .tou» le. my«n. <J                      ,oit uM apmée Je

vigoureuse <1« la P«»   000 b~^Tera 1814 ci mil.

campagne a<x moins     , «terre t*        r, .

?0o“oOO hommes, rM»«U“. it        P“ négocier séparément

U. sterling. Us .■en8»0et 4      «■'•G”” ni paix, »■ «ère, ni

11 v           -                 ct            <^ord. » 11$ promettent de

avecl ennemi comrou*^ ^mun

convention que d’un °°

. ^e~régeIlt’              1 v»enne, 25 mars 1815; Paris,

i Lettre d« Mdnster au prio> je Qb»11 ^^rrsbre 1818. t Renouvellements du     peHe

^novembre 1815;

Esterhazy. « La paix, conclut-il, est. «JL^ss plus urgentes pour

Votre Majesté, on ne peut savoir où le s clxose» iront... Dussent ils reculer momentanément au delà. «3- Rhin, et cou ------ii__„i______î-      a«i liAe <le manière à ce que le


—    — -   - -        —<-----i               As iront... Dussent-

a émises. » Il ajoute, sur la 5US8e^'-‘°' re M -e8té, lui ont « L’Autriche et la Prusse, vaincues             cette vertu a profité

donné plus d’un exemple de résigXMat_>«=*         en vainqueurs,

à ces cabinets, puisqu’ils parlent               itale n’est pas encore

Imitez—les, sire, pendant que votre °a^te je parenté de l’Au-envahie » . Ce conseil est » 1® dernier -**


.   _ a*ccrow«“*’“~'71'’les

..________ ,                              . r Autriche, ie»

effets des partages de P®    ’ 1 o.           de T«»U et U ***

en 1793 et 1195 par la , d-Ï9ssy ’ acquisitions russes du Wa\\e.lleOX»^*^^;,é oiiibre : en serait-ce lande, les sécularisation»                      France dans les limite»

Les alliés, dit le mémoire, Par*            feraient ou reconnu stable qui consisterait ra                       r Autriche et la

d’avant 1792, alors q«e e* aU                r Angleterre gardant

vreraient leurs limite» éten ue»                Quanjtouta change

Prusse rétablies dans 1 éta                   ne conserver la même

l’empire des Indes et Cey»“. ‘                  éut qu~P-

autour de la France, comment p                 n’aurait pa» même

puissance relative en étant rep             ’ -t alors, car ses pos

ravant? Replacée dans ce meme;   ,        sUblement un des ele-

le degré de puissance abs° ue               tshistorique», argumen

sessions d’outre-mer étaient i inents de cette puissance. ” &-r8


la France; à. reconnaître le rétablisse xncaent de# Bourbons en

—           »'»•      ___j____vuj:».              la Suisse, de 1 Aile-

Espagne ; l’indépendance de l’Italie,           la Suisse, d .

magne ; la Hollande au prince d’Orarxgf « » de# cessions e nies moyennant compensations. Céta>e<it, imp ici . limites naturelles ■ qu'il rédarrmi        > « ”“'‘de8 “fT

sions même de la déclaration de Francf°r‘> en a 1(1


x* ’°n devait a'-tc“"*CQïn_ paille, nous avons fait au delà de ^^-^«lle» Ie dans les iiença par en disputer;Pu'a on 6            S*1* temps* où les

taries.tendus ■. Plusieurs lettre*                 du temp^

avaient, été interceptées ; a’^   *>0- ^^^cabinet noir d’A.u-

avant—postes les avaient sais                       •. _ Dartie décbif-

..«Jetée. et remises à

triche, digne de sa vieille rePu                    .     »au 9 février,

frées. Metternicb le# juGea1^         *"^5 croire serait faite aux

au tsar ce qu’il fallait p°ur ul       «.«. la ^L-nme» durement

quand cet empereur avait romP^^    *iou#*   * moment-

plus belles conditions ” • “        &if5°    ._c à nos condi-

repentis, pensait-il, de n’avoir              ^ne grâce,

là, où Napoléon l’implorait con*             sérieux le# considérations les plus extrêmes*- »       -              * „rtl,rt Ils l’invitèrent

Le* alliés refusèrent de pren-n*-*^. &v.l«.»«"‘rt' .   ...  --

tione —* J '

Vliv     -----

.   ...     !    4—• ^aUlülULUUi».. xsv--------


enp.oa    auctions historiques d«                             ,

**<-ore un «             .            _ ■» «-x-e-proiet, qui ne fut pas la

(>épnf e *Ols à produire un co*^-      K       .. .

tï«tion a..     ...... ..<=■ les anciennes limites, avec

°u Projet des alliés : Ij*-*3" *

n&r«; à Hudelist, 2 mars 1714--


cpiél rôle joue-t,ète de V armée

battue aussi, quel triomphe pour Napoléon et-ront les souverains, s’ils passent le Rhin à la-battue 1 ! »

Le 12 mars il se tint, à Chaumont, une coi* orageuses chez Hardenberg. L’empereur Franck


^ré-rence des plus

^isa-t-au généralissisme de se battre ? demande Ale^-nich; lui a-t-il déjà donné l’ordre de repass^^ déric-Guillaume prononce le mot de trahison-Blücher aux extrêmes : l’Autriche est certaiiv-avec la France ! Metternich, en sortant écr^* ** berg* : • Je vous prie de parler bien fot-€-Alexandre; ne vous laissez dérouter par       "

battre l’ennemi et pas de se battre          "

hâbleurs. » 11 importait d’attendre le résuit t entre Blücher et Napoléon, et, en att j l’Autriche la fameuse « position de fl &n * arbitre des affaires.                     Uanc *

La conférence du 13 mars, p, . mise en demeure à Caulaincourt nnnl ro-nmiot T ne olliAc l'rk’v'* ■    --•••         ™         <U« >«’.


-Vil interdit Midre à Metter-le Rhin? Fré-, xi veut pousser <sa»XTQent d’accord j à Schwarzen-â l’empereur , . Il s’agit de hàbler les aRengagé « «conserver

J a vendrait

qu 'une t **       nouveau

contre-projet. Les alliés l’exi«»«»«»* heures; Gaulaincourt en demand      dans ^eS.   J1 ra*

d’ailleurs, assurant que si «l’on * <^Ua^an^e''^,l,?

cises, il n’en pouvait fournir a           des d^c         ^Üe

note de Saint-Aignan. Cette not 6 ^U8sent       ces&afflt^eat

sur le tapis. Jusque-là les ail' reVeï>ait ains* dis*5**8.8'0? Cette fois, et surtout après j *GS avaient évit® rS, il® îu^” rent indispensable de r<>rnpr moire du 1,13 rait ^e^UI8 le 9 novembre, et ils dissi^T a<tu*voque q°* <*<* bases de M. de Saint-Aign^^ p^nt le fantôïltle- “       re

sàmes positivement de les ad raPP°rte Stad»°na me S s’il voulait y persister ou      ettre» et nous déd«r eU^e8

cela ne pourrait être reffapd s«r le Contre.projet 6 inist^ *ïUe comme refus- keS

1 Schwarzenberg à sa femme, £<»

1 13 mars 1814.                        181æ

1 Angeberc.—Rapport de Staci-

TLEREAGH, t. I, p. 560.              M°n, a

* m^rB     _ Notes dc


dans leurs habitudes. "Vitrolles offrît « Dalberg lui remit une lettre en encre dion, et cette autre pour Nesselrode» naissance. » La personne que je vou s fiance : écoutez-la et remerciez-moi . clair. Vous marchez avec des béqu i H jambes et voulez ce que vous pouv^.^^ -longtemps il correspondait avec les X. «-*

Vitrolles et les agents moins connaît » fortune politique, a sa verve de réci"X-^ scène, devenu comme le type et le dplus de politique, ni plus d’audace, »>’ tant de leurs prédécesseurs, courrie*-chevaliers errants ou condottières dip» 1 chie, depuis 1790. Hs eurent, ce propos, la chance du « voyageur de cO^r* d’obséder de ses offres les gens qu’il tremise dont ils ont besoin pour une &

Vitrollesdébarqua, raconte-t-il,le X O ’°rMJ Cînrlmn nz\,,n 1 -


partir en eclaireur, j<JC_ -y-mpathique pour Sta-^zec un signe de recon-w :W->'voie est de toute con-> est temps d’être plus & , servez-vous de vos ,, On sait que depuis

.ont il est, grâce à sa son art de mise en de file n’avaient ni «lus d’entregent que r commis et courtiers, o. "tiques de la monar-, au moins, de 1 à-^«erce » qui» au heu , leur propose l’en-îx-e qui les presse-rSjàGhàtillon,chez le *          ^tadion trouva qu’il

Stadion, sous le nom de Saint-Vinci

parlait bien et rapportait des chose?           * tr° erains et les

entendues; il l’envoya à Mettermc*»^       He Paris, des venir oy es, où Metternich arriva le 16 **              . ge remu aient,

ministres. Vitrolles apportait des noi>             q lesquels on

seignements sur l'opinion, les pers*^^^       % Nesselrode, me

les gens avec qui l’on devait compt^^ pourrait compter. « M. de Vitrolles,                   rimant plus de

mit au fait de V é ta t des esprits à Par »           *J^ccueil que nous y

aurions à nous en rendre maîtres,                sO;r il eut ses au-

vigueur à nos* opérations militaires,          ^^frord’, puis de Nes"

trouverions.* » Reçu Un instant le                ue voudrait-on en

diences le '^demain, de Metterni«^_          *1 au’on lui a ravi

selrode. a Ft'-f'n, demanda Metterr**4^

France’ — ^-*a France demande u**

> Voir t. VI, p.

» NbMKVSOD®, Autobiographie.

s...B»ré«“®e’ j vratsa"S'„s C,e>>*

depuis vmgl-cwqft ,      ç0Vnt^e KaŸer»\e à X®

aeeeBow«rte,el»\M a«‘ V   nOO, ta «“            *

bous. -Mai», repA Muteraeb,    â „ pi»

France, nous habitons nu <■>*«>* Jévoita b     « <>Ÿ

mois, el rien de sembtabta ne s      p5 ancten», f \'e

besoin de repos, ni les souvenirs te^teroent cOtl. . ï*

une expression générale de mecoU ^igrés venir

reur. Nous avons bien vu que qu® • aous avions *>

nous demander bien bas, a l orel e’»Lto'l^a assei

de ramener le roi. » Ventreûensede àe Vautte.

aigre du côté de Metternich, press    cest au sU* .-y

France se prononce, disaitl ^utne ' tfepliqual

iflàireetnon la nôtre. — C’estlav    8ne 1’aut®^*

ar vous voulez la paix, etautremen ignore vos *

oncez-vous donc, et la France,     ftCera ensu*e -

e Bonaparte terrifie encore, se ptOtl.i^andre T®*e , S

Metternidx réservait sa rfegeuce*      avsi^ re u. ,

itrage, ses notables et son candi a ^gnac, q«* irle comte des Cars et le duc qcoCsen'\ „eÿ


ntés de la part du comte d Xrtors e vous °n les. « La preuve d’atucbemen^ àlt,l s mai très est certainerocn l contraint ; mais les obstac ® Au ces do la maison de B? -“viendra* , _ nt insurmontables. Hs eAeUv°^et r ; ils ne seraient pas ®a^® \t de pour eux et par eux. stopǰse’. i puissante en France, leur c cootva've ’ 'rations nouvelles XeUt 8CTïns cta^te5 , ,              p.s leur retour       D »»  „ » V^r

prit .1.. .,o...vS >..s I. »                                     ’

,<a les « , <>• Oorrdé »oo. M „8i^-rit F.— .,..-..-r, »i ’•«

^eû«StV .    . Constant et

«six», p.


» Benjam^ u

persuadé que le fardeau d'une telle couronne serait trop lourd pour eux... Il y a quelque temps, nous avions pensé à Berna-dotte... plusieurs motifs sont venus nous en éloigner... On a parlé d'Eugène Beauharnais... Après cela, peut-être une république?... »

Vitrolles plaida, prêcha, exhorta. Il vit Gastlereagh, « noble, tranquille, froid, poli « , un Anglais très distingué. Il vit Har-denberg, qui lui sauta au cou, en criant comme un sourd — c'était son infirmité : — « Vous êtes un bon homme ! Pourquoi n’êtes-vous pas venu plus tôt? » Enfin on discuta avec lui sur les choses possibles, sur les moyens et les personnes. — « Où est le comte d'Artois, où trouvera-t-il des hommes?» Vitrolles insinua : « L'abbé de Pradt et tant d’autres.....

Aidez-nous seulement à nous créer une existence et un pouvoir, et vous en verrez accourir de tous côtés, pliis qu'on n’en voudrait. — Mais, dit un ministre, vous verrez que leurs préjugés les empêcheront de rapprocher d’eux des hommes placés haut dans l’opinion, et qui peuvent l’en traîner : M. de Talleyrand, Fouché?... — Et pourquoi pas M. de Talleyrand? repartit Vitrolles, un peu embarrassé ; vous devez le considérer comme entièrement attaché à cette cause, au moins dans son cœur. » On se mit à rire : — « Ah! dans son cœur est une très bonne plaisanterie! — Enfin, votre prince saurait-il s’attacher à Fouché? — Fouché, répondit Vitrolles, à demi-voix, c'est un peu fort; mais enfin, s’il était nécessaire... »

« Vous allez retourner à Paris », dit Metternich, «vous verrez vos amis, afin qu'ils nous donnent leur concours ; ensuite vous reviendrez auprès de nous concerter, suivant les circonstances, l'exécution ultérieure de vos plans. » — Vitrolles déclara qu’il lui fallait tout d’abord prendre les ordres des princes, du comte d’Artois, qui était en France. — « G’est du temps perdu, lui répondit-on; on n’a pas besoin de lui pour le servir. On est bien assuré de son approbation... G’est une grande coopération à Paris que vous nous avez promise ; c’est cela qu’il faut obtenir le plus tôt possible; c’est là qu’il faut agir, le temps presse; de l’autre côté, on arrivera toujours. »

Vitrolles se démena si bien qu'il a arracha » plutôt qu'il n’obtint des sauf-conduits pour retrouver le comte d'Artois. Il partit le 20 ou le 21 mars, et courut après son prince jusqu'à Nancy, où il séjourna jusqu'au 25 ou au 26, ce qui fit qu'il n'arriva devant Paris que le 31 et n'eut aucune part à la crise décisive.

11 n'était pas seul à Troyes. 11 s'y trouvait en même temps que lui un autre émissaire, et celui-là directement accrédité par le comte d'Artois. C'était un Suisse de Bienne, M. de Wilde r me th, qui avait une sœur attachée à la princesse Charlotte de Prusse, fille du roi. « 11 était chargé de demander aux alliés la reconnaissance de Monsieur comme lieutenant général du royaume de France au nom de Louis XVIII, moyennant quoi Monsieur offrait : 1* de faire la paix aux conditions auxquelles on voulait l'obtenir de Napoléon ; 2° de n'opérer dans la constitution française actuelle d'autres chargements que ceux que l'on jugerait nécessaires, et qui tendraient à donner une tranquillité plus assurée à la France et à l'Europe; 3° de faire relativement aux domaines nationaux, aux divers corps de l'État et à toutes les personnes en place les déclarations les plus convenables; 4* pour ce qui concernait Marie-Louise, Monsieur offrait au prince de Metternich de signer tout ce qu'il lui demanderait. Il ne fut pas parlé du culte ni de la dette publique *. « Metternich le reçut le 20 mars et conclut, comme avec Vitrolles, que c’était à la France de se déclarer.

Les Bourbons possédaient des avocats mieux accrédités dans l'état-major meme à la chancellerie des alliés : Roche-chouart, près d'Alexandre, et surtout Pozzo di Borgo, le plus écouté, parce qu'il était un politique et donnait les seules raisons qui portassent, les raisons d'État. « La légitimité, a-t-il dit et répété souvent, n’a pas été le seul et certainement pas le premier motif qui a décidé les souverains de l’Europe en faveur de la restauration des Bourbons. La raison la plus efficace, la plus pratique, et, sans contredit, la plus perma-

1 Souvenirs du comte de Semallé. — Journal de Hardenberg, 19-20 mars 1814.

nente provint du bien qui en résulterait pour l’Europe par la tranquillité de la France... » Un gouvernement qui signât la paix et qui, désirant la garder, la garantirait’.

Quant à Bernadotte, chaque progrès des événements, en rendant les Bourbons plus nécessaires, diminuait ses chances et son crédit. Il faut dire qu’il s’y employait lui-même par l’enchevêtrement de ses intrigues et la contradiction de ses propos. Nanti de la Norvège par son traité du 14 janvier avec le Danemark9, il s’offrait à tous comme le sauveur de tous, aux républicains, aux constitutionnels, aux Bourbons, à Napoléon lui-même 3 ; prodiguant les promesses et les poignées de main avec la magnificence et la cordialité d’un candidat. « Il fait, écrivait un Russe, tout son possible pour brouiller la Prusse avec nou6. Notre empereur a été averti de tout cela, et on ne renvoie pas ce garçon avec ses 20 ou 25,000 Suédois en Suède 4! »

IX

Le 15 mars, le congrès tint une conférence où Gaulaincourt exhiba un contre-projet : Napoléon cédait à Eugène la cou-

1 Rapport à Nesselrode, 2 mars 1816. Correspondance de Powo dî Borgo. « Il fut donné, dit I*Aperçu de ta politique russe, à l’énergie d’un homme supérieur d’exercer une grande influence sur l’état des choses et de fixer... les idées de l’empereur Alexandre. - — Mémoire présenté à l’empereur Alexandre avant l’entrée des alliés à Paris, RrssiE, t. XXXI.

4 Le Danemark cède la Norvège en échange de la Poméranie suédoise et de litige n.

Je"nc

a,^ordode léra» 6taÛ n ’ * Otl                  COrtlIïle°on 1 de rompre si le projet

P°7éO/1 nptUre r°y<*. on v V°ula,t"' Le *«» lequ*r<w^^7 ’«s de *      -» ' ^ettem- I Cnféra le 17 > sur les

’ rfonc                  ^térêu tCFivit à St8dion à

er 9U ’ J       t ? 5 il profiJ ?ÎOer en IonSUe«r les

** Fo       romn du s,mPle fait de leur

-inu ***e de pre et le mettre dans le cas d& *' les . aP*tulation: ” L’ordre de rupt1**^ U®sitôt. ^’Potentiaires devaient le sigrû^* r'eSsenf6 ur~là, Caulaincourt écriv*4 _ J°ni roninment8nesesontque troP C’est à rentrer, à peu UPttlr nes limites qu’on exige que ' 8’«Ffondfu*>Méele19Ba8 ’ .Paix av a,ti^ ^ris. « Tout le monde, ****^11 jCC es limites naturelles. PersoU** l’i^f68 anciennes limites. » Mais? Ie J** ®n ruine : ü » conféré avec e°«'dee^n,8tre de Ia Police, i’archicba*»' pré nt détestables : « Un Bourbe Qtion ’ a,L L’état actuel ne peut P** 18.          mJe Partout en dissolution-

» A*


l* ’K A» -*****»-s i»,, C^o(,e814

’ t. X.


LE CONGRÈS DE CHATiLLora. -

billet de d Hauterive à Caulaincourt <*■ février, en dit a'est fSUf état ^es e8Pnts dans Paris*    ** Ge matin le canon

» est fait entendre. Je ne crain8 p         ~ dire : lorsqu’on en

saura le motif, le premier senU .   1      celui de regret de

ir que ce n est qu'une victoire,    ser      de tou8 jes besoins

ticpUD C°mmencement d’accord, deRremr^*> inaires et un armis-ce. . Le 12 mars, il écrit encore Pr^^^P«reur est averti, puis quinze jours, la vérité 1, • "            de toutes parts :

aucunJe «es ministres ne diSai J** ,arr,*C    avec lui. Le roi

Joseph lu, écrivait il y a quatre /**ule pla^      vou8 êteg seu,

votre famille, tous vos ministUp« :             veulent la paix

«que vous refusez-., Les        Votpe»*'f^ convoqués hier.

d. ee.”di!co^P:naanfj«oi.

“demandermaintenant20 hn d,t « ail’00 inFr» •

■quelle a perdu,.. De eee^r® deux O»’0’ T

t est à des lettres de Ce ’ ils                * J

11 écrit, le 14, à Savary         qUe            £™ <ÏUan<

intrigue... J’aurais feit IJ ? n«6 veux point de tribun du ret«r le ,eux rnif**^^8 ' moi qui suis le ffrand » .?UPU ; n meS J\ie pa» «Ue c'es’^^_

De plus en pl„f irriV^n *    <»n n’ou^ P

de Joseph, les >ntrigu ’ ‘*quiété a         rin«ubo^“a^

garde nationale, tout           sea aUs®* P«r 1 ~Ai°lerteS *

d’un Lafayette, il lui é Jeu d.,^’8leUr^OrléS logent, du 8 février : at» le 1P ° Gaston d eS 0^

« Vous ne devez pa8            ^rs, réitéré

ratnce et le roi de I»

"umi. . Si h ré.,s[a„^>«

i?Æ" * “ de j„. ” in'P'>s»ib"e’C. f«i‘es P'rlir

* A Savary, 14 mars,                      TV

N*PoUon, 11 msr. <«3

c*“dea,uai p, J69-

$0$

la j-      RUPTURE DU CONGRÈS. — 181*.

^Snitaireg") de *a Lo,re’ la régente, mon fils, l®8 et Appelez. 68 min,stre8’ Ie trésor... Ne quittez pas ïO°f_.;v061 Plutôt queda°U8| qUe î.e Préférerais le savoir dans la 9o^

■^s,vanax nr-8 CS ,ma*ns des ennemis de la France. pV** |O?.nier. ^es Grecs m’a toujours paru 1^        ,

iu^205’">»rs,dn".‘oire "                      .

* Méne , eims- 206 207 toucha le fond de l'ablme. ort P£U aprè« un’ probablement, des avis que coï*P imtPa8<IUier> au- Cttre de Iimpératrice « j’ai lu ” ’ it d/18 ?ett**es .#es avait reçues en dépôt de Savary, is Qu> rms-         68 à Ce ministre par l’empereur,

lise o, av°it c& r°ulaient en grande partie sur des             c

^sd’               n<?Us relativement à l’impératrice

If                    S°n frère Joseph, qu’il accusait d'avtf*

la                    '« /• odieuse8--- l'ai .. ‘'^Z' *"

nstruit        d?!?205qui’ étendu sa liai— ‘:rt

Clue je °“tebello, a dû être s u bea^ cet(p S°uPǰn “ était que trc u*e a

- »

et

ru<Je.s


.. J’ai su d qui, attendu sa liaison fort i» ■” a dû être sur ce sujet cett -~HVon n était que trop fondé, et c°up A!poque> avait été très importuné^

®e plaindre des empressements de ^o^^^P^éon tenta d’arrêter Schwarzenbe^ * olut ^tS’  ^rcis-sur-Aube, il fut contraint

le®             faire une pointe sur Saint-D*^

r^dou      à revers. Combinaison audaci^ j

**éxr*T- s* ^es alliés n’en avaient r                   le 22 mars par une lettre intercep

^L°uise.

’ ^aulamcourt lui amena Wessen^

noj -          - « r« -                             ’é p^

rjv«i *  °**r‘ tovit a> reÇQ vo« trois lettres. On n’a calot»0

**          auiv.Ce ?Ue je sais de celte affaire, je le sai»

vou» _ e s,x heures après d’une lettre de Hi»per, ,-a°r<iiuair ^a* *ait confidence de ces projets inse»5        *

s 1’1^^                  et 8i8nific®tif épisode, Pasqüieh, t. H, P’

5^1 PO1 “ en a pas. » Conversation avec B<*^e

- Cf. ci-dessus, p. 219.


LE CONGRÈS DE CHATILEON.


SOS


Ve. H eut avec ce qui avait été pris par un piquet de caval*^       su\s prêt, Xvii

diplomate autrichien, un long entretien1.       'abandonne VEs-

dit-il en substance, à de grands sacrifices ~      à Suisse; je

pagne, je renonce à l’Allemagne, à l’Ita>     bienque j’eusse

reconnaîtrai le prince d’Orange en HollanC^      tout ce qu’elle

préféré une république. Je rends à la Holl»      u Rhin. J’insiste

a possédé sur la rive gauche de la Meuse et> ** ie8 colonies si je sur Anvers... Je suis prêt à renoncer A tout>^^^ j... L’Angleterre puis, à ce prix, obtenir les bouches de l’Es<?J^*’ ne peut persister à les exiger si V Autriche L’Autriche n’a plus rien A désirer, car qu’elle a toujours voulu en Pologne en < Metternich peut-il oublier que mOtl autrichienne est son ouvrage? yof ® d’aimer sa fille ; s’il l’aimait, fl ~ Fe ses douleurs. J’ai fait une lourde r r

n..... ,

Sij avais épousé une princesse rUgg . r suis... Jamais je n’aurais cru une étrangère pour son père          impé^a

grosse faute politique en épo C 1 triche; mais je ne puis Coûte femme incomparable. Vous n’aurais pas pu faire un ? COïluaisse^ paS qu’elle s’entendra mieux      ^eur choiit-

Anne d’Autriche... Je Coj^^ ®°Uvernem^*1^ tous les jours, mais lirnn ' Vous préférerez sa régeric ^riCe sera ai**ment des Bourbons. BllI^ gagné dans l’opinion pul>l le pouvoir dans ses mai insinua cette propositipleins pouvoirs à l’Aut heures. L’Angleterre Gastlereagh me paraît

1 Arnetii, Wessenberg* t l’empereur Napoléon.

J H soutient pas... ^,t»tiendra tout ce Allemagne... une-çAncesse pas l'air insensible à & j k' a\        •

où 5' evv pùt devenir

■ * nnpê1** -’#»        une

répète     Jju^eS8e d’Au—

•t une         atrice e8t un&

que l’iïï»Pe gO(i mérite ;je^ voU» ffaranü^ ja fampiisg^^ <V’C ie         ---

ma      Z-.UÏ*        franco J

vie p<?u Ae»

~         ^ée a ^ouver^^

6 " «lle'dVsé»»*’ ?’ d««nt moo       e i

ns. <,Ueet je s“i6 b°

rich ^eS cours devra>e est V U P'ix Se de’

In,,,'’ "’ raisonnai      e ,c

^me estimable-••

. Je

-- Ré«UfT>é «


s©ra      KüPtURE Dn

°NG8ÉS- - «».

«»®ûr CO"C'"M' mc d<,°“e '“Moa,/ ’“lre- •. .         se»liment. el de

e"'p8>''»««e   " »fferte a ,.

4/ev e Par 1’1»., .  * 1 Autriche „          Je 'a

r *‘n«*e. Mais £ X®      pr*

L« '”«« . Vit 11 qu'on e«“ '«nrer ce raaniT J «>’ e'fe».><       'o »»   ' T? *•>* écrit d* *'

^u,ée>s;;nt^nansurJe8    .

*•       ^tde'?Cid>«st

'“"5-e 'r ®‘jm,t,as d-plomati**-

X *•< Xe ■ ■ la F^00^ d'perfidie

, 4e            1 uf ’Pe et de n ?“due au* dimei»^<^L_

<jVaieot assu^6^16SOUs la do****^^^ *

U liberté /’ .deVait P^r

b                 ,ati°», des nt °ffertesà disc<*^^

-des *8

** 15         pu      ^passeraient les 1**^*^^

•■ >*Xrs j-'»>•-a;,

O|‘ç ; «»t f *»•« «//eXS“VernOT"',ldc,n<* ‘

; *             d J arrêt de 7e l^ope; toute autre

A       **SsUrétrUction daa.?° eo.n ; Ia déchéance

e> et rien empire-     lors la P** *

‘SAu ^iv        nC 8aUrai,a ‘aubier

*•.       ’''*|.i,'7''‘<Ur, ;17’O' P"™ Le 30, après

Les An 8 emParorent des haute^^ ’                    Cïnand8 victorieux conteur»

,p *3î’ „

3 «ote».

308     LE CONGRÈS DE CHATILLON. — 1814.

plèrent, du pied des moulins de Montmartre, la grande ville étendue au-dessous d'eux, la ville aux tours augustes, aux coupoles sacrées, aux colonnes de bronze fondues avec des canons, Notre-Dame, le Panthéon, les Invalides, et dans la brume, l’Arc de triomphe, le géant en pierres de taille, informe encore, a Neuf siècles et demi s'étaient écoulés, note un Allemand208, depuis que notre empereur Othon II avait planté ses aigles sur ces collines et épouvanté la grande ville par les Alléluia! de ses combattants208. » Gneisenau écrivit : « Ce que les patriotes ont rêvé et ce que les égoïstes ont raillé est accompli. » Et Stein : a L'homme est à terre ! »

Le 31 mars Paris capitula.

CHAplTRE V

L* PA1X I814

t,on de la v'e'He              i

e*1enrilv’‘‘t'">l«ientlout<leparis J’«», e*» t ' Or- J 9 brUm’ •  ® Frondeco®me au 10

^oiu^?*>FUs      se tai,r®’ con«tituait toute la Fr»**

»éi.±T; 4*“•' peup"”» * e»nimpn &es> ,e vie*l esprit natioP^déraillement, ^«xime permanente du rt la Police 7qUyP°UVaientfairedes^ >

- à             «Ui^'et aou8'ec<tup de la terreur,

'‘r. "-* !:'1 -ne"’d:a»b“Pi«reà Fouché et

t »S **t sl? fOnd j 6 01nc°mme les images

>            e* Ce^.^P^etdeprès.tînffil’1^^

ir     <lui Se» d’in^p1 Sub8,8taitderépublicains

»i*^î**5*s^ ^°l*voit J0"1’ k res8entait comme e**'

«i 'i^e res(e U1Ye I invasion ne tournerait ** y V*>A Scs^^Pire n °nctionnaire8, gens d’arme ”, q* ^f^ires r^®8 ra,liés et émiSrés t                      per 8 Unsc^erc^a*eirtlepossib»^^

l8         in      carnp J0”*16 à PCU près ne Ie aSCCr__

* Or ie°is, ] P ®s «Hiés on avançait à M** besoin .°1,ère iraPuIsi°n devait f°’r dorQinait les autres : la         '

810           i • nt un gouvernement q             maaqtt^

Les #»**da£ vhe„„ de TaUeyr*     A"    6.6a-

eepU dès q» >' • •“ „nit sa„s ai.go««e; * ’ ’■’0“ llnelavoyai P^eVacüon. mawCet>    < .nVfetèt àvO

de courage à 1 h     ferroeté rare dans le     & t tUndait <\u

cité si subtile et d uuej

frait de ne pas            lc Varis poids           v insinu*

loir. U flaira*209 210       «ni. « était enC°re^K>^pa» sonfll8

en annonçât Je c  g t_.làMme de             ede régence,

, Que faire- » P «Que faire? TS’avon^         ffecte quan

vaguement ses>prm      peut     questi<^*»*«n

— pas autre c         et dtt ton grave <   ** ^-corp» de

dit-il en bal^are contrarié. »» U spéculait              des po**

il ne veut p     «dans l’un des rude» c .

de l'empereur - aix> h suivait les J?         ♦^venira» P®15

campagne»         . j’ai, avoua-t-il, aV^

^positions de

parlera ae        convenus par lesquel&    <?* _e dessinant

chiffre et “n.,8 ereur accepte ou non       0^ jt ’ atttou.r

exemplei, sii        mourant point, la           s<lï»e de Gov

palX’il commença d’écouter quand on »          fléaux, e

Pa8’ i nom des Bourbons. u Un jour, r^    de i0t à 1110

de lui le n      * u       de      Cabi*»C        ve«*bien^

6°ï’ *^s’ètre assuré qu'elle était fermée» ■ rfCi'209 ?0i »aule. Ct 1 « bras en me disant Madame de &° ^pt’ -eïi’ dt0'; “ modère et reprend -, . Oui, je 1® cc^. V C°"^ fe”tvou»W'econnaitre comment je »ui»»’'®c Ijc m’accommoderais encore assez bien » jOd’Artois, parcequ il Y a quelque chose eut*  gOn f         *

cliquerait beaucoup de ma. conduite.     l’av°  •-     —

connaît pas du tout ; je ne veux pas, je vou® oU a d’un remerciement, m exposer a un pard°209^,e

voir

de Ccz^

Je Dino,           "*'-•

et .rer           ....."*' *


justifier. Je n’ai aucun moyen d’aboutir" ils reprirent le propos. t,® grand ami de


AuavaiWV0"'' , àifï«U«IBoA’.î‘’'> >'

M. de Boisgelin, qttl    rt bien', aura'l     .«MitvO'*0 <>’ rS>°

afin de les rejoindre- u       .     dé%cerft° ,  _ fuf*'C -      *>•*

tout à fait pour cette affaire-ci-, ’      pa^s de c     {0$

m’en regarder. Travaillons a Aehvr®^^ on^^y?*

faut parler hautement de ses torts,     fegner sur les Y

les engagements qu’il avait pris p° eOcoreles m ypp, On ne doit pas craindre de prononc prfecïsème^ droits du peuple... « Ce n étaient          dès \* <>*

d’ordre de la « légitimité « • Talle^r tète, infcm                 /y *',

en partie le plan qu'il machinait da0 ^te an NlU •

pratique que celui de Sieyès en bru ^anqué à ses •

teur dénoncera Napoléon ; Napoléona^$    la loi,     ’&.-SjL

e contrat est annulé; Napoléon e8t .yonnelle, avec g?

éclare la France monarchie consti pertes tt ,^.0 latre lois indiquant clairement .^iscite- Ces

mis XVIII sera appelé par V    cOcnC JJ

ont invités é. repasser le "Rhin, _ttrait une c®n liminaires de la paix « . Va Vrance son ha ea wumairiens leur garantie, la     tetnière °1*’

orend, le 24 février, que, ŸoUt pr°cUï°a ' 'ourbons est mentionné dans u .^oter •

Il permet à Vi trottes, A® \0CCOpau°a r-général des alliés1. Xpr \Hrnati°tt Anglais le 12 mars, et la Vr°               1

naïve de cette ville, il écrit        ique0'10*^

aix ne se fait pas,                       <frè<

tt dans les affaires - si la p» yetnpereU mfere- Ve9 -r «. ,, ... p^drt.4.--^,.*«£>* lors     roi de Rome, et        ct a •acet°k5^> *“* *

Lie.

«•il.              .1-

ver : on les forcerait à sort

i ni les autres-.^

-desBu», P-       *y5mi^î’ta lèie dtt°

yra„<l, «<«* ® ^XÙ*ofeioj’<’Phie-

• „ av»U été c



Et encore, le 20 mars :

i® fils.. •

Si l’empereur était tué, sa mort assurerait les         -»on nommerait un

La régence satisferait tout le monde parce qu<^ * conseil qui plairait à toutes les opinions.

_ -vait «ladécom-Huit jours après, son parti était pris. U personne n’obéit, position sociale» augmenter tous les jours. <*      ertitude sur les

et personne ne commande '. » Dans 8on iX^^uiait sagement, desseins des alliés, il en spéculait, et il sp>^ Réparer un gou-• Il devenait à toute heure plus pressant de f.er à celui qui vernement que l’on pùt rapidement substa<> jre éclater des s’écroulait. Un seul jour d’hésitation pouva*             soxwde-

idéesde partage et d’asservissement qui             rigues à\\er,

mentcemalheureuxpays.il n’y avait      S’^it, c’était de

toutes auraient été insuffisantes ; ce qu’il         <jue

trouver juste ce que la France                           A w

voulait et          ^Vyw%-

devait vouloir. La France, au n.ïi-                      ~ - >

sion, voulait être libre et respecté CU des               T * ma/gwi

de Bourbon dans l’ordre prescrit C inquiète encore au milieu de 1» r? ^&r lég-Jt»        e e ésar-

màt, qu’elle rentrât dans ses » r&nce>                   /a Paix

n’eùt plus besoin d’être consta <1Cïenues lil*1*^  -      <dem®n-

dait des garanties: c’était a«. tl^ï1aeilt surve*^ -lot* ®our" bon*. » Sa raison, son sens      ^°uloir la ï*1®! a*e,lt

rand, mais il parait bien «ju'i^*0 ’^que y co<’<^tl* la dern^rt-heure, et ce fut la force des i?6 8e Pr°nonçd

La nécessité d’imposer °Ses qui le déc»^3 * o|ïqa^ « limites naturelles » coinm^^ défendre ° depuis 1792; la nécessité ^^ait toute la tes » commanda la           ? Avenir aux “ ^^T.g qUeS

des limites demeurait si intj *ntérieure en l»ï4' fï          d ’

la grande guerre, à la questi^^ ^e, dePu,S *ériea la France, les gouvernement du gouvernetnen1;0 gét^ à tel point identifiés avec      »ssus de la Révolutl°°ation,

1 A la ducbeue da Di.., ijr,               quête et 1® COW^®

1 Mémoires, t. II, p. 156 et» J**       _

8U»V. *uar. 18u

ley. n* ‘ chie Pr°Pre

d ® la tr

’r-

. '•é»nd.   -


i, Cp(,                  !e et reprise

lte conception de la paix 0*

4 menta°]nsequence dan8 Sa conduit^ ' <-> er«ier           ~ <*l,o de «Z per®a«ente à tant de dén» 0

maLiU’T enplace lly-enait^>^ ■ »     «q . 1 Y retrouvait chez soi. Il         «.->

„  «. «nié. ; °?n ->“’«• u P»i*

ln *t®Publi’ " I8Ucelait celle qu'en f-~                        - naissanfp Tl Avnî» j:____

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Loj»        t*. ** l*88ent ’ Ü ®ta*4 Un des rares hommes

»                   I.      *'-Dnr„„---.

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,'1' :«»«.’XT;par le refl« ^sz ,?u'°p-;^o„s seule; '■"*« <> -st«uralion dc, »o“;6C diffnité, ParpP UVaient COnsentir « la p»‘* d«T’ '«;*e1r,'"=,pe : ancien Us rltach««mà cette P r-. el'e61lilnit.. «««». frontière, aMiene          et

Ult loute la suite de leur pol»t>4

Unt de fois déchirél

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'r*o#e8 di ®*»né8 *

‘«oa,** 4          nl*ié°1,U °Ù U 8 était ouvert- La pai*

’^res         ^^ique na’1 *’ °eIle ^uen 1 *

a,. U*8                   aai8sante. Il avait discerné

' 4^*»n-UVer*>ernl ‘ r?Va,t montré ,es condit»^ °ns2s. limité .thbre en France. Loin de ré F* ’ 1 était un des rares homme® s""* es fioJT conna*®sance et de conseil-1<*U<1. I. °n® et Ie8 alliés, et ce sera»^ ct aUX 1 ®nt,pathique qu’il se senti* ^Ui a 8 *és, il savait que ni le roi * à leur0*10*1 C0,,r<>IU>e> ni le« alliés & 6rea d,rS Convenances. Le défilé s’ouvr** ^ffair^*n pas mesuré, mais sûr, en gra** plu S6t 1 é8ab danseepassage aol®1>___

ameux faiseurs de rois et né0’CF

** u , iT’^^tre^nV1 U fal,ait à Talleyrand **« falln•!* fal,ait à Ia France la Gara^t’-^ ■^3       1 F,en naonS tIu une constitu**0

Vl,p l5. «-yfand au congre» de Vicnne.

P«ur ^„„er â           PA.X, _ 18u

de “ pono„ae H "'Y^nd |e8 leUr         _

ÜC”'i'-' >e ronf^?’?» litre, et de M, fa-                 U

s“»t ee, 8O1.(      *><»>l en ce, ;                      «"loterttpw

f‘"‘ « grand 87“'o»tre. quidnn hP"“,C- * 48 '«alation éav°'r-vi„e peuvent 1-           <fe grand raro.r-

conseil deta,t arrêta i                 un homme d’État.

«•». .épara ÎSe“ee, ,„?*,*’"»«• - rZ-        le 28 m.„, ,e

« 6' partir                .1 ifrai* fi*'*'®*

CaP>hdatioo le"ï-Oui8p „   „ eRom<s «1 u gouvernement

Qui restait de Sn®e, jO8en.P Ramb<>uiIIe t. Le 31 mars, la ,e conseil do ^OUvernPniP P9rtlt à 8°n      un r, et à sa suite ce

s’accofnn1Of| ^‘^«ce j ent TaReyrand aurait fllgnedeSOllr resterÏ’ °Pfic,e,/enierxt, il          partie. 11

a la barrière Ustre pat *. Orce> et par <* r* tour de comédie «aux de M. <k?^Qona du nZ e Ca^dlaal de K- «’Üaetit arrêter ,a P^fectUr^ ^éniusat P ple Paris’               gardes natio-

Paris pr* 11 pala:   ^Ulcunaulait ce co      mandement avec

perdu, tout Se/*vé d’Un

et de re-Ytr£ChaQffea d8aUtb paix ao «poncée, Napoléon ment sans ,tle cOll8. °&Ure> tout le m               se crut sauvé,

libéraux Se ***^aijge ®r°alion Paris pass^»- -«k. un épanouisse-pnraitre <j ^éPandai gens d’affaires &        félicitaient. Les

ffieuse <J&S                    en effusions. Le®                  cessaient de

d^ce *'‘clanies,S- Alexandre, précédé *** plu8 Pre8ti* f»«rsé . rMe<aPparais8ait en «»..                 de l’indépen-

^esselrOtïe Mt uQ(j. 8tUurateur des liber-              françaises. Le

n,anchê. r " ^eg x ®nche. « Le ter» ■     «       superbe, raconte

dePm„„deradn partie <je        d’u_, a,r d’y être ré> •         -m       une fête et non

c°mme en^nte ? arni^e ennemie O,pPC^-        adonna la contre-

seutant Qn          NaP°^on à Milan a^w_*^'aasauParavant

errenn( » ^-hi ’ e Petit peuDi                       soi, farouche, se

beau ’C7’ -

' P«»0,           s Pavé de fa villo                JescWm.U

'             ,     * fo"fe; foufe éié°US,,e «y tAeetomphiei»

"''«“"‘e, «*’

rigibles illusionnés en conclurent qu'il défilait triomphant» 1 «ans doute, en sa conquête» mais subjugué par eux, par Ven- 1 cbantement de leur printemps parisien, le charme de leur ville, 1 les élans de leur cœur, le spectacle de leur enthousiasme, et 1 le croyant conquis» ils s’estimèrent délivrés211 212 213.                    \

Nesselrode» précédant son maître, était arrivé dans la mn- 1 tinée chez Talleyrand. Il le trouva a 8a toilette, « Tallcyrand, 1 raconte-t-il, se précipita, à demi coiffé, à ma rencontre, %e \ jeta dans mes bras, et me couvrit de poudre ; il fit appeler les \ hommes avec lesquels il était en pleï    conspiration. C’étaient \

le duc Daiberg, l’abbé de Pradt, 1« baroi/Loms. 3C leuT \ que l’empereur n’avait encore qu'ti          î

1 H v P     2141    n ° seule arrêtée, celle

de ne pas laisser Napoléon sur le t          i                 211

i ■* i* * *       »                   ® l* rance *., qu’il ne

prendrait une decision qu apres avoir recueilli 1

hommes éclairés avec lesquels il                              avis des

Alexandre passa la revue des troUp r°M' er en rapport, « puis il s’installa chez Talleyran<l>         ^ux^Cliamps-,Élysées^

-où affluait» depuis le matin» tout oe -en politique, se piquait d’y figurer ses aises* Il y trouva toute une cou taires, empressés de recueillir de r Je sauf-conduit au régime nouveau nadotte? 11 le vit dépaysé, en qu^p 'dans Paris. Il n’y insista plus, maréchal serait coaliser tous le& en bride qu’en les remettant dans le secret de l’empire; Alexand^^ « Pourquoi un soldat, dit TaMêyrailj ■premier de tous? » Puis il plaîrl& ’   - ■

■ I                                        T1 ‘                                                              f '

ni les puissances alliées, ni irioi * influence, aucun de nous ne peu t *1^*1 Un roi quelconque» imposé,           **111

se trouver en rapport. p<es aux Champs-ÉH--«k V Hôtel Saint-VlorenXm, qui, dans Paris, comptait oul seulement v cherchait


r de militaires et de divises lèvres le mot de passe et

. Soiigeait-il encore à Het-que sorte, et comme perdu 1 comprit que désigner un ..■s ; on ne les tiendrait rangs, et alignés. tV était en put pénétrer \a raison.

<|uand nous rejetons le èse : « ’Si vous, SAve, vous croyez quelque un roi a la France...

résultat d’une intrlQ^


LÆ pAIX. - 1814.

rois légitimes; ils peuvent méme faire bonheur de l’Europe, que la Krance «oit grande et-tront et garantiront la conatitution que la nation fra„ '.-Rainera. Ibinvitent, par conséquent,        "^s^ne^-

un gouvernement provisoire... et A conviendra au peuple français          P éparer 1

*      *                                                           q

11 fallait une apparence <1^ „„    .

par figure et métaphore. «* q I18U 101100 du puis-je savoir que la France ,1flrïlei'tdit le Par une délibération, Sire esire a maison       » ^Mând,

au sénat, et dont Votre TVï’> _*IUe J® me charge         , ** Ofl? —

— Vous en êtes sûr?__aje«te Verra immédiat éprendre

Talleyrand connaissait ° réponds, Sire. »        016/11 J’effel

ce corps auguste, pivot <lù P°Ur avoir pratiqué wv..-suffisait de frapper selon ^eC°n.St*tutons de l’Em comme des statues creuses d § r*tes Pour en tirer J*® et qu’il plus expert à mouvoir      ?S anc*en« dieux. Pers^ es °racleSi

savait, et d’expérience r»e an®Le aux sénatus-<^ lions et les qualifiestionsTl8<i”.ne,Ie’ <Iue nonobst* « “l"ob.llaire8 les princes les doc<>rp8 n’avait d’a’^ °nt U “?tr,e.P°UVoirque ceux^ diffnitéao Vin ,88u et<Iuida°« U X "par“ VIII, avait défiait la consti? ‘ du ieVp epabllq«e et légitimé le co^Qn de &nd aUendait dU Sénat Ia Contre~a Élat "* ni* T6"168 m°yCn8la8e"it eut c P ac,e® de 8Ùreté, la garantie des J- GS ± r,qUdvoulait- ^nat consenst fres epublique, ruina un Empire - n» eur, en vint à se ruiner soi-même et’ n»

— *eVr':"      8achemina au suicid? a

<îMii pl?t8enla au •*“/ !: *

ait fiait signer individuel^      par

1 Voir t. V, p.


- : soixante-quatre 8Ur v

*1 fout n fra J.recon'>ai. ,e don.


comtes, les sénatoreri d’autre âme et, au fç>j * ?lement croupion «

19 au 20 brumaire l’an III, confisqué lde Bonaparte *• TaU-sans plus d’efforts intérêts. Il promit a-et dotations; il né de la ruine d’uù implacable logiq^^ surde, à force de

Le 2 avril, ^Y^^loir délibération »  (

tous les sénatevji> '   ;

S Présents :



1793 à Robespierre et aux jacobins : ils demandaient leur vie. Sa perspective au pouvoir était depuis longtemps le fond de leur politique et tout l’esprit de leurs palinodies.

Le soir, il y eut grand dîner à l’hôtel Saint-Florentin, diner d’empereurs et de rois, de généraux coalisés et de généraux ralliés. Tout ce monde se rendit à l’Opéra : on avait annoncé la Clémence de Trajan. Ce litre « contraria la modestie d’Alexandre » ; d’autre part, on se souvint que la pièce n'était qu’un panégyrique de Napoléon, et il fallut changer l'affiche. On prit la Vestale, dont la modestie de Talleyrand ne s’offusqua point. Le feu sacré avait changé d’autel, non de mains, et il brûlait toujours ; mais pour qui ?

Le gouvernement provisoire, et, plus que personne, Talley-rand, qui le menait, s'était ouvertement compromis pour les Bourbons ’. Or, Alexandre hésitait toujours ; les civils se déclaraient, mais quels que fussent les préjugés constitutionnels de l’élève de La Harpe, la sanction essentielle manquait à ses yeux, et il attendait que l’armée se prononçât ; il en jugeait à la russe, où les casernes opèrent, les téNoWiOT» -Enfin ce qu’il observait des royalistes, den. •  .     .      .    —

tifiait ses préventions, réveillait ses                                    %

émigrés, au temps de Mittau : hautains l       souvenirs d^^>.

Or, aussi longtemps qu’Alexandre u'aur^- Ues’ Ûiusionr»-^ x_ mellement Louis XV1I1, on pouvait tç>u^         TCCOnnu

et conseillers qui foisonnaient autour CrîVvndre des n

La déchéance même n’était Qu’u^                             J?

sans une force exécutoire, ne valait pa eCre'- du S£         '

devant sénatus-consultes sans l’épée & avec son lambeau d’armée, deiuev eïTtpereu presque menaçant encore. Il pouvui^***1''’ H^Oant^'^aP0' se jeter sur les derrières des al 1 iés    éviter un '

éclaterait dans Paris, où les pat^. '‘^r*dis            dése,

prendre, s’agitaient. «Si un chef           .. Utle ’Bsur.

...... enǻnt

1 PiSQülEn, Mémoire!, t. II, ch. xiv et Xv                        et dév

ch. ii-iv : le gouvernement provisoire, 1^

de Viel-Castel, Histoire rte la Restaurât

■ ~'v' lr,u’«.uu.

^attendant

S'7fïG*‘i)



tares du çr, <ei d'une vraix. mi



3M                 LA PA,X- “ 1814           , „r;e de

1 là à la veuer

partisans en Vendée» s’était porté            \Vestphahc

Jérôme» écuyer et capitaine des chasse6 V Vans le» fournitures puis avait guerroyé en Espagne, travail e .^a^on de Paris, militaires et « était signalé» lors de la Pl caValcader par par la ferveur de son royalisme ; on Ie V°J au cours de seS les rues, sa croix d’honneur — escaU10 Drofession de f°aventures —à la queue de son cheval      secret de l hôtel

le conduisit dans les couloirs et cabinet» »      avec Roux-

Sain t-l'loren tin, où il parut bientôt e° COt^je8og°e» inavoua Laborie, qui passait pour l'officieux       vy faut, en effet,

ble6. « On ira au-devant de la chaftCe 5° .1 » acoflta «T1 an redouter « , dit le 2 avril, Dalberg à          .^g PaTWaV,^°'la

certain nombre d’individus déterminés, cOn^ul cfja»»eur8 reux « bougre » , revêtiraient aes coStumeS garde, s’approcheraient de Xapo|éo# et en * & ckre ?\e8 France. Maubreuil manœuVra Je façoO à      pr<>cttt® au

était ce « bougre-là n atl~ . ,   / itl: aV^lV • * da

&       4ue Uabone lu* *      ” ^promoyens necessaires pour                         .t C0**,-!

r       rr n ‘                le coup *av ç 0 AS. sd

3 avril; que îullevrand n_ .

, 1       ’        Va,v approuvé ; »r6       commit tout le gouvernement TA.. . 11        1 rfll^ l

.  .  , b         _   Provisoire dans le g°.edelkr avec

n exécuta pus avec ses fauv

L. i          zv X chasseurs surlar° n0>V <tte de

nebleau, le coup que CadOt >      Urs8U      C

ses chouans» déguisés érrn]      av«it projeté r

Malmaison, en 1804» c\^teinent en soldats, ** de a bonnes nouvelles „   »         3, dans la 0*

coup de main               e ^ïarinont qui

Alexandre ne SOngeait                            <>,

naissant son caractère, if       y désarmer Napo‘

le mot d’un officier au serv^ <ies°spérait pas de '        ,» ^os

Faiblesse inexcusable Une *c5“ Russie, à « te*10 e tante .. La défection de Kj*,e 'n‘l‘taire si orage°

combat, et l'abdication y ’ ^nt le réduirait * C ' les revers n le perdra* t   ' n,Ssant

<IevnrU

1 Pmqher» t, J], p. 286,

04. — lien ri Welxcii iîtcea                 r-

p. 595 et atjiv,

Aj(

* son peu , afi      ç•

«« fidèles, «O*

rlft5, 198. — “u*»eu£Z. — Henfy


II

ortS’ètaUTe°a“e

C’est sur l’ordre de Napoléon que Caula^^^ta^^^rA. près d’Alexandre '. Napoléon se rabattit *uf -t Ju 2 , ri8ions 31 mars. Caulaincourt l’y retrouva dans la O*1  ières de tè U

11 lui fit connaître les votes du sénat et les des alliés : ils exigeaient l'abdication, le ***           * le*

decheance. Napoléon 8'illd. n comptait^6           ère

u * Vec la même obeis&“ ,co^s c°° en senatus-consultes                . PÂB_psi 11e n0 8 ;tles

court; ce ne fut que       décret, de Cesur .      „<><• ...,t>


seils. Il .. flattaU erTe r reP0U88et 7°’”^ H déconcerter nar un          de terrifier les alh

“nXX "''r’^er et à inspecter ses                     d3         officiers et so

officiers, fit former 1  ï1^8- Il rassem

l’empereur Alex an ri Cercle et leur di • “        , 8

fices : la France n Une paix achetée par de g refdJ^j i Il autorise les érnirJ^^0 «es anciennes limites... a .  * -

-kz-


il voudra la substi»       à porter la cocarde blanc e, e      ut

taquer à Paris,                 notre cocarde nationale. .. ir ti

en silence. L e^. Cornpte sur vous. » Les officiers eco^t\«ù. tonnerre de cris w             reprit : « Ai-je raison? « Al***, \xvv

dit un témoin,                 l’empereur’. A Paris! « On s' «l&it tu,

...          i            'lu« l’on croyait inutile de répondre >..

POLOVTSOFF.                                                                             .

1 A Caulaincourt T»                   lui doit. » Ne»»elrode a Pouo, 5®* Y*«l 181*.

» Henry Hoos»* ’

t. XVII, liv. LIU 7'                 Thiers, t. XVH, p. 621-629.

Màcoohàl» •. Mérno£ ***'’&• nii Ul> ch.n : Napoléon à Fontaineblc,

» Allocution Al **..           abdication. — Sâooa, t. Vil, liv.       «V v-ni. -

Pelet.                          J^^QUtsa, t. Il, ch. »>’■

3 ftvri| £814. Corr. d’après        Dot®« du général

-1V .___

t* VA                  ..Mlèeues, ŸaMa

•  , el p„ l'emporte.^-'

près passion ? arole à l'action»            t temps à eu

Ualement de         sire, loi dd-i »       ètè> û U«V

cabinet «le lemp     gt ceile <1’u« malai e          Rome. ’

finir’ Votre situa i      ab(hque«- PoU* U A evA encore

faire votre lesta^ d iui, conteste et «c“        marécWV,

Lert,nXr’vXe. . G’eet iWpossJb^ res>$ai«r la               vous en avez p              vous

rar:zx-d ^°‘T; °—; c ~  - ^ae

' Ïà” voue révolte. - >*>                    , . « V»««

pout-èwe n«A(S«

„.c.»L L'empereur, e               ,vl,u soutemr, qnv rejrt»*

re6.rde de ce                â.„e tumultueuse, héroïne

brusquement aUV _ ses reviremen ts soudains. 1\ se trou e, demeurée ingenue e      nous XAO venons pas veut Çawem

s’arrête ’. • ^^®boürg • ’. ” I « tempête s apaise ; les ftene-une scène e c0Ogédier; mais ils se promettent, si ce pve~ rau* »e ^al88ent^le ^06i de revenir à Ia rescousse, et iSapo\éon, «lier coup ne p° . nn£, incline vers cette uVdication cpi' A se se sentant a *" ^auparavant, d'éviter.

flattait encore, cjo(Mdd s'acheminait vers l-'oiitaineYAeau CepenU^^ ges poupes.      .4 avril, an matin, Gérard

avec les autres généraux, vinrent le trouver, au nom et plusi ^ats. Gérard représenta « que tout le inonde en de !UXez que nos malheurs étaient assez, grands pour m aggfaver par UOC     résistance et exposer Paris a

Ct de Moscou, si, commue Uru<t   COuruit, voulaU VeiM

d en chasser rennem., q«  « et les siens «'étaient nollervir

dà concourir à de nouveaux désastres „  \v, i

disposes à       u comme eux et «tPil i i- \

répondit qn ‘ P    ce cas> sécriè        e * "'ait netUw

à l’empereun     .      re^5e^>1^ '-us êtes u

chef, nous obéi               «dirent tous, eu route ç

sans gloire! N’avoir pas fuit un effort pC^3**^ *auver « Nous en sommes tous accablés ! humiliés ! —----C’est ün

malheur, c est vrai, et cj ue disent vos trou          q ®nd

nous appelez pour marcher sur la capitale?

notre douleur, et je viens vous déclarer, en ne veulent pas l'exposer au sort de Moscou. fatigue, leur m.sère, leUf délabrement; il <■11

semblance du succès, l’horreur d’une défait “ Au reste, notre parti etl e8t pris> et       ^'^joufc :

prendra, nous .o,„.„es très réaolu8

moi, je vous déclaré qUe                                       4

Je. Français ni <ein?o j      ''?” 8'™ J»™*. «'

Ton prenne, «e.< a88<5,.“j*»“«

allumer la guerre civile i             ™'he-reU8«

point rinlenlion Je mnrcl> ““■*    . d“ ‘ e-p^ «

Le avec calme « do.X, r -, "" Pa"S ’         r

un grand malheur .p,,, ,/ " l 11 r=Pél* : — .         éP»«.eJw

.enta fêtai de r«>pi.,ion 'T'8® de Paris- " Mocde { V», c'esl temps. Alors l’empere     ^ nécessité de ne p* *â/d ™pré-

de la France. Je n'ai po:J ai v°ulu la gloire

Tous les dignitaires r ‘"l reussi, j’abdique et je ® °nlleu’‘ l’empereur, se prOllo nU’ ‘«terpellés succe8siVe 2>etlre- " réCeL.l<.r.,nl.<,,,>i;L'—'l pour le roi de Ro^«t, par Napoléon dési^^^                                Vec

préparer leurs >nsvru negociateur« : « Je vais, dit-il F • brusquement d’n tti V ‘«ns. « Puis, tout à coup, chan a*re et, se frappant ln c° eV de langage, il se jeta sur un ca J* « Bah ! messieurs , j de la main, il reprit d’un air &Ve’ les battrons! — îsfo^««Ons cela, et marchons demain,* prenez garde qtl<sl> ’     ^acdonald, nous en avons assez°US

succès de laheure qui s'écoule tourne cOn *«4 11 Napoléon ninsi^^^ çïUc les commissaires ont à rem É *r- » vous prêts à                 et dit aux plénipotentiaires ; , nez_

A Paris, ^al|e      Quatre heures. »

nouvelles de                 attendait avec une égale an*- , d.e%

Napoléon. Un élv^Ct*On Marmont et de l’abdicar^4-^saire de Fontainebleau

après lui se répandent en compl; Bneiï^s axxv “ d Alexandre., .l.5énéro.ilé de8 aU-& . , au fatl.-lero.de Boute et ia r-éfr„noe J,r. r'V^' M. l’appât. Le monstre pris ao , e&ence-. Î1 est trop tard, dil-i! ; r ‘l00A,«a"7 U      _

rapides... Que ne vous ètes^votj111011 & ue£^ ^Offrès trop servateur? » A ces mots,           ei*tendus avecJ^ Sénat con-

quel droit


agit-il? Il a menti à son t.itr      écrièrent : c*

utre! Tl I •            • uroa

sont renversées ;    '* ‘

le t8a


constitutions de l’empire -rien! » Quant à l'opinion* tremble devant les ressent;^^ *8ar est abusé ; t<^ . Toutes les institutions , to^ 8* Ies cées; les acquéreurs de L*ierMs es ^es ex*stences von^ il en naîtra une affreuse fjvie Iia*’IOnaux vont être r< fouler aux pieds la gloire      Fe Clv*le, l’armée ne /.

n 'est plus

_____                              le monde »     '•“s les c—*

nat,°naux vont être

e«erre Clvile r


^tre mena-^cherchés-, -usera pas liberté^ ^teur! »


l’indépendance national^ OrMt elle s’est couverte,

Alexandre les écoutai t * ®‘re ! soyez notre médi était celui qu'il s’était de8U*Vldemme“t impressionné . Ce rôU digitation supérieure,        e etqueTalleyrand, avec sa pres.

*    »                 j

■       ^H^Talleyrand, avec M pres.

c 11 train d’escamoter. Entrevit-iJ -Ombinaison favorite ? «Jene tiens connais pas. Je ne

* V—


comme un passage vers       eri

nullement aux Bourbons pose point à ce que vO11' ne tes je le crains, d’obtenir l^\T°Yie2 >e Sénat, lfsera imposé j’y consenterais vol0nti ^G^ce ; l’Autriche y est oppos mes allies. » Cette             T™*18 3e do>8 affir de concert avec

ouver es voies, il              lo®, parfaitement inexacte,

viennent point, pr^^      : « Puisque kg Bourbons ne

VO. m[th..I C,lrn « p inct é       OUchoi.i..Mpap

meogue p., d kon • 1. Su<;,le , £ de parler a ses allies          llteif rû                  rl1 ae

P Ils se croisèrent      >> U»      ®n Vrance" ’ 11 Pr°mitd’en

lis se croisèrent a S cOnPédia du gouvernement                   .    *

A leur profonde                  11 ■*«■">■■■<- «’« ■« »wkws

régence, ef l«la,kl'‘rPr,Sa              >™“ f»“ «ppeler

«*          ’ Alexandre plaida la cau8e □   ’

Cé^<        CUU le Engage qui convenait à 8 '

ent U contraire, ci-de»»u. p. 200,

« J’ai, dit Alexandre, exécuté son wr       ^fne conlinenlal, et

•cependant ce traité faisait le xxialL,eur             °n Pa-set Pen(^ant

que je ruinais mes sujets il s'on ’ h-             en délivrant des

licences... Mais il est malheure» J                    Je redeviens

son ami et tout est oublié. H aUr            ♦ J^be Pour «ouveraU

neté, ou autre chose; il conserve^ *  " t-*"*’ sous lequel il est

généralement reconnu ; sa Famili ** CC          pensions... Dites_

lui que s’il ne veut pas de Ce|. C aura               " et <ïu ’’ ’i(«

trouve d’asile nulle part, il v- e ’ouve** —.États. Il y Ser^ reçu en souverain; il peut. Cnne dai>Sf pa^ d Alexdre. .                   «=°mpter sur      '

Les maréchaux retourné».^ .                        °ù ds Qrri

vèreut vers minuit. Sapol^"1 4               /e «,eilla.

« Avez-vous réussi? -— E.n sommeillait? **                 .

non pour la régence.       ^^7’ .S,re

celle-ci a pris son cours ;     , volutions ne &         re^ »

naîtra demain les Bourl>0           trop tard- J vjvjT^ ***

familie? - Où Votre M      -Où pourrai'^ %en,p/e 4

d Elbe, avec six millier J      *e v°udra, per

beaucoup; qu’en ferai-j^, de revenu. — Six milb<>ns' Je suis redevenu soldât; * ne me pas unl,,s Par Ce* je me suis trompé 1. „   * ’ * **’ai voulu le bonheur de la braX3 »

Ce jour-là parut la >                                 ^ive

d’une extrême vioiQ^ °chure de Chateaubriand, mvec de l’ancienne dynast^ c«ntre Napoléon, apologie exa > Génie du ChristianiSr^ e Appelée ; un pendant politique tude générale. Talle *’ ’^piré par ia divination de Imq** la légitimité ;                 avait donné le mot aux poHüq“f^

le roi. Talleyrand /^nd présente l’image aux imaginai» dont toutJe            portait à tout le monde la transacll*

Louis XVllI a un       ^^ait besoin. Chateaubriand fourni»^

ce que c était que p 1 cat de vie » . — « J’appris à la Frai^ 1 j j avais fait le dô    **rleî<i_ c ...                 ,            K rjf

Chine...» Il fit                    fajm,lle ™yaleC Claiteom^

’ Russie, t. XXv »


S' ’ nt deS enfants de 1 emPereurde 1 l’on pense à l’état d’esprit, nOnH^*

A-njrlaig trouvèrent 1^ , trop inquiétante P°aque Napoléon dénia» nvait dit un mot a Ca

1 O avril, app»ya les 0 J \|_ ces critique'.

*“**'iné ma parole- *

•'Hiés le II avr^’ CV> »»n traité qui lui reCt^1^' -’<? , avec le titre d’en^^-Gr» nd-livre; Parme, e * «les pensions à Madame ^ttns la nuit du 12 axa I.f, ^’y ayant pas réussi, il se speclaleur dans la ^■'aVaSs,


et l’article 29 : « Louis-Stanislas-Xn vier sera proclan1'1 Français, aussitôt qu’il aura juré et sijjné par un tant : «J accepte la constitution, je jvsre de l’ob«er*'f CJ « la faire observer. . Le reste des articles, qui tfar*" qu’on appelle communément « les principes je      f j^Û

bh.it fort à ce qui fut la Charte constitutionnel .// Celle révolution de 1814 était grosse «les journées tous les pères en étaient orléanistes dans les moelles

Restait à loger l’empereur. Les                        ‘

d’Elbe trop rapprochée de la Francç l'Italie. Castlereagh suggérait l'idte un asile aux Anglais. Napoléon er> laincourt. Melternich, qui arriva llions à Pile d’Elbe, mais à toutes opposa la même réponse : * J'ai cation en forme fut remise aox. même jour, Napoléon signa avec evi naissait la souveraineté de l’île            '

reur et deux millions de rente s r sauce et Guastalla à Marie-I_,oviiMère, aux frères et aux sœurs Napoléon essaya de s’empoison résigna, réduit au personnage trophe de son histoire               e

Les entrées se succédaient à p» en fête. Le 11 ce fut le duc <1^           toujours, officiel

tois.quelesénal, impatientde Se ^5"*^ ; le 12, le des brevets de survivance, m                des tilre9 et de donner

lieutenant général du royau        .  1,11 pouvoir

Celle-ci, même en ce temps fi. e 1.5 r„^,

Les souverains, avec leur ese^ridale. Ur A et d’Autrichiens, allèrent à s<x Ol*t.e <Je p inaugurant sa lieutenance      .I <iriCout

erulc) j re

1 Voir t. V, p. 455-407 ; 507 ; t. v               ’   6 V» Ut.

1 De Clkrcq. I. 11, p. 402. L’Ar*_,.

’ Frédéric Muso», Marie-Louit—

’         ® ‘««ilia i '

*i. W la le

USsien

C°lPte

Vri» 18


sur la route. Napoléon échappa à l'embuscade; c'est que Mau-breuil, plus avare que sanguinaire, et, par tempérament, plus escroc qu'assassin, en usa à la façon de ces champions du droit divin qui sous le Directoire et le Consulat s'armaient pour la croisade et s'arrêtaient sur les grands chemins à détrousser les diligences. Il se dit sans doute que le tyran mort, la tête du tyran n'a plus de prix; à ce trophée compromettant, il préféra les diamants de sa ci-devant souveraine, la reine de Westphalie; il les enleva le plus galamment du monde, à la manière des compagnons de Jéhu. Quant au projet d'assassinat, il le réserva pour l'avenir, comme un bon billet de chantage sur le gouvernement provisoire, dont il ne laissa pas d'user par la suite, et très scandaleusement.

Napoléon partit le 20 avril, accompagné de commissaires russes, anglais, prussiens, autrichiens. L'Autrichien le vit pleurer à la pensée du délaissement où l'abandonnait l'impératrice, de la solitude où l'on jetait le roi de Rome, sans son père exilé, sans sa mère internée dans un palais d'Italie. « Je n'ai pas honte, lui dit-il, de vous faire voir mon chagrin, car vous savez combien je me suis exposé dans les affaires. » Le Midi était en proie à un accès de cette fièvre récurrente qui avait, jadis, fait les massacres d'Avignon. C'étaient maintenant les massacres de Nimes, l’atroce terreur blanche, qui ne se distinguait de l'autre que par la qualité des massacrés : en 1792 les royalistes et les prêtres; en 1814 les libéraux et les protestants215. C'était la meute enragée, la mort horrible et infamante, l’écorchement, le gibet, l'abattoir ! Napoléon se dissimula ; il n'était point destiné à ce genre de supplice. On ne le reconnut point, les étrangers imposèrent à ces furieux, et la populace laissa passer la justice de l'Europe.

Xe««r"'Lx,Cërbabieme"t s°,nÀ<,ir““?,on “■«'•ail rien „,„ ^or*d""'æ  souveraineté nnt.on.le; qu.

d i,»‘iS.r»n “taM* '» Solution et ‘l'"       J»m,

«■»■«., e ttM^.b,*«ement avec le retour eux .antennes " ce, précisément Con,™re dece que sonbalal11? Fr9"ce’ *“• « oonsumme„?°ntre 1™ «H. ’«*» “'Pannes, et cela ’“r““ Elle ne conn» ’ 3S""..<!“ . Mai« '• France v ffi8ait à les rendre itnpas° .

pite aveuglément oeut> avant tout la pai^' n ? Cl P!- pressé.- se         ento^^cri^-

. une vague gara   Ea Yasser de Napoléon-

les limites ^>e, toute verbale des              r

’1 ^parait que pe^ei^es s’effacent au second P H‘“rirb“°r'nC P'u‘ “ W" ,a pa'X f'„

8ubiiii,“°n duDe esptentent. „            ““ [“T" h'8"0'  ' XVIII la

a Le roi « *            Par a France, Louis XVII

ripe directe^® <K>.     dès le d<’b1 des ffraades

venir sans ,.t des s„ equ,llbre de l’Europe deviendra le 1»        ,

«on rétabliss Ee**cher UVerains-- Son seul désir serait d’y signera aveJ^^t. „ ^°Ur ,ui-même d’autre avantage       )

alliés la v-e            ’ ” 11 ne subira donc pas la paix des allié |i *

1795,à vép lQ*n, e* Paix royale, de roi de France; si \ -Il lui est ;°n«X 1*   I8I4, à Paris, telle qu’il la voulait

nature à           nat?nC°ntre ne I humüie ni ne le dim,.^0

Malgré I»            j * j®1 de ,a consentir qu’il était

hsse, les des1 accepter.

rants, si             et e,ï>ent des *ntr,gues qui occupent la c

d”“se’ "e «o^t’ «lu’il SCènet0US «'•   ’ur. et tous cea £»'

*** '«ui? mMlre"191 enflés de leur pe^ 6 déeQl_d * ri>êO1r.1,91 9 '““posé la pièce et di6Vosé le ■ v...Ivh„s               zpén k

’ ï>. 4to                     aucune vol0c^

340


I.A PAIX.


1814.


vait un barba ro nu »-»->*i-    i                    »»         __

. . «             <<l1 milieu de nous, comme un Romain

f. honteux <lans AUlèl,es. .

Un premier <~»ev         »•      .   .

tifier leur'          ,,lvrage s imposait si les alliés voulaien

d’État : donoXT1^8!868 ** «ouveraement provisoire son aux excès et Jl *a France la paix matérielle, la sous* rendre la d          humI,ations de l’occupation étranger—

l’objetde la Co               ’d,re possession de soi-même. •*“

toutes les Op^r.1V^rit’°n d’armistice du 23 avril* : elle *   - r       - a tions de guerre ; les alliés évacueront le

Mesure que la France évacuera les e°core au delà de ses anciennes froiiL^**

°<?cessaire, il n’en faut considérer qi ** étaient grands : la fin des souffrances conquête; la restitution à la Fb*^ fjages, des garnisons françaises à l’étrf^*^

Ormée excellente que recouvrait la Franr^^ rrio*s après elle reconnut tout le prix. -— Ces places, Anvers, Danzig, Hambourg,


alliés,en à-dire, prendre tait sur j rentes

de sa n«i vie mèrtK pas mêMT1


toire français A qu'elle occUpe Cet acte étant avantages, et . guerre et <le i’.   ’ ””

avec armes ot at de en réalité           ***

dont quelfp. l'abandon. debourg, consenti a.        *>Ce’ Luxembourg, les alliés n’auraient

delà FranCe         ta France, et sans l'évacuation imnr'^^gs*-

Louis X.Vln 11 )'ava»t pas de gouvernement possible.

i «tttericj *lr^S r°* dans toute son attitude devant^" en       .a,t n°uvelle. La convention conclue,

poss       le r°yai,nie se trouvant libre, il en

* <'e>stSl°n 11 Passa le détroit le 24 avril. Il ap^BBl Cc|j auration de la monarchie des idées fort e— « U* ^GS1Otï>nies qni venaient de s’en faixr Ss<tr*ce tCnait s°n « droit » de Dieu par le my- ■   -

<?, jj ®l ce droit, dont il avait été investi a-.......

e        éPendait d’aucune personne au monde====^-......

pot er             Sa propre personne, de le modifier ...........

cOncSa r°yauté est une et indivisible, corr^-

{jr^l ' C. son image. Louis XVIII en ga>*<|^x^ X et ,ntangible. Son règne a commencé a>^ Ç '■-s

’ P--410.                  Mémoires, t. Il, p 17Î et

république dogme

,Dk


342

LA PAIX. — 1814.


maître Retz que sous cette « loi fondamentale », les droits du roi et ceux du peuple ne s'accordent que dans le silence ’. * Louis XVIII avait besoin de Talleyrand, Talleyrand avait besoin de Louis XVIII. Ges deux hommes, les plus politiques et les plus fins de leur siècle, n'eurent peut-être, pour s'entendre, qu'à échanger ces deux mots : Sire ! — mon cousin! Talleyrand évita de parler du sénat et de ses articles constitutionnels; Louis daigna ne point parler de Vincennes ni de l’évêché d’Autun, et, grâce à la majesté du roi, à la parfaite tenue du prince, l'audience se termina à leur satisfaction commune. Le prince fit hommage à son roi; le roi agréa l'hommage de son ministre des affaires étrangères.

Alexandre avait le goût et jusqu’à la coquetterie de la reconnaissance. Il se flattait d'en recevoir le témoignage. Louis n’était point de caractère à éprouver ce sentiment, et s’il l’éprouva, par extraordinaire, il mit sa fierté à ne le point témoigner. Alexandre traitait Louis en prétendant ruiné ; Louis traitait Alexandre en parvenu. Le descendant de saint Louis érigeait en dogme la précellence de la couronne de France sur toutes les couronnes de l’univers. Il tenait, pour peu de chose le successeur orgueilleux de ce Napoléon du Nord qu’on appelait Pierre le Grand et que Louis XIV ne distinguait guère du khan de Tartarie. Il parlait des hommes en sceptique et agissait en croyant de la légitimité. Alexandre discourait en mystique et se conduisait en réaliste. Il entrait dans ses convenances que la Restauration demeurât envers lui obséquieuse et subalterne. Louis entendait que la Restauration, encore que condamnée à l’effacement momentané, se montrât digne et indépendante. Il estimait d'ailleurs qu'en remontant sur son trône, il remettait l’Europe en équilibre. Selon lui, la légitimité était un droit, la victoire un effet de la force : ce droit devait primer cette force. Alexandre considérait — avec toute l’Europe — que la suite légitime de la victoire est le partage des dépouilles du vaincu et que le plus

1 Voir t. I, p. 187.

tr<Lef216 ma™?1 C^é b"r 1 Uricl        '°u <■               aarO'r

Le - ma., Lou,s XVIH ëd cle de e

en qui maintenait Ies j 5 <lécla216-x» t iort dite de Sain ,d,8Po^‘°ns fondamentales         d„                 contenait^

la Lberté pditique : le/^ &o.IVer^’’       représentât/6

’Wôt, la liberté civik l d216ux J               ^ote libr

foi. L’entrée solennel’^/'^té             Vénalité de216

[«lait à «ne procès^                   3 mai. >

U T

r«y.uu française ressu'^ ie             cr°'r",^, a S.’

tique et son caractère teins exils, sortant 'esse débile comme royauté qui ne sa tutélaire. Il inlpo' fidèles l’entourent t ** ceux qui ont fr;iVo 1

i          Cr<~.


détendues et les narchie? r pluie décolL et podagre qui tenir debout. j yive le roi! et


1 Macdonald, N

N«y»


344 LA PAIX.

où cependant _ et c.élaj| ’       216 8 ».

«■nqnenr et divine      f(.                 M < ■<'■>1 exq,lis _

, resta11 le parvenu ! £><-  ’ ,e Bon. - J» ** r,e «levant le Un.

le» meuneries du eérémo„-^1 o.„,           quelle eltut. d.«

Xu rd7desu'>p““rq."<,e '•«£—

gretta Napoléon, et se re 216        Ce ret & • " de Co«ip<egne j|

. .             Sl,r rarti_tou «- ttu moins, d\

édi~. e <Je Berct.<J<=’tZe?

d 1 rO,Ls s

les d &o,vernerTJ^/’/ représentatif l« li^UX cI>anil>_____

e     ?é         ré^édeVi

1, r "«ièoné' drapées de bj, «r '» foule descrovt.»^ “ 4Sc‘le ' "‘P'odes ealbol>-Z“eS'_, %,>/ '"••«»< avec son °S ’»orfOUL Le coi, menant de s, !r^~ 1,1 Syl'crfl|,s, semble en sa rled.

*V1<>tlpjiOe du miracle perpétuel de216 respe P" 11 est la Majesté clément^ et

...                                           de tendresse filiale et «es

liberté d<'pensée,         1J( "s da»» les yeux. Pour le,

TEt°n Ctde,ErnPiro         epub,,que et goûté sinon de?

tEtre suprême d e» q’ S du          0

dXe8rs'C,“‘i1le! d°n'’    ''"P^

...• e U Lq sUr e®’ ’1 ne reste nen.

O<i pQl><XSs^nt arra<4 6che C°Hée au murq«e:216r '■216 .VT? -bon^l'-i’-eieiH.rdl^r ^n^ltaux-due^™1’      1 peine I

’^ndent <U ? ° levé, Crift N216                   de fepéter le cri» _ rent .

aPrèSet:


promulguée et la paix concfUe La paix remment à la Charte.

Les bases de la paix avec la France éU» restait, semblait-il, qu’à rédiger les article» -s’accordaient pas sur les aCcomraodements       e, - ,e

raie, c’est-à-dire, sur les c<>„venance, de la

titution de 1 Autriche et

à. 1M5. Us usèrent dc         » P™"

de Langres et de Cliuum * C ,en. e ( œ à ufl congres <q fionrlrnit à Vienne 1   O,u- Us ajournèrent â         •



346                 LA PAIX..      1810*^       . ,         .     -

^-<9* de V rance a 1 ecole qui ne se mêlaient point de conduire le       ^salent sur cet article

de droit. Le fait est que les Anglai8 pro^^^sprit même de leur la plus altière indifférence, et c’était M      &tionnelle, la moing

Grande Charte, toute insulaire , moins=^ _ _     héritage exclusif

intellectuelle et universelle des constitué* . acclimatation SUr et privilégié de 1 Angleterre, rebelle à

le continent.                                          un point : preSger

Toutefois ils s’accordaient avec le tsar        jie»1 ,làte de s’en

l’accomplissement de louVrage> c&r     t**'* Ja c0nstitutjo

aller. Alexandre ne voulait «quitter Par>^ ^éPlira'{' promulguée et la paix conclue. La naix

posées ; j| Ies al'i«- s.

ZOns

,rt» à un congrès 4lli sc tiendrait à Vienne |e       “s “JO"rnere"\nde> affaire*’ <= t

il. se bornèrent à süp^^lentent de ces devrait souscrire «p           dupo.tt.on. auxq ferraé ,

l'Europe. Quant „UK Uc«. et connue les îe            .ui.

vrillent, ils se Hntln,.., rnnB*iMnts particuliers q      .xXr.

avant le cougrès. ,lg | de les terminer entre e des Bourbons, la prail ‘ leur vœu, dans p Ce déclaré vouloir r -dans le degré d« grande, forte ■ Napoléon réduit

av^nce,

. arri'ngements particulier8 qul

i             les terminer entre eux, a 7   _

pouvaient, toutefois, traiter a


ramenée, et par leurs mains» européen, la France qu 1 s lr et maintenir en sa dignité ancie


1 Or<lre T^bli

,<i0risîdération dû à la nation, la Fï«

• *evirdise » , comme ils prétendaient tr. l’avaient annonc^ *piluler, et l’exclure du congrès v tellement1. Mais ils concertèrent iMe l’ambassadeur du roi ne parut au Pompe et l’ostentation, qu’il u'e<ll 1813, manifeste du 25 m»r» 1814. __ d*n, varU.


mesures de grès que pour .

*»>

1 Déclaration di*

tion du 31 inara à J-

LA PAIX.


1814.


,l tV**»

1 r w points néc^SS^tfCb piïür

\vs

P jt ^orl ~ ,îo

Arl

^issa

e*-.T<

*-îu éprou-^iais rjen


du roi, le comte d’OsmoixdL *, reçut le 1O f' < lion « de procurera la France les j pléter son système de défense » T «.<> „u- <• r        , J . .. ,   -,           - !-•«• aines avaient par

500,000 âmes au delà de 1 état rto             .

.. . .    ...      -i». X de possession de 1792;

désirait en obtenir un million <*»„,.     j ,  ,

, Pri .    . .      ’ au nord, le Ions de

mqoe, entre ! Océan et le Rh;^        ..

confluent du Spierbach. p^rD?'"’

..y, *«.,                                   Courte ,

Luxant, Sarrel»uis, xx;z“u; r-<>"■- * restait affaire de coræilienio Promis par les allié convenance «. D’Osmond      * i arranSement " cIcl

vaît le roi à recevoir un^    H ?lFr^Pu{Jnanc^^

n'v fit.                      Partie de la Savoie » _

Les alliés, qui ê °ccuna’ rières et d'organiser un      ler*t de rétablir le trai

du nord, n’entendaient.          P°ste de garde sur

ces pays de 1a rive fjauolx^      & la France aucune

gretlés des Français                ®>hin si désirés, si a

Comme les Français ins* . conservaient tant Avignon et le Comtnt            on Ricana; pub

pulcs sur le chiffre tot^j Ol^tbéliard, Mulhouse^ avec Chambéry et Ann^ ’ °U Octroy* une partie Philippeville et                 ; nord, du côté d«

louis et Landau : ^n t_o       ’ du côté de T Allée

que le domaine               *50,000 âmes. On

France, ce qui permit A Va Rt P*rtie du corps « Indes ses indemnité- * ’^-r*Plet»r^ j . ...

,les e*o «‘«terre de se taillev Samle-Luce, M„UB , lc^“''v->unces : Vile de F 1 Espagne, pour la        * Sechelles • Qn; »

renonça à la Guad^j^ le cédée -  - n^*VioiT~

attribuaient des                      '

France. Ce fut, '       avec 1 ’ ''‘^i a la Gu

1 y,r Lo:V'V.“’«qui^

Partie

t- des Lar-"      frontière

ÆSMnoree sur si re_

sUp_ ’« *nvo;c

^Cre---l/t"01 P°‘n>

_____      dA ^enru -n      C8 •• Vile deFr?n 08 ies deux

et 1 T?* l795- par

1 !e Portugal à la G           \

-s allies et qui             r»i

VK|- la o»-'^ <7ollloilr d

U°ureuse


ce qmperrnit


1 Rapport du comte ,j.

*’**°’*’1> ao


mai;dO-o ndiTal_,


350


I. A PAIX.


1814.


sentir à ce dégradant sacrifice. Il fit appel au tsar? et jes pm_ siens en furent pour leurs additions : ils remirent le papier dans le portefeuille» valeur sur l’avenir, et le réservfevQUà toute échéance.

La paix fut conclue par des actes identiques, signés 1? 30 mai, entre la France d’une part, et d’autre part triche et la Russie» la Grande-Bretagne, la Prusse, la Suède le Portugal; l’Espagne y adhéra le 20 juillet, ce qui porta à huit le nombre des puissances dites signataires de la paix de Paris. Moyennant les arrangements ci-dessus, la France renonce à tous droits sur les pays situés hors de la nouvelle frontière. On stipule que « dans le délai de deux mois, toutes les puissances qui ont été engagées, de part et d’autre, dans la présente guerre enverront des plénipotentiaires à Vienne, pour régler, dans un congrès général, les arrangements qui doivent compléter les dispositions du présent traité » Rien, dans les articles, ne limitait les droits du roi de France à négocier, dans ce congrès, sur le même pied que les autres puissances. C était la part ostensible d’hommage rendue à fa dignité de sa couionne. Les restrictions figurèrent dans les articles secrets , il s ensuivit —- ce qui fut d’une conséquence consi éra e que ces restrictions demeurèrent strictement limitatives, qu en dehors H, i

,    .                ces engagements secrets, le roi $e

trouva maître de son                        .

A .     . . action, et que rien dans le congres,

pas meme les articles sur 1^      . .. ,

r .x Ax ,,c ..        r 217esquels il s engageait d avance, ne

pouvait etre definitiveu . . r T       . ,                  L conclu sans sa participation.

Les articles secrets                                       ,

,  .                 <3Orrtrnencaient par une déclaration

assez équivoque :

La disposition à faire des r

tienne renonce par Partie |e        toi res auxquels Sa Majesté très dire-

quels doit résulter un systèm 218 ,du traité Pate"L ** ïes rapporte doseront réglés au Congrès         équilibre réel et durable en Europe,

entre elles, et d’après les                arrêtées par te s puissances alliées

articles suivants :              ' P°silions generales contenues dans les

PA *IS-

/       d% *X ?      is Vénétie à

7*         /e® b^^Oe ^s&/le> dim{niié ^^che-

& -Xe           d et de 1 lorffaaiseti ü/,e n ’ G réta~

fa 2 *%, ' d* / 'a ’* Holland^ de     de la

saucbe ÜQ l* Süi8se. la

XXtX «t?®*** <S ^4/?^® et à des c    r/*ÜQîe des

e * *ec X «C     d,•' ■

»•*•<> °fer;/ai««t>6e rfe,J,«be       '»««pow

?» <4 <o<//«.                    " S°"SC^ ii

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-el’Aeienrüculi^^ ' rance â souscrire âe^a^ne '^’ils n'avaientpas eiîeUr8 ' ’a façon de les régi^® iu &** rivalité de la France avec diplomatie français en mpire étaient classi^^" à

- J’"*'” de rancienne monarcbi d y reven,r; Pet‘Mls d’t> ** J’c<in ®’ <é;)11,3,80,1 de Savoir * d°ute> soutenir ces deux cC>«-* aiSQne front*ère, il reprendrait t j^n 'a protection des petits Ét®fc& jS > if j et en Allemagne. Talleyr» . °r8 es avait pratiqués en gran<d , ’ coU reCèsA tout pr,X les alliés I<2? o, baissaient qu’un moyen s<>r " ' <4^ *Y'S- jY*Justement ce dont iis 8e

*X\X  YV» XX fallut donc ajourner

pV ^^^tf^Y^er/'^^eiézardc dangereo^^ Z 7'^iZ                 V' Par un protocole secret

_et su,enne l°ut arrangement sur

pQr Ceux qui restaient 4 ja d1S£> rY^^iti Ccupation provisoire et préj

^*Ys Ve de certains p®ys vacants *

^bre le Rhin, 1® ^euSe ej Jf-' P *es.


ô

»*



-- 184*.


35*           Ï A VA,X

Moselle, à la Prusse ; la rive gauche de la Met landais ; les pays sur la rive droite de la Moselle et Aschaffenbourg aux. Bavarois. C’était, en prin I de la rive gauche du Rhin entre la Holla ——nlns

Prusse, c’est-à-dire en g


tage de la rive gaud.^ ,-----

plus petite part, la Bavière pour une part plu

* -- -«0(11


et le principal lot A la

été fait219-

Leur œuvre achevée firent le 2 juinlje                                          .

ême, Louis XVIII seul roi dans sa capitale, ti ale de son Parlement ; puis il octroya la charte sait la monarchie représentative et promulgua 1< rès vingt-deux ans de guerre, donnait à la Fran e tout le monde avait souhaitée, mais que pci n’osait pins croire durable. La France était trop r< monarchie trop précaire, la Révolution encore ti ! dans les âmes, l’Europe trop divisée et Napoléon!

Cependantl édifice impérial gisait à terre et l’on les débris. Le roi de Piémont rétabli à Turin, le Bot | pagne à Madrid, les Æutrichiens à Venise et à Mil: à Rome, les ^OIlapartes dispersés, de toute cette lante qui avait concjviis le vieux monde, il ne rest que les deux Gascons, celui de Napl es et celui de SI et le premier ne tenait guère à l’Europe , si l’on ose par la corde destinée ù l’étrangler. Bernadotte était! peu tard & Barîs, aussi soucieux de ne point corn son héritage suédois qu’à se réserver pour encas \ çais, si par enture ou mégarde le trône redevenu! 11 reprit e r e cjvi’il avait joué en brumaire an VIII, remarqua e           autant de profit. Il formait ei

rteemd» l»> >l-,cains; „        le bàton dc marl

r"C'PZubér0*»-Corv0. H       en l814 ,■

favori        «nx , et ,j y RogBBi ave<_ u Norvège> |j

à DE pAKlS*

de la Sainte-Alliance. 0« le vit ^a°S

/


,                il continua ne •       ^0

chaux. Son sort avait de quoi           son retour> <,   <

avisé. Seul de toute sa « promo*’          ye brouill°n.

et fit souche de rois. Les Suédois      a        suofe*1^

,;cn. Belle-Jambe était né roi.

frondem, il déploya sur le trôt* 0ietl berne, c'éta'*' d’homme d’État. Ce n’était pas seû    sa 6\ yes dyti^

de maréchal qu’il avait emporté da ^sSt ‘  ’

couronne, et elle allait à sa tète-

ommencentpar quelqu’un1.           h®ttteUX'              s'''

Le premier cpii fut toi tut u°      A la

11 faut qu’il y ait nn premier eefl . ïe, oen«8 telle de la légitimité si le Lant ementau ciel, le pied, commets appuyé sur la terre » .


4

I

,   1 Europe, il ne connai8say p**

ï>lTpfiEMlER

C°NGaÉs DE VIENNE 1814-1815


M2S , VRE h

fftAlTËS pE ,815

Lh CONGl\,rg T> E V/ENA’F. — 181&-du temps et de nouvelles                              ,  .. . x MV._:r

d on second „,l tout à             C<= P”™*        TT

rable des routines.         «-roi , commenç: a pwb f,sl J'IS>'

Au bout de trois rnois -                               ,

tion au nouveau régi me •’ lOut le monde «tait dans l’opposi-vaient trop libéral.       JV1 Qu’aux princes «^êmes,

également, les ralliés ri*lliés et les reven^ aisge>^rgnaient revenants parce qu’üs V<? Qu’ils ne recepas assez, tes excipant de la Charte ° Accaparaient pas £ x>uV, tes ralliés, nants, de leurs préteilUr conserver les Jaces, les reve-bourgeois cratgria*er*^ Us privilèges, pour i usurper. Les 1 égalité. Les sol<lÎMts P°Ur les biens natio *7>avrx, \a rente méprisés, portaient     s®ervis à des officiers irjf^ us, exécrés e

dés que la sllPéi iori       Irie Une chaîne une discS^ipIine odieust

U ^ite ne la justifiait        ou bien,

V(iya j Ols*f8» internés et en t^rveillance de r°pre er^t traités comme des jz<isonniersde «?r»             :us raPPelaient ^^'^poléou.. V

«-1 s'ètr<^Ue 8<>rte toléré de haut r         avt

«le* to<i^ entendu tant de fois prOc^^-“*^^ '■«‘tç, iesC_ s°Uveraineté. A voir Ie

<les

e fi l r v _ ,e> les é

réduits à la demi haute police, ils guerre en leur p peuple se sentais cru qu'il régnait verain, créateur nobles relever à redouter le pire. Ajoutez J blanche. On i raison d'être -Pavait appelé* gers; la giuitd'être rentré et d'avoir

Napoléon,          „n                    • ,eur,

par les Bourj^ v            ieurs mains .              v

il mennçuit U,?'*” =               reg.gn.il tout )e te per</„

6lo,„,la réBiM^bOntl “mbaienl par où ils ibii olés.

■ ». »               ""            °ù 11 et‘" ton' h guerre, h

1 I. »... d»              ,1                anoers, el ces trou cll           |,,s

’ ** "«>                       "'trouvable à la chute du n,. . ,

1 Ijj jT^nibre 1816 — février 1820.    '’^re De*


.                        -e -   ---------

Prêtres relever le ton, il c«Mmençait ancien régime et à regr*e^^ter ren}_ “s royalistes fanatiques, Terreur cr»me à ce gouvernement Sa retour aux anciennes

Pour délivrer la Frqn^        étran.

p‘îul’’.anc«          T,s’,',n re^

r_ l«-‘ em eur 8uite> «dans leuPB t

c.<)n. re leurs mains *.

•*tre.

*ls f

Or>dir         *

Cr> _ Par où il était tombé • ■ Ul*__  ,                              •

- étrangers, et ces trois cfc

introuvable à la chute du ^Ptembrc 1816 — février 18Î0. °rUaatîon de la légende, des



«/Z <•  •S.?'*- 7 <7 '°« ><= S ^',

'

'^‘‘•'V^, 7- “*     * déeb»»tr'j‘ '<>■

< S -e %(0Ça/S que,,‘ Ze7 "■

%V «t 7e 't ?iFait d

>


'SS; '"''A,

>- <S> & ^nù^p, babitu. ’“>■ i -e><             ' «« t^ <* eoo,

357


«e, ^lUe ,”'1 «7 *.1é«>e ,A#>'lé Ia ^‘tté at)é'rolllt re,,lu“ une esPof°^ eh éjQ. ***6^ e Politique lyHe, y. 10°> toute la /e a. ^a;. *’ cOn^;t;^ , toi a,./egaliuc

“X'-ô: t’ -

sx* * ■

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s; **0. £>>, *♦.           >p°sa»7          _____v„

sS * -SS ^b>‘^!:',,ée'ier,a^ 7S*»< SS , raa,eoa <it S S; z^S^''SS7e“77'tpa'‘,>f'«<=^ —■ par 7e “■■ ‘ <W:

e * x> -

J. °* ^\a autrePart aIliés> un Sv - ’

***',c« cj50' — Voi'Ta^ ~<>P. Ptf% t.

-o;   e^/ 6 Politique,   ^t i>. °Q> toute la

J*           c°ncilier jeJüi «ur .e^té, et les

’. **t / «h          . e« a.       dA

>e ^««é U contraire sPrits °û> comme y       t(>ut Ie mon<}        *” fiouveaU

" /: ‘ 2.....~JHs f comm& à.

â déchet 6 et in G^rectcrire, »0 N* que >'*      .  ' “■

?•> X*"

. <,<7>S( c '•«on tue f(.,X, éme '

* Z%e Rirait d /»   *<>» *ü su«^*=s

X e*/   . ^ce^fchic s«=»«JS

e        *> b de

e* dimêmeteniPs£iie> eI1&

atres étra^ Influ&zm.

3Qe iHém P°litiquee( d^Qs ucc^-c^jnnL— ?f4lCde4 co/üe /S       **“*** *

%> de y °natssancc d ? Y &n-a=-‘         art supérien f ^omm

>_ <»oOn1 la ramena d a°ce

■’ son ancien,, 8°s la s-æfc. JE -HB- -^e '*/»*, ce futaePla^ »

J pays. f ie con *. je—  '—■— —

J °ÜVraffc, (K

°<*uds si serr- e tram&      . «

ta» JJÏS l'esprit laS> 1® -fc>—«=23^» --

, '^t fut*?00 aHait on; S c°adi ti *=*■ m~■■■

y^tueete 4-

’ et, d’autre par( c°Qdi tr ■*=□»•

fiés> un


^allait opé

La


tique d’une logique imperturbable et dont les alliés ne pouvaient contester le fondement. L'habileté consista, pour établir ce système, à profiter des divisions des alliés, qui tes avaient précisément conduits à exiger d’avance de la France une sorte de capitulation, et à lui imposer quand ses représentants arriveraient à Vienne des faits accomplis, de sorte qu'une partie des arrangements de l’Europe étant d’avance consentie par elle elle n’aurait, pour l’autre partie, où son consentement demeurait libre, en théorie, qu’à souscrire aux accords des alliés : entre le blanc-seing qu’elle donnait à Paris et la signature forcée qu’elle donnerait A Vienne, elle demeurerait comme étranglée *.

II

Le 30 mai 1814 ,       dictant la paix à Paris, les coalisés

obpH qU-..-unint     suivi

depuis 1792 et qu en                m ,

.   .    ..      <                              1 Angleterre et la Hussie

avaient nettement defini - ~

i.      v       i t        • ramener la France à ses anciennes

limites, 1 y “enchaîner >»    1  •

cas où elle chercherait ’ °PP°Ser de8 barnéres I,Our 'e sur la rive gauche du Rhin T' à déborder efl Belff"Iueou ° > enfin y tenir en tutelle et en qun-

1 Histoire générale de

lutionnelles, ch. i : le congre*                              t. X. Les monarchie* cû^*ü-

nellement Talleyrand, dans             *®nne. — Voir pour ce qui concerne pertun-

Talleyrand au congrès de                     d histoire et de critiquet t étude întitufee ;

de VHistoire générale, p.               J ai donné dans le chapitre ci-dessu* indiqué

grès. Je me contente de mentîo **bibliographie sommaire de l histoire du cun-primés : Angebkrc, Le                   ici ,es Princ,Paux recueils de documents

Mémoires, t. Il et III. —                         *** traités de 1815. — Tulktiuw,

du roi Louis XVIII. —                Correspondance du prince de Talleyrand el

dance. — Gagebn, Mein                 Welliugtob, Poszo ni Bomîü, correipoa-

Dépêches aux hospodars.—          ****              — Gkuï, Tagebàcher et

Correspondenza dei cardinale (y        diplomazia europccs i’i Itnlia. Rlmiui,

• Voir ci-dessus p. 350.         ’****»£ e Pacca.

C0jÎE.

t,rs HKT„ ^y^î^bie *    .

établiepar 'es"ists c4 ‘- ’”

Z>^.^e. e <4.5 «p., e • e/7 e i Autriche Cette *e» rétabIie . e® Za h es se soupec"^tai« ?a7* même.

o <?o *   e/7O^«r’ A de l’Autriche ^9Po/é touis XIV.

^%eCZ>/e Go? 1815 renipè/e >« Prh Penséte *' V Z®s     ’ %> ^tutionnejj ei*Â. Usse, de la

*' ? <       % d’être " ■ • e^dre, «

<’e« ’ «'.Q,             ><-<-. <=-

<4,  <*£' O* o        l^ont 8e „,           I

’% ^X ('?’Ce’l „>>«eS ^Pose J iïS**Zaac,jnp^^-

*eG '                          *Q sé; el &esseJ* ^31

%’%W 8 ’“““'les P«y«^“te diac- “ «' '% <% y '• /».,•> </ ' &' .: ’ e”      .V>,. ^dé, ,,,..-   ■ «

V'Z’^ ^<Qhu.Vero;<>re

<;y^e'iê^,,eldécb^d“ ~*~~

>  *>v */»          ÿ Parait faire ^nces. «==-

g    V.<'- ^^dettIe ^eaeao^^^

*«><.,-, 'eS^-.oe<^s «« - _

’ ô **  *4-             t>aU G*=^          -

*» '-    1 S *<•        direction

X.t,(    '’ leZP>embK-

^4,        P,nce~rêgerit g’. 9tt 2 oc:      ■ ■■■    --

* 4 I».              Ati&lete^^-

e,e^(

y éprouva « peu de satisfaction » , au dire de Nesselrode, conféra avec le roi de Prusse et s'occupa de disposer les affaires selon ses desseins.

Les alliés, dans leurs manifestes, avaient invoqué de grands principes : les droits imprescriptibles, le rétablisse ment des gouvernements légitimes, la conservation du droit public, l’indépendance des peuples. Ils avaient opposé ces principes aux dérèglements, aux violences, « au joug ignominieux » de la république et de l’empire français. Mais cet empire détruit, les principes avaient fini leur œuvre, Les quatre n’entendaient point embarrasser par de vaines paroles la satisfaction de leurs convenances respectives. Ces convenances, ils les avaient déclarées dans les traités particuliers qui avaient formé la coalition en 1813. Il s’agissait mainte, nant de concilier ces engagements les uns avec les autres, et les alliés comptaient y pourvoir grâce au « droit de conquête » , le plus imprescriptible de tous, à leurs yeux.

Alexandre ne trouva les ministres ni embarrassants ni embarrassés sur les principes en général : ils n’en professaient qu’un, 1 intérêt de l’Angleterre. Mais il les vit fort occupés de finir leur guerre avec leg État8_ünis CcUe rr(, mer contre-coup de l’immense lutte commencée, en 1793, pour la suprématie des                           .      -  >■

;      . r               xncrs, avait porte a cette suprématie,

les seuls coups sensibl^c „ , < x            à         t lt

, x * i u < v        <IU eut éprouvés 1 AngleterreJJ

s agissait, et la chute de                     ,     ■ ,

\ a i i .        -^^poleon en donnait les moyens, de

pousser a fond les Amérîo«-       , .

*,  . A . .        .       lcains et de les frapper de terreur.

G est à quoi travaillait

T, .  . i                  urmee qui perça au fover des Etah-

Unis et brûla dans Wa&k- . 'î r y

. .   ,     j,     n,ngton tous les monuments publics,

symboles de 1 mdependo^

...      .. i .   . . aance américaine. Cette entreprise

détournait les Anglais H.,

..        ,   - ü          Continent européens. Alexandre put

discerner la plus entière •                         . i • u

.      *            e indifférence sur le sort du roi ue

Saxe, de sa personne et                           i r r

. r       .           sa légitimité; peu de dispositions,

au contraire, pour le                         ,, r             » T1 ,

r .     7 Ve,oPPement d un royaume de Pologne lie à la Russie, qui        •    »  .            -     *        ■

ü                 * clGviGndrait trop puissante en Orient,

'S

M

* j>oSSe ee S ’-3/°ÜV<>?Ce11 ea PritPl>rOche °Ü,S Xvni *"* 4     ëS>      e*ent de r QW>r*e»t, sinon

eo> e>e> Po’** retour <N*^ * H y mit lZ>/e»- L'Anpi 9 tiéy*.* ne parais-%7 4S '°'»C">'que /eCr> /«°«°"’ "T » d*Va"e'n'?“<!/,, ra,?USMe’ ,%>, ”44'%« ''•</.1 <0,S    fa,.‘IXe 'a"Ce

*%      .   % *« o_ °e- ^ °° hommes >       ®SSa,re

X l^^tarticleVu Q '"r P>*<**

suPPnnait

%/ *’/* A*' S.Urtout des di8

4 ■■          ^-- J- ' *'"■£'" re'°£rili°"s '* ~~

•»>         Ia** tQ r6VeQa»7 Fe’ l°ln de ren ltlJ,‘°n dH

$ ? »»  *§***» ^       t^rsd a? contraire. °?Cer A ses «=»

^éra» 6 ffénérer ce(a,«bi ti <s» mtm ^V****^®1, e! 77 navail ih* tlation ■*=-

- -

A                          Al ^ans I'anc*Qlfo ^auci*

**e           âf eXa°dre serait j ? P°lo&rn g?

A,         »5^®4 r,Q ”®on Jec *“ aniés- s> ant*F*^*------

’* ft.        ^T'ri ”<’« *‘4 ,/fVars “' Paraiesait f

-•4-“v> A, '• (, >■• ia^it ‘*'’« ■ <> - ------

<*     6<'Wa;;'Knit •4'*' *<— —

«**■•> P»s „’  ‘ ‘•“‘"O l-.baie à *■

’’.7'«S8<4    " Gallicie, sa^^lncJ^^s- _

nisée en Italie ’. La Prusse se concentrerait en Allemagne, s’établirait au cœur de l’ancien Empire; de puissance aux deux tiers slave, et dérivant vers l’est, que l’avaient faite tages de la Pologne, elle deviendrait puissance p\u% q\j deux tiers allemande, et de tous les Etats de l’Allem ' ' celui qui compterait le plus de sujets allemands.

Les Prussiens n’y contredisaient pas, ceux surtout quj Jes. tinaient à la Prusse un grand rôle, le rôle prépondérant en Allemagne et entrevoyaient la constitution, entre ses mains d’une confédération du Nord, puis plus tard, peut-être, d’un empire plus fortement cimenté que l’ancien, qui donnerait satisfaction aux vœux des patriotes et comblerait les ambitions de la Prusse. La Saxe leur convenait à merveille et ils l’avaient indiqué depuis longtemps a. Mais ils se réservaien( aussi, pour le meme avenir, et comme un titre aux yeux de l’Allemagne nationale, la défense des marches de l’est contre les Slaves. Avertis par les événements de 1X05 et de 1812 du peu d espace qui sépare l’amitié d’un tsar pour un roi de Prusse de 1 invasion des États prussiens par les armées russes , >1. réd.maie„t Varsovie, la li5ne <k la Vis.uls, « eurs am îtions, qui ra étaient pas minces, tendaient â renouer par le duebe de Poser., e„,re )a                s;w

.       .  .   .         e par Alexandre a hahsch. La iaxe se

trouverait à point pour

... x . f               compenser les territoires de West-

phalie et de la rive

;QA_ .     ..      ffauche du Rhin, perdus en 1795 et en

1807, et remplir, par

.  ,         ~            rcroît 1 article des arrondissements et

indemnités. Quant auv « x           .  .   -

D. .      ,..          .       autres pays de la rive gauche du

x                     L depuis hnvasion, Mayence, entre

autres, ils ne leur déni -,     .    ,           .

.   .   .        ..    ; aiFait point de les tarder, niaise était

le dernier quartier de 1’ a i»              .. .

.   .       220 221 222 ^llema^ne où il leur convenait de

s etendre. D abord           ♦     .  .        ,    , t

, .       . A , s territoires, séparés du (jros de la

monarchie, seraient de                     ..   ..    » rc ' ■

defense difficile; ils n offriraient a la

•4?* V""" Zs 4:          « c es ^s.

40% : Z Z:s ccy-s , ,8'4- « »"%. re . cfé               Cotres tfe fre j

». e<6<9 ^eoZ^e/V/zC ^Hi^ ennem,s S°UvePa- es $ervi-fCOt,Ps **°P 6S Gt î?{ montra > ^es ,Os> frères o/j^e <© •°,S/ns Géminées. * d9l) ^iences Ia F^J<Serd* CGS •Z <*          , * '« F™<’ <C6S <erri-

sC/e» '               CA ’ue"<! f'ond0'1^/ ses

*"C  > f ^ ‘,i^nt        ««, '"' e de sa

<4%w'/' z»®*z>* ‘ x?’ f°ri ce r«‘si,. Can>i>e pousse' 4 <> > ^<Q/>%1,p<7nT'’' »».

*                                      cerl&iiis co^>.   •

V              S J ° avec * * rfu i

•> s *                       s^?,/)ce S             ^‘ironne- ,

*/?**'?*'«      <bf r?°S do, °atboh<!ue> SGs bikrœ---

O%               7°e ni d*as 1* cli^nté «

* 4**4            sur'* p /          *Ç8,S

'^fy tJ**f*^K **       /es toi PoI°SVe cO/Jj.

%*%'*<></*« ^t^%^C,£a//>é°'S*res du r°‘ <1 attu **** r n          Vô ** v .       déià °eBciaire deln Prus^^

s-\’ Q_                    Pr°duit naaint C°abticm. —

:s^ z 4S

Z hi                7o’ün ^nbe de p; lh ej“--

>4vS\^                tentède • »*to

r>**iJ***S ** 7e®’ dP ^altées>

<*• k» <<e <:*■«»«, re^£*<» '...

PeUet ceii* r€'ss---

*                 *e<>8 *°^ej. F Afa,s ceû< èu roi **

"■ ■ 44rp-^rémeafa™--

<*                  1            ^l'ip r* - w

%./%   ’ es prQ^ L —

::

LEConGBKS T>E VIENS* -Ccst à votre loyauté, à qn’cstdù, en grande parti , -«finirontqu’avec ma vie. C est doit 1 exemple de ce noble cota        un vérl

--- Majesté et d<

4>us

Xlexandre enjoignit à les prétentions de la l rSaxe*, et Hardenberg c4^ Saxe, de revendiquer sd’AM


Fermeté impe grande partie, le S.. «       .-cri ”

3* ...  __ . a Les ses w»timents que j

“ ï   dre, et Frédêric-OviMllaume .                Votre Majesl

Alexa .   . nefiniront qu’avec ma vie. C

voüsa‘ X doit l exemple de ce noble co*™Se eide cet <V'e VE°7vêrance q~i vient de briser ses fers _ -beUC T"! de me trouver auprès de Votr-jO table es’       elle svir tous les objets qui

s’abouchera                    .....

rêciVro^el"en ' , soutenir au Con6res prande partie de la


KaliscVi ’• turbablc,



«ranae y-

' .hnwM cellc lueme

r?C| t|e contrecarrant ainsi les prétention

\lS hé île Varsovie . Il trouvait à cet égard-la - i favorables à Vienne et à Londres ; il ne desTmu^,

ACe à la mobilité tl’ Alexandre, à son désn pa*“-

8‘    ■  ........ ----l’alliance, grâce enfi


intéresse^1 ministres <k t êse sur la pht , y^2k\X\xx\^ ’wk î \aXigne de exandre sui es cJisposità espérait poir lionne de coi ervcr la haute main sur l’alliance, grâce cm*.      au COncoui

occulte de Sesselrode et de ses collègues,        décrocher h

Saxe et de recouvrer le duché de Varsovie

L’Autriche nourrissait les mêmes craintes qu* «l’Angleterre, plus rappr°cliées, plus directes encore pour 1 Orient. Mel-ternich ne s’était résigné à livrer la Saxe à la 1 * russe que dans la confiance que la Prusse s’opposeraitàl’acqui^ *ti<m du .luclié

(]e Varsovie par ies Russes’. De plus, la Prusse établie en Saxe, sur la frontière de la Bohême, devenue puissance prépondérante en Allemagne, deviendrait une meix ace, une cause de déchéance que l’Autriche ne pourrait toléré r. Au moins, si elle devait subir l’inconvénient des Busses à A n «*sovie, elle ne renoncerait aux parties de ce duché cédées p«        eu Vhus

’en écha„se de territoires en Italie. Metler^ les desseins <le Thugut ; il se préparait à r<?

J A'rr«lXe ? ^védéric-Guillaume, î août, Frédéric-Guû 1

* v’.Ï.Ve?a°“*                          t. Vil.                   ,

1 Vuir C1-'le«*u. 2’,’,                                       S

aux hotpodari, il juin i&lA, lît janvi^

«J **ss C°tVbr

Z^'e ^Xre/^ ®Ar^

V. e0ÿ. /e bli tcbés j      ™ l»v

K-*«* vty P*r/n s de r>            Ai t , ■

4»4% fi*s     d» Ca*pn „     Zfi».

e    <4 ’ C°ii8^°tir' eb S ."‘F°rniio et i8ii.

sy        °e 7%- .e/;e? &9to t ®« de r           365

°‘S" Ue.t^éi^ ne les ^4>>4<eS4> répond *»• Wl à -X>CS %Oq4’4>; " ■“      “obte-


> K0n                 df*

'^e^6 Pouyaiem

roi'“,éPfdp“

Sl^ hc. Frapo,.s

s et /<


e&a^

e* '4-A er/ ’% > ‘

^7 S


e <Z, *• /x <v ’     ' o^ '' en dispos^, .' «ne i- « il

^  *<4 ^Zo *%• e°<â& ^PeJ^°«er * „ L,e ’Jene 9lttre ver-

*>4^ ? «S >. 4/e, ; >« :,ou"»' p'*s

leurrai pas


'Jis <,   «7k. e *«re          vers > «eméme

*'■■»-• 1 /,. w **<». *9             ' tes restes ,i Je Pa mer _

><S>

M 4?* 4°USa tH SePv; tyatioi* -9 lB Lou,s x*U'Zr. •«

':./'",'-l 7''..'                   6"<- J,“C' Fnaf»K,                   ,

'        T>z ^**tZ*^i       ese(J, ne_^OÜ,«e, e( > ****8part »

•                        >til à jyé^atlons celleô où cet

^<1 o    pcf *Sesenablait k **ae poxx

* Zi’'**V*   * <tnl'^tri'.Jad,s> transpOt.t.P°rtei-

4<t -<*—

°S(Iuon

A* -        s        , &e- Mais bien

V. *>7^ ^Ÿô        4 Murat lui^

**'«                ^O7ér>

> V %>r ’ ’♦< Ux-■<SA'V

*   ;♦♦♦ *»u

** *e./’iat’ **. ni,

M O

*t .    * 81. __

>e‘- tsu.

- -*« les ’iche avait promis à Mur** ne potiva * 1

Qne le pap^- '

> cet arti*^^ unième (pcessait d être utile, A sa première imprLl "

3Hett.

aian, 17 BlJIKBb P- 6ïf 9g. *


*,uc drléa

« >e t8ar;

-4   1--

oaio wu-iii*v«£v                          ’

Murat, C’est <)â< Ollt été..

Uet<^tnble. ,

' Verpool

-on.G-

avecil Autriche . n_ n ont qu’un quasi-engage-ruent, el ces Vlr^^1S8erOnt tout faire à Melter/? *cli, et Me; i n t   Se Perdre lui-m é me, F y a i d r» n» t au besoin.

1 nrsan, passé au service ÛÇ b’av'Wugtw sa ^uaanuel à Vienne, rapn^i -ji»• craintesque les menées rët. , ‘-roi : « Vous avez raison         di\çT

4« il se fera lui-même 1               t/e


366     LECONGbv.s DE         " /glL

dence, c est-A-dire à sa première teutaSxxt prendre à lettre et au sérieux son alliance avec l’A «jXf.che /a Prome d indemnité dans les         pontificau //deviendra crimin

Alors on decouvrii'ci                                    ,              i

,    . .       , '-ont a. coup ses mao / «mations avec la

des unitaires. ses

tous les peuples, depu- ? J0"1* réunir “ ^Olis un de tendre lamain à          Calabre jus <717 .11^^^, qm«ai

son beau-frère et <le           *™e <* Elbe,      réconmlierav

le reconnaît roi d'iu.r*^ à 8e refaire em^ocTeur, si Tïapoléi traité du I 1 janviev ,  ? Alors» au8si- on » 'ape^vrail que

alliés, et n en8Hgeaj< & ^té ratifié expressén*^*en* Par aucun^ rien signé. Lorsqu ’l^ie 1 Autriche seule.        Ykusses n<

Londres, entretenu         duc d’Orléans es?          en juin>

nand IV : « Mon ** , A^exandre de la resta M -*'at'on de Fen tout prêt, a répOïMcj ep duc d’Orléans, i|u,in» * ■' moi, je sa Le prince-ré {je ot.       e tsar; mais c’est d’ici q«-> ^ce^a dépend,

sais comment üa * Pas dissimulé ses senti rai ents : « 3e 1 Mural. C’est                ^té... faire tous ces ar/-^ ^•îgeme.vA* v

au traité. L°rd H b,e’ ” Les ministres n’on <         aci

Murat, «sans <fvx'o erP°ol n’a qu’un désir, se engagement 1 „ _ Ç>>- -Fu*Sse lui reprocher de

*"---------

lermchlaissera     8 '«IBSeront tout foire è Melïerzz

L«®>j«iUet      -•

représentant y* tenu l’ernperev^C''Or~E Murat causa,.. ** ^es çois; mais ruine. ®

Ferdina puis à Vieri chargé de j Naples. « conférence. s

1 Le due

lûire


-x J esPèrn,J lV, i

«ie    le

- f^ire a S

i

1 S>O^.  *


^ourbon de sici(e av;ij) (/    ^ â Parh

Plénipotentiaire, le ‘’onnnilfJ(/rl)1- lluffo, Von SCSdr°ilS.!A,l!C,' ^üra^" ” « J ns’ mandait ce <liplonl{lle .. r£s nos e Prince de Metlernich, 'jiie’[\'utrJ ^he a Î.^rdinand IV, 10 juillei 1W. -, i,,           /f'hit-

c>-de»«u« p. 234, 23S.           lilL, Jigvu^


CONFLITS ENTRE les ALLIÉS.

abandonné l’idée de soutenir Mi ...  -

entier aJ0Ua :Je donnerais, diV-d à Saint-Marsan, le rétabli recevoir la nouvelle        r°‘ Ferdina°A

ce ^ome;tS°n trône- Malheureuse^01 0008 ne Pouvons, "liers coud’ y emPloyer nos arme» *• * ° f&Uait T* les P ind««e enP!ÂTis8ent de Murat- “^/enu, 1 PourrétaM- eV°Illtion par M    j’^utnche y întervieï*^

r             367

Or$f >

‘ ” Metter-'e monde


re^itahh/,rr°r<Ire- Elle M   ’lfail alors’^bitre.

— nie b,bUer lea PasTa! ?  2  le P^xte *<>??* *

par le azT,èr® aux F^8 Âlp ’assurerait le Piéfl**7 ■ion ftŒ,5ï“* U’«vait ;Ctuc      fer.itétablir !c

•          Xr

>..4 .e7'»<.            77IC!< pre-

'%'■■ ^7 ^7* <■?"</,''readrait «k efi- “■1Ita,te

ér. ^«<je/,«rec iaSlj(


'“«C"'’"’ aépeP“^efil;e ^«.i * un.rebid^ ’uiseâparPrnce     • î des Cr,S° ,,Autrichie-

a«, leg r , ^utriCk- cluenne Marie-C '« X,iOhs - L A"triche V ' ? ,,'J«» «,  < l"^UU.. US"“,CnL f ‘ a„abl« de

u UQe en l’d,-   ® restaurés, »ncaP erait _

S dont              de 8es11 Coi

’? ”aiète, )e projet-tlraitQi> ïltièr<. f François serait 1 r . ia R à sa discrétion’. »<*>-« ^■“««Ue.proncc» °rtU»                 e ' ®es fl'

e p* . paSs * t*-, sPrine r

Ui* ^fpor ,>d*eu« *

>-

’ et un r/asuc€?^^

r ••

-uUO

____oliae da

PS,Z^,4V«.i«, Véronen‘‘e‘i>^^

r/n       • r6s, ,e”'. 4 ,a Sn- l'Au; ?fanto<*^.L-

de. '"■“. incapables (l„     Pr*^-

J «»™K, foLer.it' ‘

'*•« .*■ <„ d- 1«0;i°“S ^‘LX ^Ue. Cré‘™*-      !«     '  “

’ Je. sprov,„      ,    . «ussje I* TSr

< *L>-.7 <4’".CKP“,'’na,8'M«PrUS« — a,KS cta,eni d°- —

7 «oül W’r Pen''ant "" le™P». ' ‘

***>/       °usof, en mars j8,? *rnï -^=-

!"'■'<.« “* ’’ g“’ p<ir'»««™.-t

v,goureuse, uUie ,            __

,,a/,00S de rEur°^ -----

^v2Q,1«e1^n’.20oc>bre *81*- fi/4s

Q Cn 9trice» anti-jacobine, 9 Cai.

<.     h«alvi ; en particulier |e

apport


taient, murmuraient, réclamaient l'accomplissement de ces promesses, le rétablissement de l'empire germanique et s'irritaient à la pensée que tant de sang versé, tant de sacrifices n'auraient eu d'autre effet que l'extension de la Prusse, la destruction d'un vieil État allemand et la répartition des peuples entre de nouveaux maîtres.

III

Tels étaient les secrets des alliés, qu'ils tenaient tant à dissimuler à la France. Mais ils transpiraient peu à peu, parles confidences des intéressés, les victimes futures ou les dupes de ces grandes transactions que les quatre tramaient si péniblement. Saint-Marsan, toujours affidé de Talleyrand, révélait à son ministre de la veille les plans de l'Autriche sur l'Italie et toute l'astucieuse comédie pour détruire Murat après l’avoir perdu ’. Metternich, lui-même, dans un moment d'humeur contre la Prusse, redoutant de voir se renouer entre Paris et Berlin les anciennes coquetteries et les anciens accords de 1740 et de 1795, peu désireux d'établir les Prussiens à Dresde, préférant, ne fût-ce que pour les rendre irréconciliables avec les Français, les installer sur la rive gauche du Rhin, et occuper la situation compromettante qu'Alexandre et Frédéric-Guillaume avaient un moment destinée à l'Autriche, en Alsace8, dénonce à Talleyrand les desseins de la Prusse sur la Saxe, le plan de transporter le roi de Saxe à Munster, d'abord, plus loin ensuite, à Bonn, à Cologne, et de se débarrasser de la garde onéreuse et précaire de la rive gauche. Ajoutez les doléances des petites cours d'Allemagne et d'Italie qui se sentaient menacées les unes par l'Autriche, les autres par la Prusse. Talleyrand avait « pratiqué », et exploité ce personnel

1 Rihieri, Journal de Saint-Marsan.

1 Voir ci-dessus p. 244, 249, 250.

LE Ù>XGï<Ès De vienne - i|l>-pomu particuliers de .

<ie décider â l’insu de^l'11'8 Convent*on8 précédent-^*, particulières sur lescj^T France, les questions gér~^iéva\.e% ç>\ donner «on l'o|1senter_e es ee était naturellement et il en conclut,          et*t officiel.

-appelée à

» Talleyrand en g>rit acte, > trouvait


ffenee par ses en&a         r«>«on, que l’Angleterre se?

pre le faisceau; <ple          qu’il serait donc possible de rom-

ffrès, elle trouverait j * a France réclamait son droï^ au cou-s s _ les           J^*18 1 Angleterre un appui, et q Xre dans

i « «corder d ici ! *’»«• des alliés, .il. ne parren».'^, pourrait rcnirer       • »u. «urriraicm la brèche p" „ e/t

Ce fulV°a " 'O>> fo«-iî>rOPeel Peu,-étre> ««O le ““P®, dis-ce lu le           . r°>ee, renouvelée et resserrée contre elle.

fond de* d”?11        rj» ela Poétique de Louis XVIII, et c'est.

Ml            qM?; U »'■" 8b(il> -^«UX .V pro.

ment où les       a«vait cb T*’ d accord avec Talle^nd.

maintenir. La        l’aVai hercher * t,reHa France de 1 i's^ole-

avaient été l’o              aent reléguée, où ils prétendaieiM t la

texte quelcoi»         et je . JaIousie de la puissance franc ^j$e

ambition terr,^'lç; au g *en de ,a coalition. Fournir un presque, les Pru             8°upçon, laisser entrevoir la moindre

du Rhin,                    ln<Juiéter le8 Anglais du côté de la Bel-

nir une arrrtQ 7   ' ^Pb es Allemands du côté de la rire gatich>e

contre la Fi»-X **            °Çher immédiatement le6 alliés, etfûll<'-

donc qu'un         <1^      comme les Prussiens, étaient animés

lui avaient               ^ancunes implacables. La France n’avai/

Ils avaient                j e Jes diviser : c’était de les rassurer.

son ambitiOB              ^intéressement : c’était sa seule force,

cas où elle               Un système savant de précautions contre

sant de                    **tre 8a duplicité : ils n’avaient prévu ni le

«'•aient iUt               Fait à être ambitieuse, ni celui où, se fo.

d»ctêra            laVetlu’ elle se montrerait sincère. Ils lui

Loms xVl »        * Politique d’expédients et d intrigues : ils

insÎrtr/8 ^1,**                sorte> la poétique <le PrinaPes

,niül"^în '^t£U*yrand le comprirent, et leur art contas 4         nS qu’ils subissaient leurs ressources8 **

'^•C’estau nom du droit P»bHc de 1 Europe

371      LE CONGré                 .k

«ES DE VIENNE.-'11

qui, tout en garantis»» _ * ».                 -*-?      .

*" ' ”■ -• isée            paix, assurerait à la

1 Allemagne morcelée, un e_3ÀuSfcaence *u e*ie serait plus modératn       cette

été celle de Richeliei>            ffrand nom de Henri X^> avait

avec discrétion, n^Qis été le ;

en 1; die ava j?** ,<le TalIeyrand à la République      mute,

quand il avait perbcs?. ,e premier dessein de Lo>”^ XVIII Partant, le roi en vinrent aux deux par l'expéri choses et Finstir-Europe. Ainsi fu ~ Louis XVIÎI, sUrles Instructions affaires -quêtions ont          B^nirZe, »    .<= lwacie

. n _ant«5       Ju*qu’au traité de Paris de 1856,

........ .

* d*plomat ie française, la ; «an» l’L_       :   .

ci.4'x:tic«


côté de l’Italie divi

d'autant plus efec«C€5 ,         ~

politique qui Se récla       e**e serat P*us niodératri

À*~ ’ " ’       il;»» rtluit du grand nom de Henri -— ■ -----

i^is^ de Mazarin. Vergennes lava» * reprise premier conseil       dignité, sous Louis XVI.

-"ait

P^- rxn^ a

«l’vix* re|uonter sur le trône, er* 1795. rri^uj Principe, le ministre d’un        i/s

«inclusions, guidés et éclairés tous Uct <!& d?8 faits» le sentiment de la force des ’ntérêts permanents de la France en. ?On^P°«ées sous l’inspiration direc?te de lnd*cations et les notes de Talleyr^nd' ^Ptembre 1814. Le premier commis des _                   f. en fut le rédacteur. Ces

code et la rf»,          J"*"" trai,é de Parls ,lc ,85C'

« La Franc         >n d"      manife8te de cette pohlique » le

ù désirer que?        d^n^86.-    ,   .   .   .

poinl| à clierci Ju^tic     ,eureuse situation de n avoir pou*

est l’utilité de V sOn 6 e.t.l utilité soient divisées et [de u'hyo » v les États so              „ Milité particulière hors de la justice, q <»i

rai», à moi^1 Sç>Us J La justice veut qu’un « souverain dont deuxprincir>             a,c°nquête ne cesse point dêtre souvo-

ne conféra      f'*'Mn" cédé son droit » - Le droit publics

cède le tepJ^«s     Mentaux: que la conquête, par soi-même,

n'existe                   S°Uveraineté si le souverain légitime ne

suit que je **          c«>nqui8; qu’aucun titre de souveraineté

congrès et           <3 tats qu’autant qu’ils l’ont reconnu. Il s’en-

ni par l'*              '6 S*xe doit envoyer un plénipotentiaire sa

P-tenv                   son droit; que Murat, qui n>sl reconnu

L0Jllsli > Or           ni )a FqranMi ni pnr U B»-. »

Plénipolenüaire equalité

«‘s n public veulent que des       eiesÉUk

**t*e eux malgré eux : il s’en”11

374


^^esi formidablement accrue. Dans ces con-8age est de remettre les choses dans l’état où 1807.

e^r**** former une confédération indépendante I*orte ottomane est une puissance euro-cOxi8ervation importe au maintien de l’équi-e8t donc utile que son existence soit garan-***■e temps la France maintiendra ses anciennes * r\ .    223                                           .  ,

VJrient, son ancien commerce, ses capituia-Om* des catholiques, des résidents européens, ***e on disait. Elle reprendra, grâce à ce sys--          influence partout. « Les derniers temps

w                Vj- .. ---r---

ru*8«ant que les autres peuples ne peuvent être 1’^^ de sa modération, idée qu’ils pren-P^Us facilement, qu’elle leur en a donné une Justice. »

ce système. « La presque totalité des P**r le congrès dépend d’un seul et même inndonner pour un point, ce serait l’aban-• • D’où l’importance extrême attribuée aux


I.E CONGRÈS OE

VIENNE. —


contre toute probetbili t A   1’^^        .              4 •* *

r                 i empereur de Russie consentait &

renoncer à ce qix >1                        t ,

....   ... J      possédé de la Pologne (et il est vraisem-

niable qu il ne le                                   °

*     ,  * Urrait pas aaas s exposer à des dangers personnels du cote

, n 4 .             8 Musses) ... le roi... sans en attendre un

résultat heurevi. la Russie garde IaT      mettrait aucune opposition. » Mais si

à l’empire russe 1 >U*uainie8 11 8 a511 amplement d’annexer mente du côté      ,Uuché ae Varso™. plus ou moins aug-

'question de pr i11C1 la GaUæie, aux dépens de l’Autriche, la d’intérêt et l’,  * -      «disparaît. Ce n’est plus qu’une question

iode...» liu""'41 de l’Europe n’est pas de pousser jusqu’à

(litionSj le Plus

elles étaient

La Suisse

et neutre. -—_

péennc dont. 1 libre européc?!^ tie. n Et eu prérogatives lions, la protect. des Francs*

..         v°iïi

terne, son

ont laissé

est un État s£

rassurés

dront dam plusgrauj^

Tout

"bjeu à > éôu, principe,          ’

donner questions dédaratio^^^ixxaiciej^"11^ ani8ation du congrès, aux «ux                 JPrincip,’ .] prescription5 minuUeu.es

eou6res qi>. ^t.^ires           , que nui ne suit «ta»»

11 i. ..   d«-oil d’v Siéper, poorqo'           e“'“

°*t. <p„  . a y 8,eü         que le congres se re«-

>rt*PCessions qu’il importe d’effacer. La France


iaient antre chose et c’était précisément le principe en vertu duquel Louis XVIII, restauré par eux, régnait en France, et que Talleyrantl, ambassadeur de Louis XVIII, invoquait au congrès. Talleyrand parlait au nom d’un roi irréproc a sur cet article. 'ailleurs, qui eût osé lui reprocher ses pa i-nodies? S’il avait r -l’empire, les autres avaient scellé le ladt ; l’Autrictue lors du mariage» -pu le prendre <1 instruction de r                      _____________ j

qui eût osé lui reprocher ses pali-s^ï"vi les usurpations de la république et de y avaient, tour à tour, participé; ils Pacte, la Prusse à Bâle, A Berlin, â Ras-Campo—Formio, â Lunéville, en 1810 Russie A Tilsit et Erfurt. Un seul aurait e haut, c’était l’Anglais, mais il reçut pour taire. Tous s’accordèrent donc à jeter le t A .                                                    •


voile. Dans le tête A tête, dans les articles secrets qu’on ne motive point , i|8 pouvaient encore faire bon marché du droit public; dans leurs protocoles, dans leurs déclarations, ils ne k pouvaient pas Et c»esl aingi que ce8 vieux augures, sceptiques et Idmrtins, furent obligés de se regarder sans rire, et, tout en                      de suivre l’office que célébrait leur

maître en *«opticisTTie et libertinage, le « diable boiteux ’, “Tff tS .                 devenu pontife de leur propre e6

pari effet de,                                  de leurs victoires.

To.nefoiu       «*-.,*thÆeX u po.^ i.

France 11 „e lpaI?'’Vt dP°'" * |e plu» insignifiant article, die se dép«rti J®'1»*1 P“‘Dès lors tout croo-hn.et, .1..                              “,”Îe. d’hypocrisie, rabais-

..ient ttetua UeV ■    7     principe» au pin» v.)sai«

jeu rlmtri(ïlI          négociation V ;gea plu» de tenue. Or

e-êtait l iuté^- de ’ ^ ’ t^ poXe contrariait, de la dérouler.           '* ceux que ««e P ’ le» agent, français

en «ati.,n , ^^«eoneerler,                 Mettent

n; r e>.>,t  |>a>       arche, et de       ce qui était grave, I»

pohUTie ndo ««nquer. En »““? it un lntogo„isme complet              ® Par Louis XVI» Pont les intèrêt, étaient

sohdarrea, d ** »u«ie et la Pr“’se’          la ptu! tendre,

b.plusfOrrri^ n    es souverain» éw' on8idérait, à juste titre,

comme ’**«<..,     ttié. Louis XV1U e «oint sacrifier, en la per-

'‘ Vrles, et ne voulant P

COSCBKS DE          et charge *<>«'

. blessée, écrivait Kessel rode à Poizo,

£*>»• do 1® témoigner .an. ré.erve . ^    pour rtu-

Enhu. bon.» XVIII voulait              „„<>*■

blirsa monarchie, refaire le» orce       \\ûque •'•C°or 81

les Français avec leurs ancien» roi»; P ^fg i’A.ngleterre' avec ses goûts personnels, qui »e po ie“ Rognes. antLe8 intérêts, en ce moment, étaient ^nt que le jour où l’avenir, le roi ne s’en inquiétait point, sac

la France serait reconstituée, où la Russie a taçproche®eD^ et où la France y trouverait ses avantages, ^gr & Vienne, 8e ferait, de soi-même. D’ici là, et en Par * .<tr/|njre> en se Louis XV11I, en se prêtant aux convenances        présent et

plaçant dans sa clientèle, se diminuerait a        que

perdrait pour l’avenir la chance de devenir t*       ^lliciter

recherche et que l’on récompense. En             en se

d’Alexandre quelque promesse vague . agran i , rêduîseunit. à la politique de ft pourboire 1               îl

soupçons, il justifiait les dénonciation» e              "Jgg

s'isolait, l’Angleterre étant inébranlable sur cet triche Hostile et la Prusse intraitable. Il se P ac       n’aurait

crétion de la seule Russie, qui, dès lors, e en. utre8 alliés, garde, pour le satisfaire, de se brouiller avec s, Louis XV lu était incapable de pénétrer le gen russe ; mais son extrême finesse lui fit dev»n®r sons très habiles qu’Alexandre dérobait si elega^^— | observateur. .uperficlel. sou» deh°? de 1 '““""j * I ie U sensibilité, du libéralisme.                          «

ment U rompre la coalition qui étaitson œuvre et 1       dÉk,

lésa haute ambition, l'hégémonie de l’Europe, il P***nt à. grandir la France» et la coalition avait            Jui

objet de la contenir. Mais l'a,ant amenee au pous»,^. convenait, il désirait Véio.gner de l’â-ulnche et de ‘'T';; tTOt en re»“ni uni avec ces dex. 'M '' Z“ ’ eU® “’sét «l’autre allié que lui et qu ell,.

»—Imd. a Poo M.Qin, .»,)*>»»• «ss^

380


LE c°ngrès

conquête, qu'ik s’indemniser, bien point de conquête abandonner les provin che : Cracovie et          ces 'iul avaient rail parue

pour que l’Aulri^fj r*x<*ïsk étaient trop rapprochéei scmentd» norrt a ® lair ‘ et constituerait

Crucovio

défense de la H t pas moins à Ia

«as, ne saurait tlereagh dit, bien vue au pa ce serait une p restreinte et Sl

Dans ces coiLl-fermer la port^ *** le fond, on <1

rence qui se traité de l'orî^. * positions à

sur les ba$es On reconnut

<>ù la Frai

France n’ y assiste, quelle sr>iou contrat< et les potï         K

mencer     F iS

cette di?c\r. *

«u 4 janv;


de vienne.

testaient pas à la Russi-^^ dto\X *1** Alexandre eût déclaré q®“”ù vie î qu'il ne pouvaient coft— sentir à • qui avaient fait partie de 1 Au de Vien c      ssàt les Russes s’y installer;     TfelaW

une :    ^’°’°&ne serait, en soi-mên*^»- un pi

et y,a>r> raction aux traités *. Nesselro^- « repa ''ssi^018^ étaient absolument ntce6^maires à ^ar<*enberg ajouta que Thoro ne Péta, ■ e<>n r*s® de la Prusse; que la Prusse, en tout -  Coxit*1^-1*   re8aura lion de la Pologne. Cas-

erx> ra,r®, que cette restauration ser^û- fc»1 ' '‘log^ç1 anSIai«; mais il était sous-enter»^uul>or<j C totale, indépendante, non une ,             ‘«iti °nn^e û la Russie.

fermer la porl       ^Oïls il a* •. ,

> -                       -, ’ 11 etait plus necessaire que jains» is d

~ ranÇais et, faute de pouvoir délibères-r su f> 2*r ^es formes. Ce fut l’objet d’une cojjfe-’ c^ez Metternich. On reprit le texte du re,ut l’article premier secret : a Les dû--territoires... seront réglées au courir*maient el^                    ’C8 Pu88ances ollæes entre elles -

erHles arrêtées et arrêtées entre elles mpri* ,                        ne s'agissait point de conférence

u '                    ’ que, d’ailleurs, il convenait que

à la première discussion, car, si elle*

11        etldra parti pour ou contre chaque question.

Propres intérêts ou non; elle favorisercr tel Prince d’après des vues particulières. es d Allemagne seront invités par la à recom--,      Manège d’intrigues et de cabales qui, e»

^Usé le malheur des dernières années-

V | a                                                            ' obtenir d® Napoléon

**       *** %9, rinoiotance d’Alexandre a établi. * Conveim

r°yaume de Pologne ne sera jao>a,s r 1 ^liftée par Napoléon.

aucune question sans le concours des puissances qui paraissaient avoir droit d’y intervenir224.

Tel était l’état des choses quand, le 23 septembre, Talley-rand arriva, accompagné du duc de Dalberg, du marquis de la Tour du Pin, du comte Alexis de Noailles, pour les conférences officielles, de La Besnardière pour la rédaction des rapports, notes et protocoles, de la duchesse de Dino pour le charme de sa vie, l'esprit de ses lettres, l’enchantement et la séduction de ses réceptions, l'art suprême de faire parler autrui et de lancer à propos, sans y paraître toucher, les insinuations troublantes ou attirantes : auxiliaire qui n’était point inutile avec deux partenaires aussi raffinés en diplomatie féminine qu’Alexandre et Metternich.

Tous les États ou pseudo-États qui, depuis 1789, avaient été spoliés ou spoliateurs, médiatisants ou médiatisés, sécularisants ou sécularisés réclamaient la restitution dé leurs biens ou sollicitaient la confirmation de leurs titres. Toute la vieille Allemagne impériale, et jusqu'à l’ordre de Malte, avaient envoyé des représentants ou des agents. Il y avait deux cent seize chefs de mission. Les souverains arrivèrent à leur tour. L’empereur de Russie et le roi de Prusse firent leur entrée le 25 septembre. La cour de Vienne réunit tous les ci-devant spectateurs du théâtre d’Erfurt et hôtes du château de Dresde, sauf le roi de Saxe, qui était en captivité à Berlin; Marie-Louise, qui était en retraite à Schœnbrunn, et Napoléon, qui était interné à l’ftle d’Elbe. Les fêtes commencèrent et ne s’arrêtèrent plus. Elles sont demeurées légendaires. La chronique raconte qne le coût s’en éleva à 40 millions. Le 27 septembre 1814, Nesselrode écrivait à Pozzo di Borgo, ambassadeur d’Alexandre à Paris : « Si l’Autriche ne cède pas de bonne grâce, je ne sais où nous irons. L’appui de l’Angleterre et de la France ne lui serait que négativement utile. Nous avons la Prusse et 500,000 hommes; il n’y aura donc à employer

nmeienne politique <U- le„„ dg ri          act>n.

hance dans la                                                      .

_                ils roe regardèrent bientôt comme leur

,         est que parmi les signataires du traité du

éuHÎè'êûr*°/-“<■»" d- Congre., 1^4 A le croire il i         et volJlût parler pour eux. Ayant intérêt

Gngern, est' ® Cr«rent. « La volonté de la paix, disait-il à doit donner <1 Seu*e occasion de force pour la France. Elle être bon Euro ^>On« exemples après tant de mauvais. Il faut lumenl rien ^een> modéré. La France ne demande rien, abso-paix : une j ’              ce qui est exprimé dans lé prologue de la

C’est ain^i       répartition des forces entre les puissances. «

précisément       aYant deviné le jeu des alliés, il les prévenait

interdire. x_>-«        c® « manège » qu’ils avaient essayé de lui

espagnol, j .A^*^eur8 était renseigné. Le plénipotentiaire n'était pas                  écarté comme lui des grandes affaires,

irait partout -          la m®me méfiance; Saint-Marsan péné-

formêcoiatr *1  1>n ct l’autre avertirentTalleyrand du complot

rand n'eut o 118- Enfin, à l’embarras de Castlereagh, Talley-pris des erjp.          peine à discerner que cet ambassadeur avait

le cas écliQ1 ®^*^tents qui lui pesaient et dont il redouterait, perdre jont* *^e rendre compte au parlement. Aussi, sans lions u»e      Llr» dès le 28septembre, détachant de ses instruc-

être répao<j F*afjesles plus étudiées, les mieux disposées pour que rien            ou publiées, il en fit une note où il démontrait

iudépenj,^            plus juste que de rétablir une Pologne

I établiSSÇîi^      mais que rien ne serait plus dangereux que

Le                «i’une Pologne russe.

siens et <3 our, Alexandre, mécontent des ministres prus-conferer»^^          prétentions sur la ligne de la Vistule, eut une

tienlIî*x'<i2 V °c Frédéric-Guillaume. A la suite de cet entrèrent t,n                    Nesselrode, Humboldt et Stein signè-

en icre           <>Cole              la Saxe serait attribuée tout

Mats<Ie    dep^J^

pr*nCe le ’ 3e royaume de Saxe1. C’était le

vu

* P 157.

«•     le colorés DE        ^eUXégiümiU

conquête, et de faire revivre le principe *»c     passant à la

d’où découlent 1*ordre et la stabilité... » fraient lescon* déclaration projetée , il demanda quand s          je parj8j

5=J


férences du congrôs général, auquel, d’apre»      çuissass**

devaient participer les représentants de tou \cra^jK«e% te ce engagée» dans la guerre. Si les puissance»            fa|lait

traité devaient surner le rôle de directri*^ pouvait être au moins un mandat des autres, et ce mand^ E     ,

- j     WTïCSGYCS GW uc-

donné que par le congrès. « Il y avait des           dopter,

ministre» sans responsabilité pouvaient hci[ mai» lord 1;ivtlereagh et lui étaient dans un cas différent. » CasÜereagh avooa « que ces réflexions lui é-r«s/ent venues a l’esprit » . Vue conversation générale s’en suisrf t.

H fallait bien que, ce jour-là ou tout autre très prochain, on parlât de M v» va , Talley rand avait préparé ses traits et Met-ternich en devait éprouver toute l’acuité. C’était une occasion de revanche . contre ce rival, qu’il avait connu à Paris si mince courtisan , s, tt faquin . de cour et d’ÉUV et qu'W retrouvait à Vienne en ce personnage de « pre mier • ministre de U coulition, si hautain, si éloigné du jour où H portait la santé Un roi de Rome> et affichait ses galanteries avec haro me Mtirât. Tallevrand connaissait par le menu ses intrigues Uvec cette belle princesse folle de sa couronne, Cl Tmm     'V011 abusait avec tant de perfidie ap<-ès avoirs,

msoe eut étalé ses faveurs. 11 connaissait la machine "Xlurcs011’' pevdre Murat. Il faut se rappeler ces menues se passa ve                  Pour 6oûter tout 8eld®la 9 qU1

Ouehiu't»., **

Vénonça le nom du roi de Naples, et al enten-

1 Voir t+ v | |

cck'i Jes i         ’ 1*'

1840. — H j X       <2 '         Saint-Cloud en 1810, « quand il portaun b^"

M                           l'd k3^’’ belle alors ». Henri Beyle à Balzac, ><? octobre

*         t Mq?’ 1 t*’vjbto b«au et bienveillant de Mosca... Le regard av-

connu,                          ^*era*1 Dieu », Balzac, Études sur M. Beyle,         %*\t»

rt wn                    lr ^ar le ouï-dire de la duchesse d’Abrantès, quiI        W

Spelbcrc h^T:uj’  Æ pée alors par Caroline, qui lui avait pris son       JudùL

"**v i>jo^.ttern*ch. Fragments inédits, tirés du cabinet

‘ Tuiiqvaîi. La duchesse d'Abrantes.


<s 11 Ès de VIENNE. — 1814

rédigea une note ciu ; |

Espagne, Grau de-B rot -M envoya à ses collègues d’Autriche^ les Aun puissances sîprri         Prusse, Russie. Il y soutint qu^^^

qualifiées pour prépar^^*.'1^8 du ^ra*l® de Paris étaientseule^a^^ se réunir, ne fût-ce Que,** ° conffrè8î 9ue ce congrès devrai ^  *

on pourrait se divis*»»-     F*0*Jr vérifier les pouvoirs; qu’enstiYV—zz^s"’'

» se rendit, le rïl€ïr,‘^‘ comités.

le trouva fort irrita         Jour, chez l'empereur Alexandre et

pu être gêné en prése^ intervention de la veille. Il aurait à Erfurt, et depuis ,                *^e ce Pr*nce, pour lequel il avait,

qui il avait travailla      11 8°n maître d’alors, Napoléon; avec

nouveau, Louis XV1< t a^ère à la restauration de son maître si diverses, tant de        tT>a*8 cette collaboration à des affaires

ma^s un intérêt c<>m              communs que l’on avait désor-

a 1 aise. Alexandre e j *r       effacer, le mettaient au contraire

s étaient connus qo<. **1 I eyrand 8e parlèrent comme s’il8 ne c la monarchie            ' ««Ile, à par;8> jor8 du rétablissement

drmt public en                    prélude de la restauré in

. « I ar ons t|6          ’ _Ce qui amena ce dialogué-

nous es lussions ic; _ * <x fnires, dit l’empereur. R        

finiront prompte^,  — Cela dépend de Votre Maie^. Elles

porte la meme îiou, celles de la Frane- ^^ et ^ureusement s. Votre M»jesteconvenances.y---Mai8 .“enae ffrandeur d’âme ^edans

j’occupe. — Votr Cbî,ciin ” f*Ut 5"® CbaCU° ? t-wzre S6S légitimement à ci. ^^aj^stê 868 drot8, —f>®rd& rai ce que puissances. — j » j     - - j ne voudra garder qUe cse qui sera

rang de ces pu;s            sj ® 8,1,8 d’accord avec les graodes

le Sfl,*cses °tre Majesté compte 1France as JQ ^«un tro °ui’ «ùrement; mai» si vous ne ie £°Te 8e® convenances, quepréten-ip *'V®nailc. ’?*t d’abord, et les ^convenances <>ii^ Pas le 8Ô.C l‘Europe sont le dhwt. "Ce Je tl*      NOn ° Fe ; U vousestétran^       /

voulez point tp, liez-vous? — «près. — Les langage, Sire, nwir le désavr I Europe sont ( contre les lainl> rensc Europe i


ri,.        «__.. e r®pète, les cow’mMB|

”       ’^'nentan? TnIeyrand se          (

■' Alexandre’ '"“K Eu '**' ] ’ aB>taut u            s’écria :   |

----, aient traité à Kal*8^h etàRei-[lt V^V e seul agrandissement de la Russie, et cela s exir® propres frontières et en laissant ainsi Iit^^ï.Xï>Os^e8 et sans défense » ? Qu’on fit de la - l?n libre, un État indépendant ce serait une irisât, 0,8 On ne peut, en la donnant à la Russie, en ,le,r^rnent militaire formidable » ; donc, • attSSl a ^njesté Impériale tiendra à ce jvr°jet Ori rfP°*sib,e qu’aucun plan d arrangement pourla ae * Eur


390     LH CONGRÈS DE VIENNE. — 1814-

mont, à se confier A la France, bien plus, â lui demander son concours Gastlereagh et Metternich épuisèrent tous les moyens de convaincre leurs alHég et de tran»jger avec eux.

as ereagi coreposa, le 4 octobre, un mémoire » «’mapi-LasseTie 2^      e<lt' de U "Otee Talleyrand lui avait fait

Lue. l’ent-«ePtenabre- 11 co“cluait au statu <}U° ante en Po~ soient entrée ” <U PP.°.‘?.r.’ di»a>t-il, que l’Autriche et la Prusse chenbach «             1 alliance, aient traité à Kal,8^h etàRei-

en détruisant, leurs capital^ Pologne une œuvre juste ; faire « un p-longtcmp» cheux, il recoiietitu ti

sent congr^s po” " KroPe puisse être proposé ou que le pré-Cependant ‘®8e «'assembler... »

et équivoq u e * 6pand effort de sous-entendus, malentendus, de déclaration s^sChanceller»e, Gentz avait é\aboré üi> projet

Pendant l’ouverture du congrès jus^u’d ce 'r 0118 ^U88ent parvenues à un degré de maturité. et*^ *e r^8ubat répond*1 aux stipulations du . a. 1® juste attente des contemporains » • Le je ^,n®* ajourné au 1" novembre. Les six furent invCbre» chez Metternich pour en délibérer. *          8’y rendre un peu avant l’heure de la

Oxivj* <<               . *

Sun “*etternich désireux de le faire parler, ^Ut A OiiAlrri.A îmnrnrlanAA AAmnmmA*fnnta

les <v.;'

«attisant

.    i 1 °ur

traite de

et

convor{ués

Talleyrail<1

confère llc

,le rn>o.ler à de>nnllt| lion siir

11 «y etl raffaire sion 4\ (

Mais c\v, u°er Wf         4“'"v-----------n—■»— <—

sur sn a‘t SeUpat pour rétablir son cousin Ferdinand. l>oli tiqUeIrM^Prendre sur le caractère de Louis X'Vy^AX, et ®Ur sa patience, que de le croire


''*er «ÏUel      quelque imprudence compromettante,

^Ue chose, à accepter au moins la conv^rsa-‘             °bjet d’intérêt particulier pour son maître.

Napjg11 en eut jamais qu’un, et il était illusoire, '^^ône GS* <~>n savait que le roi mettait quelque j>as-


*W     ’*E CONc’RÊS DE        — 1814.

coup moine éloigné* _______

, „       “   * <<«a® vous ne pense*, Ae vous promets que

la Prusse n aura ni î ..     > r .  ,

^uxemboure ni 48^nr^nce. Jfous ne dési

rons pas plus que.                                 ,

’  /    1 * vous que la Rus&se s agrandisse outre

mesure, et quant ù 1» c           ,

Saxe, nous ferons ce qui sera en nous

pour en conserver

<•                 moins une partie. •

Sur quoi on pa        .       ^aiuc.

projet de Gentz <tl * ** conférenc® T^ifeyraad accepta le l’ouverture du c es conférence» préparatoires à tenir avant admis, et que rort<'^*r^8'* PuwIue désormais il était sûr d’y être Mais il detnan <1 ^l'e<loJ1Çat à tout régler d'avance entre quatre. du congrès aur^i t iPhrase portant que l'ourerture <• il sera fait Corxf ,eu^ le 1** novembre on ajoutât ces mots : Cette propos       *^rmen*ent aux principes du droit public.»

s emportèrent           eva une tempête. Les Prussiens surtout

sourd, se levo , fr °e lndignation véhémente. Hardenberg, très paroles entrecoij _ F*pnnt sur la table, menaçant, proférant des c’est inutile . . . cP*e* : “ Non, monsieur !... le droit public’... répliqua ^aheyr_ * va 8an# dire. — Si cela va sans dire, Humboldt criail       cela ira encore mieux en le disant. »

que vous y êtCs J*0*81 : “ Que foit ici le droit public? — il fait comment, 'i"t |   ’ r®P°ndit encoreTalleyrand, qui   rappelait

d Europe.               la Prusse avait failli disparaître de la carte

fois satisfait                 1® prit à part et lui demanda si, une

eyran Uj <lv.        article, il se montrerait plus facileTal“

i pourrait Qb Hn<^a’ A son tour, ce qu’en se montré3* l®c,le jast ereafjj^                  l’Angleterre dans l’affaire de Naples.

parlerai à K»                 »,         ,                          ,,

matière.        11 e r . "e 1 aPPuyer de     son influence : “ 3 an

donne. .. . Vou<s J ®‘ Ie drOlt davoir un avis «U<   ®

phrase,             a   e® donnez votre Par°l®? ~ Je v^6 *

le résulta. ' ft X] heUrC8 dC débat’ °n finit Par ad«pt XF 8 huions du            ,âCee quelqiæs I1gne8plushaut: aPou< qUC

T«lleyrft            ® aux principes du droit public, auxst8^’

faible des ,Ucl *MVa-e Par*8etc ” eu lté o fi                    ^ait du chemin. Il avait reconnu Je

droit, dp «         d néanrn°ins d n® «'aveuglait pas sur i

86 faire croirelui> Talleyrand, parJ4 ^««einent ; «ur 1 impossibilité de faire

39'»      I F. CONGRÈS DK         — ig

et c'était par et celle de Saxe r»e seraient pas résolue*»

r              mines ou se

approches sont errai nés, par mines et cOBtre*IU        ,

battait autour de ce labyrinthe. Ce tr»va’^ na ouvrir plus la rge la 1> rèche de la coalition - Castlereag ternicb font campagne commune au sujet de ^Melternich, osmxt, pas se mettre en avant,           2 .

D autre part, les Prussiens, surs de la Rusÿ ie aDS 8 8IIæ Saxe, puisque le tsar s’est engagé, le 28 septembre, à leu remettre ce <oyJkvlme cherchent maintena ** ' à %e Aébatnss de la conlre-j»çi vti e, l'attribution à la Russie duchéde Vsi sovie, surtout «lu pays de Posen. Ils tenter^»* une oarertun secrète du coté clés Autrichiens et des An^/ais : ils recon naissent e < anger d’établir les Russes en fologne; ils insi nuentque si on leur donne la Saxe.ils seront         li s'unir

. | . P- . *'°Ur contenir la Russie*. Castler^»<rj et Metter-nich étaient tro.      - .            ,   ,    , ^aBa cv

nant quelque ’    ' Pour tomber dan8 Ie P*‘^e- Soupçon-

tlereagh >(pOndi . °r^ secret entre la Prusse et la Russie, Cas-posé à céder las;"1 1 rdenberg, le 11 octobre, qu?i\ serait Aisne la reçût "  - îlXe à la Prusse à la condition çguela Pruss

Russes ferai111 °u «compensation d’acquisitions que les demanda

Alexandre

L’entretien

CastlereagU

avisés pour tomber dan» le piège-—d secret entre la Prusse et la Russie, a-it à Ilardenberg, le 11 octobre, qvxiA Saxe à la Prusse à la condition egue la P">

en Pologne. En même temps, Castlereagh audience au tsar.                     ,

P vit les devants et se rendit chez C^*ûer 8 «vit pour suite une lettre et un long ^mOi[e.uaressa à Alexandre le 12 octobre, et ^ui eta» ledéveloppei^erit de gon mémoire du 4. R ajoutait : - be «‘‘ves de la Grande-Bretagne, delà France e ‘ robablement ceux des autres Étatsde B Europ « -.ont h. même manière de voir à légmrd de « M vielle fâcheuse «ilualion sera donc IE*™?

^llclpé rîale ne veut pas renoncer à sonpjM* • à prendre possession du duché de W

- Générale!...» - « « P»ace            û

'«evonSi écrivent les plénipotentiaires        *

M octobre, communiquée à Ca.Uere^


plêmp»letlVif* VEsp»Gne» «*- Pgrand* et petits projet Dans « Votre Majesté c9t déteviTtio contre l'opinio que n°u s 1 a <c o r i Uarden\>«*r-^, r.f.             p.

séduire; toutefoi pour son amovi L entrevue e,lt Irophe à la

5)olêon. royaume □<>       .

- MoOn'"^

<>.. rélab"'?s-alors comme ; „

. e Jt' vOud

.1 s agit stibordonué?o la Prusse crx


UE CONGRÈS DE VIENNE, — î8iA estimons à «piarante millions. » Une foi»,      échappa <

dire : «Ah! s'il ne vous était resté ai>cune vue sur gauche du Rhi» ï «

Alexandre s'impatienta. Son ambassadeur à Paris, Pozz mandé à Vienne , apportait l’impression que la Ftws225 pas en mesure            l'armée n’était pas »           ^0

nisée, >nBufKsn„te, Donc> tou8 leg       g æt écrite de Tal

ran< notaient que manèges et fanfaroK» 225ades ! AleW engagea e roi      prusse à exécuter la cor»225eïüion secrè

28 septembre225 levrand, qui, sut- _ il le manda ehez |t\

s il préférait le premier moj-en, plus flatt , et plus commode pcz>ur sapolitijui. -2 octobre. Elle début® pae Une apo; “ A Paris, vous étie225 de Vavis d’ui Comment se fait-il que vous ay« • sire, est encore le mém«e. K Paru, 'ssement de toute la Pologne. Je roui - Irais aujourd’hui son indépendance. Ma Or»t <le tout autre chose. La question e fixation de limites qui mette l’Autriche < reste, j’ai 2O ®'''

el,„ ’°°o ho

'{Jriore

Peut.; c 1 , Oi d

* P

Je croyais °

A occuper la Saxe. Purs û fit sonder cette affaire, se montra i titrai table. Alt ’Oi, espérant le mater, le confondre ou


Elles ne doivent pas être in^uïètes.T -tînmes dans le duché de Varsovie; q ai donné la Saxe à la Prusse, l'Autriche ~ si l'Autriche y consent. J'aurais peine est contre son intérêt. Mais lecons^ntemei —rendre la Prusse propriétaire de ce qi _ de Saxe? — Si le roi de Saxe ix’abdiqu ui Ult ^usse» îl Y mourra. Un autre y e! o t r^S Cette ®22511 cision significative aux j> ^rtage _ u la fin de Stanislas Poniatowski, il <-eprit rance me devait quelque chose225.

principes. Votre droit public         r225


l’on m'en consent. . le croire225 de l Autriçw)^ appartient pas, il serdéjà mort. <le la Pol

« ;

parlez to pour moi 225 fasse de


Sa,s ce que c’est. Quel cas croyez-vous^225^ *s parchemins et de vos traités? » C'ét^Z '


LECOXCftÉS DK Vu?»,*,-V*ENNE. — 1S14.

qui auraient pu paraître extraoi-rT

ses serviteurs ». Pour coin|>|e d *«»»»«•, même à l'égard de duil de la SOfte par |e tO(Xt_ ® disgrâce, Metternich écon-essayé de sauver la Saxe, se P°188ant empereur, pour avoir livrer ce royaume par complajVlt accusé Par ,es Allemands de moment de trouble et parla de8**106 enver® ,a Russie. Il eut un le tsar lui adressa, le 3o oc. re tirer. Quant à Castlereagh, d'un mémorandum, rédi*,^ °bre, une lettre, accompagnée point par point, le mémor^J*’*1* GzartorY8ki î H y discutait, On atteignit ainsi 1»                ai*glais.

mait, tout le monde réclui °C^°^re- Tout le monde s'alar-d efforts aboutiraient-ils         l’ouverture du congrès. Tant

banqueroute de lEuropç, **déception solennelle, à une niencer la guerre pour le _ v*ctorieuse, et allait-on recom-II fallut, bon gré, mal {;r<. Fta8e des dépouilles de Napoléon? des expédients de prOt;^        venir, pour occuper le tapis, à

sauces signataires du trai.^lre- Le 30 octobre, les huit puis-nu i le 1 ortugal et          <le Paris se réunirent chez Metter-

q »e es elles avaient drti- ^de avaient repris les places aux-< e resene ptel a soUt<j » c’était, avec l’Espagne, un corps s ques ions graves        ^^Heyrand. Metternich exposa que

tiaires des États qui                                   î

sion tirée au sort ‘                     de8 P0UV0K8 PIen’Potefl-

<le la Prusse et de l               député aU COngrè8- üe C°mmi8

pouvoirs. Une dis<?' l^u»si   ^es représentants de l’Angleterre,

vail entre des eon»-                 fut chargée de la vérification des

des huit; ceux-ci              * en&a8ea 8ura r®Part*l*°“ du taraient d'intermétp              Seraient dirigés par une délégation

chaque affaire.                       puissances intervenantes, servi-

congrès en asse»,*» i*P^t<U**>tre les puissances intéressées dans mentdiplomati               ? Pa» possible, en effet, de réunir le

soulever la que%u            nière et de le transformer en parle-

<’« roi de Saxe Q       p * Proposer de répartir le travail, cW

de protocole ea         <Ju<iicielle de l’admission des.envoyé

<!„,                  de        Qn contin„. de >«te

'e* ^Pendant, pour le» «f

*°rtnèrent peu à peu- 1 Y

firme : . Un prétexte allégué en faveur de la réunion de la Saxe à la Prusse, c'est qu’on veut faire de cette dernière une barrière contre la Russie. Mais les                      .

,        . e      s souverains des deux pays

sont unis pur des liens qui tout cm»

.    ,,    ,         ,   • i '*ue tant qu’ils vivront tous

deux, l un n aura rien a craindre d» i»_ »

.  ■         .      . e 1 autre; cette précaution

ne pourrait donc regarder qu t»r*                  . r

1-          ?    •          avenir fort éloigné ; mais

que diraient ceux qui appuient                          °       .

■      ■ ,r.    , vec tant de chaleur le projet

de reunion, si, témoins de cet                               r J

»        i i n ’         i emr, ils voyaient la Prusse

s appuyer de la Russie pour obtenir au j sion qu'ils lui auraient facilitée            enaa&ne une exten-

Russie dans des entreprises contr appuyer à son tour la seulement la chose est possît>le      emP*re            ^0E

parce qu’elle est dans lordre rw C C encore Pr°baMe advint et que l’Europe en fut      ^tureL » Le fait est qu ell<

vernins passa des pères aux enta^ eversée. L intimité des sou frère d'Alexandre, gendre             s® continua entre Nicolas

ric-Guillaume IV Guillauvn^ ^^<^^r>c-Guillaume III, Frédé de Nicolas, Alexandre H leur A réaliser, à dépasser rrien^ augmentée d'un tiers.

fils de ce roi, beaux-frère x'eveu. Elle conduisit la Pruss ,        r 8eg rêves de 1814 : la Pruss

■’            û l'empire d’Allemagne; l

_              la Lorraine, 1866-1871

-226» ®n 1878, la Russie ayant con rtMsse jugea opportun de rompr S1*rabondance, n’ayant plus rie U;isip A

restituer.


France démembrée de

L'alliance ne prit fin que <io quis, en Orient, .sa part* le pacte et, ayant reçu nvâ recevoir, d'obliger lu

Vi

Tout le monde p

d’étouffer la rumeur,            de „uerre et TaUeïrandloi

faire le vide autour rl                   • J     rherC'îaitPuS

qui, crovait-d, dev-»;               *.          . noïta le w

rail pas voulut fois surnager J 26 novembre. I et, en politique mier ne fut le <|e

* On n’n trouvé llufiftie et 1* Pru«»accroissement de           •

XVIII. p. ®» : - A i comme sur le Il h i _ auraient concédé c|jusqu a la guerre, îj de la rive gau 12 feyruntf, une aurait consenti à l'article sur lequel tous leurs accord & Chaumont» Ce j _ ' CàUD : le <™tfrè~ l. LÜ, mai i899y


lions, il transiterait devant la crainte d’une guerre générale. Au sortir de I audience, Talleyrand connut la prise de possession de la Saxe par les Prussiens et l’étrange façon dontMet-ternich et Castlereagh avaient été joués par Hardenberg. Ce ministre, prenant leurs propositions conditionnelles pour un consentement sons conditions, avait transformé en une au^°“ risation définitive d’occuper la Saxe l’offre de donner autoruation si la Prusse se liguait contre la Russie, et» J— I roc ame ce consentement en forme officielle. Talleyran d les trou a, Castlereagrlj surtout, fort irrités : le rôle de «cdupe n étant point                  ,     . .         ...     ____•

\           ceux qu un ministre anglais ait bonne g—-race

a jouer devant 1-x       i         -  .  .. w .. .

,                e parlement. Mais il ne se dissimulait £-_woint

qu en cas sen 1           — * », .   _                         ,    .    .

, .              ent d absolue nécessité militaire, les «lais

se résigneraient a _        ,

. .a          rompre le pacte de Chaumont. Alexarx

de son cote, So - _    11                  _

rvski vers T<> 11 Urna aux prévenances et dépêcha bornait à <le                “ai8 rémi88airecomme le

ne put jamais          paroIes et8ur ce chaPilre’ Talley^j

20 novembre •    ""T r,en PIus précis que ces mots, /e

lion de se rnPpro L emPereur Alexandre témoigne l’inten-j c er de nous. » Louis XVIII, du reste, n’au-Pousser plU8 lojn i .Je vois pour la première

, ’^ées de justice, écrit-il à Talleyrand, le k empereur de Russie a fait un pas rétrograde, * comme en toute autre chose, jamais le pre-roier. Ce prince se tromperait cependant s'

«T* aucune preuve ni présomption quelconque que Zï ert n’ même laissé espérer à la France, à Vienne, un ' (exaù(jUr 1* rvc gauche du Rhin, ainsi que l'affirme Tbiers, il rVy et Frédéric-Guillaume... lui eussent tout offert et, côté^11 ^UC ^C8 *ntépêts anglais ou autrichiens (?) ils nous £,4c Ce *lUe uous aurions voulu... Le conflit étant poussé M HKî cs*able qu’on nous aurait rendu une partie au moins extravap "       Y a, écrit Lytton Bulwer, Essai sur Tal‘

c e8t celle-ci que la Prusse ou même la Russie ■ *** a||j^r ,a France sur le Rhin... ■ C’était au contraire, >               s n avaient jamais varié et qui avait formé la base de

ôe <j- anefet> c’était un article fondamental du traité de e,llCUl!,ion rétrospective a été élucidé par Albert Piü-e* politique de Talleyrand. fieuue historique?


LeTCefkrâes' qui, sur le papier, rendrait la lutte trop inég, Ttüfierait raccommodement. Les militaires prussiens « faisaient, «v.-< arrogance, et peut-être avec smeénté, bl.Lrépée, mais leur, diplomates, plu. av.aea, tout eu se m ICI** V      '                        a        __Li f «/-ki-t c         m Ansvm An# A .


leur epee, mai»            prétentions, commençaient à .

-•■ntr.i«h - » ' “XtiQ, Bon g, mal gté,

cuter sur les moyens        Des notes s échangèrent dui

devaient.       à comjo«bo-Des^no

la seconde partie de dece           public : il y rappelait

Talleyraml A Metternichi^mé       dé8mJressement

fort belle forme, ses decla                Je Je {

annonçait cette concession importa    ? ,

an v . . -  ,          sAor'.ii de aes droits, le roi de Fra

étant rétabli dans 1 intégrité de ses       ’

serait le premier à l'engager à user de ces dro.ts memes p abandonner À la Prusse telles portions de ses ternies paraîtraient nécessaires au rétablissement de la Prusse, moyen d’équivalents, dans son état territorial antérieurà 18

Les Prussiens argumentaient avec ténacité : on leur av disaient-ils, promis non seulement rétablissement, mais an dissement ; on pourrait d’ailleurs, ajoutaient-ils, transpo le roi de Saxe, et ils indiquaient une partie des territoires cante sur la rive gauche du Rhin, avec Bonn pour capital, Moselle pour limite. Ils prendraient pour eux le constac poste avancé, l’avant-garde, la pointe sur la frontière f çaise, non qu’ils v tinssent, mais parce qu'ils

OUI

article * . Alexandre, voyant qu’il n’arriverait point à se I

attribuer le         j- v---------    -----

1 Europe attend ait. d’un ambassadeur anglais; il ditque Castle-reagh s en ét^it. écarté depuis le commencement des négociations, que cette conduite ne resterait pas ignorée ; quelle serait jugée en Angleterre, et que Castlereagh en subirait les conséquences •   >1        plaignit des complaisances des deux

Ang aïs pour la Prusse, et finit par déclarer « que s’ils vou-aient toujours, être les hommes de Chaumont et faire toujours a                    rance devait se retirer du congres » ; qu î

»•


ne resterait                                              t °        ,

*  ♦                  “ jour a Vienne si un plénipotentiaire ai

roi n était         a       1-  >                   r r

.      ,          PPele dans la commission. Stewart rapports

cet ullimatutn tfcri’W’                                .         rr

fut invité                7uo*re, et, malgré les Prussiens, le Françau

C était lu a a -

s’entendirent aeÇembre. Le soir, Talleyrand et Melternicl proposa que          1 ordre et la nature du travail. Talleyranc

lion, et que 1       ®v’aluations fussent faites d’après la popula

rapport de       population ne fût pas évaluée « sous le simpl<

la qualité » _                  mais aussi sous celui de l’espèce ou d<

sans terre, Sîx          disait-il, un paysan polonais sans capitaux

ligne qu’u ii     ». industrie ne doit pas être mis sur la mèm«

les plus fer Liles        de la rive gauche du Rhin ou des contrée

nich en                    ^es plus riches de l’Allemagne. » Metter

d’instructiOris       accord, coucha sur le papier, en form

tique, et         ’ Ces Propositions de haute anthropologie poli

représenta. t**rtl*ssiOn 8e réunit le 24 décembre. Dalberg

Elle            J rai*ce.

enquel<|tle                le 25, le 28 décembre. Mais elle n’avai

> ----

<îu à débrouiller la matière. La distributio , °es terres se préparait à côté, et, celle-1 s           essayèrent de la régler à quatre, en gran

Corxférences qui se tinrent le 29 et le 30 d( ^®ai*denberg proposa de transporter le roi c’ Souche du Rhin, où il aurait non plus Boni 1 ancien archevêché de Trêves et le Luxen la Saxe entière pour son roi. Le 30, Rasoi Ppa> au nom du tsar, un projet d’ensemble Vrerait POSen et prendrait la Saxe entière; I


des bomltl<5s " encore, secret, dUll cembre.

Saxe sur mais une bourg. t| tnowsky la Prusse

rc<jo “P®> au nom du tsar, un projet d’ensemble


r>F2 VIENNE. — 18Î5,

rulleyrand; il écrivit au roi : tt Va ce n’est plus isolée en Eur<^^concert avec deux des plus

11 second ordre, et bientôt tou^ /es principes et d’autres maximes^ que es

me


révolutionnaires. Elle sera. v-érî— <le cotte union, formée pour ° n été la première à proclamer- sieurs de ceux qui font le p^uS *’e,nps de la Restauration, oui oO^’ ’ einent reprochée à Louis XVII1- ct & cependant d'en louer la la politique traditîonnellc evir au gouvernement de jut -VI|1<2; défection aux intérêts de la F-"


LE CONGRÈS

C’était le triomphe de coalition est dissoute... La Votre Majesté marche (le puissances, trois États , États qui suivent d’autres les principes et les inaxim tablement le chef et défense des principes cpi'ell

C'était une politique, vivement critiquée, du f dans la suite, le plus vlv Tallevrand, n'ont pas

*           r               cependant ti en louer

lion, comme conforme a >                     iu o.^

France, d en faire hOtll/‘       »ïol,tiAue traditionnelle

d en déplorer, comme oOe" «'« (Puvernemeni de jUl l'abandon sous le 8eeO11<1 U fcchon a,,x ,,llerets de Ia *

Ce traité produisit i 1Y1 **ITlp,reG'cn est la justificatif « concerté de l'Aiitriciie                        scs effets. Le

démontra leur accord 9         ** tiran de-Bretagne et de a r a<?eJ

pour convaincre. Les            n eurent pas besoin de tn

laient absolument Lc*;^ ^llSR,ens résistèrent encore?

vieille Allemagne. <> tl j.       tenant à s'établit au

mais, dès le 5 janvj^j, P11 ta sur les chiffres et sur de guerre avait disp^n'*'1StIereugh put êcri rentrée du parlement ’ H ôtait rappelé

*     1 îl tenui   '

1 Comparez le» cri tjqu                              4

cri 1860, — av^c le di«c-Ou *\ '1 rp quoi le droit a été fj1Ur rJ>t déjà toute faite, pai r ' ^eu*CU|-détruire : rest l udion état de chose», quelle (.Bt      Lu p

triche... » Il montre |(,.H p            ;a >

refaire l'empire -, il cotl< j ^'4**îen Jarice la puis6ance pour .econ.ier celle [ ■Hiù.’"     1 ’i«|Z V<>u,“nt se servir J

<lr.>US p UH), le                       < :c ...,,l1,ei ’

lion, en » juSe plus <..|ui      *<u».            !<-• raison, Illf.

que I» participation d,, .                * "Xe Bismarck, ...

pour (jreffer, avec l             ,''rani tlUr! Tlll«rs, 4 Je r

don franeo-ailejuande                  " **•* «•o»rén.neM

.........

s

®Puta sur les chiffres

ire^OUt Londres-V

-ait à app<>rter

r-16. 6386W>

t XVII] n 4:53,     , nue j<* vor

—iutL ,ii fLlU*ccsdT ;teiU       H y □ deo*        -«ene

* «nvnrhhle et ,7ï”' - de 1, E" , 1 Janr^ i._

Wnti




no        ('°^GRÈS DE VIENNE. — 1815.

en deux morceaux disparates, séparés par des États rivaux méfiants, vraisemblablement hostiles, en cas de guerre, 1 Hanovre par exemple ; enfin, on l'exposait en pointe du côt de la France, la première  recevoir les coups, sans avoir 1 temps d'accourir, et menacée surtout de subir la conquét le jour où la carte pourrait être remaniée au profit de 1 France. Au lieil de u gaxe luthérienne et, encore que for anh-prussienne, assimilable avec le temp8, grâce à la commu nauté des mœurs et des intérêts, on donnait aux Prussiens de Rhénans catholique* plU8 imaginatifs, plu» mob,les’ arment tate de Vadministration française, qui tenaient a Codecml, chez lesquels la France avait laissé de grands, ^souvenirs. Ces Rhénans étaient d’autant plus portés vei • i^nr-i^nouveau gouvernement, conservant e o ZÙféZÎ SSam les acquéreurs des biens nationaux, f» l-r o^XTreli<,U<î "

avaient gapn. / les avantages qui, depuis        haw

qui les en dêt V*. France» et 11 les affranchi»»*’

C’est un - acftient à la fin de l’empire.             -

F.,Le. otl7     choses que l oo ne cons^»'1 p.,

placée là , e«v°ulait voir qu’une Prusse hostile e veiller su r p avant.-garde de la coalition, par les Ang 8JS reproché 4\ _^^lomagne et sur les Pays-Bas. On a beaucou qui aurait p» a^«yrand de n’avoir pas appuyé la proposée don du pr-         le roj je §axe sur Rhin. Mais outre labai

de Louî^              qui était toute la force et toute la politiqi

cnAlierr»nfr       °utre l’inconvénient de concentrer laPrus

Rhin, |a            on oublie qu’établissant le roi de Saxe sw

,ion S"r cesa?Ce aui*ait dù renoncer, à jamais, à toukepréi son cliçnt    terHtoires. Elle se serait trouvée avec reprit

Elle Po’ Uns la position où elle s’est trouvée avealaBaviè p            i         la fois pratiquer, en Allemagne,

arnere~pe . es États secondaires, et garder     *

•XT;; Cath»Uqtl dépouiller ces même» Étai;

Facij- ?   ’ eût rencontre al assimilation fle

que la Prusse y rencontrait d'<3^siac^

LES TRAITÉS I> 3E VIENNE. — Î815. dation, assez obscure , «zjvii s'engagea à Paris, auprès du roi entre Bombelles, envoyé de Nfetternich; Blacas, confident d< Louis XVIII, et ^Velli ngton, qui poursuivait dans Murat 1( dernier lieutenant <le Napoléon et désirait gagner à l’Angleterre, avec les Bourbons     Naples, une station navale dans lu

Méditerranée227 ^^Hinyton arriva à Vienne le 3 février, poui remplacer CaâllerenjjH qui partit le 14. Il déclara que lu France serait, au besoin , en mesure de contraindre Murat quitter Naples, et <1 y ''établir Ferdinand; que l’Angleterre appuierait laFrance on cette affaire, à condition que la France la seconderait t ans 1             de la traite des noirs. Sur quoi

~  ~ que la France, soutenue par l'Es-

* l’opération, si l’Autriche avait eïl mêler. L’Autriche, par le traité d( a —jre Murat. Murat réclame V r°messe et demanda le passage pourlei O> marcher à la rencontre de celles d( 1 tenait également à se soustraire à cet - -'rançais d'Italie. Il déclara for227 que 1 Autriche considérerait l’entrée comme un cas de guerre1 ; mais, le len-^-227atnpo-Chiaro, l'envoyé de Murat, qu< î le U1 Suffire ; <îue les armements de Mura ,io aucune raison d’être; qu’ils agitaien que tout mouvement de l'armée napo

* ’ <> ntières du ro.....

Talleyrand alla publiant r pagne, se chargerait, seule de 1’ quelque répugnances A   —

janvier 181 4, s était o ngagée à défendre Murat. Murat réclama l exécution de cette promesse et demanda le passage pourlei troupes qu'il destirmi^ A mnwoU— 227 >-Louis XVIH ’227 Metterinch engagement et à ^loiSrller jes F mollement à Ta II eyrn ndL des Français en 1 ta l i demain, il déclara cette garantie de if avaient, par inutilement l’it^l i litaine hors                                                                     227

omraeunerupturo i '.77,°. °U r°yaume serait considér. iriebe- Ce maître      c e 1 alliance et une attaque contre l’Au

désarmant pas, Nf astuce comptait bien que, la France n-coup de tête, déliOjr^’j<'t marÇîaera»t quand même et, par c même Ferdinand. I 1 Autriche et l'amènerait à rétablir elle encore que Mett.e r j . C1 Constances servirent ce dessein mieu

V 1 ne pouvait prévoir.

1 Note du 25 janvier 1 Jî ■ -

* Note du 25 févri^ 227        remî®e à Vienne U «Q C' •   »

3 Note du 20 févrit^ B 1 °                    ‘ 23 fevrierBlàHCHÏ-

25 février 1814.          ; U perte de Murat e.t réaoîue. . Rapport de Contalv


J

iCTB FINa,

De Vr».

, '"Pxfeo,, ,                     '

,PfHé .1 ,. Secons/.^

.aic^J<ZJ°,leUr> 4> Ajol deD'avoir

, ',U de r?c ,nl>tlssé>,u>, dès L’ / ® ®,ra^e du refour r to'"> nais i> tenait I ’ FeVenait à ,ui-®e.

Cll^affeaiCl>,1            ^**tie . Cro,re à son étoile et brû-

'"tossaj ‘ r°'»ip            ’ partle désespérée, le tout pour

.?*'                 ,tan' de U.^~uU

r<?’en/* r                    anComine autrefois elles le

d^t 4             A Vienne)lecoasFèseapIeine

lai'i2n            auxmains;en,talieMurat

de if <e /a res(o Q 5*» Pereur’ Proposait d’insurger la s°'Jve/irp,rP’                               arrivaient Iettres et émis'

^i/J’   c°« l /. * d » j entei»ent général, la décrépitude

r^^,t           de tevirem^l des esprits en kveut

'mrn*M anc ,e 7 .-^1      ”'»■ P.«> 1.

SehouvaJof ,.’Je l»oemeoter^ 1

9 *1 avril 1814.

L’A CT K


le petit chapeau » dans les bras «le retrouve peuple ,


lui-méme dans le

Ï1 en mourut,

tout ae disperse , galop de sa calèche qui avait en onze française, lancé r que les émigrés à l’étra

• lia m'ont laissé

dit Napoléon. Il ne

d Égypte, ce ta étaj^      i      <   * 17,

. , \ A              1A1 meme France,

ni le meme                      Aî     f ,

.Uumineux -. lhori            hormone

iv <t r s’étuit na

e ans :


_ jVE. — 1815.

V1XA1. VE VIEÎ*

la redingote grise,

1 ’ empereur 1 :           al dans lâm

enfant delà Révolu-^, ioo et tourbil vertige de sa vio        lui monte eu

six mois après, les se* -* -« tournés. De scî dissout, s'enfuit,. L-* roi renonce e , entouré de cett®          u vi

mois allumé plus A    Wnn dan

sons le ciel de France

___iiiger pendant vin

XSf-frOAS anné venir, comme ils -«ex.          ,

»        ,     •       • . x»           ont laisses '

s y méprit point. Ce       ,,, ..

.        1     1                    n était pas i

la même I « 'ouvraient ii *jué par les n elle se conti îrectoire. Ysn _ Napoléon Je prête-noi

etkimineuX -

La uévohitiori

En 11»*»’ elle

elle se conlin

absorbée quin z.

sage?-

# sire » » lui dît Moïé, en le saluant 20 m^rs an soir, « H n'y tels prodiges. onl fait tant d.

que toute*» l pour"10*» et suivi "1 O , OO O complot- - .

roi'- '     S> » rti . . _

ne mancjnalxt  (

Louis XVI tt-’vec comment. iw_t-îl |co’a plus étonné prêtres et de la

i Henri \V

de


zon est désormais offu^ se recommençait point, continuée contre le JL contre les Bourbons. ■"" - : il n’en est plus que


---Je n'ai eu qu’à <ne montre/* o vîtes, tellement indisposé la jx troupes envovêes contre moi que si je Pavais voulu, je serais paysans armés. Ne croyez p^~


-»ux Tuileri a que Votre Majes*<-^ pour opç pour réu -a fi on et 1

«e sont i ? arrivé « à un pi idée vous êtes-vous formée <^u carac ’1 a donné lieu de le croir-^ ton, y *- 3liesse ni de courage.

~ ’                                 esprit.

s?... J

il ;    '

tti de finesse ni de courage, moins de franchise et plus laissé commettre tant de faui         a

, en revenant en France, que ^^tte han noblesse, que je retrouve aussi univers t Ouiwnnn : Le maréchal My " Voirrétud« intitulée : Le | -'•* essais d'histoire et de critique.


...VAI. pE VIENNE. -1815. i/actk FIÎiA

de tous côtés que l'impératrice est en r aoiionce     , clle va arriver d’un moment âl’au

de UoJ”e’^n esl rien, que je suis seul en fac< est qui         - n » II ne tenta pas moins to

-.-rit-» ma situation-

VEurope - ol* gsibles pour amorcer une négociation,


triche- On avec le roi La vêriLé

les démarche» P°S8ju temps. Gaulaincourt essaya de rem moins pour gagner       el|e8 s’étaient rompues à Cbàtil

1CS affaires a» *"rer un moment qu’il tenait unecarted «spolèon put se g     iaUCOurt, en quittant précipitent

uortancc- llein »ar      ««ères Y avaient oublié le traité

l’hôtel des nftaires e ra‘          ut connaissance, fit retei

3).„vler. ^“P“;nè;;r, qni réelam»ie„. l.„ w

Pans les a {je          >     communiquer le traité à Bo

C«uU>i>coo rL e„ pro ■ P K|lwie> et pour remettre » Vim fXi.’XX;^A.Ir-.et.e.une.ettrede NopoMonâMaHe-Lm amt      - -ii ..atrtr Alexandre avec Mettermcl

11 s’agissait de brouiller Aiex«

&                    - ra-.rt neut-etre, de refroidir F

Talleyraud, et, d autre part, p

coi.U. Cult.mcol.rt vit Vincent chez Mme de Sot*. et l lia^uine chez Mlle Gauchelet. Vincent prit la lettre, B ûaguine lut le traité. Vincent ne d.t rien, Boutiaguine «montra pas plus rassurant: - Si grand que puisse étr juste mécontentement de mon maître contre le roi de Fra en apprenant Vexistence de ce traité, je n’ose me flatter c en résulte le moindre changement dans ses disposition Napoléon Fit alors une lettre aux souverains, réclamant, ] mettant la puix, annonçant « la lutte sainte pour la féli des peu pies 1 ». il n’y croyait pas assez pour espérer d’y 1 croire. 1_«- avril, le conseil d’État prit une délibération était      véritable manifeste: « Que veut Napoléon? Ce

veut le peuple français : l’indépendance delà France, la | intérieure, la paix avec tons les peuples, l’exécution du ti de Paris du mai 18 14. 11 n’v a rien de changé!...» V où en était venu Napoléon • d réclamait, il garantissai traité du :io IT1ai, cesl_à_dire l’œuvre de la Restauration

' 1* av| i81s


--Circulaire de 0auUmcouH, mar%

420


que, débarqué      France, Napol

marche vers PurX8 raPPe,a,f' aun su rentrées triomphale d Éj —lient dé fection au roi, q aux Bourbons, et tft.se Louis XVIII

- rance elle-même élirait ainsi le

1>e doutèrent point rju'en se donn< ; J ne voulussent, avec lui, par ,a KépubbguÉ?j limites y^ux e? dans leurs innijînatJons, et seule rend , a paix glorieuse et durable «Nulc n<l Algique et se reporter sur le1          eiïïe les recrues ne courussent » , écr


L’ACTE V\^KX»               . ‘

*a'.


vindicte publique      C'était le /<o„~ /« lot de la Couve

le hors la loi de Brumaire> trad^[H langage monarcl Elles promirent. <■„           ,      s, /         ; au roi de F

elàl..,»t,o„frnçn;se        rsu oto„r. Tnlleyrand

«->- XV.n     de

On apprit bientôt

était acclamé ; a

’         SIX

par le spectacle* »

en 1799, que le»*?PU,®irer France se reftiSa*^ r°upes fai sa contraintde fui- » atlx Bourbons, et ejne Louis XVIII J IV *      T                   _                    ]-- * ’

de Pans. Les alp *

Napoléon, les  v     r

,  .             *    •! 11 c* i _

reconquérir                *clls

relies, toujotm^ dition à leu rque pour rep tous les so naguère le ,-court. Les

i"”>iXT,nele..      .......

üés, tle P**r ,nlérim des affaires étrangères, c’ - . ® trompaient pas. Leur principal* Louis XVIII, la monarchie, la ch ;      * r«e manifestant son impuissance à s

(jouverner; les Français déclarant ng eUe TOon«rchte, les alliés se retrouv 9«î avaient précédé la chute d* N apc de*11, .&Vec la déception d’une opér raV,O£ <>nJ e|trC moutrês troP modérés env< Lr.tr chercbcrles garanties

‘queuse et l’esprit rèvolutioS™

(l“aire ,

’ «fin de


rantie de

l‘;ux La monarchie tionner la

L i f j _

répugna noc*        1

dam''St°.>ù?u,r mais ils v « quée, le r      *"»»

Français 1.

contre I’l4t cette na ti ç» * ** u r

Le 25

hancede ns, les celtf Ô3U,t,«'>l7"TR'r' irc"OUVelèr™ Mlennelle^ ,le " '"“'"tenir. 1„ lrailé X?

Jebp„liti .'.s dc<> ..«çante : . dans le b„, j,;

e <iue l-J"'1'’ ■ V”'"em'”t ît.poléon “ rcl’roche à L»“i» XV1U J S


^a eur Poétique. On             v»ENnr __

^fai‘cd|e (Je tQute f reyenajt            ‘     i81s-

. P Eür°pe sont ledrn-?enne diD^ max,me d'Alexandre, qur Les ’^T1- ■ Les convenance.

P°se et |e perso/Jna" *1. j^e es e firent rudement sentir forceavaitêlé|a foiT <ÏU‘il av !e ?UeTalleyrand s était corn-.C°rnp'’en^e et â s’en ** ^es choR8*1 J°étaieoi artificiels. Sa __tt)asilu^ tomba. if ' erv>r. 88on art avait consisté à la d’uriç, resta nJFS<^Ue,Ce 8out*en lui fit défaut, n_ F .         «an e*téritè US Un ^omme ^’un aP*omï>

neffll«ilpluSnfe n°s - tecon‘----

,erni^redej       -,u

•"“passe. fl épuiS!i | ** II. n - — ait ». P^^aibé            .   U »e débattit vai

des ^rb0lls. u ^je^^ques. H oblenS reConnu*s              Ia ff^rre serait le rétablissement

L»^XVm'cî1,'ai>tie<‘.^anc7‘Ber.,e8 aliiéïâ respecter les FoUil/er                 au ?8,nuadanslacoalition, il

Mais c'était tln larité. G1 e*d, et cbc/«‘ent o» e„ spectac/e rén ' "que, au po. pubhc euPQ "Orn d» rni blnescontr„ , Les a,I»é& '""P*, sn/ Anshis, i|s 1 Avaient F-,.

tomba, fl «‘^ordinaire, d-PS_a,ls’ dérouté da          '-•n

rn*i * .*e* calCu|°n8?mniéema«s démenti par ,Rtre d '"supportable, détesté. Il e - • JJ g J??8     ”• Il n’était plus que

w ^<JuiVo   6 vainenrierlt ^ans cette

‘        de Ia^Ue8   essaya de faire déclarer

à U r a r\ ’^iç.    **ance

it «U

.... était f r         *ïv»i faj .

,                        8,1 cause commune avec eux.

Cütl üfj ** ï't'ét P °é» fugitif, sans armée, sans popu-r^s^l»ve?^ant " de 1795, retourné en son «j, ait8el°n ses intérêts, de le traiter en •H    *>t, ^eyr^d en fut quitte pour donner fe

VMe*TO,<IUe correct au point de vue dynas-xl^ '             ,a légitimité et selon l’ancien droit

jï. '         anabassadeur français souscrivant, au

des déclarations et des actes com-t         armées française® -

'■vJV^v      en 1814, fort divisés at trè, ly

-                      à établir en France. Sauf «

'» lsS,Ul>i la restauration bien pla.,a.4« ''‘'S    S. cesdiscussions recomr”“C',

z e*À                     ea discussions      teOu à Londres,

Clftis, Castlereagb r


Par le traité de Paris, et, pour

, J y associa renouvellement du traité de Chau-rendre très difficile aux alliés de

> cause commune avec eux.


En Autriche, quelques-uns se reprennent d songer, in petto, à la combinaison avortée en 1814, une régence avec Napoléon II *. « Quand on pense, écrit Gentz, à quelle hauteur ('Autriche pourrait s’élever en embrassant. franchement les intérêts du fils de Napoléon, on est sans doute étonné —Ia postérité le sera bien plus encore — quu résolution ne soit pas même comptée aujourd'Kni parmi les tWn probables, à peine parmi les chances Vossibl sommes trop engagés dans le système or>p0 * eS’ ^a,s nous à sacrifier noire intérêt particulier à 1^ Or ^se, trop habitués promettre avec nos alliés!... *j eiïïpereur n^e de nous com-jamais.. Par conséquent, l'Autriche se             8 ? Prêterait

pour travailler de cœur et d'à me au               ra à 1 Angleterre

bons. «                         ^ssement des Bour-

L’Autriche demeurait discrètement- P

se montra violemment, bruyamment     avorable. La Prusse

à Bonaparte, mais à tout ce qui po^rr Os^de non seulement de le ménager. Les politiques alle        fournir un prétexte

en 1814 des garanties — et au                   avaient réclamé*

une forte contributioK __L France. Le fait jus^

Dans toute l’Allemagne^ coururent aux armes ^ves, la Germanie une et dans le marécage du vieiJ^ de la dirU---tu-Jt —


— contre un nouveau sonlèveirieot. liftait, selon eux, leur réclamation. les volontaires, à peine hcerici^^ Joignez l'avortement des grands * puissante, et celte chute nouvel! empire, redevenu le marché , lion des espérances déçues Tennemi commun, l'ennemi h^ ‘ la personne de Napoléon contre la France même. C'est — allemands veulent en finir, u J écrit Stcin â sa femme, est ». „ corruption de la nation, qui

_ diplomatie. L’indigna tourne en fureur contr^^^^ ’  “       . Ce n’est plus contré*"

V Allemagne s’acharne, c es avec la France que les patriote

bouleversement de la France, conséquence de la profo -'aînée par la vengeance e ment d’un tyran au go«v et intelligent; qui re<?


1            ,                 ’  “ <X f-Wx

brigandage, préfère le gouyQr nement légitime d’un roi

1 Gcnlz auK hoapodars. 19 juillet J

».


’ '-■****

°zl° à Alexandre, 7 octobre VS

“«    ,ACTE '       e à eeM qui. un.» - '*

émit d-ailleur. COnfr"entrepri.e de

lorsqu'il méd.lo.l «m S«nd» e fliravaitie„ l'Europe sou « 1u supremat.e r     mmer . „ est ne«

à se, fi»8, et .1 s

«.Wléerit. .f.... France lac n<Jiïi(lu etla faille « Les cabinet» n e «tendront sar         g.     leB B . lts

r.it être apf -lée à régner en           eiigera d (i>.

lequel d entre eux... la condu   H.       ,

condition» ns.quelles il devra         ,ni> „e P' del%

rttabl., devra,.t tout à Alexandre    ;tler<IeCsther><’ e Fr.nt(

plus comme O ».iis XV11I traiter 1              refait qh

hauteur do !.. dy„a.üe de H“®““    ,, „e

serait un peu moins qu’un ro» <*        oreS"U V

de 1815,         coup de majoré’ e‘ dfpa|^ J Dpf^

cloque psscr,„t du protégé au protecteur de Par bourg. où rè&«erailla nouveau Charlema6ne. Ilfall.i, au ^r «ne monarchie moins orgueilleuse de ses origines, qui wlà sa discrétion,       un monarque à la fois plus populaire en

France et pllls dépendant de la Russie.        ®u ^ebls~

cite, le pevi|>l^ endoctriné s . rnier essai * îïe Lotiis-Pliili ppe


’ b,™ entendu, ° Jdotle, usé dès |e

Quant au candidat, Ber

. i l» faveur passe aux Orléans, compte plus. La fa

et le drapeau tncolor ,                   •>•

thsaii-on , entre i_,oui8 XV1I1 et Napoléon H-


III

Ce part; vint Al-      . f«rme la Plus captieuse, pai

uu.basladeR de Vho        T.1M-0 <“, *

’ Cf t.

Polio </£ 1815.

* Voir


, .  •       18^- Correspondance <

1, p.          ^s.’ïï“l."e.n, '•            «AS.


«-A 38»

'*■**-»• p- «Km»,*»»*-

ffues et machiniste ,   , ,

était dans               de theâtre demeu

I^ommed’État a<Tnt ü - - -

couvre un foij<l _>       '         u -—-o*-.

dans les iraines J***8 les cabale® troubles de Paris et penche du côt<\ e Fouché un nœud de prédilecti___

Joseph, Lucien ** Metternich. SU1? j échafauds. AvOo 21 Javier, qu. Jie les intérêts

Ce nom j-monde ci pousser l'h s insinuer        J

qui récolte»*. * mime fru(:t;<l

*U1

— uvt

<* t*t

a.l .* «cco '‘•‘cen   -----y-......— -....... .   .

(.   ”v* vv* nes- Il avait su garder, parmi ses anciens col-

I               Ce impérial, des amis sûrs et dévoués. 11 lesa^a

; ** 11 l>el.hCOUrl voyait déjà la France envahie une sec^0^6


—eure le brouillon qu’il cjuî 1 empêcha de réaliser en lui-même s était forgé 1 image. Cependant, on dé-aussi ion. S’il roi de Rome, il retrouve les Bonaparte, derrière la scène, remuant les pantins, 7e chemin de Louis XVIII, le régicide et les °u*s-Philippe tout s'accorde, y compris le s<^elle l’alliance, confond les adversaires et

h é

rc°nsrj        flottait sur toutes les bouches dans le

®.1 et avisé des politiques qui entendent _ t<l * est la &ra*ne de 1830 qui germe. On voit et les hommes, ceux qui ont semé et ceux jour qui réunira dans une fédération com-Brumaire, le 10 août et le 20 mars, autour » fi

i o w aciant comme en 1790, les anciens, le «énat, l         » les pairs des Cent jours, et tous les xnarè-

p,lr }Jc de Raguse exilé, Ney fusillé, sauf Ycuché <>Vlr e Set,l effet d’une mort prématurée. Un trait . <       » en cet épisode, et donne l’esprit de la pièce.

1 du rétablissement delà monarçhie en 1814, P»» sans craintes après le retour de l’ile - i       'Jrnrnodait d’un exil dans ses terres; mais il

*nne« Il avait su garder, parmi ses anciens col-

«Je Talleyrft les pairs t] chaux enfin, peint Ies r

ACent f, l’a«qiiicr-d Elbe. j | i ed o ti ( |-lègnes <1|( visite,, fois ef Jette t; tenait contrXn!»o|é

1 U


Ion ii


<1(2.^ evait de salut que dans les Bourbons. L&

A n t ^f0P0» qui rappellent ceux que Champ3^' eo *'ù,> is ^**&ues en 1802. Il raconta qu’il avait con§^w1     4 '          vHl, mais que ce n’était pas au profit

Ç 11 rOn Us rtous serions donné un souverain qui at^ «O,/ 11 \r,           de la France et de l’étranger. — Mai^

,Ç**H

r*‘ai          P- 130* 1W> *9». _ Sur le» v«e» de Fouché, Po»>*’

^OtOVTSOFF.

Fr


no


■ •actb m. ai. 1)E V1E!)NE _ lgl5 ’°"t        ''‘T'"      < " «ranger aussi bien que

mauquy puis-je?—- Kien, ]     ‘              M

être dans quelque ternrse

f i i i        P - Quand I instant décisif arriv-^^

me faudra des hommes —« ui ii              ,     ^pables et sûrs pour me seo

des hommes qui insnir^^<     ~

r r il » i               confiance à tout le monde

a ta ta ru die royale. Vo<a» ‘                       uiuuuc,

vous. » Casanier lroUv„-,                     ■ *  ----

loin; il savait Fouché f        ° était al,er bien vite

avec toutes les fou1111 ler avec toutes les trahis<z>et sant en apparence,           ’ -Napoléon était debout, tou<- 'puis-

la police. — * Vous ïti^        officiellement, son minis^^6      )

quier; à vous parl<^v v . I^es beaucoup d'honneur, d grands hasards, **  11       ■* ne suis pas tenté de court

fuiternent le degré       r a de voyager. Fouché mesurait

u Vous affectez       ^c°nfiance qu’il était digne d'inspi —

sûr que vous                      sourde oreille, reprit-il; je —

vous ensiler... Von& len c°oipris. Ainsi donc, vous lui votre adressa

ment sera venu.

servirai dans u pour vous dcinu au Mont-L>ore. notre moyen ravisant : <* Poi rentrer au cotl corder. « Pag je vois bien vous piquez si. pour fai rvent servir^ j pâle? A qUoi d avril deruj


pour le moment, beaucoup^^S

--------- -------- •-' -C*

L-

z


*        cet homme-là, je cora



* 1 i ç» T— ‘lue

«s

u iinii uL-risiç*i-

Ces confia ’ Si

d'avril lu , s '


X* w                                         V<M 11» (

»ire la sourde oreille, v V<'z bien r

• '^'«SA.   ..,   —r“- "•*•»• -«“V, vWUo

- -      s *,e avec Mme de Vaudemont : lai^ _

____      chargerai de vous écrire quand Icsig—^ .    . U1*que vous m'ouvrez cette voie, je _

Ilde » * non pour un sujet aussi grave, __~         permission de passer par Paris en

1X1 erveille ! tout ce que vous voudrez; 'voilà r <2°r^“e»pondance établi »... Puis, connue se ssçi jj      v°us laisseriez-vous exiler? Demandez à

D’État; il sera trop heureux de vous Fac-^^clina l’ouverture. « Oh! s écria Fouché, e est : des scrupules de fidélité dont vous n*nt pour la maison de Bourbon, coiv™^ chose de vraiment utile à ceux que X *nlUit pas, avant tout, avoir h main a la v°Us prie, auriez-vous été bon au mois V°^s n’aviez pas été préfet de pohee1?.

s'échangeaient dans les derniers purs


°n sparte à Bourmont «n


1800, t- VI. p. 11.


43Î


L’ACTE

le courant ni ne &< ou la pusse ; etl’on ne? doit reten qui explique et dépeint l'allure générale tout, eux et le reste *

Sous ce rapport, les démarches de Fouc^ Bruxelles près de Wellington, à Gand près Louis XVI11, sont infiniment plus significatif tages de Montrons é Vienne. 11 s’occupa d’abc à sa propre sûreté, et confia à Wellington *« aes ,.ff;ura de France et surcourait de la part tlo                        a .

-,           ^Napoléon, en ajoutant

trouver un asile en < i        ,

.  ,  .,        _ Angleterre, dans le cas où

de s y réfugier » ,

,<■ ,1    . ,s 11 offrit ses services et s oa

coup Signale, de

sait mieux que U11 lettre en valeur. Personr celui de Georges          dessous des complots

de le supposer i„o Particulier, et ce serait le ca breuil et de Bru’i         d®S ? missionsrécen

pousser ses point r • Il savait jusqu à quel poi avaient trempé <1      &Vec des Princes et des n

plus d’un confia       ces affaires, et des alliés où

Paul l,r II en ntt       sinon d’un complice, de la

Vilrolles tiVï^t*5y^’-lait l’occasion; elle se présenta trouvait à                 arrêté à Toulouse. Mme de V'

d'Artois lui dOl1         die tremblait pour SOI) iBdfl*

naissant à *'-<»! Vt- ** Ce billet: «Je serai £1 M. de Vitroli^^ *1^1 sauvera les jours et part pour 1’^*/ Mme de Vilrolles, muGaillard; ell^ ’ _elle connaissait un des affijf ee           i

à Fouché, r«vi M Contre l’écrit. Gaillard je aés de le duc d'°trno       trouver Mme de VitroUes ^<1,

j eu a. arrnoKé 1 ; Ce duc la console : •‘VotJI\h, pour Gand ;       ** Promesse à l’empereur.. . v Xi *

accompagn^v          ai fait préparer une ,>»

* Bappon ltcs        r homme de confiance. ,

PoLovrwr,      ’

^\>V/

’             1T avnl «15-


Au e.»„.i„, l«i5s.,„l le. a|1Ug ba(lre Na n> j| g,gn»'t A les rendre porte, de Paris ]e             d »"»

m.m et les elef.de lautre. Le,      aurajent besoi„ de !«■.

Il ferait son prix avec e...— i                          et &veC

...        eux plus avantageusement e»

moins de perd pour sa                     °   .  « iw><mierre

_ r™ i + r s      Personne. La mort de Robesp>

ne lavait point fait                >        . , ,       . tu.c: Bru*

r . r ♦.       I1Dre du comité de Salut pubi|C>

maire lavait fait ninûs*r ,

*        i H-,            sénateur et duc.

A Vienne les allies ^i >      .     ,       .     , î-witions,

en réponse au manifeste sUn601!'** ProJets e î^cèle leur» divergences profondes T d®228’apoléon ; ce travail decèle> ràl une phrase . sur iClancarty aurait voulu «u

sous le roi légitime „   _ *enfails d un gouvernemen P

de la France '. AleXfln ? lleu de laisser dans le vague

carty à se rendre à s **e 229 230 consentait point, il invita l'amendement qu’iy r-*™ Palai», et lui demanda le que ce n’est pas as&ouvrir In porte ». ai     i              ’x

Alexandre, renvep les jacobins, les rOv mais plusieurs des' **v'Stes- L’armée est a jacobins des hOn           sont aussi ja^-

: Varmee»


tigable, d’une inn?e% d'un grand talent, d’une a< Il faut les G»{ïnQ      "                         ' ~

«rréfer I.             «•                enrichis.               

do p»v»„.         '>n t e           ,e wt .ntl»

mariés, dont on »« -

(;„,.,„ne.„Cnt v réUh        n faul po^     we

reprit Claiio^^.

de son roi

— Oui, dit jamais clé toutes les empêche

^Posait - «C’est, répondit le lord. x <le renverser Bonaparte; il ne a“ “ jacobins. — Il faut avant ton , o^^.^^Poléon. Il y a trois partis : 1 a”*ee

* *           L attachée à Bonapar e’

i • il -v a parmi ï» wfcuo, ^^‘A’une^ctivité infect     4 Un 8rand tale° ’ dhé par exemple-

considérable, F°a?b^font intérêt à sont arrivés, enrichis» *       composé

-,     ! CSt le peut allendre

-                   . dont o" " Vr8ukvil-il. »“

M et*blir le roi. H faulV __ ba France, 7y\ . ^nvienne à tout le monde _cmentpaternel f»'228 t.i vj.        Heureuse sous legouver        Ia a&tioO.

U a pour lui les vœux de qvJ- «’a de celte partie de ' ans,

'lo 228^ti~ e> <P228» dePul8 ,en S.uunaûon qu‘ ne 8811 q ni

Huis 228autre parUe

cuocarx v

* ^«oàtdaroi.***


Jacobins.


17 mars, se flaltanx <1 être soutenu par Napoléon et appuyé par es ng anqui, juscju’à la dernière heure, l’avaient leurré de paroles equivo<jv»e» il         .

r      i        *=8. ii occupe Ancône, pousse sur Bologne. Le 29, il franchit ai* ,         .

,   ,   -,       BV la ligne de démarcation établie entre

ses années et celles.

»... ».                      * Autriche. Le 30, à Rimini, il appelle

I Italie aux armes et A v »,    .

à l’unité, sous uxx       mdéPendance- La nat«on est exhortée

Le 2 avril, il entre à * ““t*00*1’ pu'Mant, craint, valeureux, ne se lève pas.      ~ Bo,oSne>Je 4 à Modène. Mais la nation

21 il parlemente. G ® et lel0U est battuî le I3> iJ recuIe>,e Naples, la cause il <*nain« »1 a abandonné, pour la couronnede couronne, à a baUtj la France, il est prêt, pour conserver cette déclaré la guerre OMXner ^a cause de l’Italie. L’Angleterre lui a son royaume.              avril. Il demande à l’Autriche la paix et

négociation e t        ®®ssion du trône l’affole. Tout lui est refusé,

d’alliance ave<? ****** «tiee. Le 29 avril, l’Autriche signe un traité Mural perd, < j ' er><iinand IV. Le 2 et le 3 mai, à Tolentino, trône. Il ^enf^- r**^nae coup, en deux heures, la bataille et le Puis, dans la      . ^Naples, devançant son armée en déroute,

arrive à                          au 20 mai, il s’embarque; le 25 il

y entrent le        * Cependant Naples capitule, les Autrichiens

Murat était, lç» * ®*'e*"dinand est redevenu roi des Deux-Siciles. la première v; Seul allié de Napoléon dans la guerre; il eo fut

IV

La re$t-,

y* iorsunfa- ^tiOn .

La Sq| 1 ^CcOlïi ,es ®OUrbons dans les Deux-Siciles fut dès autres qt                   eL à Vienne, les huit la reconnurent.

>< St*Orjs Cette affaire rendit facile le règlement des ' Henrv ,             e atives à l’Italie. On décida que Parme serait

8S4yb n                    DB sasse"4’ • ie* ^ern,ert

’ Dcfourcq, Helfebt, »« a*


Mutai.       ■ O t;

un vaste réceptacle d’oppre%seur8 dopprimé8. „ princes d’Allemagne, personne n’avait intérêt à «c *1“ u_ vœux fussent accomplis. Tous les princes voulaient é** verams maîtres chez eux, disposer de leurs sujets selon convenances et n ôtre gênés en rien, ni au dedans ni «« dc* un dans l’exercice de leur souveraineté. L’idée de constituer empire puissant offusquait, effrayait tous les pri»<*s ** mands, sauf un : ils y voyaient un amoindrissement de le souveraineté. Le seul n.,:      .       ,        «ndissemeu*’»

.   ■ j n      <*Ut en pût attendre un agrano

était le roi de Prusse         V                ~ zleviendran

Mais du moment qu il ne a«v

pas empereur, il ne vm.i            • o ri.«triche, qul

,   ..  .            voulait pas d empire. Or I A.uin

n osait ni ne pouvait                 r        _ olle-meme,

1 -,     .      Ambitionner l’empire pour e

n en voulait point r*cv», ,               . ^«nd tomba

j               P°Ur la Prusse L’empire allemanti

du meme coup qUe        rrusse. te p      monde d un

dr„l,               -l ,dée de doter la naüon allemand

droit public nalio^^i       -------—

Les puissances        •

pouvaient que                      ®^US8ie’ France

centrée, constittl^^ re Une na^on L' de neutraliser         etv État impérial. H était

années 1813          l'mique sorte, cette —

pouvait l'être <p         Avaient montrée si - -

par le partieula^j      ^çon plus efficace que


. surtout, »e

; Vee , par ellemteme, K”*                    ’^vuii piu» ei U~~; * r celui des pilotions, par l‘op       ûes États allemands, p»r     u ja\ousie

des grands entr~POsiti<>n du Nord et du Sud, P*

,eiiu co»«e


des grands eu tr^Pç>sitiOn du Nord et du S°dP les grart</s’ le conflit entre l^Ux de tous les pet‘t8 c° la ligue des gouvernement & sujets et les gouverneet dm-»».     feil ^>Ur mamuoir leurs sur18 el V

de ‘ou es les fQP^Ueoienl de lout par      VewCT>W«- <*

ohjet fin                parGcullètes à la for« de niqoe «»«

1 t>ar la confédération vran^"' ' z.deaI *de r^e, ■>£

Les "■">,*madeP        les 1«"e "fc

hbres de p                '                  1Os et fotmèttnV

con fédé ra . .                     princes souvera        v=” - ej.tferi*8’*el

inUrieur/*?*»          ton. ég.« e" ,a ^^.1'-*

le«raBae, de > ‘”,1CP

440


M EIVNK i8i5f

* ve à I abolition de la traite


signé à Vienne, le 9 juin 1815 parles

_         - a. z    1    „                    r


1/AGTK F-INAI. DE

maliques et une déclaration rela^W

des noirs.

Toutes ^ transactions furent * 'objet de traités particuliers entre les puissances intéressées A chacune d’elles, et elles furent toutes, <lm^s leurs disposa tions principales, réunies en

Inul puissance* signataires du traité de Paris et qui prit le tHredde»/,-'                                   '

faire comprend ri             et 868n*e,,,ers auraient désirè

l'empire otto^un           ce traitè des dispositions relatives à

gouvernement ro«       Ue **“ mO,S de Janvier 1815>le

excès commis .>       appela l’attention des puissances sur les

en Serbie; svir I         Turcs contre les chrétiens, notamment

léger les chréti ri*sces8*té pour les États chrétiens de pronaturel des ehr^[18 de Turquie; sur la qualité de protecteur Russie, au                   grecs qui appartenait à l’empereur de

liques <1 Orie-Ilt ** t<tre que la qualité de protecteur des catho-du « Code aU{n Appartenait au roi de France : c’est en vertu « la cause <les              palladium de l’ordre politique », que

c’est en mvO(I ti<?f^re8 a été portée au tribunal des souverains; famille eur<>

lion de tam faveur près triotes et <1^

Grecs, déclarer nente de

i i < reconnaît former les ®’> faveur de5 Grew'lë proied»ra

lions tluirt?s          obscures du traité de K.aï«

d'l|e ■'= Pou ®enéral«. donner â la Russie le manda).n-en Orient        iu,Vre >n           ...       -.*>« propres rntereis

article d.,1*1 <U f„rr“'’7''re P«'>Pqu«,

t publ' e SUprémUe        quAta"*

1 tic européen. On s’eXp

qu.Sreaélér«"”’---------

dnt les mêmes principes que les chefs de la ^One ont le droit d’exiger de la Porte la cessa-/* tr°cités . . Le Grec Capo d’Istria, en grande s„ lexandre, soutenait la cause de ses compa-^^«digionnaires; avocat sincère, ardent, des c«m1J'6ote8des Serbes, Alexandre proposait de

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LE TRAITÉ DU 9 JUIN. — 1815.         441

Tait recherché; on s'explique que les Anglais ne s’y soient point prêtés. D’autre part Talleyrand avait pour instruction de placer l’empire ottoman sous la garantie de l’Europe. Metter-nich considérait « cette garantie comme un point essentiel pour les intérêts de l’Autriche « . Mettre cette affaire en délibération eût été constater les dissidences profondes des puissances : on l’évita. Ce ne fut donc qu’une tentative, qui se dissipa en conversations et ne donna même pas lieu à un protocole.

CHAPITRE III

WATERLOO

1815

I

Le congrès avait mis Napoléon hors le droit des gens. A la chambre des communes, un whig, Graham, le voua à l’exécration du genre humain et à la vengeance de l’Angleterre. « Le gouvernement français, c’est la guerre, ses armées vivent pour combattre et combattent pour vivre. Leur constitution a pour essence la guerre, et l’objet de cette guerre, c’est la conquête de l’Europe. Ce n’était pas une armée, c’était un gouvernement militaire qui était en marche, semblable à ces légions romaines du plus mauvais temps de Rome, l’italique, la Rapace, troupes sans loi, sans frein, sans responsabilité devant Dieu ni devant l’homme... 11 a pris possession de la plus grande partie de l’Europe et formé son plan pour conquérir la couronne d’Angleterre. L’Angleterre a fait échec à ses desseins ; d’un coup de trident, elle a bouleversé son empire1. » Les Prussiens réclament la ligne des Vosges, le Néerlandais, la Flandre française; tous les Allemands, la vengeance et la purification de la moderne Baby-lone, par le pillage cosmopolite des Croates, pandours, cosaques et Prussiens. Il fallait humilier la France, la traîner dans la cendre, la confondre dans sa honte et la réduire, pour un demi-siècle, à l’impuissance de nuire!

C'est donc, encore une fois, pour l’existence et l'indé-

1 23 mai 1815, traduction de Villemain. Cours de littérature, t. VIII. — Comparez les philippiques de 1800-1803, t. VI, p. 35,101,166-169, 206-208,297. pendance que va lutter l’armée française, et il semble, à voir les Prussiens avancer par les Pays-Bas, flanqués des anglais de Wellington, les Autrichiens et les Russes arrivant par l’est à la rescousse, que l’invasion de 1792 et le déluge de 1799, les grands périls nationaux vont recommencer. Toutefois ce ne fut point par la guerre, cette fois, que la France fut préservée, ni par l’habileté de sa diplomatie : elle le fut seulement par les divisions de ses vainqueurs sur le partage de ses dépouilles, la volonté des plus puissants de rétablir une paix durable et d’en jouir, l'impossibilité d’obtenir cette paix d’un autre gouvernement que celui des Bourbons, et l’impossibilité d’obtenir de ces princes une paix qui, en abaissant leur couronne, eût rendu leur retour odieux au peuple français. La France fut perdue par le plus grand militaire qui eût commandé ses armées, et sauvée par le roi impotent qu'elle avait laissé fuir. Louis XVIII allait exercer entre l’Europe et la France cet arbitrage que les derniers conseillers de la couronne destinaient à Louis XVI et gagner la restauration de son trône par les mêmes services à l'État dont les politiques de 1791 pensaient que Louis XVI tirerait la régénération de sa monarchie231. Mais auparavant la France connut une de ses aventures les plus tragiques et endura l’une des plus cruelles invasions qu’elle ait subies.

Lorsqu’il entra en Belgique, le 15 juin 1815, Napoléon comptait frapper un coup brusque et décisif, rompre la coalition avant que les armées ennemies se fussent rejointes, séparer les Anglais des Prussiens, les battre l’un après l’autre, déconcerter les Russes, arrêter les Autrichiens, forcer la victoire et bâcler la paix. Il avait préparé son plan de guerre avec un art supérieur. 11 crut tenir la victoire deux fois : le 16 juin, à Ligny; le matin du 18, à Waterloo. Il perdit l’occasion le 16; le 18, il disait encore : « Wellington a jeté les dés, et ils sont pour nous » . Les chances de succès disparurent une à une, la victoire s'échappa par morceaux et la bataille se tourna en déroute. Ce devait être un recommencement; ce fut la catastrophe de la grande armée, de l’empereur et de l’empire.

Un espion de Wellington compare l’armée reformée par Napoléon à celle de 1792; un historien la montre « plus fougueuse, plus exaltée, plus ardente à combattre qu’aucune autre armée républicaine ou impériale. Jamais Napoléon n’avait eu dans la main un instrument de guerre si redoutable ni si fragile. » Il se faussa dans sa main même et se rompît, sans que ni lui, qui se croyait sûr de ses combinaisons et les voyait se détruire l’une après l’autre, ni ses soldats, qui se donnaient du même élan héroïque qu’aux jours des grands triomphes, pussent comprendre pourquoi la journée ne finissait pas comme Austerlitz ou Iéna.

Les physiciens, pour expliquer les phénomènes de la lumière, du son, de la chaleur, supposent l’existence d’un fluide impondérable où nous vivons comme baignés et dont les vibrations ébranlent nos nerfs. Il faut bien admettre quelque chose d’analogue dans le monde des âmes, dans le monde de l’émotion, de la passion et de l’action humaine : une sorte d’atmosphère qui se modifie incessamment et insensiblement, qui a ses dépressions lourdes et ses envolées de brises vivifiantes, ses calmes et ses tempêtes; elle semble, dans les crises, se dénaturer et nous dénaturer au point que nos impressions et nos actes nous surprennent et nous déconcertent : nous ne nous reconnaisons plus. Bref, comme dit le peuple, il y a l’air du temps, qui influe sur toutes choses. Or, le vent a tourné. Il souffle en ouragan contre les Français, il les aveugle, tantôt de poussière, tantôt de pluie, toujours de la fumée de leurs propres armes. Il porte, au contraire, l’ennemi et fait le jour devant ses pas.

Les lieutenants de Napoléon attendent ses ordres et les remplissent mal. Ceux de Wellington préviennent les instructions qu’il a négligé de leur donner. Tandis que Napoléon se prépare à le surprendre et à le couper, il est au bal, à Bruxelles, où il parade en fat solennel et demi-dieu de salon. Ses ordres étaient pitoyables. S'ils avaient été exécutés, il ouvrait lui-même la trouée aux Français. Heureusement pour lui, ses lieutenants voient le danger et prennent sur eux d'y parer; médiocres cependant, Napoléon en avait d'une autre graine que ceux-là ; mais la cause de la défaite est précisément celle qui faisait que les lieutenants de Wellington se montrèrent au-dessus de leur tâche, aux-dessus d’eux-mêmes, et que ceux de Napoléon, encore que leurs maîtres, manquèrent à l’œuvre et défaillirent au conseil.

Wellington quitte le bal et trouve son armée prête. Sur le champ de bataille, il prend sa revanche : a II n'y a pas d’autre ordre que de tenir jusqu'au dernier homme! » disait-il au milieu des assauts furieux des Français. » Deux fois, raconte-t-il, j'ai sauvé la journée par mon obstination; mais j’espère n’avoir jamais à livrer une pareille bataille. » Il tint, persuadé que les Prussiens arriveraient et décideraient la victoire. Tenir de la sorte, s’armer de cette confiance, c’étaient choses nouvelles dans l'histoire des coalitions. De 1792 à 1799 on n'attendait point l’allié, parce qu’on se savait soi-même incapable de le rejoindre. Les choses allèrent encore de la sorte, en plus d’une occasion, dans la campagne de France, en 1814. Cependant Wellington eut raison de tenir : sa constance désespérée eut sa récompense, et l’ardeur enragée de Blücher lui donna raison.

Celui-ci surprit et déconcerta plus encore Napoléon par son impétuosité que Wellington ne l'avait fait par sa résistance. Battu et blessé à Ligny, cramponné au champ de bataille, forcé malgré lui de lâcher pied, il s'était ressaisi dans la retraite. Grouchy le cherchait partout où, d'après les usages et les précédents, il aurait dû le trouver, c’est-à-dire très loin. Blücher se montra là où on ne l'attendait point, et ses Prussiens écharpés, éreintés, affamés reparurent, frénétiques et féroces, à l’assaut de l’armée française. Napoléon est pris entre deux feux. Tout à coup, le cri « la garde recule ! » retentit comme le glas de la grande armée... Les masses anglaises sabrent les fuyards avec ce cri féroce : No quarierl no quarter! Napoléon conservait l’espoir d’organiser la retraite. Il établit trois bataillons de la garde en autant de carrés. Il comptait qu’à l’abri de cette digue l’armée pourrait se rallier et s’écouler. Dans cette héroïque retraite, la garde marchait littéralement inondée d'ennemis.

Mais à quoi bon en tuer? Il en venait, il en viendrait toujours, et après ceux d’aujourd’hui, ceux de demain; il en viendrait de partout, jusque de ces confins d’Illyrie où Napoléon avait porté ses avant-postes, jusque de cette Russie où il avait essayé de s’enfoncer et qui l’avait rejeté en lambeaux. Les conquêtes de Napoléon sur l'Europe ressemblaient à celles que les peuples des côtes font sur les grèves de l'Océan. Il avait, pour protéger son empire, essayé d'enchainer la mer, il avait étendu toujours plus loin ses digues et ses estacades. La force des eaux avait tout balayé et la mer arrivait plus fatale, plus irrésistible, parce qu’elle arrivait de plus loin et que l’obstacle l’avait plus longtemps retenue. Ge qui faisait la puissance des Prussiens à Waterloo, c’est qu’ils étaient l'avant-garde d’une armée innombrable de peuples, d'une invasion colossale qui les poussait, à vrai dire, plus qu’elle ne les soutenait. Ils venaient, dans ce formidable flux de l'Europe, comme les premiers flots de la marée mugissante, furieuse, qui se heurtent aux rochers de la grève, les enveloppent, s’y brisent, s’abattent et s’étalent en écume, relevés aussitôt et ramenés à l’assaut par la pesée massive, écrasante de l’Océan qui tombe de l’autre hémisphère et monte en déluge derrière eux. Les carrés de la garde n’étaient plus qu’une épave, le radeau du Vengeur crachant sa dernière mitraille, saluant la mort plutôt que menaçant l’ennemi, et s’engouffrant, envahi par les eaux.

Toute guerre se fait en vue de la paix, toute bataille se livre en vue du lendemain. Il n’y avait plus, en 1815, ni de paix possible pour l’empereur, ni de lendemain pour la victoire. Napoléon avait dressé ses plans comme Garnot avait dressé les siens en 1794, comme il en avait lui-méme dressé tantd’autres, etadmirables, en 1800, 1805, 1807, 1809. Tout, encore une fois, allait dépendre d'une seule bataille : il pourrait, il devait la gagner : mais qu’en ferait-il? Quand il pensait à recommencer Marengo, Austerlitz, Iéna, il oubliait qu’après Marengo et pour le compléter il avait fallu Hohen-linden ; que pour conserver les conquêtes de Marengo et de Hohenlinden il avait fallu Austerlitz; que pour tirer d’Austerlitz ses conséquences, c’est-à-dire paralyser la Prusse après l’Autriche, il avait fallu Iéna; que pour tirer d’Iéna ses conséquences, c’est-à-dire paralyser la Russie après la Prusse, il avait fallu Friedland; et qu’après cette victoire il avait fallu recommencer avec l’Autriche, que tout avait failli être remis en question à Essling, et qu'il avait fallu Wagram pour ramener les choses au point où elles étaient au lendemain de Friedland.

Or, depuis octobre 1812, Napoléon battait en retraite, et le pire était que l’Europe autour de lui se concentrait. Il n’agissait plus comme le coin qui s’enfonce dans le bois et le fend ; il était pris lui-même entre deux mâchoires énormes qui se refermaient sur lui. La fortune qui abandonnait Napoléon, et avec lui la grande armée, et avec eux la France, c’était la révolution qui naguère les avait poussés sur l’Europe et qui maintenant se retournait contre les Français. Ni les généraux ni les soldats ne la reconnaissaient ; et comment l’auraient-ils reconnue « dans cette horde d’esclaves, de traîtres, de rois conjurés? » Car ils en étaient toujours à l’âge héroïque, au temps où ils étaient jeunes et où ils s’étaient engagés pour la vie. La révolution, pour eux, c’était le 14 juillet, les Français s’embrassant avec des larmes de joie; c’était la fédération, la patrie en danger, la royauté brisée parce que le roi pactisait avec l’étranger; le salut public, la France délivrée, la France élargie jusqu’au Rhin; des peuples qu’on proclamait frères, appelés à la liberté, des républiques que l’on se donnait pour sœurs, fondées sur les frontières de la France républicaine, étendue aux limites de la Gaule de César; c’était la voie triomphale de Milan, de Rome, de Naples, de Vienne, de Berlin, de Moscou même. Comme à travers cette sublime aventure, ils se jugeaient demeurés toujours les mêmes, ayant passé sans le savoir de la guerre de défense A la guerre de conquête, de la république jacobine A la république consulaire, puis A la république césarienne, dont Napoléon s'était fait l'empereur, ils n'imaginaient pas que les autres peuples eussent changé, qu'il se fût fait autour de la France et par leur propre ouvrage une révolution, revers et contre-partie de celle qu'ils avaient glorifiée, mais tout aussi puissante dans la guerre, aussi redoutable et conquérante. Cette étrange moisson de peuples qu'ils avaient semée, les surprenait. Sans doute ils avaient rencontré çA et là, autrefois, des résistances bizarres : en Vendée, en France, en Calabre, aux Abruzzes, en Italie ; puis toute l'Espagne, qui n'était que de vastes Calabres. Mais ils avaient une explication toute prête : le fanatisme, la superstition, les moines, les brigands, la chouannerie ! Et ils avaient conservé l'illusion qu'ils emportaient à la fois, dans leurs gibernes le bâton de maréchal pour tout soldat de France, le Code civil et la liberté pour tout enfant de l'Europe conquise par les Français.

Ils en étaient toujours au temps où, en Italie, on qualifiait de patriotes les partisans du Directoire de Paris, et d'anarchistes les partisans de l'Italie aux Italiens. De quoi se mêlaient donc ces peuples barbares? Que voulaient ces prétendues nations? La « grande nation » ne suffisait-elle plus A la liberté des peuples? N'y avait-il plus de place dans le Panthéon de l'empereur pour toutes les icônes et tous les dieux, comme dans son église des Invalides pour tous les trophées? Quel délire emportait ces Russes misérables et asservis et leur faisait brûler leurs masures, leurs villes, leurs récoltes sur les pas du libérateur? De quoi se mêlaient ces Allemands absurdes et dénaturés? Des Allemands féroces qui marchaient A l'assaut, des Prussiens qui ne fuyaient plus, ne se ménageaient plus, comme au temps de Brunswick et du « vertueux » Mœllen-dorf; des Autrichiens mêmes qui allaient de l’avant! Les alliés entrant dans Paris, Pitt et Cobourg ressuscités en chair et en os; les émigrés revenus, les Bourbons rétablis sur le trône, le drapeau blanc, les processions, et sur la frontière, resserrée aux lignes des vieilles cartes, Wellington qui arrivait du Portugal, en passant sur le corps de la France; les Anglais en Belgique, qui ne se rembarquaient pas à première sommation comme au temps de Brune; des coalisés qui ne se dispersaient pas comme au temps de Jourdan, de Pichegru, de Hoche, c'était le monde renversé pour ces âmes demeurées enthousiastes et naïves, malgré les panaches et les couronnes de prince, de ducs et de comtes dont quelques-uns s'étaient parés. Le dernier des voltigeurs, sous ce rapport, en savait aussi long et en comprenait aussi peu que le premier des maréchaux. « Je ne crains qu'une chose, disait le Gaulois au grand Alexandre, c'est que le ciel me tombe sur la tète. » Le ciel était tombé.

II

Le 21 juin, au matin, Napoléon était à l'Élysée, le corps brisé, Pâme abattue. Il se jeta dans un bain et fit appeler Davout1 : « Que dit-on à Paris, que croyez-vous que cela va devenir? » Il déjeune longuement avec la reine Hortense, puis se rend au conseil. Chacun propose la recette de ses temps héroïques : Carnot, une dictature, la patrie en danger, une levée en masse de fédérés, se retirer derrière la Loire; Lucien, un coup d'État : il faut, dit-il, que dans vingt-quatre heures l'autorité de l’empereur ou celle de l’assemblée ait cessé d’exister : un autre 19 brumaire! Mais le temps passe et l'occasion s'en va. La chambre des députés se réunit à midi, seconde édition de la Législative au 10 août. Le déchaînement est général contre l’empereur tombé. « Cet homme est sans armée », écrit un constitutionnel, fils de préfet, etlui-mème, naguère, préfet de

1 Notes rédigées par Gordon, secrétaire du maréchal Davout, sur des notes prises par lui, au jour le jour. — Thikrs, t. XX, Iîv. LXI : seconde abdication.

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l’empire 232 ; « il a fait exterminer son armée d’une façon épouvantable, et il revient tout comme de Russie et de Leipzig. Les députés et nous sommes assez lâches pour ne nous arrêter à aucun parti. Que veut-il? » « A peine la nouvelle de ses désastres avait-elle atteint la barrière » , écrit le romancier et héros de roman qui s’était cru l'homme d’État des Cent jours, Benjamin Constant, « que l’idée de l’abandonner traversa tous les esprits... Le premier mot fut que l’empereur devait abdiquer. » Fouché semait la peur par de petits billets perfides, des mots alarmants que propageaient ses affidés : Napoléon préparait un décret de dissolution, une expulsion, un autre Saint-Cloud.

Et, de même que Carnot, de même que Lucien, Lafayette se rejette sur ses jeunes années. 11 se remet à débiter son rôle de répertoire : il croyait peu à la croisade furieuse des peuples de l’Europe. Il y a malentendu entre la France et les peuples de l’Europe; que la France évoque 89, et les peuples l’acclameront, l’invasion s’arrêtera d'elle-même! Il croit à la magnanimité d’Alexandre, qui ne voulait point des Bourbons, qui ne souhaite que le bonheur de la France. Un seul homme y fait obstacle : qu’il parte, et la France est sauvée! L’heure est propice à venger Brumaire et à fonder la liberté !

Comme Napoléon n’agissait pas, ses adversaires prirent les devants. La chambre se déclare en permanence, déclare qu'un décret de dissolution équivaudrait à un crime de trahison : en fait, c’est la vacance du pouvoir, et la chambre s’en empare. Lucien court à l’Élysée, réclame le décret; mais les ministres demeurent mornes, Napoléon inerte. Il ajourne, il ne sort de son apathie que pour prononcer des mots vagues, des mots de déchéance, des mots à la Louis XVI : « Il faut voir ce que cela deviendra! » 11 attend le coup de génie, le coup de fortune. Ainsi quinze ans avant, à Saint-Cloud, quand il sortit à demi étouffé de l’orangerie et que les Cinq-Cents hurlaient : Hors la loi! Mais rien ne se produit. Il n’a plus trente ans, il n'arrive plus de l’Orient, sauveur prestigieux, devant le Directoire discrédité. C'est lui, c'est son empire que la chambre dénonce, que Paris réprouve. Le flot qui Fa porté recule, et il ne se débat même pas : il sombre et s'abandonne.

Les ministres confèrent avec les députés. On décide de nommer une commission de plénipotentiaires qui négociera avec les alliés. Le pouvoir se détache, lambeau par lambeau, de l’empereur. Le principal ressort d'un coup d’État, la force, manque, surtout la force morale, l'opinion. Paris est calme, comme indifférent. La garde nationale demeure impassible. Il ne 6e lève pour Napoléon que des bandes de fédérés, des troupes de populace qui entourent l’Élysée, vocifèrent, chantent, réclament la révolution, et quelques militaires toujours prêts à foncer sur n’importe qui, n’importe où, en charge désespérée. Ce n'est plus même pour Napoléon la tentation héroïque de Fontainebleau, une dernière manœuvre, un dernier combat, le sacrifice sanglant aux destinées. Marcher sur F Assemblée à la tête de ces hordes, ce serait pire que l’abdication de sa vie, de sa gloire, de son honneur : une émeute, un 20 juin, un 10 août retourné ! peut-être en fut-il tenté un instant, A voir la tournure que prenaient les délibérations de la chambre. Mais Paris couvait-il une révolution? Napoléon pouvait-il s’en faire le meneur et remonter en quelques heures toutes les pentes descendues depuis les marches de Saint-Roch? Souvent à Sainte-Hélène il discuta le plan qui, dans cette journée du 11, cette nuit du 11 au 12, quand la populace hurlait sous se6 fenêtres, agita son esprit.

Ce plan, c’est tout crûment un gouvernement de salut public dont il eût été le dictateur, comme il s’était fait, en 1804, empereur de la République. Un ministère qui eût rassemblé plusieurs membres de l’ancien comité, Cambacérès, Carnot, Merlin, et le moyen de 93, de 94, car pas plus que Robespierre, il n’en découvrait d’autres : la terreur. C’était le retour complet de la révolution sur ’elle-même. Après Waterloo comme après Neerwinden, même péril et même remède : « Si après Waterloo, j’y étais resté [à Paris], si

j'avais fait couper une centaine de tètes, celle de Fouché la première, avec la canaille j'aurais pu tenir Paris... A mon retour de Waterloo, j'étais d'avis de faire couper le cou à Fouché. J'avais déjà composé la commission militaire, c'était celle du duc d'Enghien, tous gens qui risquaient... (Sa Majesté fait un signe avec sa cravate). J'en étais bien servi... ; ils étaient de mon avis, et je* me repens de ne pas l'avoir fait. Mais qui pense que Louis XVI a péri pour n'avoir pas fait couper le cou au duc d'Orléans? J'aurais dû aller aux chambres tout en arrivant. Je les aurais remuées et entraînées, mon éloquence les aurait enthousiasmées. J'aurais fait couper la tète à Lanjuinais, à Lafayette, à une douzaine d'autres. — J'ai d'abord commis une faute en laissant Lanjuinais comme président : il fallait mettre là Carnot... C'est un homme qui connaît les révolutions et a beaucoup de courage... »  « Carnot seul m'assura que c'était une déroute

comme celles de la Révolution et que l'armée se rallierait sous Paris, où on avait des canons. Tous les autres croyaient que tout était perdu. » Il aurait fallu arriver aux chambres en Cromwell, et Napoléon n'était pas Cromwell233. « A ce moment-là pouvait-on ameuter le peuple, faire dresser la guillotine? Et puis, il faut dire le mot, je n'en ai pas eu le courage. En 1793, on a choisi la terreur, parce que c'était le seul moyen d'en sortir. D'ailleurs je n'aurais pas réussi : j'avais trop d'ennemis; je me serais mis dans un horrible péril. Beaucoup de sang et peu de succès; au lieu que, quand j'ai vu que les chambres se mettaient contre moi, je leur ai dit : a Vous croyez, messieurs, que je suis un obstacle à la paix. «Eh bien! tirez-vous-en... « J *ai mieux aimé abdiquer en faveur de mon fils et les laisser se débrouiller eux-mêmes et leur faire voir que ce n'était pas à ma personne seule qu'on en voulait, mais bien à la France233. »

« Régner par la hache! » à quoi bon? et s'il échouait? avoir été le Bonaparte de Lodi, de Milan, le consul législateur et pacificateur des guerres civiles, l'homme d’Austerlitz, pour périr dans les bottes d’Henriot; recommencer le 2 juin 1793, braquer contre F Assemblée les canons de vendémiaire! s’être fait élire par la nation française, sacrer par le pape à Notre-Dame, avoir épousé une archiduchesse d'Autriche, pour tomber, comme Robespierre, à l’hôtel de ville, la mâchoire fracassée, hideux, défiguré sous la mentonnière, conspué parla crapule, traîné à la voirie, et pire encore peut-être, la Conciergerie, l'échafaud de la place du Trône, le mur de Vincennes, ou, pourdemier recours, la cravate de Pichegru ! Il eut horreur. « On le veut », dit-il à Davout, qui lui représentait l'abomination et l'inutilité de l'aventure, « cela ne me coûtera pas plus que le reste. » Et il signa l'abdication, le 22 juin 1815, pour la seconde fois. Puis il partit pour Malmaison, où Joséphine était morte, Malmaison tout enchantée encore de verdure et de fleurs, respirer une dernière fois l’air de son printemps, avant de partir pour l’exil dont il sentait bien qu'il ne reviendrait plus.

III

Un gouvernement provisoire fut nommé, échappant à La-fayette, comme le pouvoir lui échappa toujours. Fouché en fut la tête et le président. Tout venait à lui, ainsi qu'en 1814 à Talleyrand. Il triomphait, il devait triompher jusqu'à la fin, jusqu’à l’hyperbole, régicide dans le conseil du roi! Il reprit l’ouvrage dont la trame avait été tendue en 1809 au temps de Walcheren et restait sur le métier depuis 1810. Il lança des proclamations dans le style de la Convention. Il leva et 201*202, et au 12 juillet 1817, t. Il, p. 150 : « Il est vrai qu'alors il fallait régner par la hache, et cela me répugnait. »

fédéra des gardes nationales. Il rouvrit des clubs. Il invoqua le salut public et proclama qu'il en était l'instrument. Il excita tout ce qui fermentait encore de vieil esprit jacobin et révolutionnaire en France. Après avoir lâché cet autre « monstre « , il persuada les royalistes qu'il était le seul homme capable de le museler. 11 persuada les patriotes et les républicains qu'il était le seul homme capable de les sauver des vengeances et des proscriptions. Il négocia avec les Anglais, les seuls des alliés qui voulussent sincèrement la restauration des Bourbons, et il les persuada qu'il était le seul homme capable d'accomplir cette restauration. Il persuada les libéraux qu'il était seul capable de garantir devant les alliés l'indépendance de la nation, et devant les Bourbons les libertés publiques. Il persuada les bonapartistes qu'il était le seul capable d'assurer le trône A Napoléon II, et les monarchistes qu'il était le seul capable d'écarter de ce même trône le prince impérial.

Les choses seulement allèrent plus vite qu'il ne voulait. Napoléon avait été vaincu trop tôt; son empire s'écroulait trop vite et trop facilement. L'intérêt de la France était que les Bourbons rentrassent à Paris avant les étrangers et que les alliés trouvassent devant eux, rétabli par la force des choses et soutenu par l'opinion nationale, un gouvernement qu'ils seraient tenus de ménager. Ce n'était pas l'intérêt de Fouché, car, dès lors, il deviendrait inutile et perdrait toute valeur sur le marché. Il s'employa donc à tout embrouiller, à tout retarder, jusqu'au point de tout compromettre. Il montra plus d'astuce encore dans cette contre-mine qu'il n'en avait apporté dans ses complots des Cent jours. Il s'était imposé a Napoléon en conspirant la chute de son empire, il se rendit nécessaire aux Bourbons en contrariant la restauration de leur monarchie. Jamais jeu aussi compliqué, aussi subtil et aussi audacieux ne s'était vu, si ce n'est peut-être au temps du grand libertinage de la Fronde, et ce n'était pas à de meilleures fins.

Les députés, aussi bien Lafayette et ses amis que les survivants de l'Empire, tous ceux qui, après s'être ralliés en avril 1814, s'étaient déliés en mars 1815 et qui savaient bien que, cette fois, le fameux article, l'article de l'oubli, l'article des votes 234 serait abrogé, tous ceux, enfin, et ils étaient nombreux, pour lesquels la première restauration restait une déception et pour lesquels une seconde restauration serait la ruine, l'exil, la mort peut-être, se débattaient furieusement. Ils ne voulaient plus de Napoléon, ils ne voulaient pas davantage de Louis XVIII. Les prudents murmuraient le nom de Napoléon II, espérant gagner l'Autriche; de plus habiles le nom d'Orléans, comptant sur la Russie, et se figurant sans doute intéresser les Anglais, parce que les Anglais avaient eu Guillaume III ! Ils se méfiaient de Fouché, tout en le subissant. Ils se gardaient contre les intrigues et les desseins qu'ils lui supposaient de confisquer le gouvernement à la façon de Talleyrand l'an passé. Donc point d'hôtel Saint-Florentin, ni de conciliabules secrets. Tout se passerait officiellement, par délégations et commissaires, avec rapports et discours.

Le premier point était de s'assurer des dispositions des alliés. Les nouvellistes, les confidents à gage ou les confidents volontaires, les amis de La Harpe, les émissaires du clan de libéraux et d'idéalistes qui entourait Alexandre, s'en allaient bourdonnant, insinuant que le tsar plus que jamais était le maître des affaires, détestait les Bourbons autant que les Français les détestaient eux-mêmes, aussi déçu par eux que les constitutionnels de 1814; ajoutant que la France demeurait libre de se donner un chef, que les alliés ne s'en mêleraient point, et tout ce qui transpirait des gazettes anglaises et allemandes donnait la même impression. Il importait d'en obtenir l'assurance directe. Une commission de cinq plénipotentiaires : Sébastiani, Pontécoulant, Laforest, Lafayette et Voyer d'Argenson, avec Benjamin Constant pour secrétaire, fut chargée de se rendre au quartier général de la coalition. Leurs instructions portaient la dévolution de l’empire à Napoléon II, l'intégrité du territoire avec, au moins, les limites de 1814, la sûreté et l'inviolabilité de la personne de Napoléon ’.

Ces mots : au moinsles limites de 1814, découvraient l'immense ingénuité de leurs illusions, et cette croyance indéracinable que Napoléon abattu, l'Europe réconciliée et pacifique, rendrait à la France, redevenue libérale, les frontières de la République, les limites du Rhin ! Le langage officiel, concerté, des alliés devait entretenir dans les esprits, entêtés depuis quinze ans du même préjugé, une équivoque qui faillit encore une fois devenir funeste pour la France. Les commissaires réclamaient une déclaration ostensible; les alliés ne pouvaient leur répondre que par les termes arrêtés entre eux, c'est-à-dire qu'ils ne se mêleraient pas des affaires intérieures de la France : les Anglais à cause de leur parlement, les Prussiens parce qu'ils se réservaient de rogner plus avant et de rançonner plus à fond la France avec tout gouvernement qui ne serait pas les Bourbons, les Russes parce qu'ils observaient leur consigne de plébiscite et de champ de mai *.

Les commissaires rencontrèrent les diplomates de la coalition sur les derrières de l'armée, à Haguenau, le 26 juin *. « Nous ne voulons, dit Sébastiani, que l'indépendance et la liberté de notre pays. Aucune question n'est préjugée, aucun engagement n'est pris. » Ils se disaient prêts à négocier. Les alliés s'y refusèrent, les Anglais n'ayant pas de pouvoirs. Ils entendaient d'ailleurs que Napoléon fût remis à leur garde. Ils n'imposeraient, disaient-ils, à la France ni les Bourbons ni aucun autre gouvernement particulier; mais ils étaient a résolus à exiger les précautions et lés garanties les plus sévères pour que Napoléon ne pût pas reparaître sur la scène du monde « . Les commissaires désiraient Napoléon II ou

1 Cet article n'était pas superflu. On lit dans une lettre de Pozzo à Nesselrode du 27 juin : « Si Dessoles avait voulu consentir à enlever Bonaparte, il l'aurait pu ; mais il s'est refusé à un acte qu'il a regardé comme contraire, selon lui, à sa délicatesse personnelle. »

* N esse 1 rode à Pozzo, 17 juin 1815.

1 Instructions, 25 juin 1815. — Asgeberg. — Pasqcier, t. III, p. 315. — PoktÉcoulast, Souvenirs.

Orléans, Napoléon II leur sembla dans les exclusions des alliés, et Orléans, au fond, l’objet des préférences secrètes. Quant aux précautions réclamées contre Napoléon, ces négociateurs ne s'en effarouchèrent pas; ils.ne soupçonnèrent même point que ce respect de l'indépendance des Français, de la part des vainqueurs, pût cacher quelque sous-entendu, sinon quelque piège. Ils emportaient la réponse qu'ils étaient venus quérir, et il ne leur en fallait pas davantage : la France était maîtresse de ses destinées, les députés avaient pleine licence d'en décider.

Cependant, si les alliés faisaient des dupes, ils ne s'abusaient point eux-mémes, et cette diplomatie de parade n'accommodait point leur principale affaire, qui était de conclure la paix. Laissant grommeler les Prussiens et autres Allemands, fort occupés d'ailleurs à pressurer, piller, effroyablement vexer, voire pendre et fusiller à satiété *, les Anglais et les Russes, assez aigris et fort jaloux, du reste, les uns des autres, mais également intéressés à organiser en France un gouvernement stable, qui pût être pour chacun d'eux au besoin un allié contre l'autre, s'efforcaient de faire voir, les Russes à leur empereur, les Anglaisé leur ministère, les choses comme elles étaient. Pozzo di Borgo et Wellington jouèrent en cette rencontre un rôle vraiment supérieur, Pozzo avec sa souplesse corse et son amabilité ; Wellington, hautain, raide, flegmatique ; Pozzo s'attachant à plaire aux Français encore plus qu'à les servir, Wellington mettant son orgueil britannique à les servir sans leur plaire. Pozzo avait à lutter contre les préventions du tsar, ses blessures d'amour-propre, ses caprices constitutionnels : connaissant mieux le droit public de la vieille France, il lui montrait le plébiscite vain, inutile, dangereux même. La monarchie n'est rien, disait-il, si elle n'est un principe, et ce principe n'est rien si on le met aux voix, surtout aux voix des régicides. « Les Bourbons sont une institutions, non une famille... L'Europe a besoin d'eux

1 Sur ces excès, voir mon étude intitulée Le traité du 20 novembre 1815, p. 68 etsuiv. — Pozzo à Nesselrode, 9 juillet 1815. Polovtsoff.

pour être en paix, la France ne peut s'en dispenser pour être libre. »

Wellington partageait ces vues, et ils s'en étaient souvent expliqués *. A Londres l'opinion réclamait des garanties, plus fortes avec d'autres gouvernants ; sérieuses, néanmoins, avec les Bourbons mêmes : a quelques forteresses frontières, y compris Lille9 ». Wellington se montra le politique et le chef d'armée rare qui, étant vainqueur, prend à la lettre ses déclarations d'avant la bataille et se pique d'honneur d'y rester fidèle. Il avait promis à Vienne le traité de Paris du 30 mai; il s'était déclaré, dans tousses entretiens, le partisan des Bourbons, comme des seuls garants de cette paix, la seule paix durable selon lui; il avait fait cette proclamation, en franchissant la frontière : « J'entre dans ce pays non comme ennemi, excepté de l'ennemi du genre humain, avec lequel je ne veux avoir ni paix ni trêve, mais pour aider les Français à secouer le joug de fer sous lequel ils sont opprimés. » Et comme il l'avait dit, il l'accomplissait.

Blticher prétendait courir sus à Napoléon, le prendre, « le faire fusiller à l’endroit où était tombé le duc d'Enghien ». Wellington écrivit à Blücher : a Nous avons, vous et moi, joué un rôle trop distingué dans les derniers événements pour nous abaisser au rôle de bourreau ». Il représentait à Gastlereagh, qui le vint rejoindre et qu'il convainquit promptement; à Liverpool, qui jugeait de loin, d'après les rumeurs et les passions de Londres, que la restauration seule était possible, qu'étant possible elle se devait opérer; que l'intérêt des alliés était de la rendre honorable et bienfaisante à la France, afin de l'y rendre populaire dans le présent et puissante dans l'avenir. Il fit mieux. Il pressa Louis XVIII de rentrer en toute hâte, d'occuper la place, de prévenir les alliés à Paris. Les alliés le trouvant rétabli sur son trône, toutes les conspirations cesseraient; le fait l'emporterait sur les cabales; forcés de traiter avec lui, les alliés le ménageraient, et lui, ne

1 Pozzo di Borgo à Nesselrode, 13, 23 mai ; 4, 17 juin 1815. PoLomoFF.

1 Mémorandum de Liverpool à Gastlereagh, 30 juin 1815.

leur devant point son trône, délivré de l’équivoque de 1814, il leur pourrait parler en souverain de droit, qui discute les intérêts de son peuple. Il pressa Talleyrand de suivre le roi \ Il s’aboucha avec Fouché, qu’il jugeait l’instrument nécessaire, et sur lequel il exerçait un prodigieux ascendant, celui d’un esprit limité, entété, mais rectiligne, sur un brouillon étourdi de sa propre verve, et qui, dès qu’il ne chassait pas en myope, le nez à ras de terre, perdait la piste dans le brouillard. « Le point important, écrivait-il à Talleyrand, est que le roi soit restauré d’abord sans conditions, ensuite sans que la force des armées alliées paraisse le remettre sur son trône235 236 237 238. »

Le temps pressait, l’armée coalisée arrivait sous Paris; Fouché d’une part, Talleyrand de l’autre, négociaient avec Louis XVIII la charte des Français et leurs capitulations privées; le roi ne se pressait pas, marchandait, raffinait sur les mots, et, dans le malentendu, l’occasion menaçait de s’évanouir. Wellington se décida à déchirer le voile9. Le 29 juin, de nouveaux commissaires — les premiers étaient, en ce temps-là même, à Haguenau — se présentèrent au quartier général de Wellington à Louvres : c’étaient Andréossi, Flaugergues, Boissy d’Anglas, de Valence et La Besnardière; un ancien ambassadeur de Bonaparte à Londres, un ancien membre du comité de l’an III, un général de l’armée de Dumouriez. Ils demandaient une suspension d’armes. Wellington la refusa. Ils parlèrent de l’état futur de la France, tâchant de démêler sijes alliés seraient portés à reconnaître la régence, ou ce qui s’v pourrait substituer, dont ils ne parlaient pas. Wellington éluda la réponse, sauf sur un point : les alliés, dit-il, ont déclaré ne vouloir faire la paix ni avec Napoléon ni avec aucun membre de sa famille. C’est là que l’attendaient ces fins politiques. Ils insinuèrent confusément des combinaisons vagues, un prince étranger ’, et enfin ils balbutièrent le nom du duc d'Orléans. Wellington vit où ils en voulaient venir. Sa réponse ne laissa subsister aucune équivoque : « Suivant moi. l'Europe n'a pas d'espoir de conserver la paix si toute autre personne que le roi est appelée au trône de France; toute personne ainsi appelée devrait être considérée comme un usurpateur; elle chercherait à détourner l'attention du pays de l'illégitimité de son titre par la guerre et les conquêtes à l'étranger; les puissances de l'Europe devraient, dans ce cas. se mettre en garde contre un pareil mal, et tout ce dont je puis vous assurer, c'est, qu'à moins que je n'aie des ordres contraires de mon gouvernement, j’emploierai toute l'influence que j'ai sur les souverains alliés pour les engager à insister sur des garanties pour la conservation de la paix, outre le traité lui-même, si l'on adopte l'arrangement dont vous venez de parler. » C'était clair : les Bourbons, ou le démembrement, la contribution de guerre, le démantèlement des forteresses, l'occupation. Les députés s'en allèrent comme ils étaient venus, et, malgré la parfaite clarté de ce langage, sans mieux comprendre les choses que leurs collègues d'Ha-guenau.

IV

Le 3 juillet, Paris capitula. La capitulation, signée pouj* l'Angleterre par le colonel Herney, pour la Prusse par le général Müffling, et ratifiée par Davout, portait, article XII1 :

Seront respectées les personnes et les propriétés particulières; les habitants et en général tous les individus qui se trouvent dans la capitale continueront à jouir de leurs droits et libertés, sans pouvoir être inquiétés ni recherchés en rien, relativement aux fonctions qu’ils pensait à Brunswick, en 1799, au prince Henri de Prusse. — Cf. Bar ante, lettre du 4 juillet 1815, t. II, p. 165 315-317. — Voir t. Il, p. 333-334, 350, t. V, p. 455. — Les commissaires d'Haguenau auraient parlé d'un prince de Saxe. Pas-qcier, t. III, p. 316.

1 Angeberg, p. 14, 63.

occupent ou auraient occupées, à leur conduite et à leurs opinions politiques.

Get article, contre-partie de la déclaration de Brunswick en 1792, méritait d’étre cité à la fin d'un livre où Ton a enregistré tant de serments violés, de promesses retractées, de traités rompus, tant de palinodies, de reniements et de dénis de justice aux peuples et aux individus; qui commence par les partages de la Pologne, et s’achève par le détorquement cynique du texte le plus précis qui jamais ait été écrit par des négociateurs. Ney, Labédoyère, pairs de France, se trouvaient à Paris; bon nombre de régicides siégeaient dans les chambres, dans les magistratures, à l’institut : cette stipulation les plaçait sous la sauvegarde du droit des gens, il faisait de leur sûreté une condition synallagmatique, inséparable de la capitulation de Paris. L’honneur des alliés y était engagé comme celui de Davout, qui avait signé pour la France. Davout défendit le sien, les alliés firent bon marché du leur et laissèrent libre cours à la vindicte des factions, qui mena Ney et Labédoyère au mur, et les régicides en exil.

Les commissaires étaient revenus d’Haguenau et du quartier général de Wellington. Les députés, s’estimant informés, délibérèrent de voter une constitution et d’envoyer une députation au camp des alliés pour proposer a un tout autre souverain qu’un prince de la maison de Bourbon. » C’était, dans la rencontre, proposer le démembrement de la France. Mais les délégués ne purent franchir les barrières, et ce fut heureux. La restauration se fit à leur insu. Louis XVIII s’était mis en route. 11 s’arrêta le 5 juillet à Arnouville. C’est là qu’il reçut Fouché, endoctriné par Wellington à Neuilly, où il l’avait été voir en secret1. Fouché jouait la même partie, il fit le même calcul que Talleyrand en 1814, et la transaction fut la même entre le roi et lui. Le roi prit Fouché, en détournant la tête ; Fouché se donna, se prêta plutôt, reçut son gage et oublia le reste. Il avait sa place de sûreté, le ministère

»

1 Pozzo à Nesselrode, 4 et 8 juillet 1815. de la police, c'était, en définitive, à ses yeux, ce qu'il fallait à la France, et tout l'esprit de sa conversion royaliste en 1815, comme de sa vertu républicaine en 1793 Fouché ne s’imposait pas seulement; il était imposé par toute la cour : « Que voulez-vous? dit Talleyrand à Pasquier, tout le monde s'est réuni pour nous imposer cette loi. Le duc de Wellington, qui en a la tête tournée, est venu lui-même conjurer le roi... Ce n'est pas tout encore; le faubourg Saint-Germain ne jure que par M. Fouché, tout ce qui est parvenu de lettres et d'émissaires aux princes depuis quinze jours n'a parlé que de lui et des grands services qu'il rendait à la cause royale. Enfin le bailli de Crussol est arrivé hier et a si bien endoctriné Monsieur que, ce matin, il est venu trouver le roi. » <c Le bailli de Crussol, le plus arrêté dans ses principes et le plus encroûté dans ses opinions, rapporte Vitrolles, prêchait sur les toits que le salut du roi et de la royauté était uniquement dans la personne de Fouché. J'avais cru jusque-là que ces mouvements d'opinion étaient réservés à l’ignorance du peuple, et je fus étonné de voir les salons du faubourg Saint-Germain plus faciles à entraîner que les cabarets du faubourg Saint-Antoine. »

Les deux compères du temps de Barras, les deux associés de Brumaire, les complices du temps de Marengo, de Madrid, de Wagram, l’un prince, l’autre duc de l’Empire, sortirent du cabinet du frère de Louis XVI, l’un grand, poudré, insolent, pied bot et boitant, appuyé sur le bras de l’autre, grêle, blême et grimaçant*. « Je voudrais bien entendre ce que disent ces agneaux », murmura Pozzo qui les rencontra.

1 « Je suit de l'avis de Fouché, écrit Proudhon, et je pense que le plus court alors était de revenir aux Bourbons. Fouché ne trahit pas. Il hit alors, comme toujours, le représentant de cet immense parti de patriotes, ou révolutionnaires modérés, qui n’aimèrent jamais plus l'empereur que la Terreur, qui ne demandaient pas mieux que de se réconcilier avec les Bourbons si les Bourbons leurs offraient des garanties, c'est-à-dire la conservation de leurs fortunes et de leurs emplois et les droits nouveaux créés par la Révolution » , Commentaires sur les mémoires de Fouché.

1 « Le vice appuyé sur le crime *. Chateaubriand, Mémoires. — Broglie, Souvenirs, t. I, p. 310.

Le 6 juillet, Blücher et les Prussiens entrèrent dans Paris, les Anglais demeurant campés au bois de Boulogne1. Ils chassèrent du Luxembourg les pairs de Napoléon, qui délibéraient encore sous la présidence de Cambacérès. Decazes, préfet de police, prit les clefs de la chambre des députés. Le 8, le Moniteur annonça que la chambre était dissoute. Fouché passa officiellement du gouvernement provisoire, fait contre les Bourbons, au ministère des Bourbons, fait contre le gouvernement provisoire : les députés qui se présentèrent pour siéger trouvèrent des grilles closes et des baïonnettes, un Fructidor royal ; ils en comprirent la leçon à demi-mot, et s'en retournèrent chez eux, comme en brumaire, heureux de n’être point conduits à la Guyane, comme sous le Directoire, et de sentir leurs têtes plus solides sur leurs épaules qu'après le 2 juin 1793. Louis XVIII fit son entrée le 9, plus simplement, plus militairement qu'en 1814, mais au milieu d'un empressement plus général, qui çà et là, prit la forme de l'enthousiasme8. « J'avais prévu, dit-il, les maux dont Paris était menacé ; je désire les prévenir et les réparer. » C'était son vœu, c'était sa raison d'être devant les Français et tout ce qu'il possédait de force à l'égard des étrangers.

Devant le fait accompli, tout le monde s'inclina. Wellington, Castlereagh et Pozzo satisfaits, Alexandre résigné, et ne s'occupant plus que de créer à la Russie, dans la monarchie française une cliente, dans le public français une clientèle.

V

Les difficultés étaient immenses, on pourrait dire atroces. Il y en avait de très douloureuses; l'invasion avec son train de vengeances inassouvies l’année d'avant; il n'y en avait pas

1 Sur leurs divergences, Pozzo à Nesselrode, 2 juillet 1815. Polovtsoff.

1 Baiunte, I, p. 164. — Castellane, 1, p. 295.

de plus urgente et de plus embarrassante que la présence de Napoléon. Cet homme qui avait rempli le monde dix-neuf années durant, réduit désormais à l’impuissance, ne savait plus que faire de sa personne et les vainqueurs ne savaient que faire de lui. 11 était décidément trop grand pour tous les moules de l'ancien monde.

Comme on ne pouvait l'envoyer ni en Russie, ni en Allemagne, ni en Italie, où l'on tenait sa femme en une sorte de demi-captivité, ni en Autriche, où l'on internait son fils afin de le livrer aux pédants de cour et d'État; comme tout le monde redoutait de le voir partir pour l'Amérique, d'où l'on revient avec trop de facilité, l'Angleterre, le seul gouvernement qui possédât des lies lointaines et fût en mesure d'en interdire l'approche et de les bloquer lui-méme, en quelque sorte, se voyait avec humeur inévitablement menacée de la garde du prisonnier. Les ministres anglais auraient préféré passer à d'autres cette besogne discourtoise et se débarrasser de l'empereur par d'autres moyens... Qu il mourût ! Que ne se faisait-il justice à lui-méme ! Lord Liverpool en raisonnait par dilemme 1 : « De deux choses l'une, ou Napoléon doit reprendre son caractère primitif de sujet français, ou il n'est rien du tout, et il a conduit ses expéditions à la manière d'un outlaw' d'un proscrit qui est en dehors de la société, en dehors des lois, hostis generis humant. » Dans le premier cas, il appartient à la justice du roi de France : « Nous voudrions, mandait ce lord à Castlereagh, que le roi de France fit fusiller ou pendre Bonaparte; ce serait la meilleure façon de terminer l'affaire. » Et il disait à Lieven, l'ambassadeur d'Alexandre2 : <* Les hommes de loi de ce pays-ci étaient généralement d’opinion que S. M. Très Chrétienne aurait eu tout droit, et sans grand examen, de le faire juger et condamner « . Ajoutons : « et exécuter sans désemparer » : la procédure, l’arrêt et la mort du duc d'Enghien. Pour l'opération, à défaut du conseil de guerre de Vincennes, on possédait des cours prévôtales, « ce

1 Au chancelier, lord Eldon. Lord Roseberry, Napoléon. Traduction Filon.

1 Lieven à Netse 1 rode, 28 juillet 1815. Martem, t. XI, p. 239.

qu’il y a de mieux, disait Napoléon, pour contenir le petit peuple et la canaille... Pendre, exiler, chasser, voilà ce que les Bourbons doivent faire; en 1814, ils n’avaient agi qu’à l'eau de rose, aussi ils ont été culbutés 239. » Mais Louis XVIII ne l’entendait point de la sorte, et il en jugea bien. La cour des pairs, qui suffit pour Ney, ne suffisait point pour Napoléon.

Restait l'autre terme du dilemme : le tuer. Il était hors la loi, de par l'Europe même et ses représentants à Vienne. Il ne fallait qu'un homme de bonne volonté : Maubreuil était disponible, Bruslart aux ordres, et il ne manquait point de chouans, chauffeurs, compagnons de Jéhu impatients de se refaire la main et de se créer des titres à la reconnaissance du monde civilisé. Mais cet expédient, qui aurait eu l’avantage de concilier les précédents de l’ancien régime et ceux de la Révolution, le ban de l’Empire, et le hors la loi de la Terreur, ne convenait ni à Alexandre, qui avait solennellement garanti la vie de Napoléon, ni à Wellington, qui en avait assumé la protection. « Si le roi de France ne se sent pas assez fort pour le traiter comme rebelle, écrivit alors Liverpool, nous sommes prêts à nous charger de la garde de sa personne... »

Napoléon se livra lui-même, soit qu’il comprit qu'il n’avait plus d’autre destinée et qu'il préférât devancer l'arrestation, soit qu'il gardât sur l’Angleterre, les Anglais, leur caractère, leur constitution des illusions qui avaient été celles de presque tous les hommes de son âge; soit qu’il se figurât que, réfugié en Angleterre, il y serait libre d’aller, de venir, d’écrire d’agir, de parler à l’Europe et de se faire un parti, sorte de Charles-Quint prêt à sortir du cloître ou de Charles XII chez les Turcs, soit qu'il se rappelât sa Corse, Théodore le roi postiche, et Paoli le grand citoyen, tous deux recueillis par l’hospitalité britannique240. Tout jeune, il avait composé, comme on compose un petit poème, une lettre de Théodore en prison à Walpole : « Hommes injustes! J'ai voulu contribuer au bonheur d'une nation. J'y ai réussi un moment, et vous m’admiriez. Le sort a changé. Je suis dans un cachot, et vous me méprisez. » Et l'ami de Voltaire, l'Anglais philosophe, Walpole, répondait : « Vous souffrez et vous êtes malheureux. Ge sont bien deux titres pour avoir droit à la pitié d'un Anglais. Sortez de votre prison, et recevez 2,000 livres de pension pour votre subsistance. « Il crayonnait ces lignes, vers 1788, probablement à Auxonne, lieutenant d'artillerie. De l’île d'Aix, où on l'avait transporté, empereur déchu et captif, il écrivit, le 14 juillet, au prince-régent d’Angleterre : « En butte aux factions qui divisent mon pays et à l'inimitié des puissances de l'Europe, j'ai terminé ma carrière politique, et je viens, comme Thémistocle, m'asseoir au foyer du peuple britannique. Je me mets sous la protection de ses lois, que je réclame de Votre Altesse Royale, comme du plus puissant, du plus constant et du plus généreux de mes ennemis. »

Cette démarche le conduisit à Saint-Hélène, où l’Angleterre se donna pour tâche historique, faute d'avoir pu supprimer sa personne, de supprimer son nom et d'anéantir sa mémoire. Il fut embarqué sur le Northumberland. Cockburn, qui commandait ce vaisseau, était réputé pour un Anglais « de rudes manières » . Après qu'il eut débarqué son prisonnier, Bertrand, compagnon d'exil de Napoléon, lui écrivit, et dans la lettre mentionna le titre de l’empereur : « Je n’ai point, répondit Cockburn, connaissance d'un empereur quelconque demeurant dans cette lie, ni d'une personne revêtue de cette dignité ayant, comme vous me le dites, voyagé avec moi sur le Northumberland. « C'était la consigne. Hudson Lowe l’appliqua jusqu'au delà de la mort. Il ne permit point que le nom de Napoléon figurât sur le cercueil de l’empereur, et la tombe de Napoléon fut scellée sur un cercueil anonyme :

Ici gît! point de nom !...

CHAPITRE III

LE TRAITÉ Dü 20 NOVEMBRE

1815

1

Louis XVIII était rentré dans ses Tuileries; mais il y vivait en roi séquestré de l’Europe, comme Louis XVI l’était de son peuple après les journées d’octobre 1789. Il attendait, dans cette sorte de relégation dorée, le traité que lui imposeraient les rois coalisés, comme Louis XVI dut attendre après Varennes la constitution que lui faisait l’Assemblée nationale. Les conditions du gouvernement étaient épouvantables. Au nord de la Loire, l’invasion avec tous ses excès; au sud de la Loire, la terreur blanche avec toute ses fureurs. Entre les deux, l’armée française frémissante, famélique, révolution errante, toujours prête à mordre, à courir aux armes, ferment de révolte, partout où on la semait, qu’on ne pouvait déporter, qu’il fallait disperser, comme les huguenots sous Henri IV et les vendéens au temps du Consulat. Les alliés accaparaient le pays, maîtres des finances, disposant des sources ; ils entravaient toute police, empêchaient toute administration. Ils avaient organisé, à Paris, sous le nom de Conférence, une sorte de gouvernement provisoire qui, s’il             i

respectait, en théorie, le pouvoir du roi, en paralysait l’exercice. Cette conférence était composée, pour l’Angleterre, de . Castlereagh et de Wellington; pour la Russie, Rasoumowsky et Capo d’istria ; pour l’Autriche, Metternich et Wessenberg ;

pour la Prusse, Hardenberg et Humboldt.

Ils ne parlaient ni d’abréger ni d’alléger l’occupation. Les monuments publics étaient menacés. Louis XVIII, dans les

fêtes de 1814, avait pu s’étourdir de la joie de régner et croire vraiment, à tant de vivats et d’illuminations, que la catastrophe des armées françaises se tournait en bienfait pour la dynastie et pour la France. Une affreuse équivoque travestit toute cette première restauration. En juillet 1815, Louis XV11I se vit à la fois nécessaire et impuissant, il se sentit Français, il souffrit et il devint roi. II trouva des mots qui restent, et il y ajouta une sorte de majesté poignante par le spectacle de ses infirmités. Blücher voulait faire sauter le pont d’Iéna. Louis écrivit qu’il s’y ferait porter dans son fauteuil. Voila toutes les ressources de prestige et d’influence de la monarchie française !

En 1814, ce fut un parti pris, de la part des alliés, de ménager la dignité des Français, l’amour-propre des Parisiens. Les Allemands rongèrent leur frein : on les força de se tenir au port d’armes, et quand ils sortaient dans les rues, de tenir les mains au corps, fermées et serrées. En 1815, on leur donna licence. En 1814 les alliés laissèrent aux musées les objet d'art conquis par la République et par l’Empire. Les diplomates ne s’en souciaient, les Prussiens protestaient peu, faute de chefs-d’œuvre à revendiquer; on laissa gémir les Hollandais et crier les Italiens. Dans la façon d’accorder à la u vanité française » cette aumône de trophées, quand on dépouillait la France de tant de conquêtes, il entrait quelque peu de ce mépris orgueilleux qui a fait dire à un illustre historien allemand, marquant du sceau de la niaiserie le premier héros de la légende nationale française, le Gaulois Vercingétorix : a Tout est dit sur la nation celte, quand on dit que son plus grand homme ne fut qu’un chevalier 241 ! « Ils laissèrent dédaigneusement aux chevaliers leurs panoplies, au peuple ses hochets. En 1815, ce fut de conseil, et pour frapper les Français au point le plus sensible, les humilier devant eux-mêmes, les fustiger devant l’univers, que les alliés décidèrent de rendre aux Italiens, aux Flamands, aux Hollandais, aux Rhénans, aux Espagnols ce qu'ils avaient dû céder ou laisser prendre. Les ministres anglais trahirent quelque velléité d’enrichir les musées de Londres par représailles, s’emparant, par droit d'aubaine, de ces chefs-d’œuvre qu’ils qualifiaient eux-mêmes de « pillés » par les Français 242 243 244. Ils en raisonnaient comme on faisait à Paris entre 1794 et 1797 : « Trop longtemps, » disait un des premiers collecteurs de tableaux, statues et bibelots, « trop longtemps ces chefs-d’œuvre avaient été souillés par l’aspect de la servitude8!... » A Londres, ils décoreraient ces trois divinités du Walhall britannique, la Religion, le Commerce et la Liberté! Castlereagh, qui en opinait en pur politique, estima que le roi pourrait difficilement « se maintenir en France si, après s’être présenté à la nation, comme un moyen d’apaiser les alliés, ils le désavouaient à ce point » . Wellington estima la mesure a peu prudente». Mais Liverpool, très insulaire, très anglican, s’obstina : «11 faut donner aux Français une leçon de haute morale politique. » Les diplomates de la Conférence ajournèrent. Hors d’état de rien empêcher, Louis XVIII, trouva plus digne de se laisser dépouiller de force que de transiger et de ratifier, même en partie^ l’opération. En attendant qu’il en fût officiellement décidé, des commissaires italiens, hollandais, allemands se répandirent dans les galeries, marquant les pièces, et le déménagement commença.

II

Les musées ne contenaient que les pièces d’honneur, les joyaux de l’édifice; c’est l’édifice même que la majorité des alliés prétendait miner, démanteler et dépouiller. Tandis qu’officiers et soldats, dans les départements occupés, rançonnaient et emballaient, à Paris les ministres et les publicistes raisonnaient et délibéraient sur les plus sûrs moyens de découper et énerver le vaincu, d'enrichir et de fortifier les vainqueurs \ Les Prussiens réclamaient, aprement et goulûment, leur double revanche, celle de leurs pertes en 1807, et celle de leurs déceptions en 1814. On se demande quelle revanche pouvaient bien assouvir les Bavarois, Wurtember-geois, Badois, Hessois de Darmstadt et autres confédérés du Rhin, comblés par Napoléon de couronnes, d'abbayes et seigneuries allemandes. Ils se montraient néanmoins les plus rapaces, les plus insatiables, et ils demeuraient, en cela, dans leur caractère, n'ayant jamais agi que de la sorte, en toutes les curées diplomatiques, et n'étant devenus les alliés de la France contre le Saint-Empire que par les effets de cette même avidité qui les jetait alors sur les dépouilles de la France2.

Leurs agents assiégeaient la Conférence et les ambassades -notes, discours, brochures, articles innombrables de gazettes. La vengeance, la haine, la convoitise, s'y confondaient le plus cyniquement du monde avec les motifs d'intérêt, les raisons de stratégie et les déductions juridiques selon les maximes du « droit des gens ». Car il ne leur suffisait pas de s'enrichir et d’exercer des représailles, ils prétendaient ne dépouiller que pour assurer la paix publique, garantir la civilisation et faire œuvre de vérité historique, de justice transcendante, de morale chrétienne surtout, en inspirant, par des pénitences savamment

1 Pièces dans Argeberg-Scuaumark : Geschichte des zweiten pariser Friedens. — Gagern, Mein Antheil an der Politik. — Peutz, Steim. — Voir en outre; GeRVINÜS. -- VaRXHAOEX VOX EX8E. -- TrEITSCBKE. — OxCKEX. -- MaRTEXS. --

Arxdt, Hardenberg's Leben. — Gentz, Briefe an Pilât. — Correspondances de Wellington, Castlereagh, Pozzo di Borgo. On trouvera un précis et des extraits nombreux de ces pièces dans l'étude intitulée : Le Traité de Paris du 20 no-vembre 1815, ch. n : les projets de démembrement.

1 Comparez les négociations de Gertruydenberg, de la Haye, en mai 1709. notamment le mémoire prussien sur la Franche-Comté : nécessité d’humilier la France, de l’épuiser, de délivrer le cours du Rhin. — Frédéric Massox : Journal de Torcy. — De Couney : La coalition de 1701. — Émile Bourgeois î Aie»/-châtel et la politique prussienne en Franche-Comté.

combinées, au pécheur endurci l'horreur de son péché. « Les peuples, disait Stein, demandent avec raison aux souverains qu'on leur rende compte du sang qu'ils ont versé, de la propriété qu'ils ont sacrifiée pour repousser le Français insolent et avide... Tout le monde est d'accord maintenant pour reconnaître que le premier traité de Paris a laissé à la France une puissance militaire qui est une menace constante pour la sécurité de l'Europe. » 11 désignait l'archiduc Charles «comme le personnage le plus propre à venir à bout des Alsaciens-Lorrains. n a Les monarques de Prusse et d'Autriche, disait Gagern à Humboldt, ne pourraient rentrer avec honneur et sécurité dans leurs propres capitales en laissant les frontières de la France intactes. » Münster, le ministre de Hanovre, tenait pour les a limites naturelles », selon sa notion allemandes : « Les Pyrénées, les Alpes et la mer présentent des bornes à l'ambition de la France; pourquoi le Jura, les Vosges et les Ardennes ne rendraient-elles pas à l'Allemagne les garanties dont jouissent l'Espagne et l'Italie? » 11 leur fallait la Flandre française pour assurer la paix aux Flandres hollandaises ; il leur fallait Dunkerque, sans quoi la prise d'Anvers ne signifiait plus rien. 11 leur fallait la Franche-Comté, où subsistaient, disait Gneisenau, tant de souvenirs, tant de monuments de l’àge d’or— Goldenen Zeit— de Charles-Quint, et de l'attachement des peuples, à la maison de Habsbourg : Deo et Cassari semper fidelis ! » 11 leur fallait démanteler cette forteresse parce qu'elle est offensive aux mains des Français, annexer cette autre parce qu'elle deviendrait aussitôt défensive aux mains des Hollandais ou des Allemands ; conquérir ce territoire parce qu'il semblait utile à la défense de l'Allemagne, et cet autre parce que jadis il en avait fait partie.

Nul intérêt, selon eux, à ménager les Français ; une pure duperie, au contraire. Ce que les Français ne pardonneront jamais, c'est la perte de la rive gauche du Rhin, c'est la perte de la suprématie, c'est la défaite ; ils ne sauront aucun gré aux alliés de prendre un peu moins au lieu d'un peu plus : la politique commande donc de prendre beaucoup, tout le nécessaire, tout le superflu, tout le possible. « Les voisins, déclarait Stein, les alliés seront toujours menacés par la constitution offensive de l'ancienne frontière, par l'ambition systématique du gouvernement français, par l'ardente vanité du peuple, qui ne cessera pas de réclamer la conquête de la Belgique et de la rive gauche du Rhin ! » « Posséder le Rhin, avoir l'Alsace, écrivait Gagern, n'est pour eux qu'un aliment d'orgueil une tentation d'avoir la limite du Rhin tout entière l. » Et il alléguait le vieux Schœpflin : « L'Alsace, cette puissance gardienne du Rhin supérieur, qui jadis ouvrait la France aux Allemands, ouvre aujourd'hui l'Allemagne aux Français. » Enfin, Har-denberg : « Il faut que la France rentre dans sa défensive formée par l'art ou par la nature, et qu'elle rende à ses voisins la défensive qu’elle leur a ôtée, c'est-à-dire l'Alsace et les forteresses des Pays-Bas, de la Meuse, de la Moselle et de la Sarre... Pour le bien de l'Europe, pour le bien de la France, ne laissons pas échapper l'occasion... La main de la divine Providence a visiblement amené cette occasion... »

Alexandre se montra tout à la fois ce qu'il était et ce qu'il voulait paraître, politique et magnanime. Jusqu'alors, le politique l'avait emporté dans son personnage. Cette grandeur d'àme, dont il se sentait capable, dont il se faisait depuis sa jeunesse un idéal, il l'avait plutôt mise en scène et s'en était plutôt donné en 1814 le spectacle qu'il n'en avait éprouvé l'efficace et opéré l'action. En 1815, il vit de haut, il vit clair, il vit loin, et il agit avec autant de simplicité et de droiture que d'énergie et d'habileté. 11 y montra d'autant plus de mérite qu'une partie du rôle, la plus caressée peut-être par l'artiste, la reconstitution de la France en pays libre et la création d'une dynastie nouvelle, sous l'égide russe, lui avait échappé en 1815 comme en 1814. Il sut dominer ses préventions. Louis XVIII le gênait sans doute. lise sentait impuissant à duper ce prince

* Comparez t. I, p. 414, les revendications des Allemands aux dix-septième et dix-huitième siècles, et lors du premier conflit en 1790, t. II, p. 79-81. Comparez en outre les circulaires de Bismarck 13 et 16 septembre 1870, Histoire diplomatique de la guerre franco-allemande, t. I, p. 332-335. Mêmes motifs, mêmes raisonnements, presque les mêmes termes.

aussi subtil que lui-même et à éblouir de ses prestiges ce voltairien cuirassé contre toutes les fantasmagories. Mais Louis XVIII vivrait peu, et ses successeurs éventuels ne demandaient, par goût, par réaction d'héritier présomptif qu'à se donner à la Russie. Alexandre pouvait accomplir ce prodige insigne de dextérité, devenir l'idole ostensible des royalistes en demeurant le dieu caché des libéraux. Il déploya autant d'art à faire valoir ses actes qu'à faire prévaloir ses desseins. 11 sut merveilleusement jouer de l'imagination et de la sensibilité des Français, affectant devant eux, avec le désintéressement de toute conquête et le détachement de tout orgueil, un profond mépris pour la grossière avidité des Allemands ; offrant sa grâce émue en contraste avec la morgue britannique ; se présentant comme le sauveur unique de l'ancienne frontière, honneur et dignité de la monarchie, condition de l'affermissement de la couronne, nécessité du relèvement du pays ; gagnant par sa majesté familière l'alliance de la cour et celle du public éclairé, les légitimistes mystiques et les intellectuels philosophes ; assurant enfin à la France, ainsi liée par les sentiments à la Russie, les ressources capables de faire d'elle, le moment venu, une alliée profitable. 11 conclut à ne la dépouiller de rien, à garantir le traité du 30 mai, à se contenter de mesures conservatoires : une occupation temporaire, et une contribution, parce qu'il fallait bién faire une part à l'avarice et à l'indigence des Allemands. Gapo d'Istria, dans un mémoire rédigé sous l'inspiration du tsar, développa très hautement les motifs, très intelligents, de ces mesures, et, au nom de son maître, invita les alliés à en délibérer245.

C'était surtout contre les Anglais qu'Alexandre tenait à se ménager, dans la France, une alliée, et c'était en Orient, contre l'empire turc, en vue d'établir la suprématie russe sur les peuples orthodoxes qu'il recherchait les effets de cette alliance. C'est contre la Russie, pour la conservation de l'Em-pire ottoman, que Wellington et Gastlereagh pensèrent que la France leur pourrait être nécessaire un jour. Pour des raisons opposées, ils conclurent, comme Alexandre, à fortifier le gouvernement restauré, à le rendre populaire, à lui assurer des garanties de durée et des moyens de relèvement. Ils n'v apportèrent aucune bonne grâce, aucune recherche de savoir-faire, mais ils y mirent une ténacité aussi active que les Russes, et de ce concours sortit l'événement. Leur tâche était singulièrement plus ardue que celle du tsar. Alexandre n'avait qu'à commander ses ministres. Les ambassadeurs anglais devaient d'abord convertir leur gouvernement. Ils avaient commencé, ils continuèrent246*

Ce sont de remarquables morceaux de politique que les lettres qui s'échangèrent alors entre Paris et Londres, entre lord Castlereagh et lord Li ver pool. Par goût, par ménagement des chambres, de la presse de l'opinion, de la Cité, par orgueil britannique et protestant, lord Liverpool s'entêtait à u prendre quelque chose », ne fût ce que par œuvre d’ a évangélisation » et mesure de pénitence à l'endroit des Français. Il en décidait et argumentait de loin, d'après la doctrine, les précédents, les préjugés, ses propres passions, celles du public. Les ambassadeurs à Paris jugeaient sur place, directement : ils ne mettaient point en opposition une Angleterre idéalisée et une France dénaturée ; ils voyaient la France vivante, ils parlaient d'une France que l’Angleterre avait intérêt à voir vivre et qui ne pouvait vivre que de sa vie propre; ministres et ambassadeurs mus d'ailleurs uniquement par l’intérêt supérieur de leur pays. C'est l'éternelle dispute de ceux qui se figurent le monde selon leur politique et de ceux qui disposent leur politique selon les réalités du monde 247. « Enlever à la France quelques portions de territoire et une ligne de forteresses, écrivait Castlereagh à Liverpool, le 17 août, c’est l'exaspérer sans l’affaiblir, dépopulariser le roi ou le forcer à se jeter dans les bras de son peuple, ôter à la paix toute chance de durée et inaugurer pour longtemps en Europe le système des armées permanentes... 11 faut cependant donner certaines satisfactions aux puissances allemandes. On y arrivera en restreignant la France à la frontière de 1790, en attribuant les enclaves aux pays limitrophes. La France gardera Avignon, et l'Allemagne obtiendra Landau... Une paix conclue sur ce principe ne sera populaire ni en Allemagne, ni en Angleterre... Mais l'objet que nous nous proposons n'est pas de recueillir des trophées. C'est de ramener le monde à des habitudes pacifiques... Je ne pense pas que ce but puisse se concilier avec la pensée d'altérer matériellement la situation de la France... Je ne suis pas non plus bien convaincu — pourvu qu'en lui mettant une camisole de force pendant quelques années, nous puissions la rendre à ces habitudes — que la France, avec ses dimensions actuelles, ne puisse pas. devenir un membre utile plutôt que dangereux au système européen... » Ajoutez la Russie, qui avait pris position, et très, nettement : « La Russie, à cause de son éloignement, incline plutôt à protéger la France ; les principes de l’empereur Alexandre le poussent naturellement dans cette voie. Il inclinerait aussi à demeurer allié avec la France, et il ne voudrait pas la voir réduite trop bas. »

Metternich penchait du côté russe ; mais, disait Castle-reagh, » il craint de donner à la Russie un rôle trop prépondérant, et de favoriser, en secondant les vues d'Alexandre, une alliance trop étroite entre la Russie et la France v . a Les arguments principaux de Castlereagh, dits à l'oreille, » rapporte Gagern, « roulaient sur la nécessité de maintenir l'alliance, de contenir la Russie, qui avait du penchant à se lier avec la France, et d'entrer avec elle en rivalité de générosité et de modération » .

Ainsi Alexandre ménageait les Bourbons parce qu'il voulait ménager la France; les Anglais ménageaient la France parce qu'ils voulaient s'assurer l'alliance des Bourbons; les Autrichiens se voyaient portés aux mêmes tempéraments afin que ni la France ne se donnât à la Russie ni les Bourbons à F Angleterre. La crainte de la Révolution, du jacobinisme, s’y ajoutait chez Metternich et, par suite, la nécessité de consolider 1a Restauration. Il se forma, entre les trois, une liguequi rompit, pour un moment, la fameuse alliance à quatre. Les Allemands, par leur indiscrétion, leurs brigues, leur voracité brutalement étalée, firent le reste. « On ne peut soutenir les Prussiens, écrivait Castlereagh : leur conduite tend à unir les Français et à diviser les alliés. »

Les Prussiens se constituèrent les avocats d’office de l’Allemagne, en cette affaire. Tous les Allemands couraient à eux, les harcelaient de démarches, de doléances, d'exhortations, de harangues indignées, de notes comminatoires, ils circonvenaient et sollicitaient, à Londres, parles Hanovriens, le prince-régent et ses ministres. Ils criaient misère, ils criaient à la persécution. Us se virent partout éconduits. Alexandre exhala dans une conversation avec Stein le dégoût qu’il en éprouvait : <* J’ai pour l’armée prussienne une considération très grande, mais elle souille et profane la grande et belle cause des alliés par la vengeance, les mauvais traitements, les violences de ses soldats. Le prince de Wurtemberg est trop indulgent envers ^es troupes; il exagère ses prétentions sur la diminution de la France, prétend lui enlever l’Alsace et la Lorraine. Cela est contraire aux promesses données à Vienne au commencement de la guerre... Les Alsaciens répugnent à devenir Allemands. » Un gentilhomme prussien discutant politique devant Alexandre s’écria : « Nous avons des baïonnettes. » Sur quoi i’empereur, en colère : «Et moi aussi, j’ai des baïonnettes! Et il sortit de l’appartement248. » Ils firent tant que Liverpool lui-mème, sans se rendre sur le fond et pour l’avenir, finit par écrire à Castlereagh249 : « Je partage entièrement votre avis et celui du duc de Wellington au sujet de l’extravagance des propositions prussiennes dans les circonstances actuelles. »

Ces discussions remplirent le mois d'août. Les propositions* présentées par les différentes puissances, dans leurs notes et mémoires, se résument ainsi :

Russie : Occupation temporaire et contribution de guerre à fixer d'un commun accord ;

Angleterre : Occupation temporaire, contribution deguerre, retour à la frontière de 1790, — la Savoie et Landau — comme maximum des cessions territoriales ;

Autriche : Occupation par 150,000 hommes, contribution de guerre, retour à la frontière de 1790, cession ou démantèlement des forteresses de la première ligne, Flandre et Alsace;

Prusse : Occupation par 240,000 hommes, contribution de guerre de 1,200 millions, cession des places fortes de Flandre, de l'Alsace, de la Lorraine et de la Savoie.

Pays-Bas et États allemands : Occupation, contribution, cession de la Flandre, de l'Alsace, de la Lorraine, de la Savoie. Le démembrement, le plus étendu auquel on ait songé, entraînait la perte de 4,762,000 habitants et comprenait la Franche-Comté, l'Alsace, la Lorraine, la Bourgogne, la Flandre française. La frontière laissait en dehors Dunkerque, Lille, Metz, Strasbourg, Besançon, Chambéry, une partie du Dauphiné.

C’était Paris ouvert, « un chef-d’œuvre de destruction », disait dans un rapport au tsar Pozzo di Borgo. Dès qu'on connut l'opposition des Russes et des Anglais, ce fut une clameur dans toutes les auberges et tables d'hôte où se rencontraient les Allemands. Stein disait : » Les Russes veulent que l'Allemagne demeure vulnérable. » Gneisenau écrivait, le 18 août, à son ami et compagnon de lutte le poète Arndt : « Nous sommes en danger de conclure une nouvelle paix d’Utrecht, et le danger vient du même côté qu’autre fois. L'Angleterre ne veut pas qu’il arrive de mal à la France : pas de cession de territoire ! Que la Russie tienne un pareil langage, cela s’explique par sa politique égoïste, par son dessein de laisser l’Autriche et la Prusse menacées dans leurs frontières et de se ménager toujours dans la France un allié. Mais, pour l’Angleterre, on ne peut conclure d’une pareille perversité qu’à un effort pour maintenir la guerre sur le continent et l’Allemagne dans sa dépendance... L'Autriche, ou

plutôt Metternich, est chancelante, douteuse; elle réfléchit à des alliances avec la France. La Bavière et le Wurtemberg se joignent à nous. Si chacun était plus sûr et plus capable de suivre une politique supérieure, nous pourrions bien, en commun; avec les petits États, faire la loi, et les autres devraient se taire. »

Mais cette communauté, précisément, était ce qui manquait le plus, et elle manquait par le motif même des revendications allemandes et parle caractère particulier des petits États : F avidité, qui les associait pour dépouiller et les mettait aux prises pour le partage des dépouilles. Les Flandres? Ils n’y tenaient que pour les principes : le droit historique, et la leçon de moralité; c’était, au surplus, affaire aux Anglais de construire la « barrière » et de fortifier leur client des Pays-Bas. La grosse affaire demeurait la Lorraine, l’Alsace, la Franche-Comté. Or, qui les garderait 250? La Prusse, mais elle était comblée, et les petits États la trouvaient déjà trop puissante. L’Autriche ne daignait ni ne voulait, et l’on a vu à quel point, en 1792 et 1813, elle redoutait ce présent dangereux. Toutefois si la Prusse prenait l’Alsace, l’Autriche réclamerait une compensation ; elle en réclamerait une aussi dans le cas où la Bavière se ferait attribuer en garde les « Marches allemandes » : il ne fallait pas que la Bavière devint une Prusse du midi. D’ailleurs, qui pouvait compter sur la Bavière? L’Autriche serait-elle plus en sûreté parce que les Bavarois tiendraient garnison à Strasbourg et à Metz? Les exemples de la guerre de succession n’étaient pas oubliés ; ceux de la guerre de 1805 et de celle de 1809 auraient suffi à les raviver. Si l’on ne confiait Strasbourg et Metz au Bavarois, les confierait-on au Badois, au Wurtembergeois? Alors les Bavarois réclamèrent à leur tour. Si l’on divisait les Marches entre les petits États, la garde paraissait insuffisante; si on l’attribuait à un seul, il deviendrait trop fort. On parla de donner l’Alsace à la Prusse, et la Lorraine à un archiduc; mais les petits États

protestèrent aussitôt contre l'usurpation des grands, soit : point de Lorraine à l'Autriche, et l'Alsace à la Prusse; mais où compenser aux Autrichiens cet accroissement de la Prusse? C'était, dans tout son marécage, le g&chis historique •de la curée d'Allemagne, après les chasses du Saint-Empire. Laissant hurler la meute, les grands se retirèrent dans la salle d'honneur, où leur repas était servi.

Wellington avait pris l'initiative des explications, avec Pozzo, le l*raoût *. «Il m'a paru convaincu, écrit Pozzo, qu'à moins que les deux cabinets russe et anglais ne s'entendissent, on ne parviendrajamais à une conclusion. » Il connaît les hésitations du prince de Metternich et la répugnance de ce ministre contre tout parti net et définitif; il est alarmé de la témérité des Prussiens. Ils s'accordèrent, en principe, sur une occupation temporaire par une armée dont « Wellington prendrait volontiers le commandement ». « Ce projet, suivant Pozzo, donne à lord Wellington la garde des intérêts de l'Europe envers la France; mais il est, en effet, le seul homme •qui puisse s’en charger avec plus de probabilités de succès et moins d'inconvénients. » Metternich fut le premier à lâcher la partie des Allemands, et sa défection, fort politique, fort •calculée, entraîna la banqueroute de la Prusse, qui se trouva seule avec sa clientèle d'affamés. Si Metternich avait conservé ■quelque regret de sa popularité compromise en Allemagne, il s'en serait consolé par le spectacle assez piteux de la retraite à laquelle se virent condamnés Hardenberg et Hum-boldt et, derrière eux, toute la « clique » des petits diplomates de principicules, tout le clan détesté des jacobins, des révolutionnaires, des patriotes, des partisans de la grande Allemagne nationale et unie, Stein, Gneisenau, Arndt, les pires ennemis désormais de l'Autriche et ceux que la paix allait précisément donner à Metternich les moyens de réduire à l'inaction et au silence.

Les choses ainsi disposées et jugeant qu’il convenait d’en

1 Note de Pozzo, 2 août 1815. finir, Castlereagh adressa, le 2 septembre, à ses collègues, un mémoire qui était le véritable ultimatum de l'Angleterre à la France, voire aux alliés ’. La Russie y adhéra le 7 septembre. L'Autriche s'y laissa ramener. Avec la Prusse, Alexandre recourut aux grands moyens, ceux de Kalisch, de Langres, de Vienne : il eut une entrevue avec Frédéric-Guillaume. Har-denberg se débattit, rédigea des notes désespérées, puis il capitula. Le 12 septembre, l'accord était rétabli entre les quatre : ils avaient adopté le projet anglais. Restait la question des objets d’art. La restitution et l’enlèvement furent décidés. Alexandre s’en désintéressait. Les Anglais y trouvèrent un moyen de donner, en vexant les Français, satisfaction aux rancunes et au puritanisme britanniques. L'opinion en France sut gré à l'empereur de Russie de son abstention; quant aux Anglais, qui mirent leur morgue à dissimuler leurs concessions sur les articles essentiels, on ne connut d'eux que leurs exigences sur cet article là, et on ne le leur pardonna point. « Les murmures sont grands, écrivait Gagern, et surtout dirigés contre le duc de Wellington. Lord Castlereagh m'assurait hier en riant : « Nous sommes pires et plus en horreur que “ les Prussiens ! »

Le 20 septembre, les quatre remirent à Talleyrand leur ultimatum ; il emportait :

P Cession d’un territoire égal aux deux tiers de ce qui avait été ajouté à l’ancienne France par le traité du 30 mai 1814, ce qui entraînait la perte de la Savoie et des places de Condé, Philippe ville, Marienbourg, Givet, Sarrelouis, Charlemont, Landau, Fort-Joux, Fort de CÉcluse;

2° Le démantèlement d’Huningue;

Le payement de 600 millions à titre d’indemnité de guerre et de 200 millions pour la construction de forteresses dans les pays limitrophes de la France, notamment la barrière des Pays-Bas;

4° L’occupation pendant sept ans d’une ligne de territoire et de places fortes le long des frontières du nord et de l’est.

1 Schaumann, pièces n® XII. — Traité du 20 novembre, p. 119 et •uiv.

1 Note de Castlereagh à ses collègues, 11 septembre; note de Talleyrand, 19 septembre ; de Wellington, 23 septembre 1815 et protocoles de la Conférence. ACCEDER G.

La Savoie n'avait point fait partie de l'ancienne France; mais les autres places exigées par les alliés y avaient appartenu : Condé et Gharlemont, par le traité de 1679, l’Écluse en 1602, Marienbourg et Philippeville en 1659, Landau en 1680 et 1714; Sarrelouis avait été fortifié par Vauban en 1680.

III

Jusqu'à ce jour, le gouvernement français ne savait rien du sort que lui réservaient les alliés. Toute la diplomatie de Talleyrand s'était usée à batailler sur l'article des objets d'art. Il avait essuyé des refus hautains et subi les injonctions impérieuses de la Conférence. Le roi, Paris, la France entière, attendaient avec une anxiété qui montait à l'angoisse. Le roi n'entretenait avec les souverains que des relations officielles 251. Tout le train de galas, de diners, de spectacles de 1814 s'était restreint aux politesses et aux gestes du cérémonial. Les alliés se renfermaient entre eux, faisant le vide autour des Tuileries et des Affaires étrangères. Talleyrand, depuis le retour de Napoléon, avait perdu tout prestige et tout crédit. Louis XVIII, qui ne l'aimait point et, malgré tout l'esprit de ses lettres de Vienne, le goûtait peu, ne lui pardonnait point de s'étre imposé en 1814, à Paris, à Gand; froissé, au fond, de la quasi-tutelle d'un personnage qui, malgré toute sa déférence apparente, relevait les prétentions d'un feudataire de Hugues Capet par l'orgueil d’un feudataire de Napoléon; trop vieille noblesse, noblesse trop récente, l'une et l'autre également désagréables au roi. Enfin il lui tenait une rancune particulière d'avoir introduit Fouché dans le conseil. Talleyrand importunait le roi, Fouché le révoltait, et davantage à mesure que

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l’un et Vautre paraissaient moins utiles, Fouché surtout. Louis n'avait point encore avalé l'amertume de ce choix forcé. Ce fut pour ce fin et patient politique un divertissement à son inaction contrainte, une revanche contre ses proches, la coterie d'Artois, Angoulême et Berry, d'user entre ses mains molles et grasses, de réduire à l’étal de fantoche révolutionnaire, cet homme autrefois si redoutable, imposé comme nécessaire et devenu si vite encombrant.

L'engouement du faubourg Saint-Germain pour Fouché passa avec la peur. Ainsi Tallien et ses associés après le 9 thermidor. Une fois au conseil et dans le gouvernement normal, Fouché n'y fut plus rien Les salons qui l'avaient évoqué comme un sauveur se rappelèrent que ce sauveur avait été régicide et terroriste, et réclamèrent son exclusion. Louis XVIII le nomma, le 14 septembre, ministre à Dresde, où il devait bientôt passer du personnage de résident à celui de proscrit.

C'était un avertissement pour Talleyrand, encore que n'ayant point voté en janvier 1793, ni commandé d’exécution, ni fait métier de pourvoyeur de la guillotine, il n’eût à redouter, en fait d'exil, que les oisivetés de la pairie. Réduit à l'inertie, car les alliés n'entendaient à aucune réclamation et ne révélaient aucun dessein, il affectait la désinvolture, la dissipation. On ne parlait que de ses amours d'automne avec la duchesse de Dino, et de la mélancolie où le plongeait le départ pour Vienne de cette enchanteresse. Talleyrand, sans aucun doute, en était affecté, étant pris des sens, de l'esprit, du cœur peut-être, autant qu'il en était susceptible, et, à son âge, ces prises sont tyranniques ; mais il ne lui déplaisait point qu'on le dît : c'était une attitude, et galante, de grand seigneur, tandis que la disgrâce emporterait un de ces affronts dont on ne se relève pas facilement. Cependant elle venait, et il la sentait venir, et du côté précisément d'où était venue la faveur en 1814 : la Russie.

1 Pasqvier. — Madelin, ch. xxvn.

Le roi était antipathique au tsar, le ministre lui était odieux et suspect. Talleyrand avait, à Paris, en 1814, tout laissé espérer à Alexandre, qui le croyait à sa discrétion. A Vienne, il se montra l'adversaire constant des desseins du tsar. Les Français de l'entourage d'Alexandre attribuaient au seul Talleyrand toute la machination du traité de janvier. Ils assuraient que Louis XVIII n’en avait rien su. Alexandre, méfiant à l’égard du roi, refusait de négocier avec le ministre. Il fit même travailler contre lui par ses agents, Nesselrode et Pozzo ‘. Louis XVIII n'avait aucun goût à recevoir un ministre des affaires étrangères des mains d'Alexandre ; la nécessité l’y contraignit. Son humeur contre Talleyrand y trouva un prétexte de se satisfaire ; il sut l'amener, et en forme assez sèche, à la démission. Le 20 septembre, averti que les alliés se disaient en mesure, il désigna Talleyrand, Dalberg et le baron Louis « pour conférer relativement à l'arrangement définitif qui doit être fait avec les puissances réunies à Paris252 253 ».

Talleyrand, de son côté, ne laissait point de percer le jeu, et se voyant menacé, il combina sa sortie, en songeant à une rentrée future. Il en usa avec le roi ainsi que jadis avec l'empereur. Comme il avait su rejeter sur Napoléon l'impopularité des conquêtes, il s’efforça de rejeter sur Louis XVIII et sur le successeur que ce roi lui donnerait l'impopularité des concessions. 11 trouva dans les exigences des alliés le plus honorable des motifs de démission, et il s'arrangea une fois de plus de façon à se faire honneur de la nécessité. Dans la même journée où ils l'avaient adopté, le 20 septembre, les alliés communiquèrent à Talleyrand leur ultimatum. On trouve aux affaires étrangères cette note254 : « Voici les propositions des alliés. Le roi doit les entendre ce soir à neuf heures. Il en faut deux copies. M. de Talleyrand vous prie de les faire faire par les bureaux... Je viendrai les prendre avant neuf heures. Faites vos réflexions. Je ne puis pas signer de telles conventions. 11 n’y a ni France ni roi avec cela. » Talleyrand pensait de même et le déclara bien haut. 11 fit composer par La Bes-nardière une réponse à la note des alliés : elle est datée du 21 septembre. G’est un mémoire de publiciste, une dissertation académique sur le droit de conquête 255. Les alliés reconnurent le style et l’esprit des notes de Gaulaincourt au congrès de Ghâtillon, des notes de Talleyrand sur la Saxe au congrès de Vienne, et renvoyèrent la pièce aux mêmes archives. On y parlait avec rhétorique de « l’esprit de conquête soufflé par l’usurpation ». Un allemand, Gagern, fit observer, avec ironie : a Quand M. le prince de Talleyrand ou mon honorable ami M. le chevalier de la Besnardière me diront qu’ils détestent l’esprit de conquête, je les en crois. Je leur rends volontiers cet hommage personnel. J'étais témoin de ce noble sentiment dans les époques calamiteuses. Mais s'ils parlent au nom de la France, nous ne pouvons nous empêcher de voir, dans cette horreur du fruit défendu l'application d’une fable de Gellert et de La Fontaine... » Toutefois Talleyrand admettait la discussion, il admettait des cessions a sur ce qui n’était pas le territoire de l’ancienne France », c’est-à-dire la Savoie, et peut-être Landau.

Mais les alliés semblaient au terme de leurs concessions. Les Anglais avaient eu trop de peine à y conduire leur propre gouvernement; les Prussiens s’y étaient pliés avec trop d'humeur pour qu’on s’exposât à recommencer le débat. Alexandre seul, qui, dès le début, s'était prononcé contre toute cession territoriale, consentirait peut-être quelque amendement; y déciderait-il ses alliés? Pour le tenter, il fallait au moins qu’il y trouvât un sérieux intérêt de politique ou quelque beau motif de désintéressement. 11 ne se découvrait aucun intérêt à se montrer magnanime par le canal de Talleyrand, et, pour que Louis XVIII obtint un nouveau témoignage d’amitié de la

Russie, il lui devait apporter quelque gage de la sincérité et de la durée de sa gratitude.

Louis XVIII vit Alexandre le 22 septembre, et il n’en obtint à peu près rien : des paroles, « des opinions peu différentes des termes de la transaction 256 ». Louis XVIII ne sut ou ne voulut point trouver ce qu'il aurait dû dire à Alexandre pour le gagner. Alexandre jugea sans doute que c’eût été pousser trop loin la condescendance que de l’insinuer lui-même. G’est alors qu’intervint Pozzo. Ce Corse très délié avait su plaire à Louis XVIII, qui pensait même à se l’attacher comme ministre de l’intérieura. II désirait l’alliance; il savait parfaitement quel prix Alexandre mettrait à son intervention. Il le dit, et sut le faire admettre à Louis XVIII. Il lui fit sans doute entendre qu’Alexandre avait, à Paris et à Vienne, éprouvé de trop pénibles déceptions pour en affronter de nouvelles ; il rejeta sur Talleyrand Terreur du traité du 3 janvier; il parla de ce traité comme si le roi ne l’avait ni approuvé ni même connu ; mais il insinua qu'Alexandre, pour intervenir auprès de ses alliés, avait besoin d’un gage des intentions du roi, et c’est ainsi que fut imaginé l’expédient d’une lettre du roi à l’empereur. Cette lettre était destinée à demeurer dans les archives russes, comme une lettre de change en forme royale, un témoignage authentique des sollicitations du roi de France et des obligations contractées par lui envers la Russie. Pozzo prépara la minute, Louis XVIII en rédigea, vraisemblablement, les passages relatifs à sa personne. Il n’était point paresseux à écrire ; il écrivait en une forme élégante, et quand il s’agissait de son honneur et de l’intégrité de la vieille France, d’un grand style :

C’est dans l’amertume de mon cœur que j’ai recours à Votre Majesté... Je sentais la nécessité de renoncer à cet excédent de territoire qu’avait dévolu & la France le traité de Paris... Mais aurai-je pu présumer qu’au lieu de ces conditions, déjà assez onéreuses, il m’en serait proposé d’autres qui allient la ruine au déshonneur? Non, Sire, je ne saurais encore me persuader que votre opinion soit irrévocable. La confiance que m’inspire votre âme grande et généreuse se refuse encore à la triste réalité.

Mais s’il en était autrement; si j’avais le malheur de m'abuser; s1 la France n’avait plus à espérer la révocation de l'arrêt qui a pour but de la dégrader; si Votre Majesté demeurait inflexible, et qu’elle ne voulût point employer auprès de ses augustes alliés l’ascendant que lui donnent ses vertus, l’amitié et une gloire commune, alors, je n’hésite plus à vous l’avouer, Sire, je refuserais d’être l’instrument de la perte de mon peuple et je descendrais du trône plutôt que de condescendre à ternir son antique splendeur par un abaissement sans exemple.

Votre Majesté retonnaltra sans doute dans la sincérité de cet aveu, qui se fonde sur une résolution inébranlable, toute l'étendue de ma douleur, ainsi que la courtoisie des sentiments avec lesquels je suis...

Ces expressions semblent assez disproportionnées si l'on ne songe qu’à l’étendue des territoires qu’il s’agissait de sauver. Qu’entend dire le roi quand il parle des conditions « qui allient la ruine au déshonneur? » Pour la ruine, c’est l’excès de la contribution (800 millions) et la durée de l’occupation militaire par 150,000 hommes, pendant sept ans, aux frais de la France. Pour le déshonneur, c’est la cession de Condé, Givet, Charlemont, Philippeville, Marienbourg, Sarrelouis, Landau, les forts de Joux et de l’Écluse, le démantèlement d’Huningue. Bicoques, dira-t-on; convenait-il d'en taxer l’abandon de honteux, alors qu'un an auparavant on ne s'était point trouvé déshonoré pour renoncer au royaume d'Italie, à la rive gauche du Rhin tout entière et à la Hollande? Mais les territoires abandonnés en 1814 étaient des conquêtes de la Révolution; conquêtes viciées aux yeux de Louis XVIII. En y renonçant, ce roi restituait, il ne cédait pas. Les territoires réclamés par {'ultimatum du 20 septembre avaient appartenu à l’ancienne France, ils venaient de Louis XIV; en livrer une parcelle, c’était, pour Louis XVIII, aliéner un héritage sacré et capituler sur son « principe » presque aussi grièvement que s’il eût accepté le plébiscite. Ainsi s'explique la solennité des expressions de la lettre.

Louis la signa le 23 septembre. Il fit plus. Il décida de congédier Talleyrand et d'appeler à la présidence du conseil, avec le portefeuille des affaires étrangères, un homme dont l'entrée au ministère serait pour Alexandre la garantie vivante de la sincérité du roi. Cet homme d'État, qui passait pour a bon Russe » , était, du même coup, le meilleur Français du monde, le plus éclairé des royalistes et le plus apte non seulement à remettre la France sur pied en Europe, mais à remettre la monarchie sur pied en France, à faire de Louis XVIII, en Europe, autre chose que le lieutenant général de la coalition, un vrai roi de France, et, en France; autre chose que le roi de l'émigration, le roi de tous les Français. Absent de France depuis 1790, le duc de Richelieu n-avait pas émigré : il avait pris, en règle et en forme, du service en Russie, et par tempérament, par éducation publique, par le cœur aussi il était le moins « émigré « des hommes. Il savait les affaires, et il avait fait ses preuves d'administrateur dans son gouvernement d'Odessa. Enfin, il n'avait point pris part aux guerres de la coalition. II ne rentrait pas en France en vainqueur. Homme de l'ancienne France, capable de comprendre et d'aimer la nouvelle, Richelieu possédait, au plus haut degré, des qualités qui manquaient à Talleyrand et que rien, dans la crise des affaires, ne pouvait suppléer : la dignité, la pureté de la vie, la noblesse du caractère, la sincérité qui commande la confiance et attire la sympathie : de la tête aux pieds, un parfait gentilhomme au service de l’État1.

Toutefois il hésita, connaissant les dissentiments de la famille royale et se méfiant des embûches des ultras. Ce fut le tsar qui le décida, et les paroles qu'il lui adressa, le 24 septembre, éclairent toute cette histoire. « Des intrigants de la pire espèce, lui dit-il (Talleyrand), ont failli nous brouiller, le roi et moi, par des démarches injustifiables, nuisibles aux véritables intérêts de la France (entendez le traité du 3 janvier). Je ne puis avoir confiance en eux ; vous seul m'en offrez assez pour

1 Rochechouart. — Bar an te. — Correspondance de Richelieu : Société d'histoire de Russie.

oublier cet acte d'ingratitude; je vous délie de tous vos engagements envers moi, à la condition que vous servirez votre roi comme vous m'avez servi. Soyez le lien de l'alliance sincère entre les deux pays, je l'exige au nom du salut de la France. « Richelieu se mit à la disposition de Louis XVIII.

Talleyrand, cependant, sans réponse des alliés, demanda au roi d'intervenir personnellement près d'eux. Louis XVIII lui répondit, avec la plus cruelle, mais la plus constitutionnelle ironie : « C'est au cabinet de se tirer d'affaire. » Talleyrand comprit et donna sa démission. Puis il la présenta au public comme un acte de patriotisme. * Pourquoi ne voulez-vous pas être ministre de l'Europe avec nous? » lui demandait Castlereagh. « Parce que, aurait-il répliqué, je ne veux être que le ministre de la France, et vous le voyez par la manière dont j'ai répondu à votre note. » Le roi accepta la démission « de l'air d'un homme fort soulagé 257 ». « Ma retraite fut aussi un soulagement pour l'empereur de Russie. Il lui fallait une dupe, et je ne pouvais l'être *. • Quinze ans après, il écrivait de Londres, où, représentant de Louis-Philippe d’Orléans, il venait de faire déclarer la neutralité de la Belgique : « Les conditions humiliantes proposées en 1815 décidèrent alors ma retraite a. »

Le 26 septembre, le ministère fut constitué. Deux jours après, cent millions furent retranchés de la contribution de guerre et le démembrement de la frontière réduit, outre la Savoie, aux places de Philippeville, Marienbourg, Sarrelouis, Landau. La France sauva Condé, Givet, Charlemont, Joux, Fort de l'Écluse. Ce fut le don de joyeux avènement de Richelieu. Alexandre déclara qu'il n'irait pas plus loin, et les représentants de Louis XVIII eurent beau se débattre, il n'obtinrent rien de plus •. Comme Richelieu insistait près du tsar, ce prince lui montra une carte où était dessinée la ligne maxima des réclamations des alliés 258 : a Voilà la France telle que mes alliés voulaient la faire; il n'y manque que ma signature, et je vous promets qu'elle y manquera toujours. » Il ne pouvait terminer avec plus de noblesse, de grâce et d'habileté une négociation où il avait apporté une politique si ferme, si adroite, avec tant de vraie grandeur.

Richelieu lui écrivit le 17 octobre : « Que Votre Majesté veuille bien dire que la France existe, et soutenir cette volonté, etj'ose espérer que nous nous sauverons. » Alexandre avait refait la Prusse ; un Richelieu l'appelait le sauveur de la France : qu’il achevât de reconstituer la Pologne, et son rêve serait accompli. Moins d’un siècle après la mort de Pierre, qui, le premier, avait fait connaître à l'Europe que le tsar de Moscovie comptait parmi les grands princes, Alexandre avait conduit les armées russes victorieuses i Paris, il se posait en protecteur de l’héritier de Louis XIV et de l’héritier de Frédéric, et il élevait la Russie à la suprématie du continent.

IV

Les arrangements de détail, notamment ceux de l'occupation et des contributions, remplirent le mois d'octobre et une partie du mois de novembre. Dans l’intervalle, Murat, après avoir erré en proscrit en Provence, tenta une dernière aventure. Emporté par le vertige de la couronne comme d’autres par le vertige de l’abîme, il débarqua sur les côtes de son ancien royaume dans le dessein insensé d'y déchaîner une révolution. Il fut pris et fusillé au Pizzo, le 13 octobre 1815*. « Vous savez la fin de Murat, écrit Pozzo di Borgo le 7 novembre.;. Ney sera jugé dans la semaine. » Arrêté le 5 août en violation de la capitulation de Paris et par le déni de parole impardonnable et des étrangers qui avaient signé cette capitulation, et du gouvernement qui en avait profité, Nev comparut devant la cour des pairs, transformée en cour pré-vôtale, où siégeaient tant de ses compagnons d'armes de la République et de ses camarades de promotion dans la noblesse impériale. Il fut condamné à mort le 5 décembre et exécuté le 7. Murat avait quarante-quatre ans, Ney quarante-huit.

Le traité de paix fut signé le 20 novembre *. Les districts de Belgique et d'Allemagne, indiqués ci-dessus, ainsi que les parties de la Savoie ajoutées en 1814 à l'ancien territoire français, en sont séparés. Huningue est démantelé. La France paie une indemnité de guerre de 700 millions et subit une occupation de 150,000 hommes à ses frais, sur les frontières du nord et de l’est. La durée de cette occupation est fixée à un maximum de cinq ans; toutefois, les souverains se réservent d'en abréger le terme, d'un commun accord, au bout de trois ans, si l'état de la France le permet. Cette occupation présentait le double caractère d’une prise de gage pour le paiement de l’indemnité et d'une garantie contre le péril d'une nouvelle révolution. Contre ce péril, les quatre renouvelèrent le jour meme du traité, le 20 novembre, leur alliance de Chaumont.

Ce traité confirma le pouvoir exécutif de l'alliance. Cette alliance avait constitué à l'Europe une charte, l'acte final du 9 juin 1815, qui déterminait l'état de possession de chaque puissance. Les alliés tentèrent de pousser plus loin, de'donner à cette Europe, pourvue d’une loi et d'une gendarmerie, des principes et un système de gouvernement.

Les principes avaient été stipulés dans le contrat mystique signé, le 26 septembre, par Alexandre, Frédéric-Guillaume et François et qui est dit traité de la Sainte-Alliance. Les trois souverains, avant de se séparer, voulurent adresser au ciel de solennelles actions de grâce, prendre l'univers à témoin de la

1 Protocoles et pièces dans Angeberg.

beauté de leurs serments, et, s'estimant investis d’un apostolat politique, en dresser le symbole. Ils se déclarent frères, délégués par la Providence au gouvernement de branches de la même famille : l’Autriche, la Prusse, la Russie, et, se considérant comme compatriotes dans la même cité chrétienne, ils se prêteront en toute occasion, eten tout lieu, assistance, aide et secours. L’Angleterre y adhéra. Ges principes, on pourrait dire cette religion politique manifestée, ils en organisèrent les rites et en décrétèrent le droit canon. Ils cherchèrent dans les moyens qu’ils avaient employés pour rétablir la paix un moyen de la maintenir. Ils décidèrent de faire des congrès une institution européenne destinée à prévenir et à régler les différends entre les États et les nations. « Pour assurer et faciliter l’exécution du présent traité — 20 novembre —et consolideras rapports intimes qui unissent aujourd’hui les quatre souverains pour le bonheur du monde, les hautes parties contractances sont convenues de renouveler à des époques déterminées des réunions consacrées aux grands intérêts communs et à l’examen des mesures qui, dans chacune de ces époques, seront jugées les plus salutaires pour le repos et la prospérité des peuples et pour le maintien de la paix de l’Europe ’. »

Cette paix fut placé sous le régime des congrès, et pour régler ce régime, les quatre s’érigèrent en directoire. La France en était exclue. Elle n’avait cessé d’être hors la conquête que pour passer sous la tutelle. Elle restait assujettie à l’occupation étrangère, pour la police, et à la Conférence, pour la politique. Les ambassadeurs des quatre continuèrent de siéger à Paris, en cette forme, surveillant tout, s’ingérant en toutes les opérations du gouvernement français, parce qu’il n’existait point de mesure essentielle de gouvernement qui ne se rattachât à l’exécution du traité de Paris : le maintien de la paix, le paiement de la contribution de guerre, l’entretien de l’armée d’occupation. Par là, ils touchaient à l’adminis-

1 Art. VI du traité du20 novembre 1815, qui renouvelle le traité de Chaumont du 1er mars 1814.

tration dans les départements occupés et, par les finances, à tout le gouvernement.

Louis XVIII et Richelieu n'eurent dès lors, qu'un objet politique : libérer le territoire français, libérer les finances françaises, rendre à la nation son indépendance, à la couronne sa liberté d'action, à la France sa dignité parmi les nations. Or, il ne leur suffisait pas de payer, il leur fallait rassurer les alliés sur la durée du gouvernement de la Restauration, et obtenir d’eux, en réalité, le droit à l'existence. Ils y réussirent par un gouvernement qui fut, durant trois années, 1817-1820, l'un des plus bienfaisants que la France ait connus et qui, pour la fondation du gouvernement libre, peutêtre comparé aux quatre années du consulat de Bonaparte, pour l'établissement de la liberté civile. Ils y parvinrent, grâce au concours à la fois généreux et politique qui avait sauvé en 1815 l'intégrité de la vieille France, celui du tsar Alexandre et celui de Wellington, qui commandait l'armée d’occupation et présidait la Conférence. Alexandre émit le vœu que la France fût rendue à elle-même, et Wellington certifia qu’elle le pouvait être sans péril pour la paix de l’Europe. Ainsi furent négociées et signée, en 1817, une convention qui allégeait l'occupation de 30,000 hommes; en 1818, au congrès d’Aix-la-Chapelle, une autre convention qui acceptait pour le reliquat de l’indemnité de guerre un emprunt garanti par des banquiers de Hollande et d’Angleterre1. Le 4 novembre, en ce congrès qui réunit une fois encore les trois souverains, chefs d'armée et chefs de peuples de 1813, Alexandre, Frédéric-Guillaume et François, avec les principaux diplomates de la coalition et des traités de 1815, Castlereagh, Wellington, Metternich, Nesselrode, Gapo d'Istria, Hardenberg, les représentants des quatre invitèrent le duc de Richelieu à venir siéger dans leurs conseils et à prendre part dorénavant à leurs délibérations. Le 15 novembre, le haut gouvernement de l’Europe par les cinq grandes puissances fut réellement déclaré au

1 2 et 8 octobre 1815, Protocoles et actes, Angelberg. — Creux, la Libération du territoire.

monde et réglé sur les principes posés à Paris trois ans auparavant *. Le 30 novembre, les derniers soldats étrangers quittèrent le territoire français. La grande guerre, la guerre de vingt-trois ans, était définitivement close.

A ne considérer que la superficie des choses, les teintes de ' la carte, la lettre des traités et le dispositif des chartes, il semble que la France soit tout simplement revenue à son point de départ. Elle avait entrepris la guerre en 1792 pour défendre son indépendance nationale, l’intégrité de son territoire, les réformes qu'elle avait accomplies dans les lois —la liberté civile — et les garanties qu'elle s'était données de ses droits par ses institutions politiques. La guerre avait été déclarée par Louis XVI, roi constitutionnel des Français ; la paix est signée par Louis XVIII, roi de France, gouvernant selon la charte qui garantit les libertés civiles et politiques aux Français ramenés à leur territoire de 1790. Le corps de la nation n'était point entamé. Les résultats essentiels de la Révolution subsistent. La France conserve le Gode civil avec ses effets sociaux. Elle possède le gouvernement représentatif avec ses conséquences politiques. Le cycle est fermé.

1 Déclaration du protocole du 15 novembre 1815, «igné par Richelieu et par les ministres des quatre. — Ahcebkiig.

CHAPITRE V

L’EUROPE ET LA RÉVOLUTION FRANÇAISE

I

Le cycle est fermé, le cycle de ce livre; mais un livre n’arrête pas plus, à sa dernière page, le développement de l’histoire qu’un tableau n’enferme dans son cadre l’immensité du ciel. Ce n’est jamais qu’une tranche dans la tapisserie sans fin qui se déroule sans cesse. Tout se continue, évolue et porte ses effets. Tout se détache du passé, tout se rattache à l’avenir et l’époque que l’historien croit saisir n’est jamais qu’un entredeux. Cependant, au moment de voir finir cette période et d’en voir commencer une nouvelle, il est permis de s'arrêter au tournant, de considérer, dans son ensemble, la région parcourue, de chercher les lignes directrices et continues, de dégager dans la transformation ininterrompue de la vie, ce qui subsiste de permanent, ce qui apparaît de particulier, en un mot les caractères par où cette période découpée par l’historien dans l’histoire générale y rentre cependant et en forme un moment.

Or, en cette histoire d’un quart de siècle qui met toute l’Europe aux prises, le permanent c’est la lutte pour les limites. C’est par là que l’histoire de l’Europe et de la Révolution française se relie aux luttes antérieures de l’Europe et de la France et contribue à expliquer la suite des luttes à venir. La France veut conquérir les limites de César ; c’est une tradition des chancelleries royales ; c’est un enseignement des érudits, c’est une suggestion des poètes, c’est une ambition des chefs, rois, ministres , généraux, assemblées ou comités ; c’est un article d'intérêt pour les économistes, une raison d'État pour les politiques, une utopie nationale pour le peuple, et toute l'histoire y marche, depuis Charlemagne, d'une impulsion instinctive d'abord, et, plus tard, d'un dessein concerté L.

Avec la même ténacité que la France poursuit ce dessein de croissance, les autres États de l'Europe poursuivent leur dessein de compression ; ils apportent à refouler la France dans ses a anciennes limites » autant d'obstination que la France met d'élan à en sortir, afin de se donner ses « limites naturelles » . Les prétextes de la guerre changent, comme les armes des combattants; mais c'est la même guerre qui se poursuit, et qui ne se finit pas plus à Vienne en 1815, qu'elle ne s'était finie à Utrecht, àNimègue, aux Pyrénées, à Osnabrück et à Münster. De tout temps, c'est en Hollande que la France a conquis et perdu la Belgique et la Flandre; de tout temps lorsqu'elle a voulu s'étendre vers le nord, c'est l'Angleterre qu'elle a trouvée sur son chemin, en armes, aux passages, et, la paix faite, bouchant les issues et fortifiant les barrières. De tout temps, la vallée du Rhin a été le champ de bataille des deux empires sortis de l'empire de Charlemagne ; de tout temps c'est en Italie et en Allemagne que la France a conquis et perdu le Rhin. Voilà la marque d’origine et le signe de l'espèce dans toutes les coalitions, de Bouvines à Fleurus, de Crécy à Waterloo, de Pavie à Lodi, que le prétexte soit la réforme ou la révolution, la succession de Naples ou la succession d'Espagne, que les protagonistes se nomment Louis XIV ou Guillaume III, Wellington ou Napoléon. Sous ce rapport, qui est un rapport continu, la révolution ne se sépare pas plus de l'ancien régime que l'empire de la république. Les arrêts que l’on tâche d’introduire en cette marche ne sont que des artifices de composition livresque; ils n’ont pas plus de portée sur les événements de l'histoire que les coups de ciseaux aux pages qui déplaisent, gênent ou attristent, dans le livre où l'histoire est racontée.

- 1 Voir t. I, les traditions politiques.

496 L’EUROPE ET LA RÉVOLUTION FRANÇAISE.

Pourquoi Louis XIV ne s’est-il pas arrêté après la paix de Nimègue, la République après Campo-Formio, Napoléon après Austerlitz? Questions puériles, fantasmagories verbales, qui supposent une France isolée dans le monde, maîtresse d'une Europe docile et désintéressée, une France disposant du cours des choses et des passions des hommes, menée au port par un vent qui ne changera pas, portée par une marée qui n'aura point de reflux. De tant de politiques ambitieux et habiles, deux seulement ont su mélanger la modération à la force, et se sont vus arrêtés en plein succès, Henri IV par le poignard de Ravaillac, Richelieu par la maladie ; mais la mort de Henri IV, au lieu de dissoudre la coalition, la reforme, et la faiblesse de la régence, au lieu d'apaiser l'Europe, l'excite aux revanches; mais, Richelieu mort, les ennemis se précipitent sur le royaume, sans autre vue que le déchirer en ses entrailles et le démembrer en ses extrémités.

Considérez les motifs que se donnent ces ennemis ; ils sont toujours les mêmes. Quand la France sort à peine du limon féodal, dès François Ier, ils parlent de la réduire à a ses anciennes limites » , et leurs publicistes du seizième siècle ne s'expriment pas autrement que ne feront ceux du dix-septième. A lire les protocoles, notes et mémoires de 1709 et 1710, on croit lire ceux de la paix de Paris en 1815, et Bismarck, en 1870, pour motiver la réunion de l'Alsace et de Metz, n'invoqua pas d'autres prétextes que ceux de Gagern, de Har-denberg et de Humboldt en 1815. Sauf la Russie, qui alors ne figurait pas dans les coalitions, les mêmes alliés anglais, autrichiens, prussiens, allemands et hollandais proféraient, un siècle auparavant, les mêmes menaces d'extermination et réclamaient les mêmes châtiments et les mêmes démembrements contre les rois légitimes de l'ancienne France. Les Espagnols avaient médité les mêmes destructions contre le catholique Henri III et le huguenot Henri IV ; Guillaume III parlait comme Graham ou Stein, agissait comme Blücher et Wellington. Ils n'étaient pas plus acharnés, A la conférence d’Anvers, contre la France révolutionnaire et républicaine,

qu’ils ne l’avaient été contre la France de Louis XIV et qu’on allait voir la plupart d’entre eux acharnés contre la France de Louis XVIII. Ce n’est donc point le seul excès de la victoire, si réel qu’il soit et si démesuré qu’il paraisse, à partir de 1805, qui explique la persistance des coalitions sous des régimes si divers et dans des conditions politiques si différentes.

A n’observer qu’en soi et à part des autres chacune des eoalitions qui se succèdent de 1792 à 1815, on confond les prétextes d’apparat avec les causes réelles, et, dans ce grand procès de la France, on oublie le fond du litige pour ne juger que sur la procédure et sur les incidents. Il faut remettre les choses dans leur chaîne. En 1812, ce que vise la coalition, c’est dit-on, le Grand empire, la France élevée à cent trente départements, débordant au-delà des bouches de l’Elbe, embrassant la Hollande et Rome, dominant l’Allemagne par la confédération du Rhin, poussant ses prises jusqu’à la Vistule par le duché de Varsovie, maîtresse de l’Italie par le royaume d’Italie à Napoléon et le royaume de Naples à Murat, disposant de la Suisse, occupant l’Espagne. Soit; mais lors de la coalition précédente, en 1809, ni les villes hanséatiques et l’Allemagne du nord, ni la Hollande, ni Rome ne sont annexées au Grand empire : c'est donc parce que Napoléon a placé ses frères à la Haye, à Dusseldorf, à Madrid, son beau-frère à Naples, parce qu’il est protecteur de la confédération du Rhin, et que la Pologne, par le duché de Varsovie, est une marche de l’empire. Soit : mais lors de la coalition précédente, en 1806, il n’y a point de duché de Varsovie, ni de Bonaparte en Espagne et à Dusseldorf; c’est donc la confédération du Rhin, Louis en Hollande et Joseph à Naples. Soit; mais, lors de la coalition précédente, en 1805, la confédération du Rhin n’existe pas, les Bourbons régnent encore à Naples et même ils figurent parmi les coalisés; les Autrichiens possèdent Venise, l’Istrie, la Dalmatie; c’est donc le royaume d’Italie, Milan, les Légations, Gênes, le Piémont annexés. Soit; mais, lors de la coalition précédente, en 1798, on ne voit ni de royaume d’Italie, ni de Piémont en départements :

vin.


32

498 L’EUROPE ET LA RÉVOLUTION FRANÇAISE

ce sont donc les républiques, batave, helvétique, cisalpine, ligurienne. Soit; mais, en 1795, ces républiques n'existent pas, et si la guerre est poursuivie avec acharnement par l’Angleterre et par l’Autriche, c’est donc pour ces Pays-Bas et la rive gauche du Rhin, les a limites naturelles. » Soit; mais, en 1793, lorsque se noue la grande coalition, celle qui réunit toute l’Europe, non seulement la France n’envahit point, mais elle est envahie; il ne s’agit pas meme de la refouler dans ses anciennes limites, il s’agit de l’y entamer : les Flandres, la Picardie jusqu’à la Somme, la Lorraine, l’Alsace, la Comté, le Dauphiné peut-être. C’est donc alors la propagande révolutionnaire et le régicide, le scandale donné à l’Europe monarchique, la sortie des conquérants de 1792, le péril de tous les trônes. Soit; mais lorsqu’en février 1792, se forme entre l’Autriche et la Prusse la première alliance, matrice de toutes les coalitions futures, Louis XVI est sur le trône et la propagande n’est qu’un thème de harangues. C’est donc à la vieille France que l’on en veut, et il faut en venir là pour découvrir le fondement, ou, comme on dit des navires, les œuvres vives de toutes les coalitions.

En 1791, Louis XVI est en péril et le principe monarchique est menacé par la constitution même que les Français lui ont imposée ; or, quand ils parlent de le secourir, c’est-à-dire de se protéger eux-mêmes en sa personne, quels discours tiennent ceux qui cherchent à nouer l'alliance des rois contre ces Français turbulents? Les mêmes que tenaient, quelque quatre-vingts ans auparavant les coalisés d’alors aux conférences de Gertruydenberg : rogner la France, lui enlever l’Alsace et la Lorraine. Louis XIV régnait alors : s’il menaçait quelque chose, ce n’était certes pas le « principe monarchique » . Les futurs coalisés, en 1791, songeaient si peu à défendre ce « principe » qu’ils se félicitaient de voir la monarchie française affaiblie par sa constitution nouvelle, se rongeant soi-même en son intérieur, en attendant qu’elle donnât l’occasion de l’entamer du dehors. « L’expérience de plus d’un siècle, écrivait Kaunitz, qui fit éprouver souvent à toute

l'Europe la prépondérance que la situation physique et les ressources infinies de la France procuraient à ce royaume dans la balance générale sous le gouvernement d'un monarque absolu, a convaincu spécialement l'Autriche que rien n'était plus compatible avec la sûreté de ses propres États qu'un relâchement et une complication des ressorts internes de cette formidable monarchie, qui détourneraient à l'avenir son énergie des entreprises étrangères259 260. »

Au lieu d’Autriche, lisez Europe, l’Angleterre y comprise, bien entendu, et, au cœur même de la ligue, vous connaîtrez l'esprit de toutes les coalitions, le lien qui les relie, depuis celle que fomentait, en 1790, la diète de Ratisbonne, jugeant l'occasion bonne pour réclamer la dénonciation des traités de Westphalie et la restitution de l'Alsace et de la Lorraine à l'Empire, parce que la France avait aboli, chez soi, les droits seigneuriaux261, jusqu'à celle de 1815 où les mêmes Allemands revendiquent la même Alsace et la même Lorraine sous prétexte de protéger les Allemagnes paisibles, modestes et désintéressées contre « l'ardente vanité du peuple qui ne cessera pas de réclamer la conquête de la Belgique et de la rive gauche du Rhin 259 ». « Pour le bien de l'Europe, pour le bien de la France, disait Hardenberg, ne laissons pas échapper le moment favorable. La divine Providence a visiblement amené cette occasion262. » Toute la politique des Anglais, toute la magnanimité d'Alexandre, se portèrent à souder la maille rompue au point où, en 1792, les premiers alliés auraient voulu la forger : la monarchie constitutionnelle, les limites de 1790 et la barrière des Pays-Bas.

La coalition de 1805, où furent dessinés tous les plans qui s'accomplirent en 1815, marque à peu près le milieu de cette histoire de vingt-trois années, 1792-1815. A saisir alors les affaires, au passage et dans le plein de leur croissance, on en

500 L’EUROPE ET LA RÉVOLUTION FRANÇAISE* discerne la direction et l’écoulement. Lunéville et Amiens se détruisent par les mêmes mouvements qui les ont amenés : l'Europe, parce qu’elle ne veut, la France, parce qu’elle ne peut pas s’y tenir. Pour les imposer, il a fallu occuper l’Italie, la Suisse, l’Allemagne, la Hollande, et pour les conserver il faut dominer ces pays, sans quoi les alliés s’y installent et, de là, mènent leurs parallèles et leurs approches sur la place conquise en 1801 et en 1802. 11 faut donc suivre cette guerre de mines entre les alliés qui veulent toujours refouler la France au delà des limites qu’ils lui avaient reconnues, 1795, 1797, 1801; et la France, amenée sans cesse à pousser ses têtes de pont, ses avancées, ses forts détachés au delà de ces mêmes limites, si elle veut les défendre contre la marée contraire dont le flux, incessamment, les vient battre. Tout dépendit toujours, du commencement à la fin, de 1792 à 1815, d’un accident, du génie d’un homme, de la ténacité d’une armée, d’une journée de bataille, etla dernière bataille, incertaine comme toutes les précédentes, ballotée entre le succès qui renouvellerait tout et la catastrophe où tout sombrerait, comme ont été ballotées Fleurus, Castiglione, Zurich, Marengo, Austerlitz, Iéna, Friedland, Wagram, la Moskowa, Leipzig, finit par l'effondrement de l’Empire et le désastre de la France.

Nous avons considéré les péripéties de cette lutte, nous en connaissons les origines et les circonstances ; considérons les mesures qu’a prises l’Europe victorieuse pour en prévenir le retour. Nous avons vu ce qu’elles sont, voyons ce qu’elles valent.

Il

La guerre malgré ses proportions énormes, a été une guerre de limites ; les traités, si étendues qu’en soient les stipulations, sont également des traités de limites.

De tous les congrès, le congrès de Vienne est le plus considérable par l'importance et le nombre des affaires qu'il a réglées. L'Acte final du 9 juin 1815 est le plus vaste traité qui) ait jamais été signé. 11 ne traite que de formations d'États, de frontières et d’héritages. Il est le premier essai qui ait été tenté de donner à l'Europe une charte, au moins territoriale, de déterminer l'état de possession de chacun, et de le fonder sur la reconnaissance solennelle qui en était faite, sur la garantie qui y était donnée par la signature des huit principales puissances européennes, sur l'impossibilité de rompre ce pacte sans se placer hors du droit public, sur la possibilité, au contraire, de le modifier du consentement de ceux qui l’avaient sanctionné ; bref, de fonder sur un contrat collectif la paix / générale. C’était un fait nouveau ’. Une Europe où les droits de chacun résultent des devoirs de tous était quelque chose de si étranger aux hommes d'État de l'ancien régime, qu'il avait fallu une guerre d’un quart de siècle pour leur en imposer la notion et leur en démontrer la nécessité. Encore n’y vinrent-ils que par lassitude de combattre, par épuisement d’hommes, d’argent, de sang, d’expédients. La France essaya de faire procéder ce grand règlement d’affaires d’un principe supérieur, la légitimité, considérée comme principe de la transmission du pouvoir dans les monarchies, forme essentielle de la souveraineté. Les empereurs et les rois mirent ce principe comme une sorte d’épigraphe au premier chapitre de leur droit public officiel ; ils l'affichèrent dans les galeries et le manifestèrent dans leurs proclamations aux peuples; mais à l'application, ils ne s'y conformèrent que selon la mesure de leurs intérêts et de leurs convenances. La transaction finale procéda beaucoup moins de la soumission commune à un principe supérieur, que de la contradiction des prétentions respectives. Elle fut, en réalité, une combinaison d'équilibre.

Les traités sont l’expression des rapports qui existent, au

1 Voir t. I, p. 1 et suiv.

502 L’EUROPE ET LA RÉVOLUTION FRANÇAISE.

moment où ils sont conclus, entre les forces matérielles et les forces morales des États qui les concluent. Suivant que ces forces sont évaluées avec plus ou moins de justesse et d’étendue d’esprit, que les hommes qui les mesurent remontent plus haut dans les origines, voient plus loin dans les conséquences, tiennent moins de compte des faits accidentels et plus de compte des conditions permanentes de la politique des États et des nations, les traités sont plus ou moins durables. Les droits qu'ils stipulent ne survivent jamais aux conditions dans lesquelles ces droits ont été établis.

Tout incomplète qu’en paraisse la conception, tout empiriques, arbitraires et mêmes abusives qu’en ont été certaines applications, l’œuvre de Vienne n’en a pas moins procuré à l’Europe la plus longue et la plus féconde période de paix et de civilisation dont elle eût jusqu’alors joui. Cependant cet édifice s’écroula, et les endroits par lesquels il se rompit sont précisément ceux auxquels les diplomates avaient appliqué leur art le plus subtil ; mais ce n’étaient que des expédients diplomatiques. Ils avaient supputé avec une approximation suffisante le nombre des habitants dans les territoires A répartir ; ils avaient même, selon la formule de la commission de statistique, apprécié la valeur économique, militaire, agricole, industrielle des habitants, leur force de production, leur capacité A servir; mais de l’état de leurs Âmes, de leurs consciences, de leurs traditions, de leurs aspirations, de ce qui faisait de chacun d’eux un homme, et de ces hommes groupés, des nations, rien. C’est-A-dire que les forces matérielles avaient été évaluées, que les forces morales avaient été négligées ou méconnues ; c’est par IA que l’œuvre périt.

Les diplomates de Vienne découpèrent des territoires et firent des lots de peuples, comme avaient (fait les copartageants de la Pologne. Ils ne se préoccupèrent pas du rapport qu’il y avait entre les territoires et les peuples qui les habitaient, ni de la disposition de ces peuples A se renfermer dans les frontières qui leur étaient assignées ou A franchir ces

frontières. Ils organisèrent l’Europe en États, et l'organisèrent comme s'il n'y avait point en Europe de nations. Or, les États n'existent, ne vivent, que par les nations qu'ils représentent. Ces faits pouvaient être méconnus auparavant, comme les lois selon lesquelles s'opèrent les phénomènes de la nature règlent ces phénomènes bien avant que les savants en dégagent et en déterminent les conditions. Mais, après 1814, cette méconnaissance devenait une erreur capitale. La Révolution française avait suscité partout l'idée que les peuples ont seuls le droit de disposer d'eux-mèmes, que les hommes qui ont la conscience d'appartenir à une même nation ont le droit de se constituer en nation. Les diplomates de Vienne considéraient ces principes comme subversifs de l'ordre monarchique; ils voulurent les anéantir à jamais; ils crurent que pour supprimer les effets de la Révolution française, il suffisait de la déclarer non avenue et de déplacer des barrières sur la superficie de l'Europe. 11 était trop tard. Les traités de Vienne se rompirent successivement par toutes les parties où ils avaient méconnu ou violenté ce principe de vie de l'Europe nouvelle, la nationalité.

Aux Pays-Bas, d'abord, où les Belges catholiques, très attachés à leur Église et à leurs traditions de libertés locales, étaient subordonnés au gouvernement des Hollandais protestants, opposés de mœurs et d'intérêts : on avait réuni arbitrairement ce qui n'avait jamais été lié que par contrainte et ce qui s'était séparé depuis plus de deux siècles.

En Pologne, où une nation généreuse, vaillante, incapable de se gouverner peut-être, mais incapable aussi d'oublier que trente ans auparavant elle était indépendante, demeura démembrée, assujettie à des maîtres étrangers, associée à des peuples différents d'elle par la religion, les origines, les intérêts; sacrifiée ainsi, au mépris scandaleux du droit public de l'ancien régime, et au mépris douloureux du droit public du régime nouveau.

En Italie, où une nation rassemblée, de fait, sous la domination française et réunie en armées par les Français se

504 L’EUROPE ET LA RÉVOLUTION FRANÇAISE, voyait réduite à n’être plus qu'une expression de géographie.

En Allemagne, où les peuples, armés pour l'indépendance de leur patrie, étaient condamnés à ne ré ver la grandeur de cette patrie que dans l'histoire du passé, et se voyaient obligés par l’Europe à ne chercher leur destinée que dans la convenance de leurs voisins.

C'étaient autant de foyers de révolution qui se formaient en Europe et qui devaient, de leurs explosions successives, ébranler d'abord, puis renverser l’ouvrage.

Enfin, l’Europe victorieuse n’avait pas assez tenu compte de la nation française. Elle avait calculé qu’en enlevant à la France ses conquêtes, on lui ferait oublier sa gloire. On prétendait la refréner et l'humilier : on l’offensa. A ne considérer que le seul système de l’équilibre, il n’était pas d’un calcul exact des forces de refouler la France dans ses limites d'avant 1792. L’Autriche, la Prusse reprenaient, accroissaient même les possessions qu'elles avaient acquises depuis cette époque. C'était un fait que les Français avaient, depuis 1792, identifié l'idée de la république et de l’indépendance nationale, avec celle des limites de la Gaule, des « limites naturelles ». L'Europe n’y avait jamais consenti ; mais était-il sage de tenir, encore ici, pour nulle et non avenue une conception aussi nationale et aussi passionnée? N’eût-il pas été prudent de faciliter aux Français, par un ménagement de leurs intérêts et de leurs idées, l'acceptation du nouvel ordre de choses? Ils en auraient ainsi, peu à peu, reconnu les avantages : la France homogène et concentrée, entre des nations divisées, des États faibles et dispersés, Hollande, Allemagne, Italie. Au contraire, on rejeta la France sur sa révolution, on la ramena à identifier, comme en 1795, la liberté et les limites naturelles; à compléter ses revendications, à l’intérieur, contre la charte octroyée, par les revendications au dehors, contre les « odieux » traités de 1815, et à faire, de la destruction de ces traités, une question de patriotisme français. Contre l'intérêt bien entendu de la France, on fit de la nation française l’alliée naturelle de tous les peuples qui se révoltèrent contre ces traités, etl’on entraîna

nécessairement les gouvernements français qui cherchèrent la popularité dans la gloire, à s'associer, en Europe, aux gouvernements que leur ambition poussa à déchirer le pacte de Vienne et à exploiter, au profit de leur grandeur dynastique, les passions nationales des peuples.

C'est ainsi qu'en 1830 la révolution se fit autant pour la charte que pour la.limite du Rhin; que la Belgique, animée par l'exemple de la France, se souleva et fut séparée de la Hollande; que la Pologne s'insurgea, et que le cri de Vive la Pologne! fut dans les rues de Paris, en 1830-1832, en 1848, un cri de révolution française; qu'en 1859-1860 l'empereur Napoléon III s'associa au Piémont et fit l’unité de l'Italie; qu'en 1866, il laissa faire la Prusse. « Je déteste, disait-il en mai 1866, je déteste, comme la majorité du peuple français, ces traités de 1815, dont on voudrait faire aujourd'hui l'unique base de notre politique extérieure *. »

Minés ainsi dès leur origine et dans leurs fondements, ébranlés en 1830, renversés, en partie, en 1848, puis relevés à grand renfort d'étais et d'échafaudages, les traités de Vienne ont été anéantis, en 1860, 1866 et 1870, par la création d'une Belgique indépendante et neutre, par celle d'une monarchie italienne, par celle d'un empire allemand. Il ne reste plus rien de ce qui fut essentiellement l’œuvre de Vienne, ni dans les faits, ni dans les principes, et, sauf en ce qui concerne la Belgique, cette ruine n’a été plus dommageable à aucune nation qu'à la nation française, qui a si souvent maudit ces traités et qui a si fortement contribué à les détruire.

111

La guerre de 1792-1815, a été une immense guerre de limites, les traités qui l’ont finie ont été des traités de limites,

1 Discours d’Auxerre, mai 1866.

506 L’EUROPE ET LA RÉVOLUTION FRANÇAISE.

et, par là, les luttes de la France et de l'Europe durant la Révolution, continuent l’histoire de la France et de l’Europe sous l’ancien régime. Mais qui s’arrêterait à cet aspect des choses n’en verrait que la figure, et des hommes qui ont soutenu ces luttes, il ne connaîtrait rien, sauf la carte des pays où ils ont porté leurs armes. Il y a autre chose, et cette autre chose est essentielle, c’est l’esprit qui meut les masses humaines, l’&me qui anime la matière de l’histoire. La forme de la terre ne change pas ; la conception que les hommes se font de la terre et de l’existence humaine, leurs raisons de vivre et de mourir se modifient : au même attachement & la cité natale, à la même convoitise de la cité d’autrui, à la même jalousie de leur indépendance propre, à la même ambition d’assujettir celle des autres, les temps apportent des raisons diverses, nourrissent ce feu perpétuel d’aliments variés et l’attisent de souffles nouveaux.

L’Anglais du prince Noir est le même que celui de Cromwell et que celui de Wellington : la piété catholique des soldats de Henri IV, envahissant la France leur clergé en tête, chantant des psaumes et se confessant la veille d’Azin-court; le fanatisme des lieutenants de Henri VI, qui firent brûler Jeanne d’Arc comme hérétique et sorcière, sortent des mêmes fonds que le piétisme des puritains de Guillaume III, qui prétendaient confondre Baal et Nabuchodono-sor en la personne du roi très chrétien, et ch&tier Babylone dans Versailles. Toute l’àme et tout l’esprit des guerres de la Révolution, telles que les menèrent les Français, parait dans les croisades, depuis la première, toute populaire et spontanée, qui s’en allait en procession tumultuaire délivrer les lieux saints, jusqu’à celles qui mêlèrent l’entreprise sacrée et la combinaison politique, conduisirent saint Louis en Égypte, le firent mourir à Tunis et dégénérèrent en la conquête d’un empire chrétien à Byzance, en découpures de fiefs dans la Terre sainte, engourdirent les chevaliers dans les délices des harems d’Orient et ne laissèrent d’autre trace de leur passage que des noms de dynasties éteintes ou des châteaux en ruines.

Vous les retrouverez pareils dans la conquête de Naples au temps de la Renaissance et dans ceux de la Révolution.

Et cependant l'Anglais de la guerre de Cent ans, le puritain, le colonisateur du dix-septième siècle, le manufacturier exportateur et accapareur du dix-neuvième ; le Français de saint Bernard et celui de Vergniaud, le soldat de Charles VIII et celui de Championnet, le général de Louvois et celui du comité de Salut public, le mousquetaire de Louis XIV et le grenadier de Napoléon, s'ils parlent la même langue, s'expriment en des idiomes d'&ge si divers et traduisent en images si disparates des idées si différentes, que, suivant les mêmes routes pour marcher au même but, s'ils se rencontraient, ils ne sauraient se reconnaître et ne se comprendraient pas.

La nouveauté, en 1792, c'est la déclaration des droits de l9homme qui donne au prosélytisme naturel à la conquête française le caractère spécial au siècle, la forme appropriée au génie et aux passions des contemporains : l'idée abstraite et universelle. En l'assimilant à leur génie, les Français la transformèrent à leur sang et A leur chair, et si les maximes demeurèrent abstraites et universelle, l'idée se fit réelle et particulière : de la sorte, elle entra dans les faits, mais la propagande, dès lors, se confondit avec la conquête. Rien n'y fit, ni l'ardeur des convictions et l'enthousiasme humanitaire et civilisateur des uns, ni l'&pre génie théocratique et convertisseur des autres, ni l'apostolat, ni l'inquisition. La nature, comme toujours, balaya la théorie. Les Français enroutèrent la Révolution dans la grande voie romaine de l'histoire de France : ils en firent une œuvre vivante, et la Révolution nationalisée fit des Français la grande nation. La démocratie française reprit ainsi et accomplit, un moment, le dessein classique des rois : la suprématie militaire, politique, juridique, intellectuelle du continent; elle dépassa Louis XIV, recommença Charlemagne et réalisa le rêve séculaire : l'empire romain du monde moderne, la paix romaine par et pour les Français.

Cette entreprise hyperbolique réussit parce que les Français

508 L’EUROPE ET LA RÉVOLUTION FRANÇAISE, réalisèrent en eux-mêmes la Révolution, que d'une entité cosmopolite, ils firent une réalité française, confondirent les droits de l’homme avec les droits du Français et leur suprématie sur le vieux monde avec l’affranchissement des peuples de l’Europe. L’entreprise croula par l’effet même de son succès : i l’exemple des Français, les peuples conquis firent chacun des droits de l’homme leurs propres droits et ne voulurent connaître d’autre affranchissement que celui qu'ils opéraient eux-mêmes, en se délivrant des étrangers.

La puissance de la Révolution dans le monde provient donc du caractère particulier de ses applications par chacun des peuples où elle se propagea. Elle a été partout comme en France, exclusivement nationale, ce qui a fait sa force d’impulsion entre les mains des Français et sa force d'assimilation dans l’àme des autres peuples. Elle est devenue pour chacun sa chose et la chose principale, celle qui prime toutes les autres et dont toutes les autres procèdent : l’indépendance nationale, qui est pour les peuples ce qu’est la première aspiration de l’air pour l'enfant qui naît au monde, la première manifestation et, jusqu’à la fin, la condition nécessaire de la vie.

La lutte des peuples pour conquérir chacun le gouvernement de soi-méme, ou la démocratie, pour conquérir leur indépendance à l’égard des autres peuples, ou la nationalité, remplit le dix-neuvième siècle : elle a fait l’Europe, profondément nationale, où nous vivons. Les deux faits sont corrélatifs. Ils ressortent ensemble de la Révolution française; ils expriment, sous deux formes, un même principe, celui de la souveraineté nationale. La France qui, la première l’a proclamé, l’entendait avec justice et magnanimité : — J’aime, donc je suis! — Voilà, dans le véritable esprit de la Révolution française, l'axiome fondamental de la nationalité. En ce sens le principe de nationalité devient un principe de justice. C’est un honneur que la France est en droit de revendiquer, d’avoir fondé son droit public sur ce principe, qui donne la seule sanction de la conquête, à savoir que les peuples seuls

ont le droit de disposer d eux-mêmes et que nul changement dans leur destinée nationale m'est légitime s'il n'est ratifié par leur suffrage direct, universel et libre. Elle a proclamé ce principe et l’a appliqué lors de la première réunion opérée par la Convention en 1792, celle de la Savoie, et plus d'un demi-siècle après elle l’a invoqué et consacré lors de la dernière réunion qu’elle ait opérée en Europe, celle de cette même Savoie, par Napoléon III, en 1860. Elle eût été en droit de réclamer, elle demeurera toujours en droit d’espérer de la justice des hommes, l’application du même principe, le sien, aux populations que la guerre, en 1870, a violemment séparées de son corps.

Certes, au cours de sa lutte avec l’Europe, elle a fait trop de fois bon marché de ce principe ; victorieuse des monarchies anciennes, elle a transigé et pactisé avec elles, selon leurs usages et leurs convenances. Elle est entrée dans leur droit public et elle y a sacrifié le sien. Victorieuses à leur tour, ces monarchies n’ont point modifié leur coutume, et c’est ainsi que la conquête a gouverné l’Europe de 1793 à 1815. Les nations qui luttèrent avec le plus d’énergie pour leur indépendance, cette indépendance conquise, l’ont prétendu tourner à la suprématie. Suivant leurs traditions, elles ont usé de la a science moderne » comme la Révolution française de la raison pure : la diplomatique, l’archéologie, la philologie, l'ethnographie, la paléographie, l’anthropologie, l’origine et l'évolution des mots, la mesure, la contenance et les difformités des crânes ont servi de prétexte à classer, partager et asservir les hommes. On a imaginé des a missions » historiques qui ne sont pas autre chose qu'une application, fort grossière, à la politique, de l'hypothèse des causes finales. La lutte pour l'indépendance de chacun a dégénéré en une lutte de tous contre tous pour la terre et la puissance. A peine délivrés de Napoléon, les Allemands ont rêvé de Barberousse et d’Othon, maîtres des Italies, des Lotharingies, des Bourgognes et des Flandres. Après le risorgimenio, en Italie, surgit, et sans transition, le primato. Ce qu'on nomme 1’ « impérialisme » naît, d'unegéné-

510 L’EUROPE ET LA RÉVOLUTION FRANÇAISE.

ration nécessaire, partout où fermente, avec le sentiment de la souveraineté, l'orgueil populaire. Il est fils de la démocratie en Angleterre, comme il l'est aux États-Unis et comme il l’a été à Rome.

Ainsi, les idées, les passions, les forces que la Révolution française a jetées dans le monde lui survivent, subsistent et se transforment suivant le génie et les traditions des peuples. Un si formidable débordement d’hommes qt de pensées a imprimé au monde des impulsions irrésistibles, déchaîné des courants, creusé dans le sol de nouveaux lits aux grandes eaux. Pendant vingt-trois années les souverains de l’ancienne Europe ont lutté contre ce déluge et tâché de le refouler. Ils ont échoué. Les plus ambitieux et les plus intelligents d’entre eux ont alors essayé d’en exploiter la puissance. Ainsi se sont formées les nouvelles dominations nationales, l’Italie et l’Allemagne.

Les princes qui ont accompli, à leur profit, ces grands changements ont conçu la révolution européenne et les nationalités, comme Napoléon avait conçu la Révolution française et la souveraineté du peuple. Ils ont construit leurs monarchies avec les matériaux et sur les boulevards démantelés du Grand empire. Tous leurs desseins sortent des méditations de Sainte-Hélène, comme d’un Discours de la méthode, d’où se déduisent, durant des années, toutes les théories des philosophes et toutes les hypothèses des savants.

Napoléon reste ainsi dans les conséquences de cette histoire ce qu’il a été dans les crises, l’exécuteur et l’ordonnateur de la Révolution française en Europe. Il a posé les jalons, ouvert les avenues, dressé les fondations, aplani le sol; les nationalités ont prévalu en Italie, en Allemagne, et plus tard dans les pays chrétiens de l’Orient, selon des directions qu’il leur avait disposées. Napoléon tombé parut immense 1 ; le conquérant et le despote disparus, on découvrit le prodigieux laboureur de la terre d’Europe, l’œuvre de l’homme d’État

1 « La solitude dans laquelle Bonaparte a laissé le monde »... CnATEAunuarD, Mémoires, novembre 1828.

et ses retentissements infinis dans l'histoire. « L'auréole que les journalistes, les historiens et les poètes ont répandue autour de Napoléon disparaît devant l'implacable réalité de ce livre » , disait Gœthe, en 1827, après la lecture d’un recueil de mémoires; « mais le héros n’en est pas diminué, au contraire; il grandit à mesure qu’il devient plus vrai »

Je souhaiterais que cet ouvrage laissât la même impression non seulement du grand homme qui y occupe tant de place, mais encore et surtout de la nation française qui le remplit et qui en est l’âme. Napoléon a engendré d’elle une incomparable épopée, mais sans elle il n'eût été qu’une force magnifique et stérile, comme l'éclair dans la montagne et l'ouragan sur les mers. Je voudrais, après avoir repris une dernière fois et noué en leur dernier nœud les fils directeurs de cette histoire, rassembler en une seule image les vues éparses que j'y ai semées et imprimer cette image, qui est toute la lumière et toute la vie de ce livre, aussi durable et significative en la mémoire du lecteur qu’elle l’est dans ma pensée. C’est l’image du Français, notre père, pauvre diable glorieux et généreux de son âme et de sa personne, meurtri en son corps, infirme, estropié, semant sur les chemins les lambeaux de ses membres rompus; volontaire pour défendre la patrie, « bouter les étrangers hors du royaume », fonder pour les Français, la République française, porter aux peuples affamés de justice l’évangile nouveau; puis soldat, de vocation ou de carrière, armé pour la splendeur de cette République, la splendeur de l’empire enfanté par elle, la suprématie bienfaisante de la France; s'exposant, s'exténuant, se sacrifiant de sang et de souffle à poursuivre la chimère ancestrale, l'idole humaine d'esprit et de chair, la liberté enchanteresse, la paix qui panse les plaies des blessés, étanche la soif des fiévreux, console les infirmes, épanouit autour d'eux les enfants et les fleurs, mûrit les récoltes et les générations, consacre par son bienfait les héros anonymes qui l'ont conquise. Aucun d'eux n’eût osé

1 Conversation avec Eckermann.

512 L’EUROPE ET LA RÉVOLUTION FRANÇAISE.

dire : Je suis la France! mais de tous nous disons : Sans eux la France n'eût pas été ce qu'elle fut. C'est vers eux que je me reporte au moment de fermer ce livre, compagnon de ma jeunesse, ami de mon âge mûr, où j'ai mis trente années de mon existence, et tâché de traduire en paroles mon amour pour mon pays, mon admiration pour son génie, mon culte pour son histoire, ma tendresse pour ses illusions, ma pitié pour ses infortunes, ma fierté de ses triomphes et ma foi inébranlable dans ses destinées.

Paris, 1874. — Honfleur, 1904.

TABLE DES MATIÈRES

LIVRE PREMIER

LA COALITION

CHAPITRE PREMIER

DÉFECTION DE LA PRUSSE ET DE L’AUTRICHE.

NOVEMBRE 1812-AVRIL 1813.

IL — Vues d’Alexandre. — Triomphe des Busses, 5. — Retour d'Alexandre à ses projets de royaume de Pologne; opposition en Russie; difficultés avec l'Autriche et la Prusse, 6. —Vues sur l'Allemagne, l'unité nationale, l'Empire, le Comité allemand de Stein, 8. — La France, le retour à l’ancienne limite du Rhin à l’est; l'Escaut au nord, 9. — Action à l'intérieur, Bernadotte et Moreau, 10. — Ouvertures à la Prusse; York, novembre et décembre 1812,13.

Vil. — Le traité de Kalisch. — Proclamation de Koulousof, l'Allemagne appelée à l'affranchissement, janvier 1813, 54. — Frédéric Guillaume part pour Breslau ; ses perplexités, 56. — Il se décide pour l’alliance russe ; négociation de Knesebeck au quartier général russe ; divergences sur la reconstruction de la Prusse; Alexandre se réserve la Pologne, 57. — Contre-projet russe. Traité d'alliance du 28 février 1813, 61.

CHAPITRE II

LA MÉDIATION AUTRICHIENNE.

MARS-AOUT 1813.

Retour de Murat à Naples; ses ambitions : le royaume d'Italie, 100. — Le proconsul anglais à Palerme, exil de Marie-Caroline, 104. — Murat s'achemine à la défection, négociations avec l'Autriche, retour brusque vers Napoléon, avril 1813, 105.

CHAPITRE III

LA CHUTE DU GRAND EMPIRE.

AOUT 1813-JANV1ER 1814.

CHAPITRE IV

LE CONGRÈS DE CHATILLON.

JANVIER-MARS 1814.

de Castlereagh à Fribourg, ses instructions, 246. — Entente avec Melternich, 249.

9 au malin, Napoléon reprend espoir, 270.

V       '““Ma TBT’ 71       — e"‘re- ’e' a,Ua ‘"r   rccon.truction

de Europe, - Nouvelle, de Pan. em.Ma.re. royaUw       -Meundre

et les liberaux, I Angleterre et les Bourbons, 274.--Tïai*i \    '      »

12-14 février, l’ultimatum du 15, 276.                "libérations wrkptl

naturelles», 281. — Les alliés à Chaumont, 285. — p 1 1 revient autolimites alliance générale ; traité du 1* mars, 289.               °P°*ition Anglaise d une

CHAPITRE V

LA PAIX.

MARS-MAI 1814.

T. — Talleyrand. — Les partis à Paris, perplexités deTalleyrand, la régence, 309. — Les Bourbons et les anciennes limites, 312. — Entrée des alliés, 314. — Déclaration du 31 mars, 316. — Le gouvernement provisoire, Alexandre et les Bourbons, 318. — La déchéance, 320. — Complots contre Napoléon, 321. — Comment Alexandre prépare l'abdication, 323.

LIVRE H

LES TRAITÉS DE 1815

CHAPITRE PREMIER

LE CONGRÈS DE VIENNE.

juin 1814-mars 1815.

—- Vues de l'Autriche : le» questions d'Italie, 864. — Murat, l'Autriche et les Bourbons, 365. — Les Allemands, 367.

CHAPITRE II

l'acte final de vienne.

MARS-JUIN 1815.

V . — Le traité du 9 juin. — L’acte final ; affaires d’Italie, 436. — Affaires d'Allemagne, déception des patriotes, 437. — La confédération germanique, 438. — Les Pays-Bas, la Suisse, 439. — Les affaires d'Orient, 440.

CHAPITRE III

WATERLOO.

JUIN-JUILLET 1815.

saires envoyés à Haguenau; malentendu sur les dispositions des alliés, 455. — Wellington et Pozzo travaillent pour les Bourbons, 457. — Commissaires envoyés à Wellington; il dissipe l’équivoque, 459.                           *

CHAPITRE IV

LE TRAITÉ DD 20 NOVEMBRE. juillet-novembre 1815.

CHAPITRE V

L'EUROPE ET LA REVOLUTION FRANÇAISE

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5677





1

Lettre* de Woronzof, décembre 1812, avril 1813. — Comparez Tolstoï . La guerre et la paix.

* Lettre de Tchigagof à l’empereur, Société <T histoire de Russie, t. VI.

2

Voir t. VI, p. 443, 462, 465.

3

1 Lettre du 27 décembre 1812. Mémoires de Czartoryski.

4

Mots de la comtesse Potocka, Mémoires.

5

Alexandre à Czartoryski, 25 janvier 1813. —Marteits, t. III. —Mémoire! de Nesselrode, janvier 1813. — Lettre de Woronrof, 27 janvier 1813. — Aperçu des transactions du cabinet de Russie. Société d*histoire de Russie, t. XXXI.

6

Société d'histoire de Russie, t. XXXI. Mémoires de Nesselrode, décembre 1812. — Marte ü 8 t. III, p. 94 et suiv., t. VII, p. 63 et suiv.

7

C’est ainsi que l’entend M. de Martens dans son commentaire : « Refouler la France dans ses anciennes limites entre le Rhin, les Alpes, les Pyrénées et l'Escaut », t. III, p. 95; « faire rentrer la France dans ses anciennes frontières historiques. » t. Vil, p. 63. — Cf. ci-aprcs, p. 250, 256, Congrès de ChAlillon,

8

Comparer les articles du traité du 11 avril 1805, t. VI, p. 390, 416.

9

Pikcaud, Bernadotte, ch. VI. — Les dernières années de Moreau [Revue de Paris, 15 décembre 1899\ — Hyde de Necville, Mémoires, t. I, ch. xn.

10

* Cf. t. VII, p. 558, 569.

11

Marteks t. III, p. 87 et suiv. — Oxcken, O. und P., t. I p. 23 et suiv.

12

Cf. t. VII, p. 592.

1 Cf. t. VII; p. 592-593.

* Cf. t. VII, p. 118. — La Romana quitta le Danemark en août 1808, d’accord avec les Anglais, et ramena son corps auxiliaire en Espagne.

13

Rapports du 1er et du 9 décembre 1812.

9 Rapports de Saint-Marsan, 11, 12, 15 décembre. Serra à Saint-Marsan, 14 décembre 1812.

14

Rapports de Saint-Marsan, il, 12 janvier 1813.

15

Sur le* origine* de ce dessein, cf. t. VII, p. 304; Oncken, O. und Pr. 1.1, pièce*. Lettre de Metternich a Hardenberg à Berlin, 5 octobre 1813; et t. II, extrait* de* rapports du comte Hardenberg, ministre de Hanovre à Vienne. — Mtmoim de Metternich, t. I, p. 124 et suiv.

* Le comte Hardenberg, de Vienne, à Munster, à Londres, 9 novembre 1812.

16

Okcken, t. II, liv. VIII, cb. m. Voir en particulier le» notes et mémoires de Radetsky. — Fourrier, Napoléon, t. III, cb. iv.

17

1 Dépêches aux hospodars de Valachie,t. I. — Metternich, à Wessenberg; million à Londres, 8 février 1813.

18

VIII.

19

Rapport du comte Hardenberg, 24 décembre 1812.

20

* Souvenirs du duc de Broglie, t. I, p. 198. — Otto à Maret, 16 décembre 1812.

21

Rapports d’Otto, 28 décembre 1812, 8 janvier 1813.

22

Étienne Lamy, Mémoires de Mme de Coigny.

23

Maret à Otto, 7 janvier 1813.

* * Parme, ile d’Elbe, Piémont, Toscane, Plaisance, Etats romains, Hollande, Villes hanséatiques, Oldenbourg, Lauenbourg.

24

Rapport d’Otto, 16 décembre 1812. Voir ci-dessus, p. 36, 37.

25

1 Sur ces cabales et sur cette impératrice, Maria-Ludovica d’Este, la quatrième femme de François, cf. Frédéric Massoh : Marie-Louise.

26

A Munster, 13 janvier 1813. Onckem.

27

Rapports de Knesebeck, dans Onkbs, O. und Pr., t. I.

28

A Zichy, 16 janvier 1813. Onckek.

29

Rapport d’Otto, 18 janvier 1813.

30

1A Maret, 23 janvier; à Bubna 25 janvier 1813. Voir, ci-après, p. 52, les instructions à Wessenberg, 13 février 1813.

31

23 et 24 janvier 1813.

32

Rapport d’Otto, 13 terrier 1813.

1 Metternich à Bubna, 6 février 1813. Ernouf, Mar et, ch. vin, et Bigkûn, t. XI, p. 508; Souvenirs d'un diplomate. Voir ci-dessu» rapport d’Otto, 18 janvier 1813, p. 48.

33

Metternich à Binder, 18 février 1813. Bignon, t. XI, p. 433.

34

’ Voir t. III, p. 169.

35

Voir t. VII, p. 206, 492 : la révolution prussienne. — Tonte cette partie a

36

été remarquablement étudiée et exposée par M. Cavaignac, t. II, ch. vm : les

37

Le roi à Hardenberg, 26 février 1813. Dükckeh.

1 Voir les rapports de Zichy; Okckem, t. II, p. 578-584. O. und P.t t. IL p. 240. — Cavaicnac, t. II, p. 354-355.

* Vues de la Prusse sur la Saxe, 1807, t. VII, p. 171.Cf. ci-dessus, p. 14.

38

Alexandre à Roumiaotsof. Martens, t. VII, p. 73.

39

Voir t. III, p. 234.

40

1 Conventions complémentaires, 4 avril 1813. Martens, t. VII.

41

Alexandre à Nesselrode, 23 mars 1813.

42

Voir ci-après, p. 229.

43

* Voir ci-après, p. 93.

44

Rapporte de Lebzeltern, 22-29 mars 1812, Osckek.

45

Voir t. III; pp. 54, 83, 93, 190, 313.

46

Fkzkhzàc, Campagne de Saxe, t. I.

47

Thébaült, t. V, p. 8.

48

A Bubna, 1er mars 1813.

49

* Conversation avec Bubna; rapports de Bubna. Oxckkn. Napoléon les juge

50

comme Stendhal : « Le véritable Allemand est un grand homme blond, d’une

51

apparence indolente. » Sagan, juin 1813 : en pleine insurrection de la Silésie.

52

Voir ci dessus p. 42-44.

53

* Conversation rapportée par Barante, t. I, p. 270. Cf. ci-dessus, p. 43.

54

A Pie VII, 29 décembre 1812.

55

Pasquieb, t. II, ch. h. — D’Haüssonville, t. V, ch. lv et lvi. — DkClercq,

56

t. II, p. 377.

57

Narbonne, nommé le 5 mars 1813.

58

■ A la moindre insulte d'une ville, d'un village prussien, faites-le brûler, fût-ce

59

même Berlin. » A Eugène, 5 mars 1813.

60

1 Rapport de Schwarzenberg, 14 avril 1813, Okckek.

61

viii.

62

Mémoires militaires de Jourdan, ch. xxin, — Mémoires du roi Joseph, t. IX, liv. xn.

* Voir l'admirable tableau de Balzac : La dernière revue de F empereur, dans la Femme de trente ans,

63

Baratte, conversation aux Tuileries, t. I, p. 171.

64

Mabtkbs, t. 111, Notice sur le traité de Reichenbach.

65

1 Dépêche du 23 mars 1813 à Lebzeltern.

66

Màbtos, t. Vil, p 113.

67

Nesselrodeà Stackelberg, 11 mars 1813.

68

Rapport de Humboldt, 31 mars 1813.

69

• Hardenberg à Metternich, 11 avril 1813.

70

Arrivé à Vienne le 17 mars. — Journal de Castellane. — Conversation de Napoléon avec Schwarzenberg, 8 avril 1810. — Souvenirs du duc de Broglie. — ViLLEMAlN, — Lefedvhe, t. V, — Faim, Manuscrit de 1813, t. I.

71

Voir t. VU, p. 487.

72

1 Rapport du 6 avril 1813.

73

1 Rapports du 1* et du 7 avril 1813.

74

Rapport du 24 mars 1813.

75

Rapports du 24 mars et du 1er avril 1813.

76

* Voir ci-dessus, p. 80.

77

Rappor^du 23 mars 1813, et ci-apres, p. 114.

78

Gentz, lettre du 14 avril 1813.

79

1 Lettre de Gentz, 14 avril 1813.

80

Rapport de Narbonne, 19 avril 1813.

81

Voir ci-dessus, p. 72-73.

82

1 Rapport du 20 avril 1813. — Note du 21 avril, Faim.

83

« Précis de l'audience donnée par S. M. l'empereur d'Autriche à l'ambassadeur

84

•de France » le 23 avril 1813.

85

Arrêta, Wessenberg, t. I, cb. xn : mission en Angleterre. — Lettres de Woronzof. — Martens. t. XI, notice sur le traité de Reicbenbacb. — Ranke, t. V, liv. IV, chap. xxiii et xxiv.

86

1 Rapport du 10 mai 1813.

87

’ Rapport de Wessenberg, 9 avril 1813.

88

Voir t. VII, p. 211.

89

Instructions pour le baron de Jacobi, Breslau, 26 mars 1813. Onükbr, O. und Pr., t. II, ch. îx : Les Guelfes et la guerre de délivrance.

1 Màrtkks, t. XI : Notice sur la convention de Reichenbacb. — Cf. t. VI, p. 371.

90

Metternich à Mier, JO avril 1813. « I                                          * W*lt"

91

de moi de la commission dont il est chargé          Qariati s e>            <ieletire .

92

». J’appri. pour la première foi. qu’ij' V **»’• dit. , _ F*-’ Xr®>ire l’empereur dont l'imprewion a été profond *»» reçu, dan. ce t^**l * * munication subsistante entre les deu» ouvert aux pensées les plus inquiétante.              ’C an eocœ

93

Elles n'ont pa. été retrouvée., V<*/ ?            7*,“ Π       **

sous le n° 14502, et Helfert : Maria                      Durai»

94

* Napoléon à Eugène, 20 janvier                * Corre®P°n *“

95

•Du V janvier 1813.   J     ***.       p. 50»,

96

Voir t. VII, p. 546 et ci-desBUa

97

Rapport de Durant, 31 mars 1813.

98

Le 10 mai, an passage de l’Elbe, sur quatre corps et 60,000 à 70,000 hommes,

99

* A François, au roi de Wurtemberg, à Jérôme, 3 et 4 mai 1813.

100

’ Voir ci-dessus la note du 21 avril et l’entretien du 23, p. 91-93.

101

Mémoires du comte de Senfft. — Sur Senfft et ses mémoires, Sainte-Beuvk, Nouveaux lundis, t. IX, article Bignon. — Bonnefons, p. 311, 418 et suîv. — Ohcken, O. und Pr. II, p. 282 et suiv. Zeitalter, t. II, p. 637. — Fà1R, t. I, p. 387-389.

102

Cf. Souvenirs du duc de Broglie^ t. I, p. 222.

103

1 « Il ne vacille pas dans l'exécution de son plan. ■ Rapport du comte Hardenberg, 12 mai 1813. — Oncxen.

104

Mémoires de Metternich. — Rapport du comte Hardenbeq;, 9 mai 1813.

105

Voir ci-dessus, p. 88-89.

106

9 Ces termes embrassent les départements formés en 1810, t VII, p. 580, savoir : VEms-Oriental, VEms-Supérieur, la Aippe, les Bouchcs-dti-Weser, avec Brême, les Bouches-de-l'Elbe, avec Hambourg.

107

Instructions pour Gaulaincourt, 17 mai 1813. — Notes pour Caulaincourt.

108

LkFkbvre. Pleins pouvoirs pour Caulaincourt en vue d’un armistice, 18 mai 1813.

109

• *Voir t. VII, p. 429.

110

9 A Eugène, 18 mai; cf. id. 12 mai 1813.

111

Miioradovitch au maréchal, 19 mai. — Nei^elfode à Caulaincourt, .20 mai 1813.

1 Gocrcaud, t. II, p. 71.                            .    .

112

A Clarke, 2 juin; à Eugcne, 1er et 2 juin 1813.

113

1 Maret a l’empereur, 8 mai 1813. EnaocF

114

MiBMOKT, t. V, liv. XVII.

115

Lettres et papiers du chancelier comte de Nesselrode. T. II : Autobiographie. — Cf. t. VII, p. 502, 538.

116

* Voir t. VII, p. 469.

117

1 « Mon épée et mon empereur m'ont fait ce que je suis... La génération actuelle ne connaît pas les Bourbons et par conséquent ne s’en occupe pas; les gens âgés les ont oubliés, et les Vendéens, s’ils se rappellent leurs courageux efforts pour ces princes, n'ont pas perdu le souvenir de leur long abandon et du séjour à l’ile Dieu... Je sais aussi et pense tout cela. ■ A Napoléon,3 mars 1814.

118

« Une mission au quartier général partagerait le monde », à Narbonne, 14 mai 1813. Ci-dessus p. 119.

119

Station à Metternich, 3 juin 4813Proposition, relative. «« P««» "V" n A JL&r crit«9ue de l armistice au point de vue franç^-

120

Russie, t. XXXI, p. 316. — Textes. Martes s, t. XI, p. 169. — Martens,

121

t. III : Notice sur les traités de Reichenbach. — Melternicli a Stadidn, 6, 8, 11,

122

14 juin 1813. — Osckes, O. und Pr., t. Il, ch. vi.

123

Dresde, 13 juin 1813. Cf. Faik, t. II, p. 17.

124

125

126

A Savary, 13 juin; à Cambacérès, 18 et30 juin 1813. LeceStre.— Mémoires de Pasguier.

127

Sur cet entretien :]recù de Fais, t. II, cli. iv, que Fain tient de Maret (Ernquf, Maret, p. 562) et que Maret a dû écrire d’après une conversation de Napoléon, mais à distance, car il y fait allusion à des conditions de paix qui ne lui ont été notifiées qu’ensuile; récits de Metternich^ le premier sommaire et immédiat, du 26 juin 1813 (Oxckex, O. u»ul Pr.t pièces, l. Il, p. 678), l’autre détaillé, repris, arrangé en dialogue, dans les Mémoires : Sur l'histoire des alliances, 1.1, p. 147 et t. 11, p. 461. — Critique de ces textes : Oxckeb, O. und l'r.t t. Il, p. 385.

128

^«moires » -LP-

129

Pikoaüd, Bernadotte, ch. xm : de Stralsund à Trachenberg. Mai-aout 1813. '* — Mémoires de Sure main.

* Le traité qui se négociait depuis plusieurs semaines fut signé le 10 juillet h Copenhague. De Clebcq, t. Il, p. 386. — Fais, t. II, p. 15.

130

Anstett, d’origine française, mêlé depuis 1805 à nombre d’intrigues anglo-russes contre Napoléon. Rapport de Narbonne, 10 juillet 1813. — Fain, t. Il, p. 72. — Ernouf, p. 569-570.

’ Rapports du comte E. Hardenberg; entre autres 2 mai 1813.

131

Au chancelier Hardenberg, 13 juillet 1813.

1 11 le fut encore davantage par un traité, 22 juillet, avec la Prueae. TaEiTSCBKK, t. I, p. 468.

132

Voir ci-dessus p. 102. — Mier à Metternich, 29 juin 1813. — Metternich à

133

Mier, 16 juillet et 3 août 1813. Heufert, Murat; Marie-Caroline. —Corres

134

pondance de Bentinck. Weil, t. I, p. 53-172

135

1 Sur cette négociation et les incidents multiple-» auxquels elle donna lieu, et

136

les conférences de Neutnarck, voir Fain, t. II, ch. vu, et pièces. — Russie,

137

t. XXXI, p. 318. — Marte™, t. III, p. 110. — Oncken, t. Il, p. 653.

138

« Quand ce voyage sera connu à Prague, dire que Sa Majesté se rendant à Würzbourg, n’a pu résister au désir de l’impératrice et à son désir de passer trente-six ou quarante-huit heures avec cette princesse. » Maret à Narbonne, 24 juillet 1813.

1 Frédéric Masson : Marie- Louise, p. 496-500 : correspondance entre Marie-Louise et son père. — Napoléon et son fils, ch. iv.

139

Rapport d’Anstett, 28 juillet 1813. Martens, t. III, p. 114.

140

1 Comparez Talleyrand à Erfurt. T. VII, p. 301-303, 315-318.

141

1 Aucune mention de ces confidences dans le rapport de Caulaincourt a l’em

142

pereur du 30 juillet, ni. dans les lettres à Maret du même jour; simplement ces

143

mots : ■ J’ai vu M. de Metternich à quatre heures le jour même de mon arrivée.

144

Immédiatement après, il m’a rendu visite et j’ai diné chez lui avec M. de Nar

145

bonne et toute notre légation. »... « Je me suis tenu dans la réserve absolue qui

146

m’est prescrite. »

147

Texte de Caulaincourt. Cf. Omckkn, O. u. Pr. t. Il, p. 450, note , 684. — Tbiebs, t. XVI, p. 217. Les italiques indiquent les conditions ajoutées aux quatre points de Reichenbach. Voir ci-dessus p. 136.

148

Caulaincourt à Napoléon. 8 août 1813, ci-après p. 204.

149

1 A Maret, 9 août 1813.

150

’ Rawke, l. IV, p. 419.

151

Rapport de Merveldt, 17 octobre 1813.

152

Voir t. V, p. 412.

1 Souvenirr, p. 222 et suiv. C’est le tableau le plus pathétique de ce désastre, par un homme qui avait vu ceux de 1799. — Sbgur, t. VI. — Tbiuavlt, t. V.

vm.                                    13

153

Rapport de Mier, 16 décembre 1813. Weil.

154

1 Rapport de Reinhard — Ducasse : Les rois frères — Lang, Klein-Schmidt,

155

Goecke.

156

Peetz, Steins Leben. — Treitsghke, t. I, liv. I, ch. 3. — Osekeh, t. II, lîv. IX, ch. ▼!. — Martexs, t. VII : notice sur le traité de Tœplitz. — Ranke, t. IV, liv. IV. Conclusion.

* Traités avec le Wurtemberg, 2 novembre; avec Bade, 20 novembre; avec la Hesse-Darmstadt, 23 novembre; Nassau, Saxe-Cobourg, 23, 24 novembre 1813, etc. Cf. ci-dessus p. 188.

157

Cf. t. II, p. 225, 279.

158

Rossis, t. XXXI : Déclaration des cabinets alliés, événements qui accompagnèrent l'entrée des alliés à Paris, — Mabtehs t. IV, p. 150.

1 Rapport de Saint-Aignan, 10 novembre 1813. — Comparez avec le texte tronqué imprimé par le Moniteur supprimé, 20 janvier 1814, et reproduit dans AnGBBEBG, le texte complet qui est dans Bigbton, t. XIII, p. 23. —Voir Tbibrs, t. XVII, p. 183. — D'Haussoitviixx, Mélange» : le congrès de Gbàtillon.

159

Voir ci-après, 212, 249, 297.

160

* Il se qualifie lui-même de « ministre de la coalition. » Lettre à Caulaincourt,

161

15 février 1814. — Faiw, Manuscrit de 1814, p. 313. — Fourrier, Châtillon.

162

A Maret, 15 novembre 1813.

1 Aperçu des transactions, p. 298-299, 341, 353-357. — Mabtexs, t. III, p. 150-153; t. VII, p. 63. — Voir ci-dessus, p. 10,70, 98, 139, 211; et ci-après 246,251-252, 255-256, 287; l’aveu de Metternich, p. 145.

163

Fotmiun, CAdtïllon, p. 34, note; p. 348 : lettre à Hudelist, 9 novembre, et

164

p. 359, Hardenberg.

165

’ Aberdeen à Metternich, 37 novembre 1813.

166

Voir t. VI, p.3 2*.

167

Sur le prince de Vaudéinont et ses deux nièces, Mlle de Lislebonne et Mme d'Espinoy, Sàirt-Simon, année 1707.

168

« Ordre que, si jamais les Anglais arrivent au château de Marracq (près Bayonne) on brûle le château et toutes les maisons qui m'appartiennent, afin qu'ils ne couchent pas dans mon lit. » A Caulaincourt, 15 novembre 1813.

1 « Religion d'État », oomme les entrailles ; elle ne l'empêcha point de « mettre auprès de sa fille pour consolateur, ■ ce polisson de Neipperg ». — Gourgaud, t. VIII, p. 330.

169

A Ferdinand, 12 novembre 1813. Lecestre.

170

Caulaincourt à d’Hauterive, 8 mars 1814.—Cf. ci-dessus p. 117, <35,138,170. 1 Mémoires de Pasquier, t. II, p. 104. — Thiebs, t. XVII, p. 43 et «mr. D’Hausontillb, Mélanges, p. 125.

171

PisQvm, t. II, p. 108.

172

A Castlereagh, 4 décembre 1813. — Cf. ci-dessus p. 69-71, 138, 110-141. Russie, t. XXXI, Aperçu, IV- partie. Déclaration de Francfort. — Mettemicb, t. I. — Metternich à Hudelist, 6 décembre 1813, Fourrier.

173

Metternich à Wcssenberg, 6 décembre 1813.

1 Mot de Metternich, I, 252. — Cf. ci-dessus p. 200. Comparez l’état de l’opinion en 1805, t. V, p. 508.

174

D’Haussoxville, t. V, ch. lvii. — Pasquier, t. II.

175

1 Thiers, t. VII, p. 163-178.

176

Comparez Danton, 31 janvier 1793, t. III, p. 278-279. — Barère, 1er août

177

1793, t. III, p. 472-473. — Cambacérès, 3 mars 1795, t. IV. 259. — Le comité, 27 avril 1795, t. IV, p. 389. — Le Directoire, 28 octobre et 7 novembre 1795,

178

t. V, p. 254-255.

179

Proclamations 21 octobre, 1er décembre 1805, 23 octobre 1806, t. VII, p. 103-

180

104. — Messages, 19 et 27 novembre 1806, t. VII, p. 115-116. — Tilsit, juillet

181

1807, t. VII, p. 186-187. — Messages du 10 décembre 1810, du 9 juin 1811.

182

Notes de d’Hauterive, séance de la commission législative, 24 décembre 1813.

183

Francfort, 10 décembre 1813. Texte dans Weil. — Osckev, t. II, p. 715. — Sur Neipperg, t. VI, p. 56, 62-63.

184

9 Aberdeen à Bentinck, 12 décembre: à Metternich, 11 décembre 1813. Metternich s'en déclare d'accord, 12 décembre. — Weil.

185

Par exemple les lettres de Murat à Napoléon, 21 et 25 décembre 1813. Fou

186

ché était alors à Home; il continuait de conseiller Murat.

187

Lettre à Napoléon, 25 décembre 1813.

188

* Voir Biancui, t. I, ch. i. — Pasquier, t. II, ch. vu. — Mémoires de Des-vernois, — Helfert, Murat.

189

8 « Je suis donc un traître, qu’y faire? il est trop tard! ■ A Mme Récamier. Souvenirs de Mme Récamier, t. I, p. 249.

190

Les Anglais entrèrent dans le port. « Le Vésuve venait d'éclater et jetait des flammes... Murat était à cheval à la tête de ses gardes; la foule l’environnait en criant : Vive le roi Joachim! Il avait tout oublié, il paraissait ivre de joie. Le lendemain, grand spectacle au théâtre Saint-Charles... On applaudit aussi l’en* voyé de François II... « Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe.

191

Rapport de Mier, 16 février 1814. Hklfert.

192

1 D'Hautcrivc à Gaulaincourt, 28 février 1814. Conversation avec Durant.

193

Asgebirg, J». 39 et auiv. Sur le remaniement des articles secrets, Weil,

194

t. III, p. «41.

195

AnfileteXZb            aprè* récePtion de*

196

10 décembre 1}J. „ ^_°c,at‘on. pourront . ouvrir. - *-•

» Fothsieh           c**deMu», p. ÎÎ5.

»                 p. 49, note. Cf. ci-dessu», P

197

30 janvier 1814. Fournier, en français.

* Mémoire de Nesselrode, 23 janvier 1814. Ge projet enlevait à la France nne partie de la Lorraine et T Alsace, et paraissait lui laisser la rive gauche de l’Escaut. — Cf. ci-dessus p. 10, 139. — Martexs, t. VII, p. 153.

198

Texte dans le l. XXXI des Publications de la Société d'histoire de Russie. Le mémoire y est daté du 14-26 janvier. La minute de Metternich, de sa main, rporte la date du 27. Fournier.

* Mémoire a Frédéric-Guillaume, 27 janvier 1814; Fournier.

199

Précepteur d'Alexandre, en relations d'amitié avec les libéraux français.

200

1 Mémoires de Moriolles, p. 138, 144.

201

Note de Rochechonart, 27 janvier 1814. Conversation avec Alexandre, même jour. Mémoires de Rochechouart,

202

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203

vr*er 1814. Foi'rnier.

204

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205

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206

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207

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208

Treitschke, t. I, p. 553.

209

TaUeyranJ- *81*’ ^lrat’/Je «es lettres a la duC^^Lia»’/

210

toire            »' ,U                 I^MV> Aimec de

211

■ Quiconque, a dit Michelet, conna i t j

212

tait que» dam cei riiouienLft, l'avalanche

213

jnén averti eut ; nul soin de rnenoger les n

214

. XII,        Je      .V

215

D’Espinchal, t. II, ch. xxvni-xxix.

216

e<Uiw.

217

Article xxxii du traité de pa„;

218

ar>«, 30 mai

219

Sauf cette différer.„„ -,        ,                               '

ci-après p- W9, *3».        • Mayence a la He.se et Trêve, à la P

« Vers le 1* avril -            ,

ur ce. derniers temps, Léonce PiSWTO.

220

Voir ci-dessus p. 14, 58,

221

a Voyez les mémoires de            * *                                1T ,

Voir ci-dessus p.                  ’ de Hardenbei^. — Otsckek, i. U, ch-vu-

222

Voir t. VI, p. 443, 461,

F                et ci-de.su. p. 54-57.

223

y etre admis; P°ur 4

224

■ Les trois cours continentales paraissent animées d'une égale jalousie contre toute idée d'admettre la France à prendre aucune part sérieuse à la décision des questions, conséquences de la paix. » Rapport deCastlereagh, 24septembre 1814.

225

....

226

^urt%‘an3rear;>'‘j'! lre fin aux ma11

227

° l’alliance et

228

Itipporu

229

1815 Ta! le,

230

par tSiewari .

231

Cf. c. II, p. 142, 180.

232

Baïiaxte, 21 juin 1815.

233

Journal de Gourgaud. « Il n’y a pas de comparaison à établir entre Cromwell et moi; j’ai été élu trois fois par le peuple. »

1 Conversations du 31 août et du 23 septembre 1817; Journal de Gourgaud, t. II, p. 283, 231. — Comparez Mortholok, aux mêmes dates; t. II, p. 179-180,

234

Gi-deisus p. 349.

235

Wellington à Talleyrand, 24 juin 1815. Cf. Lettres de Pozzo à Nesselrode,

236

23 mai, 26 juin 1815.

237

1 Wellington au comte Bathurst, 2 juillet ; Pozzo à Nesselrode, 1er juillet 1815.

238

* En 1817, on pensa, dans le même monde, au prince d’Orange. En 1791 on

239

Gourcaüd, Î7 décembre 1816.

240

1 Frédéric Màsson, Napoléon inconnu ; manuscrit de Napoléon, VII : Théodore à milord Walpole.

241

Mommsen, Histoire romaine.

242

« Soit qu’on les rende aux pays où ils ont etc pris, soit qu’on les partage entre

243

les alliés ». Liverpool à Castlereagh, 15 juillet 1815.

244

* Voir ci-dessus, t. IV, p. 154.

245

28 juillet 1815.

246

Voir ci-dessus p. 457-458.

247

’ Liverpool à Castlereagh, 15, 29 juillet, 11, 18, 23 août, 29 septembre. — Castlereagh à Liverpool, 24, 29 juillet 3, 17 août. — Wellington à Liverpool, il août 1815.

248

Privale intt lligence Jrom Pâtis, 7 août 1815# Corr. de Wellington. Supplément.

249

• 18 août 1815.

250

Comparez les conflits au temps de la première coalition, t. U, p. 498-500.

251

PâSQUIER. — VlTRQLLE8.

VIII.

252

Pasquier. — Pozzo : lettres d’août et septembre 1815.

253

1 L'ordre signé Louis est de la main de Talleyrand.

254

Billet à La Besnardière, sans signature ; l’archiviste qui a classé les papiers l’attribue à Dalberg.

255

Akgeberg.

256

Louis XVIII à Alexandre, 23 septembre 1815. Corr. de Pozio, I, p. 209.

1 Rapport de Pozzo à Alexandre.

257

Mémoires, t. II, p. 141, 298. Valençay, 1816.

1 Au général Sebastiani, 21 janvier 1831.

* Instruction à Pozzo, 20 septembre 1815. — Protocole secret du 2 octobre 1815.

258

Voir ci-dessus p. 477. Cette carte dans Axgeberg.

9 Marquis de Sasvenav, Les derniers mois de Murat. —DüFOurcq, Destebnois, Helfebt.

259

Kaunitz à Cobenzl, 12 novembre 1791. — Voir t. Il, p. 279.

260

* Voir t. Il, liv. I, ch. ni : la question d'Alsace.

261

1 Stein, 18 août 1815.

262

Hardenberg, 4 août 1815.